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L’Ardente passion

Gouvernante à poigne, martinet et rire satanique

Roman érotique (Chapitre V)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.


V

Ils se retrouvèrent au matin, face à face, au premier déjeuner. Ni l’un ni l’autre n’osait lever les yeux. Marthe revoyait encore la scène de la veille, lorsque l’adolescent écroulé à ses pieds, n’avait pas un mot de reproche ou de colère.

Maintenant qu’elle le torturait, elle le détestait moins, refusant toutefois de regarder en elle, de crainte d’entrevoir le sentiment qui la poussait à cette cruauté inutile.

Pour elle, il fut doux, servile, cherchant à lui plaire, par mille attentions délicates. Elle feignait de ne rien remarquer, mais il ne se décourageait point, lié à elle, par la sensation de servitude qui flotte vaguement dans l’âme, lors de l’adolescence. À ce moment, l’un n’est ni masculin, ni féminin, plutôt un être mixte qui ignore la voie future. Lui ayant à peine parlé, elle s’en fut à ses occupations, le laissant là, solitaire et triste. Il gagna le parc et loin de la maison, se coucha dans l’herbe pour rêver à l’aise. Il resta là jusqu’à l’heure du dîner, ne souhaitant rien d’autre que cette molle paresse qui lui était une volupté.

Elle l’appela pour déjeuner et il ne répondit pas, sans réfléchir, simplement pour lui causer une inquiétude. Sa voix s’enfla, se fit plus autoritaire ; il eut peur et courut la rejoindre.

Du haut du perron, elle le vit arriver, essoufflé. Pas à pas, elle recula jusqu’à la salle à manger où elle l’attendit. À peine eut-il fermé la porte, que deux gifles claquèrent sur ses joues.

Maintenant, elle n’essayait même plus d’expliquer ses brutalités. Elle frappait, sans un mot, sans un reproche, pliant à chaque fois un peu plus l’adolescent sous son autorité.

Il gagna sa place et assis, la considéra, la contemplant fixement, sans embarras. Ce fut elle qui baissa les yeux, gênée par ce coup d’œil qui la pénétrait.

Dès que ce lui fut loisible, elle s’échappa, ayant besoin de solitude. Ce fut dans le petit boudoir qu’elle s’enferma, vautrée sur un divan, parmi les coussins de soie.

Lui s’en fut s’asseoir au soleil, sur le perron : il attendait Berthe Jaure ; comme un secret pressentiment l’avertissait qu’elle viendrait ce jour-là.

Il ne se trompait pas : elle parut bientôt, toute pimpante, en une robe de flanelle blanche qui moulait son corps aux formes indécises.

Devant lui, elle sauta à terre, joyeusement ; il descendit les marches et courant à elle :
- Je suis content que tu sois venue… pourquoi n’étais-tu pas là hier ?

Elle secoua sa tête brune :
- Maman… toujours… de mauvaise humeur… Et la gouvernante ?

Il eut un geste vague de la main :
- Elle doit être par là !

Ils baissèrent les yeux, troublés par une pensée commune ; mais elle se remit vite, l’entraîna vers le fond du jardin.
- Sauvons-nous, qu’elle ne nous embête pas.

Ils avaient la certitude intime pourtant, qu’elle les épiait, les surveillait. Ils ne s’en élancèrent pas moins à travers les allées où le gravier crissait sous leurs pieds.

Marthe, le front appuyé à la vitre d’une fenêtre, les contemplait. Elle était livide, les lèvres frémissantes, le cœur sautant dans la poitrine. Ce n’était point la jalousie qui la poignait ; elle connaissait maintenant son ascendant sur le jeune homme et ne craignait point la rivale. Ce qui l’exaspérait, c’était l’exaltation de sa chair qui se révoltait continuellement contre la solitude. Elle aurait voulu dompter le démon qui la torturait et ne le pouvait pas. Une fureur contre cette impuissance la bouleversait, l’incitant à s’en prendre aux autres, de sa propre faiblesse.

À petits pas, elle se dirigea vers la porte puis descendit au jardin, lentement, avec une sagacité diabolique.

Berthe et Louis avaient été se réfugier au fond du parc. Ils savaient ce qu’ils voulaient, ce qu’ils espéraient, seul le geste à faire les arrêtait parce qu’ils l’ignoraient.

La jeune fille enlaça son compagnon à la taille et sa joue s’appuya contre son épaule. Et ainsi, ils arrivèrent lèvres à lèvres, sans presque s’en apercevoir.

Ils s’alanguirent ainsi, cherchant une suite à ce début délicieux. Cette suite, ils ne savaient comment l’amener, la transition leur échappant, annihilée par l’instinct que l’éducation avait créé en eux.

Des branches craquèrent près d’eux ; ils sursautèrent, se séparant avec précipitation. Marthe était devant eux, immobile, les traits tirés, les prunelles flambantes. Pourtant il ne semblait qu’il y eut en elle, de la colère ; elle les regardait seulement avec une attention douloureuse.

Ils se levèrent honteux ; du doigt, elle leur montra le chemin de la maison, qu’ils suivirent d’ailleurs sans une récrimination. Elle marchait derrière eux, le front bas, les mains tremblantes. Dans le grand salon, elle les arrêta d’un mot et prenant Berthe par un bras, la poussa jusqu’au boudoir où elle s’enferma avec elle, laissant Louis dans l’anxiété la plus fébrile. Silencieusement, il se glissa contre la porte et écouta.

Devant Marthe glacée, la jeune fille défaillait de peur. En une imploration timide, elle joignit les mains :
- Oh ! madame !

Cet appel ne fit qu’exaspérer davantage la jeune femme. Elle fut incapable de répondre et s’avança, les mains en griffes. Berthe n’ignorait point ce qui la menaçait, une anxiété la torturait, la poussant à retarder la minute fatale. Tout fut inutile, Marthe la saisit à la hanche et la bascula sur le divan. Les mains fébriles elle retroussa les jupes, dénouant patiemment le pantalon.

La jeune fille se tordait, essayait d’échapper à l’emprise qui la dénudait lentement. Ce fut encore en vain et soudain la badine martela avec un bruit sonore, sa chair mise à nu.

Pour que l’on n’entendit point ses cris, elle enfonçait son visage dans un coussin de soie ; cependant, pas une larme ne venait sur ses paupières.

Marthe lâcha le bâton, pour comme la veille frapper de son poing fermé. Elle avait empoigné un mollet et l’écartait violemment. La pièce retentissait maintenant d’un bruit sourd, prolongé, tandis que Berthe complètement anéantie, demeurait presque immobile. Puis elle eut une ultime crispation et son bourreau l’abandonna, roulée en boule sur le divan.

Il lui fallut à elle-même quelques minutes pour se remettre. Enfin, elle se rapprocha de la victime, ramena le pantalon, descendit les jupes.

Sans un mot, elle la prit par le bras et la poussa dehors, dans le salon, où Louis ému, attendait.

Berthe parut devant lui, le visage émerillonné, les yeux brillants, la chevelure à demi emmêlée.

Son regard qui la scrutait la rendit honteuse, elle baissa les paupières. Pour la ragaillardir, Marthe annonça :
- Ne vous inquiétez pas, il va en recevoir autant.

À peine rougit-il, Berthe par contre le considéra avec étonnement, cherchant à lire en lui.
- Tout de suite ! balbutia-t-elle.

Ce fut au tour de Marthe de rougir ; elle secoua la tête négativement, retenue par une pensée secrète qui la troublait.

Ils prirent le chocolat, assis tous les trois autour d’un guéridon ; une intimité bizarre les unissait, la jeune femme n’était pas pour eux la gouvernante, mais plus qu’une amie.

Berthe reconduite jusqu’à la grille sauta légèrement en bicyclette et avec un sourire tendre :
- À demain !

Ensemble, ils acquiescèrent d’un signe, heureux qu’elle n’eut pas plus de rancune. Ensuite, ils rentrèrent précipitamment. Dans le salon, Marthe du geste appela Louis :
- Venez avec moi…

Docilement il la suivit jusqu’au boudoir, dont elle referma la porte en silence. Puis elle l’attira, pour le jeter sur un sopha où d’une traction brutale, elle arracha les boutons de la culotte.

Brusquement, avec une énergie affolée, elle frappa les chairs dénudées, se grisant du bruit, des manifestations de souffrance qu’elle arrachait au malheureux.

Elle tapait du plat de la main, laissant à chaque fois, une trace violacée de ses doigts.

En se tordant, il roula à ses pieds sur le tapis. Sans précaution, elle poursuivit la correction, lui arrachant des plaintes sourdes. Il n’avait aux lèvres, aucune injure, aucun mot de colère, seulement des gémissements puérils.

À coups de poing, elle martelait la poitrine, lui coupant la respiration, marquant l’épiderme de larges taches rouges. Il suffoquait et implora.

D’un bond elle recula et le contempla, anéanti sur le sol, les paupières mi-closes, l’épiant quand même, malgré la douleur. Elle eut un cri de colère :
- Levez-vous ! Habillez-vous !

Il obéit, dompté, mais péniblement, tout le corps confus. Quand il fut près, elle le poussa dehors et s’enferma, solitaire dans le boudoir. Avec des larmes de rage, elle croula sur le sopha, murmurant des imprécations de haine contre l’adolescent qui la torturait sans le savoir. Elle songea à Berthe et ce souvenir lui fut plus doux.

Louis de son côté s’était sauvé dans le jardin, sur une pelouse ombreuse où il s’allongea voluptueusement. Il cherchait à comprendre les colères de la jeune femme et ingénu n’y parvenait point. Il aurait voulu avoir de l’audace, la dominer à son tour ; il sentait qu’elle se mettait dans son tort et que si tout cela était révélé au père, celui-ci ne pourrait en éprouver que de la colère.

Cette idée fit germer dans son esprit un projet machiavélique, qu’il eut hâte de mettre à exécution. Après un instant, il se leva et retourna au salon où il trouva Marthe languide. La mine sournoise, il demanda :
- Vous êtes sûre que Berthe ne répétera rien à sa mère.

Marthe tressaillit :
- Voilà qui m’est égal !

Il feignit de n’avoir pas entendu et poursuivit :
- Oh ! moi… Je ne répéterai jamais rien à père… quoi que vous fassiez !

Elle baissa la tête un peu plus, gênée par cette invite indirecte.
- C’est pour votre bien ! balbutia-t-elle. Je suis une femme et… pour tenir un grand garçon comme vous, il faut de la poigne.

Il haussa les épaules, indifférent :
- Je vous aime bien… ça suffit.

Ils se turent, embarrassés l’un et l’autre. La nuit survint, ils passèrent à la salle à manger où la bonne avait servi le dîner. Ensuite, toujours émus, ils s’en retournèrent au boudoir, prendre le thé, là où avait eu lieu la scène de l’après-midi. À la jeune femme Louis sourit tendrement ; elle fronça les sourcils et le souffleta, violemment, sans raison plausible.

Il recula seulement et de la paume se couvrit les joues, en même temps il la fixait cherchant à accrocher son regard. Elle se dérobait, comme si elle eut craint qu’il lut en elle.

Enfin elle se leva pour monter se coucher ; il la conduisit jusqu’au bas de l’escalier :
- Vous me battrez, si je veille ?

Elle se sauva sans répondre ; cette question lui bourdonnait aux oreilles. Dans sa chambre, elle se dévêtit et se glissa sous les couvertures. Elle n’y resta que quelques minutes, chassée par une fièvre intense.

Pieds nus, en chemise de nuit, elle descendit au rez-de-chaussée pour aller fureter à la cuisine. Elle découvrit aisément ce qu’elle cherchait : un martinet solide.

Toujours silencieusement, elle regagna sa chambre et attendit. Dix heures sonnèrent ; elle se dressa, livide, les yeux brillants. Abandonnant son arme sur un fauteuil, elle redescendit et d’un geste brusque ouvrit la porte de la bibliothèque.

Louis tressaillit et les lèvres fermées par l’angoisse attendit. Elle balbutia, la voix sourde :
- Montez vous coucher !

Il obéit et passa devant elle, gravissant l’escalier en trébuchant. Elle le vit pénétrer dans sa chambre et à deux mains comprima les battements de son cœur.

De nouveau elle rentra chez elle et devant la glace s’examina longuement. Elle était toujours en chemise de nuit, les cheveux épandus sur les épaules, pieds nus, sans même les babouches ordinaires.

Peu à peu les battements de son cœur s’apaisaient, elle s’empara du martinet et franchit le seuil, fièrement.

La porte du jeune homme, elle l’ouvrit sans avoir toqué, simplement, se sentant forte. Lui aussi était en chemise au milieu de la pièce. À sa vue, il frémit ; puis il distingua le martinet qui tremblait dans sa main.

Il recula, ayant peur sincèrement :
- Oh ! non pas cela !

Elle l’empoigna par un pan du linge qu’elle tordit et les lanières sifflèrent, lui cinglant les cuisses, les genoux, à plusieurs reprises.

Il eut un râle sourd et tomba en travers du lit. Farouche, elle le poursuivit, trouvant dans la vue de cette torture, un apaisement à son propre tourment.

Elle frappait avec violence, contemplant la chair qui rougeoyait. Lui, la tête repliée en arrière, râlait, n’ayant même plus la force d’implorer.

Quand elle s’arrêta de taper, il demeura inerte et palpitant en même temps. Sans embarras, elle le considérait, devinant les pensées tumultueuses qui le bouleversaient, se repaissant autant de la douleur morale, que de la peine physique.

Elle cingla encore une fois, légèrement, avec précision, accompagnant son geste, d’un rire satanique.

Il se redressa d’un bond, avec un cri d’épouvante :
- Oh ! non !

Elle ricana :
- Couchez-vous… et je pense que vous ne veillerez plus à l’avenir.

Il glissa dans sa direction un coup d’œil sournois ; il se tut cependant, n’osant avouer que malgré la souffrance, il recommencerait le lendemain. Naïve, elle croyait à ses propres affirmations, persuadée de lui avoir causé un tourment suffisant.

Maternelle, elle se pencha sur son lit et le borda. Elle vit ses lèvres rouges qui semblaient la narguer, et se sauva épouvantée par sa faiblesse.

Voir en ligne : Une correction administrée avec vigueur (Chapitre VI)

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.



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