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Texte érotique

Graisse de canard

Mon père, ce salaud

par Myriam Brunot

Myriam Brunot, « Graisse de canard », Récit érotique, Paris, décembre 2013.


Graisse de canard

Le président de la cour d’assises a ouvert la séance.
- L’audience va reprendre. Faites entrer le Jury  ! Mesdames et messieurs, levez-vous.

Les six membres du jury, trois femmes et trois hommes, sont entrés solennellement.

- Vous pouvez vous asseoir. Faites entrer l’accusée  !

Deux policiers ont introduit Myriam Brunot dans la salle d’audience. Murmures et sifflets dans la salle.

- J’exige le silence total. À la moindre manifestation, je fais évacuer la salle et l’audience se tiendra à huis-clos. Mademoiselle Brunot, vous avez la parole, sans limitation de temps, pour exposer au jury votre situation familiale et les circonstances de votre acte. Venez s’il vous plaît vous installer à la barre. Vous resterez debout, comme c’est l’usage.

Myriam a débuté son récit.

Mon père était très autoritaire et violent. Avec ses enfants, c’est-à-dire moi-même et mon demi-frère Antoine. Ma mère est morte dans un accident il y a douze ans et Antoine, 9 ans, est le fils de sa seconde femme, Ingrid, d’origine danoise. Il était autoritaire et violent avec Ingrid et avec la domestique Josepha. Il n’hésitait pas à les frapper. Il ne me frappait pas, j’expliquerai bientôt pourquoi, ni Antoine. C’était un garçon carrément pourri. Son père lui passait tout, il voulait en faire un macho, comme lui.

Il exigeait que Josepha fasse le ménage avec une jupe plissée bleu-marine, tellement courte que dès qu’elle se penchait un peu en passant l’aspirateur, on apercevait ses fesses nues et les poils de son sexe. Elle devait se coiffer comme une gamine, avec des couettes, et porter des bas résille qui lui montaient à mi-cuisses. Une tenue de prostituée mineure. Dès qu’elle passait à sa portée, il lui tripotait les seins qui devaient ballotter librement sous un tee-shirt bien décolleté et lui pinçait très fort les tétons. Il lui mettait la main aux fesses et lui maniait brutalement le sexe jusqu’à ce qu’elle pousse un cri de douleur, un cri qui le faisait éclater de rire. Et tout cela devant nous trois. Ingrid, rouge de confusion, n’osait pas intervenir, honteuse de sa faiblesse à chaque fois plus manifeste. De plus elle parle assez mal le français. Antoine n’en perdait pas une miette et riait du même rire gras et obscène que son père. Et même devant des visiteurs.

Souvent, le soir, Josepha quittait sa chambre et venait me raconter en pleurs les dernières avanies subies. Et notamment le rituel de la graisse de canard. Mon père l’apostrophait  : « Graisse de canard, ton cul est prêt  ? » Elle devait s’enduire l’anus de graisse de canard, et se pencher sur la table de cuisine, les seins écrasés sur le bois, même si la table était encore sale, pour permettre à mon père de la sodomiser. Je nettoyais la graisse mêlée de sperme qui lui coulait sur les cuisses. Toute nue contre moi, elle venait chercher du réconfort dans un échange de caresses et de baisers. La sodomie devait tout même l’exciter quelque peu car son sexe réagissait très vite à mes caresses.

L’assistance, d’autant plus fascinée que Myriam racontait très bien, a bruissé de murmures excités. De réprobation  ? De plaisir malsain  ? Le président, un peu rouge est intervenu.

- Mademoiselle, pourriez-vous nous épargner ces détails pornographiques qui nuisent à la compréhension objective et sereine de votre situation  ?

Myriam a continué son récit.

Antoine lui aussi cherchait à profiter de Josepha quand sa mère n’était pas là. Il s’approchait d’elle, lui glissait sa main sous la jupe, lui pinçait les fesses et, entre autres misères, lui descendait les bas jusqu’aux chevilles. Josepha s’en est plainte plusieurs fois, devant nous tous mais mon père l’a envoyée ch..., euh, l’a renvoyée à sa cuisine : « Mais ce p’tit, faut bien qu’il apprenne à manier une femelle  ! »

La salle n’a pu réprimer un soupir horrifié.

Mon père aimait me frôler, me caresser les fesses comme par inadvertance, comme si l’étroitesse du couloir l’imposait. Un soir qu’il avait bu, il a essayé de me pincer les tétons comme il le faisait à Josepha. Je lui ai balancé une gifle magistrale dont je suis encore très fière. Il a titubé, je lui ai dit  : « Sale con, si tu me touches, je raconte à la police le coup de la graisse de canard. » Il a compris que je ne plaisantais pas, et s’est ensuite appliqué à m’éviter, même du regard. Il ne m’adressait plus la parole, et moi je ne lui parlais que pour lui demander de me passer le sel.

C’est un murmure d’approbation qui a encouragé Myriam.

Il se plaisait à humilier Ingrid, notamment en parlant devant elle des femmes qu’il avait eu plaisir « à baiser ». Excusez-moi, il s’exprimait ainsi. « Mieux qu’avec toi  ! » ajoutait-il. Je me souviens d’un dimanche après-midi. Il avait invité plusieurs de ses amis, des gens vulgaires, accompagnés de leurs femmes ou maîtresses. Ils avaient tous bu, mais ils en voulaient plus et Ingrid n’avait pas acheté assez de bière. Il se lève, lui empoigne le bras, appelle Josepha  : « Graisse de canard, apporte le paddle. » C’est une sorte de raquette de ping-pong en cuir assez rigide destinée à fesser plus fort qu’à la main. Il emmène Ingrid dans une pièce voisine. On entend des coups, des cris, des pleurs, des rugissements : « Encore une, et encore une pour tes fesses, pétasse. Qu’elles soient bien rouges. » Le bois claquait la peau. Les invités étaient muets de stupéfaction. Personne n’a réagi. Mon père et Ingrid sont revenus. Elle pleurait. « Montre leur tes belles fesses d’écrevisse. » Il l’a obligée à relever sa robe et à montrer à tous ses fesses rougies, qui portaient bien visibles les traces des coups de raquette . Les rires gras ont détendu l’atmosphère. « Il n’est de bonne épouse que bien battue  ! C’est un proverbe arabe  ! » Ils ont pris des photos avec leurs téléphones. « Dès demain sur internet  ! » « Et même sur Fesse-Bouque  ! Ah Ah Ah  ! ». « Qui veut la baiser  ? Elle est chaude  ! » Antoine avait suivi tout ça sans broncher. Il n’ai pas su ce qu’il en pensait. Comme son père, il m’évitait.

L’après-midi du 22 juin, mon père dormait dans le salon, sur un vieux canapé hérité de sa tante. Sans doute un peu ivre, il ronflait. Josepha pleurait. Sa jupe était toute graisseuse. Il l’avait encore violée. La rage m’a noué l’estomac. Un grand couteau traînait dans la cuisine attenante. Je m’en saisi, je le plante dans sa gorge, le sang gicle. Mon père crie, il se relève mais tombe et se fracasse le crâne contre un pied de table en métal. Josepha arrive, elle vomit. J’appelle le SAMU. Je leur ai dit « un accident domestique. » Ils ne m’ont pas crue, ils ont appelé la police.

Un lourd et long silence a oppressé la salle, heureusement rompu par le président.

- Avez-vous quelque remords ?
- Ni remords, ni regret sauf pour le sang sur le tapis, une belle fourrure d’ours blanc. J’aurais plutôt dû prendre le temps de chercher du poison. Mais c’est plus difficile à trouver qu’un couteau de cuisine.
- Mais c’était votre père  !
- Et alors  ? J’ai liquidé un salopard. Que ce soit mon père importe peu. Des comme lui, il en reste des millions, mais j’espère que d’autres femmes s’en occuperont comme ils le méritent. En les châtrant comme des porcs ou en les égorgeant comme des canards.

Mouvements divers dans l’assistance, qui a trouvé le propos excessif. Soupir découragé du président. Myriam a continué.

D’ailleurs, je n’ai pas tout raconté  ! Il y a quelques années, Ingrid s’est trouvée enceinte. Mon père voulait qu’elle avorte, elle s’y refusait. Longues et pénibles discussions pendant les repas, devant Antoine et moi. Au quatrième mois, Ingrid a fait une fausse couche. Pendant les trois semaines qui ont suivi, elle a perdu l’usage de la parole. Elle m’a raconté ensuite que son salaud de mari (je préfère oublier que c’était mon père), lui avait violemment cogné le ventre. Pourquoi n’avait-elle pas porté plainte  ? Je n’ai jamais compris. Il y a une histoire louche derrière leur mariage. Mon père disait souvent d’elle  : « Cette fille, je l’ai tirée du ruisseau et des griffes de la police. »

Avant cet avortement provoqué, quand qu’elle était enceinte de trois mois, et que son ventre était déjà bien gonflé, il l’avait fait attacher nue sur une chaise par un maître japonais du « shibari », l’art du ligotage de femmes nues. Ce « maître » (les guillemets ne se prononcent pas !) lui avait écarté les cuisses au maximum, ses articulations étaient douloureuses. Les cordelettes rouges et bleues s’enfonçaient dans sa chair. Il lui faisait boire beaucoup de thé vert, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus se retenir d’uriner. Elle contractait son ventre et cherchait à retenir. Il lui a excité le sexe avec un vibreur et l’urine a jailli en cataracte. Il a filmé le jet en gros plan. « Des dizaines de milliers de yens, ça vaut tout ça. » Je n’ai pas vu la scène, mais j’ai trouvé des photos, pas particulièrement cachées, dans un tiroir du placard de la salle à manger. Ingrid, morte de honte, m’a donné quelques détails, tout en me faisant promettre le secret. Mais il n’est pas inutile que le tribunal soit informé.

Remous dans l’assistance.

Une autre fois…

Le président l’a interrompue.

- Merci Mademoiselle, tout ce que vous avez dit suffira, nous n’avons pas besoin de tout savoir. [À la salle, de plus en plus agitée] Silence, ou je fais évacuer  !
- Ces lois sont idiotes  !
- Mademoiselle, vous prenez des risques  ! Vous savez que le jury examine soigneusement les circonstances atténuantes éventuelles, et vos déclarations risquent au contraire…
- Mon père était un salaud. J’en ai débarrassé la France, je n’ai aucun regret.
- Le jury prend note de vos déclarations. Il va écouter maintenant le témoignage de Mademoiselle Josepha qui a demandé que son nom de famille ne soit pas divulgué.

Josepha était tellement émue qu’elle n’a pas pu prononcer la moindre parole. Émotions et larmes dans l’assistance. Le président a lu sa déposition qui figurait au dossier d’instruction. Josepha s’est évanouie quand la graisse de canard a été mentionnée. Ingrid, hospitalisée pour cause de dépression nerveuse, était excusée.

La mère de Jean Brunot, convoquée comme témoin à charge, a expliqué très froidement qu’elle comprenait le geste de Myriam. Son fils avait été « son calvaire » durant tout le temps qu’il avait été mineur de par sa mauvaise conduite continuelle, notamment avec les filles du collège et du lycée. Elle n’a exprimé aucune tristesse. D’autres témoignages, à charge et à décharge ont été présentés. L’avocat général a prononcé un réquisitoire très dur demandant pour Myriam 20 ans de réclusion. L’avocate de Myriam, Maître Rita Rennoirt, est longuement revenue sur la situation très particulière de cette famille et a demandé au jury d’être indulgent. A l’issue d’une courte délibération, il a reconnu la culpabilité mais décidé, « au nom du Peuple Français » la dispense de peine, sans inscription au casier judiciaire. La salle a explosé en applaudissements et protestations mêlés.

- Mesdames et Messieurs veuillez sortir s’il vous plaît. Vous exprimerez vos opinions hors de cette salle dont les murs sont habitués aux débats sereins et non aux cris des foules  !

Il a été seul à rire de sa subtile remarque  ! Dans le hall du Palais de Justice, différents groupes avaient préparé des banderoles. Des militantes féministes affichaient « Et on tuera tous les machos », « Merci Myriam  ! », « Violeurs = déchet social » ainsi que « Justice Populaire  ! ». En face, nettement plus âgés, des militants droit-de-l’hommistes hommes et femmes arboraient « Non à la peine de mort », « Les criminels ont droit à la Vie » et « Relaxe = régression. » (Le terme « relaxe » est inadéquat. Vous le vérifierez en consultant Wikipédia.) Les féministes ont tenté de leur arracher leurs pancartes. Des crachats et des coups de poing ont été échangés. Des vêtements ont été déchirés, des téléphones piétinés, des yeux pochés  ! Une candidate du Front National a fait signer avec un notable succès, une pétition  : « Peine de mort pour les crimes sexuels  ! » Deux représentantes d’éditeurs avaient préparé des contrats pour Myriam, et même prévu des titres racoleurs  : « Mon père, ce salaud » pour les éditions « Réalités quotidiennes » et « Une horreur familiale » pour les éditions « L’Avenir des Femmes. » Myriam a demandé à réfléchir. Au micro d’une chaîne de télé, elle a remercié toutes celles et ceux qui l’avaient soutenue, mais elle a refusé d’aller au talk-show de Rolland Luquier, craignant de se faire assassiner par les roquets qui l’accompagnent, comme quelques semaines auparavant l’avait été un philosophe réputé. La police a fait évacuer tout le monde sans oublier d’embarquer une dizaine de personnes, au hasard, comme d’habitude.

Épilogue

Quelques semaines ont passé. D’autres « faits-divers » tout aussi sordides sont venus occuper les médias et susciter « l’indignation des internautes » qui se savent rien faire d’autres que de « s’exprimer » sur Facebook. Ingrid est retournée dans sa famille avec Antoine, et Myriam vit avec Josepha, dans l’appartement familial dont elle a hérité. Elles ont signé à deux avec « L’Avenir des Femmes » pour un livre titré  : « Délivrez-nous du mâle. »

Les voici allongées nues, cuisses contre cuisses, seins contre seins, sur la peau d’ours blanc rougie par le sang du Père. (Le « Sang du Père », quel beau titre cela ferait pour un bouquin de psychanalyse  !) Leurs lèvres se cherchent, leurs langues chahutent amoureusement. Elles se mordillent les oreilles et la peau du cou. La flamme d’un bon feu les éclaire. Josepha transpire et sa peau mate luit dans la lumière vacillante. Myriam goûte la transpiration de son amante dans tous les replis de chair accessibles à sa langue.

Myriam dirige lentement ses baisers jusqu’à la toison châtain qui cache un clitoris impatient et des pétales de chair déjà imprégnés de liqueur tout à la fois mielleuse et acide comme de la groseille. Les voilà tête-bêche. Josepha lui lèche et lui mordille les cuisses. Myriam se redresse, elle frotte sa chatte baveuse sur la figure de Josepha, elle s’assied sur sa bouche et son nez, les fesses bien écartées et fait mine de l’étouffer pendant un court instant. Elles rient de bonheur. Elles s’embarquent dans une lutte sensuelle, où chacune empoigne à pleine main la chair de l’autre. Les morsures se terminent en baisers et les claques en caresses. La gagnante est celle qui anéantit l’autre à force de chatouilles.

Mais il faut reprendre un peu son souffle. Dans le silence rompu seulement par le craquement des bûches, elles dégustent leur plaisir. Pour elles deux, le temps s’arrête et les mauvais souvenirs ont reflué au loin, comme la mer à marée basse. Myriam, la plus active, retourne vite au clitounet gonflé de son amie qu’elle pince entre ses lèvres. Le bouton rose en émerge, elle le chatouille de sa langue avec la délicatesse d’un papillon qui se pose sur le pistil d’un coquelicot. Josepha ne peut retenir des petits cris de canette qu’on égorge avant de la préparer dans sa graisse et son sang. Quand son plaisir explose, c’est tout son bas-ventre qui palpite en vagues spasmodiques, que Myriam s’applique à prolonger.

Myriam dirige ensuite sa langue fouineuse vers les fesses de sa chérie. Elle les écarte. Elle force à se déplisser la muqueuse brillante et grasse, odorante et musquée. Une vaine pudeur incite Josepha à résister, un instant mais pas plus, et elle finit bien vite par offrir à la langue sensuelle de Myriam cet orifice que Jean Brunot (que les vers bouffent au plus vite cette pourriture) a si souvent violé. Myriam aussi le viole, délicieusement, en y plongeant au plus profond sa langue roulée en pointe. Puis elle la reporte au clitounet qui s’ennuie, et l’enfonce au passage dans les muqueuses humides et palpitantes, pour revenir à cet anus qu’elle vénère. Et recommencer tout le circuit.

Ensuite, ce sont deux doigts qu’elle enfonce dans l’antre du plaisir de Josepha, très lentement pour lui faire désirer cette pénétration qui lui fait perdre la tête et gémir d’un plaisir d’une intensité presque douloureuse. Au revers du clitoris, les doigts atteignent un petit renflement de chair sensible qu’ils manipulent jusqu’au grand cri d’extase panique. Une chaude liqueur arrose la main de Myriam qui en récupére les moindres gouttes avec sa langue tout en prolongeant l’éruption du volcan orgasmique. Les cuisses de Josepha se serrent convulsivement, son ventre affolé crie grâce.
- Je t’en prie, arrête, ça m’épuise. Il faut que je souffle.

Et les voilà comme au début de la scène, jambes et cuisses mêlées, seins contre seins, collées l’une à l’autre par la moiteur de leurs peaux. Elles s’aperçoivent qu’elles ont faim. Josepha propose  :
- Que dirais-tu d’un confit de canard aux pommes sarladaises [1] ?
- Génial, avec un cahors. J’ai trouvé un 2005 que mon ivrogne de père n’a pas bu. Il sera parfait.

P.-S.

- Devinette : Pourquoi l’avocate s’appelle Rita Rennoirt ?

Notes

[1Les pommes sarladaises, ce sont des pommes de terre cuites dans la graisse de canard, avec de l’aïl, du persil et des fragments de cèpes



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