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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Guerre et amour

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre XXIV)



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Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


XXIV
GUERRE ET AMOUR

Peu après la bataille de Bull-Run, Randolph fut convoqué à Richmond pour assister à un Congrès tenu par les chefs des confédérés. Comme son absence devait être de longue durée, il me donna des instructions détaillées au sujet des travaux à faire exécuter, et m’ordonna de lui écrire deux fois par semaine.

Dès le jour du départ de Randolph, je décidai qu’autant que possible, on ne fouetterait plus sur la plantation ; ces ordres, qui ne concernaient que les femmes, surprirent les majordomes, mais je crois qu’ils s’y conformèrent.

Au dehors, la guerre faisait rage et les troupes des fédérés se concentraient déjà autour de Richmond ; beaucoup de plantations voisines étaient occupées militairement par les Nordistes et je m’attendais d’un moment l’autre voir mes compatriotes, les garçons en bleu, comme on les appelait, faire leur apparition chez nous.

Ils arrivèrent enfin !

Une après-midi, j’étais à ma fenêtre, lorsque j’aperçus une bande de soldats, conduite par un jeune officier, et suivie d’une voiture régimentaire. Ils firent une pause devant la terrasse, disposèrent leurs armes en faisceaux et se mirent à décharger leur voiture qui contenait des objets de campement et des vivres. Mon coeur battait violemment, et je m’assis sur un sofa en attendant le dénouement de la perquisition qui ne devait pas manquer d’avoir lieu.

Quelques instants après, en effet, Dinah annonça l’officier, qui dit, en me saluant de la façon la plus courtoise :
- Madame, j’ai reçu l’ordre d’occuper cette plantation, mais je vous promets de ne rien détruire, ni d’arrêter le travail. Je logerai mes hommes dans le quartier des esclaves, mais je vous prierai de me faire donner une chambre dans la maison.
- Je suis heureuse de vous voir, monsieur, répondis-je en souriant. Je suis née dans le Nord et toutes mes sympathies sont pour vous. Prenez un siège, et je vais donner des ordres pour qu’une chambre confortable vous soit préparée.

Il s’assit, l’air très surpris. Cet officier, grand et blond, pouvait avoir vingt-sept ans ; son visage plein de distinction décelait la franchise ; il avait une longue moustache blonde et portait élégamment l’uniforme simple des officiers du Nord.

Au bout d’un instant, la conversation avait pris entre nous un caractère de cordiale familiarité. Il me dit se nommer Franklin et être capitaine. De plus, il était né en Pennsylvanie, ainsi que moi. Cette découverte nous réjouit ; aussi notre causerie, jusqu’à l’heure du repas ne languit-elle pas un seul instant.

Je mis pour le dîner une de mes plus jolies toilettes, et je descendis dans la salle à manger y attendre le capitaine Franklin.

Me saluant avec une respectueuse aisance, il me remercia tout d’abord d’avoir bien voulu lui réserver un appartement dont l’aménagement le ravissait. Il avait quitté son uniforme et portait maintenant un vêtement civil, sous lequel il paraissait fort élégant.

Nous nous mimes à table, et je m’aperçus, non sans en éprouver une intime satisfaction, qu’il faisait grand honneur aux plats fins et plus encore aux vieux vins de Woodlands. En riant il me disait sa joie d’avoir pu utiliser de façon si inespérée son billet de logement. La conversation était fort agréable et pleine de charme.

Le dîner terminé, il me pria de l’excuser ; il avait, disait-il, à s’occuper de son service.

Je montai à ma chambre et écrivis à Randolph pour le mettre au courant de la situation ; j’avais été prévenue qu’il se trouvait non loin de là.

La réponse ne se fit pas attendre. Il me disait qu’il préférait ne pas revenir à Woodlands où il ne pourrait assister impassible à l’envahissement de sa propriété. Il m’annonçait que sitôt qu’il aurait loué une maison, à Richmond, il m’enverrait chercher.

Cependant, le capitaine Franklin était toujours plein d’égards pour moi, et me traitait avec plus extrême déférence.

Je m’étais vite aperçue de l’impression que je lui causais, et à certains signes qui n’échappent jamais une femme, je surpris facilement qu’il éprouvait plus que de la sympathie pour moi. De mon côté, le capitaine me plaisait beaucoup ; ses manières galantes et polies m’avaient à peu près conquise, si bien que l’amour, amour que je n’avais jusque-là ressenti pour personne, avait envahi mon coeur.

Je pressentais le danger de cette passion et, anxieuse, je me demandais s’il la partageait. J’avais une envie folle de sentir se poser ses lèvres sur mes lèvres et entendre de lui ces mots tendres qui tous pénètrent l’âme tant et si bien que mon amour qui grandissait chaque jour me fit brusquer les événements.

Le capitaine m’ayant dit un soir que son parfum préféré était celui de la violette, je ne manquai d’en saturer ma toilette et d’en vaporiser mon corps et mes dessous.

C’est ainsi que, dans un ajustement coquet aux mille détails féminins, je fis mon entrée dans la salle.

Franklin, que je n’avais pas vu depuis le matin, s’y trouvait déjà. Il me tendit la main, et sans m’en rendre compte je lui abandonnai la mienne plus longtemps qu’il n’était décent.

Pendant le dîner, il fut très gai, riant, causant aimablement, puis nous passâmes au salon. Jusque-là, le capitaine n’avait pas dépassé les bornes de la plus stricte courtoisie. Il fallait donc que ce fût moi qui devinsse entreprenante.

Sous prétexte de m’aider à dévider un écheveau de laine, je le fis placer à côté de moi, et je m’assis sur un tabouret à ses pieds, de façon que son regard plongeât dans mon corset par la large échancrure de mon corsage.

Puis, prétextant soudain un subit et violent mal de tête, je me levai en chancelant. Il s’élança pour me soutenir, me portant sur le canapé. D’un coup de genou savamment combiné, j’avais fait remonter mes jupons.

Franklin vit ma jambe, et, cette fois, n’y tint plus.

II m’enlaça dans une étreinte à m’étouffer, et me mit sur les lèvres un baiser passionné en murmurant : « Je vous aime !… » Je ne me défendais nullement ; bien au contraire. Je lui rendis son baiser et… vous devinez le reste de l’aventure.

Je lui racontai mon odyssée et, en détails, les moyens horribles employés par Randolph pour ne forcer a habiter Woodlands. Il fut ému par mon histoire, et, lorsque je l’eus terminée, il m’embrassa tendrement en me disant :
- Je suis sans grande fortune et ne puis, par conséquent vous offrir le luxe que vous avez ici, mais je vous apporte mon amour et ma volonté et pour une âme aimante comme la vôtre, je pense que cela peut suffire.
- Oh ! je vous suivrai avec bonheur partout où vous serez, vous qui êtes mon premier et seul amour, mais êtes-vous bien certain de m’aimer toujours ?
- Pouvez-vous en douter, cruelle ?

Et après un long baiser aussitôt suivi d’une autre manifestation d’amour, nous nous séparâmes jusqu’au lendemain.

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Les Bushwhackers (Chapitre XXV)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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