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Récit érotique

Gynocratie

Chantal aime bien le cunnilingus.

par Jacques Lucchesi

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Jacques Lucchesi, « Gynocratie », Récit érotique, novembre 2020.


Gynocratie

Parvenue au bout de la longue rue piétonne, devant un bel immeuble ancien, Chantal s’immobilisa quelques secondes : c’était donc là que ça se passait ? Elle se mordillait les lèvres, hésitait à presser le bouton de l’adresse relevée sur Internet. Un instant, elle songea à rebrousser chemin, regarda à droite et à gauche puis, finalement, céda à sa curiosité. Après tout les hommes en avaient bien profité pendant des siècles. Une voix masculine plutôt haut perché lui répondit par l’hygiaphone :
- Oui, bonjour.
- Bonjour. Je viens pour l’annonce.
- Cinquième étage à droite, juste en sortant de l’ascenseur, madame.
- Merci.

La lourde porte s’ouvrit et Chantal, surprise par le charme désuet du hall d’entrée, s’engouffra dans la cabine à l’arrêt. L’ascenseur démarra lentement. Seule face au miroir central, elle en profita pour ramener une mèche auburn sur son front, massa légèrement les cernes sous ses yeux. Finalement, elle n’était pas si mal que ça pour une femme de soixante six ans. Elle pouvait encore plaire. Si ce salaud de Gérard ne l’avait pas plaquée pour une jeunette de trente ans sa cadette, elle ne se serait jamais aventurée dans un tel lieu. Mais à présent qu’elle était seule, qu’est-ce que ça pouvait bien faire !

L’ascenseur stoppa avec mollesse. Dehors, elle chercha en tâtonnant le commutateur. Devant la porte fatidique, elle se demanda pourquoi la plaque professionnelle désignait un salon de prêt-à-porter. Avant que l’allusion malicieuse ne fit sens dans son esprit. Elle sonna, perçut le bruit d’un pas vif derrière. Un homme plutôt grand et mince lui apparût qui l’accueillît avec un chaleureux sourire :
- Entrez, je vous prie.

Sa belle chevelure blanche indiquait qu’il devait avoir, lui aussi, une soixantaine d’années, quoiqu’il soit encore fringuant. Néanmoins Chantal se disait qu’elle n’était pas venue pour rencontrer un homme de son âge. Mais celui-ci la rassura aussitôt :
- Ne craignez rien, madame. Il y a des garçons plus jeunes que moi pour satisfaire nos clientes. Permettez-moi quand même de vous dire que vous êtes l’une des plus belles femmes à avoir passé cette porte.
- Merci.

Le visage de Chantal s’illumina. Décidément, il avait du style, il savait y faire, le bougre.
- Si vous voulez bien me suivre dans la salle d’attente. Là vous pourrez feuilleter notre catalogue. Tous nos garçons ne sont pas là aujourd’hui mais je suis certain que vous trouverez quand même votre bonheur. Naturellement tous les rapports sont protégés.

Au fil des pages qu’elle tournait machinalement, elle découvrit la dizaine d’étalons stipendiés de la maison. Ils avaient tous entre vingt-cinq et trente-cinq ans ; tous étaient bronzés et body-buildés à souhait, même s’ils n’avaient pas tous un visage intéressant et encore moins cette petite flamme dans le regard qui la faisait toujours craquer. D’emblée elle écarta les crânes rasés et les tatoués, se concentrant sur deux profils d’hommes plus classiques. Chris, un grand brun aux yeux clairs et aux lèvres ourlées aurait été parfait pour ce qu’elle était venue chercher ici ; mais, malheureusement, il ne travaillait pas le vendredi. Quant à Yann, moins baraqué mais bien monté – si elle en croyait la notice -, il avait des traits fins et des yeux malicieux qui ne la laissaient pas insensible, même si la blondeur de sa chevelure la faisait un peu hésiter. Décidément ce goût des bruns ne la quitterait jamais. Lui, au moins, il était là aujourd’hui.

Elle était toujours indécise, passant d’un profil à un autre, quand l’entremetteur revint pour lui demander si elle avait fait son choix :
- Yann me plaît bien, mais pas autant que Chris. Dommage qu’il soit absent.
- Il ne vient que le mardi et le jeudi après-midi. Comme vous l’imaginez aisément, il est très demandé. Mais Yann est aussi très bien. Il a fait des études de psychologie et il sait très bien répondre aux attentes de nos clientes. Je vous le recommande pour une première fois.

Chantal leva les yeux vers son interlocuteur qui lui souriait toujours. Quand le vin est tiré…
- Eh bien c’est d’accord pour Yann. Je le prends pour une heure.
- Très bien madame. Cela fera donc 150 euros. Vous réglez comment ?
- En liquide, si vous voulez bien.
- Pas de problème.

Elle lui tendît deux grands billets, un vert et un orangé. Si on lui avait dit, quand elle avait vingt ans et tous les hommes à ses pieds, qu’elle paierait un jour pour ça…
- Merci madame. Je vais chercher Yann. Vous verrez, vous ne le regretterez pas.

Le distingué maquereau revint, deux minutes plus tard, accompagné de son Giton. Un beau garçon blond, en effet, même s’il avait moins de magnétisme que le brun. On devinait une musculature bien dessinée sous son léger tee-shirt blanc. D’emblée, il décocha un sourire charmeur à sa cliente :
- Bonjour. Je suis Yann. Et vous ?
- Chantal.
- Joli prénom, très féminin. Je sens que nous allons bien nous entendre. Si vous voulez bien me suivre.

Elle se leva et fit quelques pas à ses côtés : un mètre quatre-vingts ou guère plus, mais il était vraiment bien gaulé :
- Nous allons aller dans la chambre 12, au fond du couloir. C’est la plus tranquille. Et puis, comme vous l’entendez, les autres sont prises.

De discrets et brefs soupirs de plaisir perçaient par les cloisons : de quoi mettre dans l’ambiance les arrivantes.
- Nous y sommes. Si vous voulez bien entrer…

Chantal, non sans un pincement au cœur, découvrît une chambre propre et bien rangée : rien qui n’évoquait un lieu de débauche. C’était plutôt rassurant. Yann commença à ôter son tee-shirt. Rien à dire : ses pectoraux et sa ceinture abdominale valaient le coup d’œil.
- C’est la première fois que tu viens, Chantal ? On peut se tutoyer maintenant ?
- Bien sûr. Oui, c’est ma première fois.
- Et tu as des goûts particuliers ?
- J’aime bien le cunnilingus.
- Pas de problème. Je te demande simplement une petite toilette avant.
- C’est vrai que tu as un sexe de vingt-cinq centimètres ?
- C’est vrai. Mais ça dépend aussi de toi.

Lentement, il dégrafa la ceinture de son jean, tira la fermeture Eclair et prit doucement Chantal dans ses bras. Elle soupira d’aise au contact de son buste doux et musclé.
- Laisse-toi aller, ma belle. Je suis ici pour satisfaire tous tes désirs.

Alors sa main se referma sur le génitoire imposant du garçon. Des frissons parcouraient son dos. Face à lui elle oubliait les décennies qui les séparaient ; elle retrouvait une audace dont elle ne se croyait plus capable. Jouir, jouir, par toutes les connexions de son cerveau, par tous les pores de sa peau.

Quand elle sortit de la chambre une heure plus tard, ses joues étaient encore rosies par l’orgasme et une lueur extatique se prolongeait dans son regard.
- Alors, madame, ça a été ? Lui demanda avec malice l’entremetteur.
- C’était parfait. Vous ne m’avez pas menti sur les charmes de Yann.
- Dans ce cas, revenez nous voir quand vous voudrez.
- Merci. Au revoir.

Ce n’était pas une vaine formule de politesse. Car Chantal savait bien, la porte à peine franchie, qu’elle reviendrait dans cette maison de plaisir. Plutôt un mardi ou un jeudi, la prochaine fois. Voilà une expérience qu’aucune femme, avant elle, n’avait faite dans sa famille. L’égalité sexuelle était maintenant une certitude pour elle.



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