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Histoire de Monsieur Guillaume : Cocher

Histoire de M. Bordereau avec Madame Minutin

Histoire libertine (1787)



Auteur :

Comte de Caylus, « Histoire de M. Bordereau, commis à la douane, avec Madame Minutin », Histoire de Monsieur Guillaume : Cocher, Oeuvres badines complètes du comte de Caylus, vol. X, Éd. Visse, Paris, 1787.


HISTOIRE DE M. BORDEREAU, COMMIS À LA DOUANE, AVEC MADAME MINUTIN

M. Périgord, mon pays, pour qui je menais le carrosse, étant mort, sa veuve se défit de tout, de sorte que me voilà sur le pavé. J’alla me proposer à un de mes amis, qui louait des remises dans la rue des vieux augustins. Comme j’avais un bon habit sur le corps, il me donna un équipage à mener.

J’allais, tous les jours l’après-dîner, prendre M. Bordereau, qui était un des gros de la douane, chez lui, pour le mener tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, et presque toujours avec des dames, que ce n’était pas de la guenille.

Un jour, je le mène au bout du cul-de-sac de l’orangerie, d’où il entre dans les tuileries, et nous restons à jaser, son laquais et moi, de choses et d’autres ; et comme il me disait souvent les tenants et aboutissants des maîtresses de son maître, qui en avait tous les jours de nouvelles, je lui demandai s’il connaissait celle que nous venions chercher, et où je la mènerais.

Je n’en sais, ma foi, rien, répondit la Fleur, c’était son nom : tout ce que je sais, c’est qu’il est venu ce matin une espèce de femme-de-chambre qui a été longtemps avec lui, et qui lui a dit, en sortant, que sa maîtresse se trouverait aux tuileries sur les quatre heures du soir.

À peine la Fleur avait-il fini, que nous voyons M. Bordereau avec deux dames qui le suivaient, dont la Fleur en reconnut une, pour la femme-de-chambre de ce matin.

Quand ils sont dans l’équipage, ils ne savent où aller. À la fin pourtant, c’est à la foire Saint-Laurent où je les débarque. Après que le laquais les a conduits dans le jeu de l’opéra-comique, il vient me retrouver ; je me range, et donne mes chevaux à garder ; de-là nous allons tous les deux, nous promener et boire un coup dans la foire.

Quand le jeu est prêt à finir, la Fleur va trouver son maître, et moi mes chevaux ; puis il vient me redire après, que je ne m’impatiente pas, parce que M. Bordereau va souper avec sa compagnie chez Dubois ; je redonne encore mes chevaux à garder, et je vais le retrouver dans ledit endroit, parce que là ce n’est pas la manière que les laquais servent à table.

Nous nous attendions bien, la Fleur et moi, à souper des restes, quand ils seraient au dessert ; mais nous manquâmes de faire des croix de Malte, comme vous allez voir.

Madame Dubois avait mis M. Bordereau et ces dames dans une salle à rideaux au fond du jardin ; on apporte le souper ; et nos gens faisaient bonne chère, quand voilà qu’il arrive un milord d’Angleterre avec Mademoiselle Tonton de l’opéra-comique, une de ses amies, et un bourgeois de leur compagnie vêtu de noir. Tout cela demande aussi à souper, et on les campe dans un petit cabinet vitré, à l’entrée du jardin.

En attendant les restes pour souper, nous nous amusions, la Fleur et moi, à creuser une bouteille de vin sur le compte de notre bourgeois, dans un cabinet auprès de la salle ; et dans ce temps-là M. Bordereau et Mademoiselle Tonton, qui avaient envie de quelque chose, sortent chacun de leur endroit, pour aller dans un coin, de sorte qu’ils se rencontrent nez à nez au beau clair de la lune.

La Fleur m’avait dit, en voyant entrer Mademoiselle Tonton, que son maître l’avait eue de louage ; mais qu’il l’avait quittée, à cause qu’elle le menait un train de chasse.

Mademoiselle Tonton reconnaît tout d’un coup mon bourgeois ; et elle lui dit, de façon que nous l’entendions : Ah ! ah ! C’est vous, M. Bordereau ! Eh mais, vous n’êtes pas ici tout seul ? Vous y soupez donc ? C’est fort bien fait à vous ; laquelle de nos soeurs est de la partie ? Car vous êtes un coureur de biches. Je n’en connais point, mademoiselle, répond M. Bordereau, depuis que je ne cours plus après vous. Vous êtes un insolent, mon gros ami, répliqua l’autre ; et peut s’en faut que, pour payer l’insulte que vous me faites, je ne vous fasse donner une volée de coups de bâton : vous avez donc là quelque faraud ? Dit M. Bordereau : oui, oui, j’en ai, petit faquin de commis, et tu les vas voir. Alors elle se mit à crier à pleine tête : à moi, milord, à moi ! On m’insulte.

Tout aussitôt voilà le milord, l’autre fille et ce Monsieur, qui accourent pour voir ce que c’est.

Vengez-nous, milord, dit Tonton, d’un misérable caissier qui ose me traiter comme une malheureuse, et vous comme un gredin. Allons donc, milord, allons donc, disait-elle, en le poussant, et voyant qu’il ne se mouvait guère, donnez-lui vingt coups de barre.

Vous êtes un sot, dit tranquillement l’anglais à M. Bordereau ; il allait s’en aller après cela ; mais Mademoiselle Tonton le retint, en lui disant : comment, milord, est-ce ainsi que vous soutenez la réputation des dames ? Que voulez-vous que je fasse, mamselle, lui dit-il, quand j’aurai coupé son visage à cet homme, vous serez toujours une danseuse de l’opéra-comique.

Tonton allait lui répondre sur le bon ton, quand nous entendons un bacchanale du diable dans la salle, où l’on cassait les bouteilles, les verres, et qu’on faisait voler les plats dans le jardin.

C’était l’habillé de noir qui faisait tapage, à cause qu’il était le mari de la dame de mon bourgeois. On entre comme il donnait des coups de pieds au cul, et des noms qui n’étaient ni beaux, ni honnêtes, à la chambrière de sa femme, qui chiait des yeux dans un coin.

Cette querelle-là fit cesser l’autre. Cela est plaisant, dit Tonton, qui ne pensait plus à son affront ; comment, Monsieur Minutin, les femmes de notaires courent donc le marché des filles du monde ? Ce mot-là fit élever le mari comme un soupe au lait ; il voulait se jeter sur sa femme ; mais Monsieur et Madame Dubois qui avaient peur du scandale, à cause de la police, se jettent sur lui, et vous le prennent à brasse-corps, qu’il ne pouvait plus que remuer la langue, qui disait les plus belles choses du monde.

À la fin, pourtant, il s’apaise petit-à-petit, parce que Madame Dubois lui remontre en douceur qu’il a tort encore plus que sa femme, qui n’était là que pour la première fois, tandis qu’il y venait tous les jours avec le tiers et le quart.

Pour toute conclusion du bacchanale ; on rapporte du vin, et on fait boire l’homme et la femme pour les rapatrier ensemble. M. Bordereau dit son nom à M. Minutin, et offre de lui faire plaisir à la douane et ailleurs, quand il aura besoin de son coffre-fort : ne prenez point d’ombrage de tout ceci, M. Minutin, dit mon bourgeois ; car, en vérité, il n’y a pas de mal. J’ai vu avant-hier Madame votre épouse, pour la première fois, par hasard, à la comédie ; nous avons parlé de l’opéra-comique, et elle m’a fait l’honneur d’en accepter une partie. J’ai eu toutes les peines du monde à lui faire agréer le souper que vous avez jeté par terre, mais il en faut commander un autre, car apparemment vous avez faim : Oh ! Point du tout, Monsieur, dit le notaire ; mais c’est qu’en vérité, si on vient à savoir cela, je suis tout-à-fait perdu dans le corps.

N’ayez pas peur, allez, Monsieur, dit Madame Dubois, je ferai en sorte que Mademoiselle Tonton et sa camarade n’en parlent point.

Je sais comment je m’y prendrai pour les faire taire ; à l’égard du milord, c’est un baragouineux qu’on ne croira pas, quand une femme comme moi parlera tout au contraire de lui.

Le milord et les deux filles étaient déjà rentrés dans le cabinet, sans s’embarrasser du notaire, quand ils avaient vu que le grabuge s’apaisait ; et Mademoiselle Tonton, qui n’avait non plus de fiel qu’un pigeon, trouvait que le souper de quatre était excellent pour trois.

Le nouveau souper venu, on se mit à table ; et comme il n’y avait plus rien à dire en particulier, la Fleur et moi, on nous fit servir, et c’est-là que s’est fait la conversation et l’accommodement que vous allez voir.

J’avais écrit cela, comme le reste, à ma manière ; mais comme chacun parlait à son tour, cela faisait un embrouillamini de dit-il, répondit-il, répliqua-t-il, ajouta-t-il, continua-t-il ; de façon que je n’y connaissais rien moi-même ; cela m’embarrassait beaucoup ; mais mon écrivain du charnier m’a donné une ouverture pour éviter l’embrouille ; c’est de coucher sur le papier ce discours-là par demandes et par réponses, tout comme quand on vous parle à la comédie ; et c’est ce que je vais faire ; retenez bien seulement qu’ils ne sont que trois qui parlent, parce que la chambrière, la Fleur et moi, nous écoutons sans souffler le mot.

Voilà comme cela a commencé par Monsieur Bordereau.

M. Bordereau.
- En vérité, M. Minutin, je suis charmé d’avoir fait la connaissance d’un homme comme vous, je me ferai toujours un vrai plaisir de vous obliger.

M. Minutin.
- Monsieur, vous me faites bien de l’honneur, j’accepte, de tout mon coeur, vos offres de service. Le temps est si dur, qu’on ne peut se soutenir sans le secours de ses amis, et surtout dans nos charges ; c’est pourquoi nous voyons tant de mes confrères faire la culbute.

M. Bordereau.
- Cela est vrai, au moins ce que vous dites, M. Minutin ; mais aussi on dit que vous le prenez sur un ton si haut…

M. Minutin.
- Comment voulez-vous faire autrement ? Ne faut-il pas soutenir noblesse ? Savez-vous ce qui nous tue ? C’est la dépense de nos femmes.

Madame Minutin.
- Mon petit nez, je ne dois pas être comprise dans le nombre.

M. Minutin.
- Tout comme une autre, Madame Minutin, tout comme une autre.

Madame Minutin.
- Voudriez-vous que j’allasse comme une procureuse.

M. Bordereau.
- Fi donc.

M. Minutin.
- Il faut aller selon son état ; il semble que vous ne vous souveniez plus de ce que nous avons été.

M. Bordereau.
- Je serais bien aise de savoir cela, si cela ne vous faisait point de peine.

M. Minutin.
- Point du tout ; je ne suis point de ces gens qui cachent ce qu’ils ont été, après avoir fait fortune.

M. Bordereau.
- Cela est bien glorieux pour vous. Pardi, contez-nous donc un peu votre histoire, Monsieur Minutin ; je parierais cent pistoles qu’elle nous ferait rire.

M. Minutin.
- À la bonne heure, je vais donc vous exposer…

Madame Minutin.
- Non, non, laissez-moi exposer à Monsieur…

M. Bordereau.
- Oui, je crois que ce sera plus drôle, de la part de Madame.

M. Minutin.
- Il faut donc la laisser jouir de ses privilèges, au désir de la coutume de Paris.

M. Bordereau.
- Je vous aime de cette humeur, M. Minutin… je crois que nous ferons de bonnes affaires ensemble ; car je suis quelquefois un croustilleux corps, tel que vous me voyez. Allons, à nos santés, aussi-bien, c’est trop parler sans boire. Du vin comme de l’eau ? Commencez, Madame, s’il vous plaît ; j’écoute de toutes mes oreilles.

Madame Minutin.
- C’est au hasard que nous devons notre fortune : avant mon mariage, je n’étais qu’une simple grisette, fille de boutique chez une marchande de modes, de la rue Saint-Honoré. J’ai, comme vous voyez, un visage assez mettable ; c’était toute ma ressource.

M. Minutin était alors chancelier de la bazoche.

Fille de boutique et clerc, font volontiers connaissance. À la première vue de Monsieur, l’amour fit évanouir les espérances de fortune que j’avais fondées sur mes attraits. Tous deux libres, et n’ayant à rendre compte de nos actions à personne, nous nous crûmes en droit de disposer pleinement de nous. Je plantai-là ma marchande ; il fit banqueroute à la bazoche, et le Port-à-L’Anglais vit allumer le flambeau de notre hyménée.

M. Bordereau.
- C’était, ma foi, bien s’y prendre.

Madame Minutin.
- Les agréments dont nous étions, pour ainsi dire, pétris l’un et l’autre, ne nous faisaient pas vivre plus à l’aise.

M. Bordereau.
- Cela se peut-il ?

M. Minutin.
- Rien n’est plus certain.

M. Bordereau.
- Si je vous avais connu dans ce temps-là, vous n’auriez pas été si en peine ; je vous aurais fait avoir une belle et bonne commission ; et vous seriez peut-être comme moi à présent. Je n’ai pourtant jamais été marié ; mais c’est que je me suis poussé d’un autre côté.

M. Minutin.
- J’étais trop jaloux de ma femme, pour en faire une ressource ; j’eus recours aux expédients ; quelques-uns me réussirent, d’autres me manquèrent.

Je me fis enfin solliciteur de procès. Un usurier se réfugia chez moi, avec ses larcins ; je les recueillis l’un et l’autre : on instruisait le procès du fugitif, quand une voisine babillarde le décela. La justice se transporta dans mon domicile, s’empara de l’homme, et me laissa les effets. L’accusé mourut en prison, et comme, à sa mort, il avait gardé le tacet , je me trouvai habile à succéder.

M. Bordereau.
- Ah, ah ! Il est bon là ; c’était un modèle de conduite pour les dépôts.

M. Minutin.
- Ma femme ayant toujours eu de l’ambition, pour la satisfaire, j’entrai dans le corps brillant des notaires de Paris.

M. Bordereau.
- Que cela est louable !

M. Minutin.
- Oui, mais elle me ruine par une dépense excessive. Considérez son vêtement ; est-ce celui d’une bourgeoise ?

Madame Minutin.
- Ah ! Je demande réparation pour le corps.

M. Bordereau.
- Bon, on en a bien besoin, est-ce qu’on ne sait pas qu’une notaresse n’est pas une bourgeoise ? D’où venez-vous donc, pour ne pas savoir cela, M. Minutin ?

Madame Minutin.
- Il n’a jamais su tenir son rang.

M. Bordereau.
- Oh ! Notre ami, il ne faut pas se laisser manger la laine sur le dos. Quelque jour je vous conterai un différent que j’ai eu avec un de nos directeurs. Oh, dame ! Je lui fis bien voir, en plein bureau, que son encre n’était pas reluisante : il ne faut pas se jouer à moi ; quand une fois je m’y mets, je ne suis pas tendre.

M. Minutin.
- Ce n’est pas tout-à-fait l’air dont elle se met qui me fait de la peine ; c’est qu’elle voit un certain monde qui ne me plaît pas.

M. Bordereau.
- Ah ! Cela est tout différent.

Madame Minutin.
- Eh ! Mais, mais, M. Minutin, vous n’y pensez pas ; je ne puis me renfermer, ni dans ma famille, ni dans la vôtre ; nous n’en connaissons pas. Je fraye avec les gens de ma volée. M’a-t-on jamais vue, par exemple, vous faire l’affront de me faufiler avec des procureuses, des avocates ?

M. Minutin.
- Je sais que vous ne vous encanaillez pas ; je ne me plains pas des gens que vous voyez ; ce n’est que de la façon de les voir.

M. Bordereau.
- Oh ! C’est autre chose.

Madame Minutin.
- Qu’a donc de répréhensible ma manière d’agir ?

M. Minutin.
- Comptez-vous pour rien, d’aller scandaleusement aux spectacles et aux promenades, avec des mousquetaires et des Abbés ?

M. Bordereau.
- Celui-là est un peu fort.

M. Minutin.
- Paraître en public, avec des gens de cette espèce, c’est vouloir se décrier à plaisir ; et nous sommes solidaires en réputation.

M. Bordereau.
- Il a raison.

M. Minutin.
- Voyez-les au logis, Madame, voyez-les au logis.

M. Bordereau.
- Il y a encore quelque chose à dire à cela ; mais cela viendra avec le temps. Avez-vous encore quelque chose sur l’estomac ?

M. Minutin.
- M. Bordereau, vous êtes mon ami ?

M. Bordereau.
- Touchez-là !

M. Minutin.
- Il faut donc vous ouvrir mon coeur. Je ne suis rien moins que jaloux ; mais je suis ruiné. J’en impose encore au public par un faste éblouissant ; mais, dans peu, on me verra donner du nez en terre.

M. Bordereau.
- Eh bien, mon ami, nous vous soutiendrons.

M. Minutin.
- Je n’aurais pas tout-à-fait besoin du secours de mes amis, si Madame Minutin voulait associer sa pratique à la mienne.

M. Bordereau.
- Ah ! Ah ! Est-ce qu’on passe aussi des actes par-devant Madame ?

Madame Minutin.
- Que voulez-vous dire ?

M. Minutin.
- Vous m’entendez : votre pension ne peut suffire pour vos plaisirs et vos habits ; il faut bien qu’il vous vienne de l’argent de quelqu’autre part.

Madame Minutin.
- Mais je gagne beaucoup au jeu.

M. Bordereau.
- Cela se peut sans miracle.

M. Minutin.
- D’accord : mais quand la femme donne à jouer, il ne reste ordinairement au mari, que les vieilles cartes et les cornets.

M. Bordereau.
- Ne parlons pas de cela.

M. Minutin.
- Tenez, Madame Minutin, je ne suis plus jeune ; et, à certain âge, on se défait de beaucoup de préjugés, faisons bourse commune : mettez le produit de vos actes dans l’esquipot .

Madame Minutin.
- Mais, Monsieur Minutin…

M. Bordereau.
- Vous y perdriez, peut-être, il faut que l’étude du premier étage aille mieux que celle du rez-de-chaussée. On peut trouver une façon de vous accorder ; rapportez en caisse le produit de deux études, et M. Minutin fera la dépense de la maison.

M. Minutin.
- Il n’est rien que je ne fasse pour soutenir l’honneur du corps. Y consentez-vous, ma femme ?

Madame Minutin.
- Soit.

M. Minutin.
- Ah ! Que je vais bien morguer mes confrères.

M. Bordereau.
- N’allez pas garder minute de cet acte-là, au moins. Pour peu qu’une bourgeoise fût passable, elle aurait bien l’ambition de parvenir aux honneurs du tabellionnat. Au reste, M. Minutin, mon ami, comptez toujours sur moi. Il faut qu’au premier jour j’aille sans façon manger votre gigot.

M. Minutin.
- Nous ne vous ferons pas l’affront de vous faire manger avec les clercs.

Quand tout fut arrangé, de la manière que je viens de le dire, il était une heure après minuit, ce qui fit que M. Bordereau demanda la carte, qu’il paya tout de suite sans marchander ; Madame Dubois lui demanda si c’était lui ou ce Monsieur qui payerait les débris des bouteilles, des verres et des assiettes cassées.

Plaisante gueuserie, dit M. Bordereau, pour en aller étourdir la tête de cet honnête homme. Combien faut-il pour tout cela ? En conscience, répondit Madame Dubois, cela vaudrait cinquante francs pour un autre ; mais, comme c’est vous qui payez, je me contenterai de deux louis, et c’est le prix courant ; vous concevez bien que je ne gagne rien là-dessus.

M. Bordereau allonge deux louis, on monte dans l’équipage, et je ramène tout le monde, chacun chez eux.

Depuis, j’ai souvent mené Madame Minutin et M. Bordereau, à sa petite maison au faubourg Saint-Antoine, où M. Minutin venait les trouver le soir, jusqu’à ce qu’un beau matin, mon bourgeois fît un trou à la lune, dont il a emporté à mon maître près d’un mois de louage de son remise, et ce qu’il me donnait pour boire.

Je crois que M. Minutin l’est allé trouver, car il a déménagé sa boutique, si tellement, qu’il n’y a laissé que des paperasses.

Voir en ligne : Histoire des bonnes fortunes de M. le Chevalier Brillantin

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’histoire libertine du Comte de Caylus, « Histoire de M. Bordereau, commis à la douane, avec Madame Minutin », Histoire de Monsieur Guillaume : Cocher, Oeuvres badines complètes du comte de Caylus, vol. X, Éd. Visse, Paris, 1787.

HISTOIRE DE MONSIEUR GUILLAUME : COCHER
TABLE DES MATIÈRES

Préface
I. — Histoire et aventure de Mamselle Godiche la coiffeuse
II. — Histoire de M. Bordereau, commis à la douane, avec Madame Minutin
III. — Histoire des bonnes fortunes de M. le Chevalier Brillantin
IV. — Histoire de Madame Allain et de M. L’Abbé Évrard
Le Libraire. — À qui a lu



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