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Curiosités et Anecdotes sur la flagellation

Historique du bâton en flagellation

Essai érotique (Librairie des Bibliophiles, Paris, 1900)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


HISTORIQUE DU BÂTON EN FLAGELLATION.
PIÈCES DOCUMENTAIRES ET ANECDOTIQUES.

Il faudrait écrire un long chapitre pour énumérer toutes les lois et coutumes qui se rapportent à la justice du bâton. Un serf qui n’obéissait pas aveuglément à son maître était de suite étendu pieds et poings liés sur une poutre, comme pour lui donner la question, et le moins qu’il recevait c’est une distribution de cent vingt coups. Pour les fautes graves, on lui coupait les oreilles, si bien qu’il n’était pas rare de voir des villages où la plupart des paysans avaient les oreilles coupées.

Chaque province avait en ceci ses coutumes particulières, car chaque seigneur, ou même officier du seigneur, châtiait à sa fantaisie ; mais les peines n’étaient nulle part les mêmes pour les nobles et les roturiers. De la mort de ceux-ci on ne s’occupait pas, tandis qu’un gentilhomme n’était jamais punissable ; tous les excès envers les manants lui étaient permis.

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Alors, pas plus qu’aujourd’hui il était bon de dire la vérité aux grands. Une mésaventure de Jean de Meung, le continuateur du Roman de la Rose, en est une preuve. Le poëte avait osé douter de la chasteté des nobles dames. Abomination ! Les vierges de la cour en jetèrent de hauts cris. Elles voulurent un exemple. La femme de Philippe le Bel intercéda pour elles auprès du roi, qui ordonna d’arrêter l’infâme calomniateur et de le déshabiller tout nu, après qu’il reçût, de la main même des nobles dames outragées, autant de coups de bâton qu’elles voudraient lui en donner.

Toutes se promirent de frapper fort et longtemps. Mais elles avaient compté sans l’esprit de Meung. Le poëte avait obtenu de la Reine la permission de demander une grâce relative à l’exécution de la sentence. Il demanda que la plus grande prostituée d’entre les dames de la cour lui appliquât le premier coup.

Aucune ne voulut s’avouer telle. Le poëte échappa ainsi à la bastonnade.

En ce temps où les grands se faisaient un honneur de ne point savoir lire, le dos d’une poëte n’était pas plus respecté que celui d’un roturier.

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On sait que chez les Athéniens, — peuple qui n’avait rien tant à cœur que l’agrandissement de la république, — le célibat était en grand mépris. Or, suivant l’usage, — usage que les femmes d’aujourd’hui ne craindraient pas de suivre, — quand un célibataire passait dans la rue, les femmes avaient le droit — et elles en usaient avec enthousiasme, — de lui courir sus à coups de bâton.

Par patriotisme… ou par peur de la bastonnade, tout le monde finissait par se marier.

Si cet antique usage revenait, nos filles qui coiffent sainte Catherine, ne failliraient pas à leurs devoirs : volontiers elles emploieraient ce moyen anti platonique pour se procurer un époux.

Si les coups de bâton avaient dans la classique Grèce le don d’amener des époux aux jeunes filles à marier, ils possèdent dans d’autres contrées la vertu de faire monter sur le trône des candidats à la royauté. Le système, il faut en convenir, serait de nature à refroidir singulièrement les candidats à la royauté de l’époque où nous vivons, s’il se généralisait.

Celui-ci se pratique dans certaines tribus des Indes.

Il faut d’abord que la Nation entière s’assure que le candidat au pouvoir souverain a fait ses preuves de valeur à la guerre, qu’il est adroit au maniement du bâton ou à tirer de l’arc et que, de plus, il sait braver la douleur.

Pour s’assurer de cette dernière condition, le futur monarque est conduit tout nu dans la plaine, où les notables Indiens lui distribuent chacun autant de coups de bâton qu’il peut en donner, sans qu’il soit permis au royal récipiendaire de pousser un seul soupir.

S’il laisse échapper une seule plainte, il est déclaré indigne d’Être jamais le chef de la Nation.

C’est ce qu’on pourrait appeler le sacre par le bâton.

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Du temps de Cicéron, les maîtres d’école se servaient de deux bâtons pour enseigner : un rouge pour l’Iliade, un jaune pour l’Odyssée.

Peu à peu, le bâton fut employé bien plus à châtier qu’à démontrer ; et les maîtres employèrent le bois flexible de la férule comme plus propre au nouvel emploi auquel cet insigne était destiné.

La férule a fait longtemps partie de l’enseignement… Il était accepté qu’on ne pouvait instruire qu’à coups de bâton.

Ce préjugé datait de loin.

Théodoric, roi des Goths, avait fait défense à ses guerriers d’envoyer leurs enfants à l’école, parce que, disait-il, « il n’est pas possible qu’ils n’aient pas peur d’une épée après avoir craint la férule ! »

Il eut été bien plus simple de supprimer la férule…

Mais c’était un préjugé, et il faut des siècles pour détruire un préjugé, quelque idiot qu’il soit.

Dans le Bas Empire, on appelait la férule sceptre, d’où le nom de porte-férule donné aux princes d’alors.

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Du temps du fameux bâtonniste Gousset, on ne donnait pas moins de 40 à 50 coups de bâton en 30 secondes aux délinquants. Nos bâtonnistes d’aujourd’hui peuvent en donner de 70 à 80. Un pareil progrès dans l’art de donner des coups de bâton est bien de nature à rendre rêveur.

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Les Juifs étaient jadis les plus féroces donneurs de coups de bâton de la terre ; suivant le cas, ils agrémentaient même l’instrument de pointes et d’épines.

« Mon père vous a frappé avec de simples fouets, moi je vous frapperai avec des scorpions, » dit Roboam, roi des Hébreux, à son peuple qui le suppliait d’adoucir le joug dont son père Salomon l’avait chargé.

La bastonnade entrait si bien dans le goût des Israélites, et ils en usaient si volontiers, que Moïse leur avait défendu d’excéder quarante coups ; mais comme la loi ne fixait pas la qualité avec la quantité, il s’ensuit que le patient expirait souvent au trente-cinquième.

Cette peine était alors la plus communément appliquée, sans doute parce qu’elle était la plus expéditive et demandait le moins d’appareil.

Nous voyons dans le troisième livre des Macchabées que Ptolémée Philopator — s’étant emparé de Jérusalem et ayant ordonné à ses généraux d’amener les Juifs en captivité — rendit l’édit suivant : « Quiconque aura caché un Juif, depuis le vieillard jusqu’aux jeunes enfants, sera mis à mort, lui et toute sa famille, à coups de bâton. »

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Sous les Romains, la bastonnade était une peine infamante employée seulement dans les armées. La qualité de citoyen préservait de ce traitement.

Dans l’armée, si la faute commise était légère on en était quitte pour quelques légers coups. Pour les soldats mercenaires, on se servait d’un bâton fait avec du bois de férule. Pour les soldats romains on employait un cep de vigne.

Les mercenaires étaient bâtonnés par les Romains ; les Romains par le Centurion.

Le Centurion ne marchait jamais sans tenir à la main l’instrument de sa charge. Cet instrument était tellement inséparable de cet estimable fonctionnaire, que, dans les inscriptions, le bâton figure toujours à la place de Centurion et y tient lieu de ce mot.

C’était un cep de vigne, recourbé à sa partie supérieure et dont il ne se servait que lorsque la bastonnade ne devait pas aller jusqu’à la mort : c’était le bâton le moins déshonorant.

La vigne a toujours eu d’étranges immunités !

Pour les soldats condamnés à mort, la bastonnade changeait de nom : on l’appelait fustuarium. Ou frappait en ce cas jusqu’à ce que mort s’ensuivit.

Suivant Polybe, on appliquait cette peine non seulement à l’officier et au soldat qui avait abandonné son poste, mais on l’appliquait également à celui qui se vantait d’une belle action qu’il n’avait point faite.

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La Chine est le pays où le Bâton, en tout qu’instrument de Justice et d’arbitraire a toujours exercé, et même exerce encore, le plus d’empire.

Chez ce peuple, tous les châtiments commencent par la bastonnade : il n’y a personne qui ne l’ait reçue au moins une fois dans sa vie. Nul n’en est à l’abri, pas même le mandarin de l’ordre le plus élevé. Ce qui a fait écrire avec bien juste raison, à un missionnaire, que le bâton gouverne la Chine.

Dans cet heureux pays, où la liberté de la presse est complète, les hommes de lettres ne sont jamais soumis à une mesure de prévention ; seulement, il est utile d’observer la maxime de Figaro : « Ne rien dire contre qui ni contre quoi que ce soit ! » Celui qui se permet le moindre trait satirique, une nouvelle un peu hasardée, est mandé de suite devant le mandarin qui lui fait administrer la bastonnade.

Une fois cette correction appliquée, l’écrit peut circuler à l’aise dans tout l’empire du soleil.

Le bâton est l’estampille du livre que l’auteur reçoit sur son dos.

Si le nombre de coups ne dépasse pas vingt — pour quelque délit que ce soit, — ils n’impriment aucune tâche et sont regardés comme une correction paternelle.

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Passons maintenant à la Turquie : Ce pays est tellement soumis an bâton, c’est-à-dire au pouvoir absolu, dont son gouvernement est le beau idéal, que, depuis le grand Vizir jusqu’au Pacha, tout ce qui exerce une autorité peut bâtonner suivant son caprice.

Il n’est pas jusqu’à la grande maîtresse du Harem (la Kehayacadine) qui n’ait un bâton pour marque de son pouvoir. Même les blanches épaules des Odalisques ne sont pas toujours à l’abri de ses coups.

La justice à la turque est devenue proverbiale ; elle ne laisse jamais languir les plaideurs : le Pacha leur fait distribuer à sa fantaisie des coups de gaule sur la plante des pieds et les renvoie chez eux.

Cette manière de procéder entretient la crainte, la meilleure auxiliaire du bâton.

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On sait que chez les Russes c’est le Knout qui est en faveur particulière. Aujourd’hui ce genre de supplice est moins usité, mais le bâton proprement dit y a conservé tous ses droits. Seigneurs, Gentilshommes et Maîtres, pour le moindre sujet de mécontentement ou pour la moindre faute, peuvent frapper sans autre forme de procès, ceux qui leur sont subordonnés.

Cette bastonnade s’appelle battock. L’esclave ou le paysan qui la reçoit doit, l’exécution finie, baiser la main et le genou de celui qui l’a ordonnée, toucher la terre avec le front, et le remercier de ce qu’il ne l’a pas fait bâtonner davantage.

Chez le paysan russe, lorsqu’une jeune fille se marie, son père, armé d’un bâton, demande au futur s’il veut prendre sa fille pour légitime épouse. Si la réponse est affirmative, le père fait faire trois tours à son enfant, et lui appliquant, à chaque tour, trois coups de bâton sur les épaules, il lui dit :

« Ma chère fille, voici les derniers coups que vous recevrez de la tendresse paternelle ; à dater de ce jour je résigne mon autorité à votre mari ! »

Après ces mots il présente son bâton au futur, qui, par politesse, refuse ou plutôt fait semblant de refuser de le prendre.

« Votre fille n’aura jamais besoin de cette correction répond-il galamment, je n’en ferai jamais usage. »

« Prenez, prenez toujours le bâton, insiste le père ; quand je me mariai, je fis la même réponse que vous, ce qui ne m’a point empêché d’en user souvent. »

Le mari s’empare alors du bâton, la jeune femme fait une révérence en signe de soumission et la cérémonie est terminée.

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Beaumarchais ne devait pas, pour sa part, échapper à la bastonnade promise aux poètes par le vieil Horace.

Le Mariage de Figaro lui avait mérité la haine de Louis XV, qui le fit enfermer dans la prison de Saint-Lazare, où les lazaristes furent chargés de lui administrer, chaque matin, une ration de coups de verge bien sentis.

C’est notre grand Molière qui, le premier, s’empara du bâton et le transporta sur la scène française. Ou sait assez comment il sut s’en servir en le mettant entre les mains de Scapin et de Sganarelle.

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Le bâton joua de tout temps un rôle prépondérant sur l’esprit des écrivains. C’est ce que témoigne le petit conte qui suit.

AMOUR ET BASTONNADE.

Un gentilhomme étant passionnément amoureux d’une jeune femme, et voyant qu’il ne pourrait jamais rien obtenir d’elle, la connaissant extrêmement simple et qu’il serait fort aisé de lui faire croire tout ce qu’il désirerait, attire un matois, qui, se déguisant en prêtre et contrefaisant le dévot, vint trouver cette femme, à laquelle il persuada qu’il avait eu une révélation ; que saint Jean lui était apparu la nuit ; qu’il lui avait dit qu’il était devenu amoureux d’elle, et qu’il avait charge de lui dire qu’elle se préparât pour le recevoir la nuit ; qu’enfin il voulait venir coucher avec elle, lui représentant qu’elle se devait tenir très heureuse, puisque de cet accouplement devait sans doute naître un grand personnage, outre l’assistance qu’elle recevrait toujours en toutes nécessités d’un si grand saint.

Elle fut si contente de cette nouvelle que, sitôt cet homme parti, elle en conféra avec sa fille de chambre, qui, étant aussi sotte qu’elle, y ajouta foi comme à l’Evangile. Elles ajustèrent donc la chambre le plus proprement qu’elles purent, et elle se para le mieux qu’il lui fut possible.

Son mari, qui était plus déniaisé qu’elle, arrivant pour souper, trouvant sa femme extraordinairement parée, et son lit et sa chambre en un autre état qu’il avait accoutumé de le voir, en demande la cause à sa femme qui, élevant les yeux au ciel, dit qu’ils se devaient tenir pour les plus heureux du monde, puisqu’un grand Saint, comme saint Jean, la voulait honorer de sa compagnie et tenait à gloire d’avoir les restes de son mari.

Cet homme, entendant cet impertinent discours, vit bien que l’on avait dessein d’abuser de la simplicité de sa femme. Comme il l’avait connue sage et vertueuse, mais extrêmement sotte et de facile croyance, il n’eut aucun ombrage, mais il tâcha, par belles paroles, de lui faire entendre que l’on se voulait moquer d’elle ; mais elle, qui croyait fermement la chose être vraie, se mit à pleurer et à se tourmenter, lui disant que ce n’était pas la première fois qu’il se voulait opposer à sa félicité. Le mari, voyant que par raisons il ne la pouvait vaincre, et d’ailleurs étant curieux de savoir quel était le galant qui lui voulait jouer ce tour et de le châtier comme il le méritait, feignit de condescendre à la volonté de sa femme. Pour lui donner lieu de recevoir un si grand saint, il lui dit qu’il voulait lui laisser la maison libre et aller coucher chez un de ses amis.

La femme en fut fort réjouie. Il la laissa, et elle, en bonne dévotion, se mit à attendre son nouvel amant, qui ne manqua point de venir sur les onze heures de nuit, comme il lui avait mandé, en habit à peu près comme on a coutume de peindre saint Jean. Il frappe à la porte, que l’on ouvre incontinent, et par la femme et par la servante, il fut reçu selon le mérite du personnage qu’il voulait représenter. Le mari cependant, que avait fait savoir son dessein à un de ses amis, était aux aguets ; il s’était habillé comme on a coutume de vêtir saint Pierre, avec une perruque grise, une fausse barbe, et deux grandes clefs à la main, et il était assisté de son ami (avec chacun un bon bâton sous leurs robes) et deux jeunes enfants habillés avec des aubes et des ailes, comme les anges, qui tenaient chacun un grand chandelier avec un cierge allumé. Il avait envoyé un homme prendre garde quand saint Jean serait arrivé.

Aussitôt qu’il fut averti, il vint, avec son ami et ces deux anges feints, en l’équipage que je vous ai représenté, à la porte de sa maison ; et, avec un passe-partout qu’il avait, ayant ouvert la porte, vit saint Jean sur le point d’entrer aux prises avec sa femme. Alors, il s’écria :
- Qui est le téméraire qui vient effrontément souiller la couche destinée au chef des apôtres ?

Cette femme surprise dit que c’était saint Jean.
- Il a menti, répondit le mari, l’imposteur qu’il est ! Je suis saint Pierre. Voilà les clefs du paradis que j’ai sur moi ; personne ne lui peut avoir ouvert la porte. Mais c’est moi (dit-il à sa femme) qui vous ai fait avertir que je voulais venir coucher avec vous, épris de votre beauté, et ce traître ici a voulu venir occuper ma place. Mais je vous ferai voir qu’il se faut bien garder de s’adresser à une personne comme moi, qui puis lier et délier au ciel comme en la terre.

Là, il tire son bâton, et son ami le sien, et tous deux se jetèrent sur monsieur saint Jean qu’ils bâtonnèrent à plaisir. Mais lui, voyant sa fourberie découverte, se sauva le plus promptement qu’il lui fut possible. Le mari revint ensuite trouver sa femme, qui le prit aussi facilement pour saint Pierre qu’elle avait pris l’autre pour saint Jean. Elle se mit à genoux devant lui et lui demanda pardon : il renvoya son ami et les anges, et en qualité de saint Pierre coucha avec sa femme, qui ne le trouva pas meilleur ouvrier que son mari.

Elle demeura en cette croyance jusqu’au lendemain matin. Alors, elle fut détrompée à sa confusion et ne fut plus dorénavant de si légère croyance.

Voir en ligne : Rose Keller et le Marquis de Sade

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



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