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Passion sexuelle et folie érotique

Imagination et érotomanie

Les Aberrations psychologiques (Chapitre XVI)



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Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


XVI
IMAGINATION ET EROTOMANIE

Le rôle de l’imagination dans les propensions sexuelles est évidemment considérable. Cependant nombre d’hommes le méconnaissent. On voit attribuer communément au besoin physiologique normal, les excitations nées de la pensée elle-même.

Le désir qui correspond à un réel besoin fonctionnel est déterminé par la réplétion des vésicules séminales. Or, à moins que l’on n’excite (par une alimentation aphrodisiaque ou par une dépense spermatique abondante) l’appareil excréteur, une quinzaine de jours, environ, sont nécessaires, après une éjaculation, pour en reformer la substance.

Divers spécialistes ont même envisagé que le rythme normal du désir masculin s’approchait du rythme des époques féminines. L’homme serait porté à ensemencer, environ une fois tous les 28 jours, avant ou après les règles, le terrain à féconder.

Cette théorie, plus ingénieuse que vérifiable, est néanmoins plus près de la vérité que celle qui prétend normal le coït trihebdomadaire.

L’exacte vérité est que la production spermatique normale varie pour chaque organisme masculin. Elle dépend, très vraisemblablement de la vigueur endocrinienne. Un homme se trouve posséder des glandes à gros rendement ; un autre, aussi vigoureux que le premier à tous points de vue extra-sexuel manifeste une moindre puissance d’excrétion.

Personne ne doute du dommage occasionné par le fait de dépenser davantage que son revenu. Ce dommage consiste à entamer, à diminuer le capital.

En physiologie comme en finances, celui qui dépense plus qu’il ne produit, détériore l’agent producteur, le capital-force, le capital-vie, c’est-à-dire l’organisme.

Si personne ne doute de cela, nombreux sont ceux qui s’illusionnent sur leurs capacités réelles. Ils se figurent dépenser leur revenu et, en réalité, ils en épuisent la source.

D’où vient cela ?

Du fait que sous l’empire d’imaginations luxurieuses, sensuelles, lascives, une excitation physique se produit qui incite au coït, plus puissamment encore que l’excitation proprement organique.

Un exemple — et une leçon — nous sont donnés par les animaux. Ceux-ci ne coïtent qu’à certaines époques fixes. Un rythme fonctionnel les pousse à l’amour aux moments prévus par la nature. C’est ce qu’on appelle le rut. Hors du rut, l’animal est profondément indifférent à l’égard de la sexualité. Le mâle ne recherche pas la femelle. Celle-ci ne le trouble en aucune façon. C’est que l’animal réunit trois conditions d’équilibre sexuel :

1° Il s’alimente sainement, sans excès, sans excitants ;

2° Il n’a pas plus de propension pour l’amour que pour ses autres besoins ;

3° Enfin il n’est pas accessible aux stimulations imaginatives.

L’homme, au contraire :

— absorbe une proportion excessive d’aliments aphrodisiaques ;

— envisage la joie sexuelle avec surestimation ;

— laisse complaisamment toutes sortes d’images érotiques envahir sa pensée.

Il nous semble intéressant de définir quelques-uns des processus psychiques suivant lesquels l’imagination surexcite extra-physiologiquement l’instinct sexuel.

Tout d’abord, il faut noter, si paradoxal que cela paraisse, le sentiment perpétuel d’inassouvissement qui résulte lui-même du fait que l’amour physique promet infiniment plus qu’il ne tient.

Lors de ses premiers désirs, l’homme surestime imaginativement les délices de la possession. (La littérature n’est pas étrangère à cette illusion.) Il est donc nécessairement et toujours déçu. Certes, il trouve un plaisir très appréciable, mais pas exactement ce qu’il avait rêvé. À moins qu’il soit pourvu d’un robuste bon sens et qu’il envisage le coït dans les justes proportions d’un assouvissement fonctionnel, il cherchera donc à poursuivre la conquête d’un degré de plaisir inaccessible. Il sera alors porté à réitérer le coït plus que de raison, à essayer toutes les postures possibles et imaginables, et à le pimenter de pratiques vicieuses. Ce n’est pas tout.

Ayant épuisé, avec sa conjointe toute la gamme des caresses et n’y ayant jamais atteint la volupté idéale, il sera tenté par d’autres types féminins. Ce que l’une ne lui a pas procuré, l’autre, lui semble-t-il, lui dispensera.

Ainsi chaque nouvelle désillusion sera suivie de nouveaux désirs pour d’autres sujets.

Tel est le cas le plus fréquent. Il comporte l’excès, l’abus, par forcément l’aberration. Mais quand l’homme porte en lui-même quelques prédispositions à l’exhibitionnisme, au masochisme, au sadisme ou à tout autre dérèglement, il y est amené presque irrésistiblement.

Lassé de l’amour normal parce que toujours déçu ou blasé, mais toujours obsédé par des imaginations voluptueuses, l’un se rappelle, en voyant passer un jeune garçon, quelque intimité de collège. De là à rechercher le contact sodomitique de jeunes gens, il n’y a qu’un pas.

L’autre se remémore, comme J.-J. Rousseau, le trouble sexuel que lui procura vers sa douzième année, une fessée reçue des mains de son institutrice ou de sa gouvernante : il peut devenir flagellomane.

Le lecteur attentif des précédents chapitres n’aura aucune difficulté à comprendre, maintenant, l’origine imaginative des vices les plus variés.

Parallèlement aux impulsions spontanées, à celles qui s’élaborent d’elles-mêmes dans la subconscience individuelle réactionnée par l’instinct, il convient de noter, aussi, celles que déterminent les causes extérieures.

Nous disions, plus haut, que l’animal, en dehors de la période de rut, regarde la femelle d’un œil indifférent- [1].

Mais l’homme, même au sortir des bras de celle qu’il aime, ne saurait — sauf exceptions assez rares — demeurer insensible aux attraits du beau sexe. Il voit, au cours de la journée, n + 1 jeunes filles ou femmes de types variés. Toutes celles qui possèdent un élément de charme qu’il apprécie particulièrement réactionnent inconsciemment son instinct sexuel.

La littérature, la peinture, la musique, le spectacle, agissent aussi sur l’imagination, et, par le truchement de cette dernière, sur le sentorium.

En définitive l’homme se trouve sollicité activement, de divers côtés, au plaisir vénérien et il lui faut un solide équilibre mental pour se dérober aux incitations super-physiologiques.

Il lui faut, notamment, assez de bon sens pour comprendre qu’en l’espèce, nous sommes tous limités et que toute dépense excessive rapproche le moment où l’on devient impropre à l’acte sexuel. Dépenser modérément permet d’user des joies sexuelles durant une plus longue période. On voit même des vieillards âgés de 70 ou 80 ans conserver leur virilité, en récompense de leur modération passée.

Si on réfléchit ; enfin, aux impedimenta qu’entraîné la passion sexuelle, aux complications, aux dépenses, aux asservissements qu’elle comporte, on ne tarde pas à désirer se libérer à cet égard de tout penchant excessif et réduire à sa juste importance dans la vie la question de l’amour physique.

Voir en ligne : Chapitre XVII : Mysticisme et érotisme

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.

Notes

[1Beaumarchais, l’illustre auteur du Barbier de Séville, fait dire à l’un de ses personnages du Mariage de Figaro :

… Boire sans soif et faire l’amour en toute saison, voilà ce qui nous distingue des bêtes.-



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