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Passion sexuelle et folie érotique

Incubes et succubes

Les Aberrations psychologiques (Chapitre XV)



Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


XV
INCUBES ET SUCCUBES

C’est une forme bien curieuse de délire pollutionnel.

Des hommes sont, au cours de la nuit, assaillis par de luxurieux invisibles (succubes) qui, abusant de l’abandon de leurs victimes les induisent à de coupables rapports.

Des femmes, aussi, reçoivent la nocturne visite d’insaisissables éphèbes (incubes) qui assouvissent sur elles une inextinguible soif de caresses lubriques.

En réalité ceci se résout au rêve érotique banal. Mais la singularité du phénomène consiste dans l’interprétation aberrante qu’en font les mystiques confiants dans l’existence et le rôle terrestre des démons.

L’Église — dont les inspirations ne semblent pas toujours émaner du St-Esprit — a si bien admis la réalité des relations sexuelles de certains hommes et de certaines femmes avec les démons qu’un savant religieux, le P. Sinistrari, d’Amiens, a gravement disserté sur cet important sujet.

Dans son ouvrage- [1] il réunit de troublantes observations qu’il interprète à sa manière, mais dont la science peut tirer d’autres enseignements.

On sait que l’imagination, provoquée par la continence ou par le refoulement d’un désir spécial plus ou moins singulier, peut donner lieu à l’obsession et à l’idée fixe. En l’espèce, l’idée fixe consiste en l’image mentale de nudités, en représentations cérébrales d’actes voluptueux, etc. L’insatisfaction matérielle tend inconsciemment à créer un rêve (ou une rêverie) au cours de laquelle l’intéressé s’imagine jouir à son gré, posséder l’objet de ses désirs, réaliser ses pensées lubriques.

Au cours du sommeil, l’imagination, délivrée de la surveillance de la raison, s’exalte et atteint son summum de puissance évocatrice. Alors apparaissent des êtres que l’on croit voir, toucher, entendre, et dont la présence détermine les mêmes impressions, les mêmes sensations que s’ils étaient de chair et d’os. Nous pourrions même dire que ces fantômes psychiques trouvent en qui ils s’évoquent un clavier nerveux si vibrant, un éréthisme si exacerbé que leur toucher et leurs caresses comportent une volupté bien plus aiguë que la normale.

Ainsi naquit dans quelques cerveaux à la fois déséquilibrés par la foi mystique et par l’érotisme, la conviction qu’ils étaient visités par des êtres réels quoique d’essence surnaturelle.

Ce qui parut confirmer cette absurde conviction fut le cas assez fréquent où l’hallucination voluptueuse venait assaillir en plein jour sa victime. Le P. Sinistrari, dans son ouvrage précité, ne manque pas de citer plusieurs cas de ce genre, en particulier celui d’une femme, qui, étendue à terre, remuait lascivement les jambes et les cuisses et semblait étreindre un fougueux amant. Quand elle eut ainsi goûté l’orgasme vénérien, elle sembla, dit le P. d’Améno, recouvrer ses sens et l’on vit s’élever d’elle une vapeur noirâtre — le démon, probablement.

Au vrai, une imagination hallucinée peut parfaitement subir l’illusion d’une véritable apparition, d’une présence matérielle. Nous avons pu observer une femme très ardente que l’absence de son mari rendait hallucinable. Sous l’effet du besoin sexuel, elle s’abandonnait à d’activés rêveries dont se repaissait son appétence. Peu à peu il lui semblait avoir prés d’elle le bien-aimé. Ses mains, étreignant le vide, sentaient les contours du mari. Puis l’hallucination du toucher s’affirmait et lui donnait l’exacte illusion d’un coït aboutissant à une très vive jouissance. Nous avons également traité une jeune fille dont les rêves comportaient parfois l’étreinte d’un démon tout semblable au diable légendaire. Ce dernier tout en la violant, lui griffait le dos sur le trajet des nerfs rachidiens. Elle s’éveillait ensuite, très mal à l’aise, et restait, le lendemain, dans un état de prostration fort pénible.

Ce sont là des cas justiciables d’un traitement surtout physiologique dont le premier principe consiste à établir la satisfaction normale du besoin sexuel.

D’autre part, il convient de proscrire toutes lectures, spectacles ou conversations susceptibles de susciter le désir ou de stimuler les tendances érotiques. Les personnes qui accueillent complaisamment, au cours de la journée les pensées voluptueuses qui s’élaborent en eux ou qui naissent sous l’effet d’une cause extérieure ne doivent s’en prendre qu’à elles-mêmes si leurs nuits sont troublées.

S’il est vrai que l’appareil génital postule l’accomplissement de la fonction qui le caractérise, l’imagination réagira sur l’organe dès qu’elle se trouve accaparée par des images lascives. Là encore apparaît primordial le rôle d’un self-control inflexible et rationnel.

Voir en ligne : Chapitre XVI : Imagination et érotomanie

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.

Notes

[1Sinistrari d’Ameno (R. P.) Demoniality or incubi and succubi. À treatise where is shown that there are in existence on earth rational creature beside man, endowed like him with a body and a soul, that are born and die like him, redeemed by our Lord J. C., Liseux, publisher 1879.



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