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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Jack Stevens

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre IX)



Auteur :

Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


IX
JACK STEVENS

La conduite de ces batteurs d’estrade à l’égard de deux femmes dont l’une était jeune, belle et, en tous points désirable, peut paraître singulière. Comment leur nature brutale ne fut-elle pas surexcitée par le capiteux spectacle de ma resplendissante nudité ?

Ce n’est pas qu’à la perspective angoissante de la torture je préférasse l’ignominie qui devait résulter de la défaite de ma vertu, mais, au plus profond de moi, j’espérais néanmoins que la vue de mes jeunes charmes, avivant les instincts de concupiscence de ces brutes, serait un prétexte à querelle.

Quoique naïve encore, malgré la leçon que m’avaient donnée les infâmes entreprises de Randolph, je savais que l’exhibition de mon corps pouvait réveiller les ignobles appétits de ces hommes grossiers et frustes ; j’espérais, dis-je, qu’ils se seraient disputés ma possession, et qu’à la faveur d’une rixe j’aurais pu m’enfuir.

Hélas ! je ne savais pas qu’ils fussent les suppôts de Randolph lui-même, et payés largement par celui-ci pour l’exécution d’un ordre barbare.

Chez ces hommes, la cupidité, cette fois, avait parlé plus haut que l’instinct bestial.

Du reste, les coureurs des bois n’agissaient pas toujours ainsi quand l’appât du gain ne commandait pas à leurs actions, et ce même Stevens échappa longtemps aux recherches de la justice pour un crime d’assassinat précédé de viol, perpétré en des circonstances particulièrement atroces.

Le récit du crime monstrueux me fut fait, plus tard, par une vieille mulâtresse, esclave de Randolph père, laquelle l’avait elle-même entendu raconter par le menu des détails.

Je crois devoir placer digressivement ici le récit de cette femme :

Malgré le surmenage dont étaient accablés les esclaves, malgré le surcroît de travail exigé de chacune d’elles, Randolph père n’arrivait pas à satisfaire aux demandes des marchands de coton ; aussi était-il urgent que son troupeau humain augmentât en nombre.

Le planteur acheta donc sur le marché de Richmond trois noirs parmi lesquels était une mulâtresse d’une trentaine d’années nommée Maria de Granier.

(En certaines parties de l’Amérique du Sud, les esclaves nés dans la plantation, avaient leur prénom suivi du nom de leur maître.)

Cette femme qui, autrefois, avait été très jolie, se trouvait, au moment de son exposition au marché, dans un état lamentable : prise sous un éboulement alors qu’elle se livrait à des travaux de terrassement, elle en fut tirée à demi morte et pour toujours infirme, incapable d’exécuter désormais les rudes travaux auxquels elle avait été soumise.

Maria de Granier, marchandise avariée, fut cédée à bas prix. Mais ce qui engagea Randolph père à faire cette acquisition, c’est que, malgré son terrible accident, l’esclave allait bientôt être mère. Il comptait sans doute que la jeune infirme pourrait suffire à de menus travaux et que l’enfant dont elle était enceinte augmenterait le nombre de ses esclaves et lui rendrait un jour quelques services.

Pour abominable qu’il fût, ce calcul n’en était pas moins exact :

La mulâtresse grosse des oeuvres d’un blanc, donna le jour à une ravissante petite fille qu’elle appela Rosa. Et, pendant quatorze ans, l’enfant grandit, entourée de soins par les femmes qui, afin de cacher ses fautes enfantines, risquaient souvent d’être fouaillées ; adorée des pauvres noirs qui enduraient stoïquement la bastonnade quand le majordome les surprenait aidant l’enfant dans son travail.

Cependant Rosa était devenue une ravissante créature aux traits fins et réguliers, aux dents blanches, aux longs yeux noirs ; des formes incomparables se révélaient déjà sous son ignominieux vêtement d’esclave, et ses bras nus à la peau veloutée, apparaissaient à peine teintés de ce bistre qui décèle le sang mêlé.

La vue de Rosa avait inspiré à Georges Randolph qui, à cette époque, venait d’avoir dix-huit ans, une passion violente. Il la poursuivait de ses prévenantes assiduités et n’attendait qu’une occasion propice pour faire subir à cette enfant le sort qui attendait toutes les jeunes esclaves.

Mais, par une sorte de prescience du danger dont elle se sentait menacée, Rosa, qui s’était aperçue de la nature des sentiments de Georges, fuyait l’occasion, aussi n’acceptait-elle les gâteries et le caresses du jeune homme qu’en la présence des noirs, devant lesquels, malgré l’impunité dont il se savait couvert, le jeune homme n’eut point osé perpétrer un attentat.

Enfin, un jour que Rosa, seule, portait un faix de coton dans un hangar servant de magasin et bâti à la lisière d’un bois, Georges, en l’absence du majordome qu’il avait éloigné sous un prétexte spécieux, se jeta sur l’enfant, la couvrit de baisers et, dans un violent accès d’érotisme, lui commanda de se coucher.

Rosa, se dégageant adroitement de l’étreinte, n’obtempéra point à l’ordre et s’enfuit dans la forêt où Randolph furieux la poursuivit longtemps.

L’enfant avait franchi des haies, des futaies, des halliers, et pris, en courant, des sentiers qui lui étalant inconnus ; tant et si bien qu’épuisée, haletante, elle se laissa tomber au milieu d’une sente où, morte de fatigue, elle s’endormit…

La nuit tombait. Bientôt, les fanes mortes et les branches sèches qui jonchaient le sentier crièrent sous les pas d’une troupe d’hommes. Ce bruit, succédant tout à coup au calme profond de la forêt, réveilla l’enfant. Elle se souvint et elle eut peur. Mais rassurée à la pensée que ce bruit de pas pouvait provenir de la marche de noirs qui la cherchaient dans la foret, elle se dressa et appela. Au même instant elle sentit sur sa peau nue la fraîche caresse des brises courant sous les bois.

Dans sa fuite folle ses vêtements s’étaient défaits ; ils étaient tombés un à un et, maintenant, elle se sentait honteuse d’être nue. Il lui semblait que l’ombre avait des curiosités malsaines.

L’enfant avait appelé. Des voix d’hommes lui répondirent. Étaient-ce les noirs ?

Non ! c’était Stevens escorté de deux compagnons portant guêtre de cuir aux jambes et carabine à l’épaule.
- Par les tripes du Shérif ! dit-il en apercevant l’enfant, voilà une créature qui n’a pas peur des refroidissements.

Et s’approchant :
- Par la mort bleue ! Elle est digne d’être hospitalisée, de force ou de gré, en la somptueuse demeure de Jack Stevens… Le diable que nous adorons a eu, sans doute, pitié de notre continence forcée ; c’est pourquoi il nous offre aujourd’hui un morceau de choix.

Rosa comprit l’effroyable signification de ces paroles. Elle fit un mouvement de retraite.

Stevens épaula sa carabine :
- Halte, la belle ! cria-t-il. Bien que myope le jour, je suis nyctalope la nuit, et sais diriger sur le but un lingot de plomb. Allons ! pas tant de façons et suis-nous.

Cernée maintenant par les trois hommes, l’enfant sentit que toute résistance devenait impossible. Rouge de confusion, angoissée de terreur, elle joignit les mains :
- Soyez bons, messieurs, soyez cléments… ayez pitié ! Je ne suis qu’une enfant… Une pauvre petite esclave qui n’a pas encore quinze ans !…

Les yeux des trois hommes étincelèrent :
- Pas quinze ans ! — s’exclama Stevens dont l’autorité paraissait régler les actions et les paroles de ses compagnons — Pas quinze ans ! Mais alors, c’est une friandise… un fruit mûr a point, dans lequel personne n’a encore mis les dents !… Par nombril de Jacob ! Vous y goûterez, camarades… après moi !

Tout espoir s’évanouissait, mais le courage revenait à l’enfant :
- Eh bien ! dit-elle, tuez-moi ! Je ne vous suivrai pas !

Et Rosa, croisant sur sa poitrine ses mains tremblantes, s’accroupit dans l’herbe froide que mouillait la rosée des nuits.

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Abominable forfait (Chapitre X)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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