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Confession sexuelle d’un Russe du Sud

Je suis devenu masturbateur…

Études de Psychologie sexuelle (15)



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« Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.


Toutes les prostituées italiennes avec qui j’ai eu l’occasion d’en causer m’ont avoué que, pendant leur enfance et leur prime jeunesse, le spectacle des urineurs avait été pour elles une source abondante de jouissances. L’une d’elles me raconta qu’à dix-huit ans, lorsqu’elle était vierge, il lui était arrivé de regarder de la fenêtre de son logement l’urinoir qui était en bas dans la rue et de voir le pénis des hommes qui urinaient. Elle se disait alors : « Dieu, comme cela doit être bon de toucher et de manier ce poisson cru ! Quelle chose divine cela doit être de coucher avec les hommes ! » (Dio, come dev’essere buono il toccare ed il maneggiare quel pesce crudo ! Che cosa divina dev’essere il coricarsi con gli uomini !). À propos de cette fascination qu’exerce sur l’imagination des jeunes filles la vue de l’organe viril, je me souviens qu’une autre prostituée m’a raconté l’émotion violente qu’elle avait éprouvée à dix ou onze ans en voyant l’organe sexuel de son père : « Ce morceau de viande ne me sortait pas de l’esprit ! » (Quel pezzo di carne non si rimuoveva dal mio spirito), disait-elle. Elle ajouta qu’elle avait été peut-être encore plus émue sexuellement en voyant pour la première fois la toison du pubis de sa mère. Cette image lui apparaissait en rêve et provoquait chaque fois des pollutions. Toutes, dans leur enfance, s’étaient intéressées aux parties sexuelles des garçons. J’ai eu l’occasion d’observer moi-même l’intérêt que les fillettes témoignent pour les organes virils. Dans le voisinage d’une petite ville côtière d’Italie, j’ai vu un homme qui se baignait dans la mer se laver le pénis au savon. Un groupe de petites filles entre dix et douze ans, se tenant à une certaine distance, observait cette scène attentivement. Une autre fois, au bord de la mer également, près de Gênes, j’ai vu un gars de quinze ou seize ans, tenant dans sa main son pénis érigé. Je crois qu’il se masturbait. Pas loin de lui, une fillette de treize ou quatorze ans se glissait à pas de loup et sans bruit entre les rochers, tâchant de s’approcher pour mieux voir et fixant des regards ardents sur le gros priape du jeune homme. Ce dernier, m’ayant aperçu, entra soudainement dans l’eau et la jeune fille alla se cacher derrière les rochers. Je me trouvais une fois à Florence, dans la salle de Niobé de la Galerie des Offices. Une petite fille d’une huitaine d’années et, à en juger par le costume, appartenant aux classes populaires, entra dans la salle et s’approcha de la statue d’un niobide couché sur le dos. Ayant jeté autour d’elle un regard circulaire et se croyant seule (elle ne me vit pas, car je me tenais derrière une statue), elle se mit à palper et à caresser le pénis de marbre de la statue, puis elle le baisa. Je fis un mouvement, elle m’aperçut, rougit et quitta la salle au galop [1].

Toutes les prostituées italiennes avec qui j’ai causé m’ont avoué qu’elles s’étaient, dès leur âge le plus tendre, amusées sexuellement avec des petits garçons. En jouant, par exemple, au médecin et sous le prétexte d’examiner les malades, on glissait la main sous le jupon et dans le pantalon et l’on touchait les organes sexuels des compagnons et compagnes de jeux. Ou bien on jouait au mariage : ce jeu menait loin quelquefois.

Une Romaine me fit le récit suivant : à l’âge de huit ou neuf ans, avec un compagnon du même âge, elle alla chercher dans le parc Borghèse un coin bien retiré dans l’intention expresse d’accomplir un coït complet ; les deux enfants s’étaient jusque-là bornés à des contacts superficiels, mais ils décidèrent d’accomplir le coït véritable avec pénétration du membre. « J’en avais envie (ne avevo una voglia), disait la Romaine, comme si j’avais été une femme faite. » Mais, malgré tous leurs efforts, ils ne purent rien faire. Le pénis, quoique érigé, ne pouvait pénétrer dans le vagin. « Et pourtant nous nous sommes donné beaucoup de peine. Nous avons travaillé pendant une heure au moins, una oretta almeno ! Mais, si nous n’avons pas réussi, nous avons eu du plaisir tout de même. » Une Milanaise me dit qu’elle pensait encore à présent avec plaisir à ses ébats, entre dix et treize ans, avec des garçonnets du même âge. Ce plaisir était dû surtout au souvenir de leurs membres virils « qui étaient petits, mais si mignons, chauds, avec la peau si lisse, et puis si durs, durs comme du fer. Et quand apparaissaient, continuait-elle, le sperme chez les garçons et les sécrétions chez les filles (la sborratura delle ragazze, du verbe sborrare, lâcher l’eau, éjaculer), comme nous étions étonnés de voir quelque chose de blanchâtre qui sortait de notre corps ! » Le mode ordinaire des relations sexuelles entre enfants était le coitus in ore vulvæ : « on se frottait », ci si sfregava. Quelquefois on s’onanisait mutuellement avec la main. Le cunnilingus n’était pas inconnu. Certaines fillettes furent même déflorées.

Des différents récits que me firent les femmes il résultait que presque toujours, pour accomplir leurs exploits érotiques, les enfants étaient obligés de sortir de la ville et de chercher une cachette dans les jardins ou les bois des environs. Cela confirme ce que j’ai dit, à savoir que la vie de campagne est plus favorable aux jeux érotiques des enfants que celle de ville ; en ville les cachettes ne sont pas toujours faciles à trouver. Une hétaïre bolonaise me dit qu’à l’âge de quatorze ans et étant encore vierge elle avait eu un « fiancé ». Ils allaient ensemble se promener aux environs de Bologne, se couchaient dans les broussailles et se masturbaient mutuellement con furia. E ce ne siamo date, delle pugnette ! s’exclamait-elle. Le fiancé pratiquait aussi sur elle le cunnilingus. Mais ce ne fut pas lui qui la déflora un peu plus tard.

J’ai noté que la plupart des jeunes filles, entre quatorze et dix-sept ou dix-huit ans, préfèrent le coitus in ore vulvæ au coït complet. Récemment une Espagnole me raconta qu’elle s’était laissé déflorer par un amant, qu’elle aimait d’amour, pour lui complaire. Depuis ce moment, l’amant ne voulut plus la coïter in ore vulvæ. Comme le coït complet ne la satisfaisait pas et comme elle avait la nostalgie des anciennes sensations, elle fut obligée de s’adresser à des amis de son âge ou plus jeunes qu’elle pour se faire faire l’amour à l’ancienne façon. Elle trompait ainsi son amant qu’elle continuait à aimer sentimentalement quoiqu’il ne lui procurât presque plus de plaisir sexuel, car il s’obstinait à ne plus pratiquer avec elle que le coït normal. Ce n’est qu’à dix-huit ans qu’elle apprécia ce dernier (une femme qui se livrait à la prostitution depuis l’âge de quinze ans me dit qu’elle avait éprouvé la première jouissance sexuelle, le premier orgasme non simulé, à vingt-trois ans ! Depuis ce moment, elle est devenue très sensuelle). Une exquise Napolitaine de dix-sept ans, déflorée depuis quelques mois à peine, me dit, toute rayonnante de volupté après avoir été coïtée par moi in ore vulvæ : Non vale questo piu di una chiavata ? (cela ne vaut-il pas mieux qu’une « foutée » ?), et pour atténuer la crudité de l’expression chiavata, elle ajouta pudiquement et en baissant les yeux : come dicono i Napoletani… (comme s’expriment les Napolitains). Cela m’a rappelé le « outre… que vous me feriez dire » dans le Tartarin de Daudet. Sur ma prière, elle expliqua sa préférence : In una sola seduta ho fatto due volte. Cio non mi succede mai chiavando. Quando mi si chiava, non ho fatto ancora nemmeno una volta, a malapena comincio a riscaldarmi ed ecco, zick-zack, il benedetto signore ha già sborrato, l’uccellone è uscito fuor della gabbia, ed io rimango fritta. Nell’altro modo, al contrario, io sborro due, o tre volte prima che l’altro abbia fatto. C’est-à-dire : « En une seule séance j’ai fait deux fois. Cela ne m’arrive jamais en foutant. Quand on me fout, je n’ai pas fait encore une seule fois ; à grand-peine commençais-je à m’échauffer et voilà que mon monsieur, une, deux, a déjà éjaculé, le grand oiseau (le membre) est sorti de la cage et je reste en panne. De l’autre façon, au contraire, j’éjacule deux ou trois fois avant que mon partenaire ait fait [2]. » Cela me rappelle ce que me disait une cocotte milanaise qui déclarait aimer beaucoup à coïter avec les Juifs parce qu’ils éjaculent, à cause de la circoncision qui leur endurcit le gland et le rend peu sensible au frottement, moins vite que les chrétiens. « Avec un chrétien, disait-elle, il m’arrive constamment de rester inassouvie parce qu’il éjacule avant moi. Dans un seul coït avec un Juif, j’éjacule souvent deux fois, et encore ma seconde éjaculation aurait lieu avant celle de mon partenaire si je ne retenais l’eau afin de lâcher les écluses en même temps que lui [3]. » Un Juif russe m’a raconté un épisode qui confirme cette théorie. Étant élève du Polytechnicum de Zurich, il avait un camarade russe qui vivait avec une maîtresse, une étudiante, ou plutôt pseudo-étudiante, également russe. Un matin, d’assez bonne heure, le Juif alla voir son ami chez lui. Une voix de femme dit à l’étudiant juif d’entrer ; il entra, n’y trouva pas le camarade, mais, en revanche, trouva sa maîtresse en chemise et auprès du lit défait. Par une pudeur instinctive, le visiteur fit un pas en arrière, mais la jeune femme le retint et, au bout de quelques minutes, il était au lit avec elle. La jeune Russe dit que son amant venait de sortir et ne rentrerait pas avant quelques heures, puis expliqua sa propre conduite. Elle dit que dans ses relations avec l’étudiant russe elle n’était jamais assouvie parce qu’il éjaculait trop vite et terminait la copulation avant qu’elle-même n’ait eu un orgasme, une éjaculation de son côté. Ce matin-là, en coïtant avec elle, il l’excita beaucoup ; c’était, du reste, le cas ordinaire : par le coït rapide il exaspérait au plus haut point le prurit vénérien de la jeune femme sans la satisfaire. Il était donc parti, la laissant inassouvie et en proie aux plus violents désirs. Elle était déjà sur le point de se masturber — moyen auquel elle recourait rarement, car cela lui occasionnait des maux de tête — quand elle entendit une voix d’homme et se décida de se livrer au premier qui entrerait. Et elle fut bien contente de voir un Juif, car elle avait remarqué que le coït avec les Juifs était plus prolongé qu’avec les chrétiens. Comme la Milanaise dont j’ai relaté les paroles, elle prétendait éjaculer parfois à deux reprises en une seule copulation avec un Juif.

Puisque je parle des particularités que j’ai observées chez les hétaïres italiennes, j’ajouterai encore que la plupart m’ont assuré préférer les relations homosexuelles aux relations normales avec les hommes. Celles qui n’étaient pas jeunes affirmaient que ces goûts étaient maintenant bien plus répandus qu’autrefois. Il y en avait qui aimaient les petites filles, pendant féminin de la pédérastie au sens propre du mot.

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J’ai maintenant environ quarante ans. J’ai passé les huit ou neuf dernières années dans les fumées de la luxure. Pendant cette période, au milieu des jouissances physiques, j’ai été très malheureux. J’ai dû renoncer à la femme que j’aimais et à l’espoir de fonder une famille (par un caprice des circonstances extérieures, j’ai mené une existence absurde, étant fait, cependant — j’en suis convaincu — pour une tranquille vie monogamique), j’ai eu des maladies vénériennes qui m’ont cruellement fait souffrir, physiquement et moralement, je suis devenu masturbateur… Et dire que, depuis mon enfance, les maladies vénériennes et la masturbation étaient les choses que je craignais le plus ! J’ai acquis des passions honteuses et ridicules ; ma santé générale, depuis que j’ai cessé d’être continent, est redevenue mauvaise. Mon système nerveux est détraqué. J’ai des insomnies fréquentes et des cauchemars. Le coït lui-même n’est devenu pour moi qu’un excitant à la masturbation. Je me méprise moi-même. Ma vie n’a pas de but et j’ai perdu tout intérêt pour les choses honnêtes. J’accomplis mon travail professionnel avec indifférence et il me devient de plus en plus difficile de m’en acquitter consciencieusement. Un travail que je faisais autrefois très aisément demande aujourd’hui de moi un effort pénible. L’avenir m’apparaît sous des couleurs de plus en plus sombres.

Mon père est mort il y a quatre ans, un an après notre voyage commun en Angleterre où il fut écoeuré par l’amour du public anglais pour les sports et par le modérantisme des « prétendus » radicaux anglais. En mourant, il ne m’a laissé aucun héritage — la propriété qu’il avait eue s’étant effondrée depuis longtemps sous le poids des hypothèques surhypothéquées ; quant à ce qu’il gagnait par son travail, il le dépensait à mesure, d’une façon qui, du reste, n’était que partiellement égoïste. Dans ces dernières années, j’ai eu l’occasion de revoir la Russie deux fois. J’ai pu constater qu’à Kiev le trafic des fillettes impubères est à présent presque aussi développé qu’à Naples. Il se fait seulement avec moins d’élégance, en vue des bourses plus modestes… Les familles bien s’occupant de ces choses-là ne sont pas une spécialité de ma ville. J’ai fini par quitter l’Italie et par m’installer en Espagne où j’ai trouvé une situation plus avantageuse. Mais, en changeant de pays, je n’ai pas changé d’humeur et reste aussi pessimiste (en ce qui me concerne), aussi dégoûté de moi-même qu’auparavant. Des idées de suicide me hantent de plus en plus souvent. Ma santé s’affaiblit toujours, mais non mes besoins sexuels, ni, par suite, mon penchant à la masturbation.

Ayant lu vos savants ouvrages, j’ai eu l’idée d’ajouter quelques faits à ceux que vous avez recueillis je me suis dit que peut-être quelques-uns des renseignements que je vous donnerais pourraient présenter pour vous un intérêt psychologique. Je crois que ma vie sexuelle pendant mon enfance a été assez extraordinaire par son intensité. Elle le paraîtrait peut-être moins si nous possédions beaucoup d’autobiographies sexuelles complètes. Mais on a honte de parler de ces choses-là. Contrairement à l’opinion générale, les enfants sont très cachottiers pour certaines choses. Je crois qu’ils cachent aux grandes personnes plus de choses que les grandes personnes n’en cachent aux enfants. D’autre part, les grandes personnes oublient souvent une immense partie des événements de leur enfance. Je crois que peu de gens ont des souvenirs aussi précis et aussi complets que les miens touchant les premières impressions sexuelles. Mais j’ai une mémoire particulièrement tenace pour tout ce qui concerne les phénomènes érotiques, peut-être parce qu’ils m’ont toujours fortement intéressé et ma pensée revenait toujours aux souvenirs de ce genre. J’ai tâché d’être le plus exact possible et cela donne peut-être quelque valeur à mon récit.

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après la « Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.

Notes

[1Autre exemple de la fascination qu’exerce le pénis sur les petites filles. J’ai vu une fois au bord de la mer, près de Gênes, une femme du peuple ordonner à sa fille de onze ou douze ans de laver un enfant de deux ou trois ans. Comme sa mère ne la surveillait pas, la petite fille, au lieu de faire ce qu’on lui avait ordonné, se contenta de passer de bas en haut et de haut en bas le plat de sa main sur le devant du corps de l’enfant en tâchant d’appuyer chaque fois sur le pénis et sur le scrotum et de les faire sauter et rebondir par ce mouvement alternatif. Cela dura très longtemps cela amusa d’abord le petit garçon, puis il se mit à pleurer, mais personne n’y faisait attention, d’autant plus que d’autres enfants qu’on baignait assourdissaient l’assistance par leurs vociférations.

[2La même jeune fille disait que le coitus in ore vulvae l’enivrait (mi inebriava). Elle disait, du reste, la même chose de la vue des photographies obscènes.

[3Plusieurs femmes m’ont dit qu’elles pouvaient par un effort, retarder, pendant le coït, le moment de leur éjaculation.



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