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Le rêve d’un flagellant

Jeux divers

Roman érotique (Chapitre X)



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Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).


X
JEUX DIVERS

Débarrassé de la présence du domestique, Jean appela Simone.

Rougissante et timide, elle s’avança de derrière le fauteuil. Tous les regards étaient braqués sur son corps entièrement nu, et cela lui donnait envie de pleurer.

Pourtant elle n’osa désobéir et vint à l’appel de celui qu’elle considérait comme son maître.

Le verbe tranchant, il ordonna :
- Servez le porto !

Et à Marguerite :
- Asseyez-vous, mademoiselle, nous nous occuperons de vous dans un instant.

Se renversant dans son fauteuil, il croisa les jambes et alluma une cigarette. Toutefois, il surveillait Simone et avait le jonc à de sa main.

En titubant, la pauvrette s’avança vers le guéridon où étaient posés bouteille et verres.

Tremblante de honte, elle versa le vin et prit l’assiette contenant les biscuits.

Les paupières baissées, tout l’être frissonnant, elle s’approcha du vieillard. Celui-ci, selon son habitude, toussota et cela encore augmenta l’émoi de la malheureuse.

Elle lui tendit un verre plein, dont il s’empara avec un sourire ; il choisit aussi une gaufrette, mais lentement, avec mille précautions.

Simone, devant lui, se tenait droite, mais n’osait le regarder ; elle l’épiait plutôt, attendant avec une impatience fébrile qu’il eut terminé. Hélas, il ne se pressait point, semblant éprouver beaucoup de satisfaction à sentir auprès de lui ce corps jeune et frais.

Mais tout ce qu’elle souffrait attachait davantage la jeune fille à son bourreau. C’était pour lui complaire qu’elle supportait ces persécutions. Elle éprouvait une joie morbide à être sa chose.

Enfin, elle put revenir vers la table prendre un autre verre qu’elle porta à Jean. Cette fois elle n’avait plus honte, elle allait vers lui d’un pas assuré, surveillant ses yeux.

Négligemment il prit ce qu’elle lui offrait et la remercia d’un coup de stick sur la cuisse.
- N’oubliez pas votre amie, fit-il.

Marguerite ricanait sournoisement, cette scène assurément l’amusait fort. Quand Simone lui tendit du porto et des biscuits, avant de prendre, elle pinça malicieusement la compagne à la hanche. Cette audace restait sans danger, Sime n’osant se rebeller en présence, du maître.

À son tour elle se servit et Jean lui montra un pouf au milieu du cercle, où il lui ordonna de s’asseoir. Des larmes plein les yeux, elle obéit encore, malgré la bizarrerie de la pose. Elle ne savait comment se tenir sur ce siège minuscule, qui lui haussait les genoux à la hauteur du nez.

Le vin cependant la ragaillardit un peu, la chaleur bienfaisante ranima son énergie.

Mais son tourment n’était pas fini. Il fallut ensuite fumer une cigarette, patienter de longs instants que le supplice s’achevât.

Marguerite recommençait à trembler, elle voyait venir le moment où ce serait son tour d’être maltraitée d’une façon humiliante.

Le vieillard, en philosophe placide, émit un aphorisme concis :
- La ténacité d’une femme aimante est incommensurable.

Jean fut mécontent de cette réflexion, il fronça les sourcils. Mais l’autre poursuivit, habile et diplomate :
- Rien ne la rebute, elle se pliera à toutes les humiliations pour l’homme qu’elle a choisi.

Simone, malgré la légèreté de sa tenue, lança au rusé allié un long regard de reconnaissance. Jean, par contre, baissa la tête et évita de répondre. Il se refusait à prendre la jeune fille au sérieux et rêvait encore de la dompter afin qu’elle le laissât en paix.

Sa colère lui revint aussitôt et comme il ne pensait plus pouvoir la battre, il tenta un moyen de l’ennuyer.

Se dressant, il s’approcha d’elle et la prenant par la pointe d’un sein, l’obligea à se relever. Elle laissa échapper un faible cri, tant la douleur avait été imprévue, mais ensuite elle sourit afin de bien montrer qu’elle n’était point fâchée.
- Vous allez fesser votre amie, ordonna-t-il. Et brandissant son stick, il ajouta :
- Et tâchez de taper fort, sinon, vous ferez encore connaissance avec mon bâton.

S’avançant vers Marguerite, il la mit debout en la tirant par ses cheveux courts.

La pauvrette rougit, recommença à trembler, balbutia une supplication incohérente.

Il ne remarqua rien, et la pliant vivement en avant, retroussa les jupes d’un geste preste.

Ensuite, il se montra plus mesuré en ses mouvements ; ce fut avec lenteur qu’il déboutonna le pantalon pour le faire glisser sur les talons.

La chemise légère, il la souleva à plusieurs reprises et la tira énergiquement sur les reins, afin de faire saillir la croupe qui apparaissait blanche et frémissante.

Mais Simone s’impatientait, une sourde jalousie la mordait au coeur. Elle souffrait de voir l’aimé contempler ainsi son amie, dont l’attrait était indubitable.

Elle avait peur également qu’il la battit, se refusant à ce que Rite partageât la souffrance qui venait de sa main.

Brusquement elle s’interposa et il recula, lui laissant le champ libre.

Elle s’était armée du martinet et poussa la compagne contre une chaise, afin qu’elle trouvât un point d’appui. À son tour, elle tira mieux la chemise, caressa d’une main frôleuse les joues satinées, comme pour se rendre compte de la finesse de l’épiderme et prévint :
- Attention, je commence.

Dans le feu de l’exaltation, elle oubliait qu’elle était nue et se remuait avec désinvolture, allant de-ci de-là, les reins cambrés, la croupe encore rutilante de la précédente correction.

Marguerite haletait, elle percevait sans les voir tous ces regards fixés sur sa chair étalée et en éprouvait un émoi nouveau, qui lui arrachait des contractions fébriles.

Simone leva son martinet et de toute la force de son fin poignet l’abattit sur la croupe blanche.

Les lanières claquèrent avec un bruit sec, marbrèrent la peau de larges stries rouges.

Rite tordit sa taille en un spasme de douleur ; jamais encore la flagellation ne l’avait mordue, au plus vif d’elle-même, avec autant d’intensité.

Les coups tombèrent réguliers et rapides, Simone ne mettait point de science, rien que de la férocité, dans l’espoir d’en avoir plus vite fini et de pouvoir se rhabiller.

Maintenant sa propre nudité la gênait de nouveau, elle se jugeait ridicule ainsi, au milieu de cette pièce, dans ce rôle de bourreau-féminin.

Aussi frappait-elle avec rage, martelant l’amie sans l’ombre d’un remords.

Marguerite frissonnait, en elle la sensation première se muait en une chaleur pénétrante, qui la troublait profondément. Une fébrilité étrange s’emparait de tout son être ; ses genoux se serraient l’un contre l’autre nerveusement, accolant les cuisses, qui se touchaient. La croupe saillait haut, turgide et balafrée, la taille se creusait et souple s’incurvait â droite ou à gauche.

Doucement, sans cris, elle se lamentait, répétant une onomatopée puérile et naïve, qui cependant exprimait bien son état.

Incontestablement, elle souffrait ; mais cette souffrance elle-même ne lui faisait pas souhaiter que la correction cessât. Elle avait complètement oubliée la présence des étrangers, elle vivait solitaire dans un rêve harmonieux que précisait les coups qui pleuvaient drus.

Simone devinant son émotion, s’acharnait avec sauvagerie. Elle s’était rapprochée et frappait de toute la violence dont elle était capable, les yeux brillants, mordillant sa lèvre inférieure.

Avec une exaltation croissante, elle attendait l’écroulement définitif de la suppliciée sur le plancher et s’étonnait qu’il ne se produisit pas plus vite.

Dans la pièce on n’entendait plus que les claquements rapides des lanières ; même les plaintes de la patiente ne se percevaient plus, tant elles étaient faibles, transformées en un gémissement continu et sourd.

Les fesses avaient perdu leur forme première, elles ne formaient plus qu’une masse confuse et boursouflée de chair nue et tuméfiée. Pas une place ne restait blanche depuis la naissance des cuisses, jusqu’aux reins frissonnants.

Jean, les yeux fixes, contemplait cette scène, il ne comprenait rien à la furie de Simone, ne devinant point que ce qui la poussait, n’était autre que la jalousie, la rage obscure de voir l’amie ainsi exhibée à celui qu’elle aimait.

Cette cruauté cependant devait apporter son fruit. Soudain Rite croula à genoux, sur le sol, le visage dans ses mains, secouée par la honte.

Elle se tordait en des spasmes courts, qui faisaient chevaucher ses cuisses meurtries.

Et elle restait là, sanglotante et émue, n’osant plus se redresser, de crainte d’apercevoir le regard railleur des hommes. Simone eut un cri de colère, et vivement rabattit les jupes.

Il y eut un silence, chacun se taisait, sans pensée, ne sachant que dire. Le premier Jean reprit son sang-froid et la voix toujours calme, comme de coutume, annonça :
- En voilà assez pour aujourd’hui.

Et se tournant vers Simone :
- Si vous revenez, ce sera plus grave… Je vous conseille donc de vous abstenir.

Elle sourit tristement et secoua le tête :
- Je reviendrai, dit-elle fermement.

Il haussa les épaules, mécontent, mais il ne put se défendre d’un regard d’admiration à l’adresse de cette gamine têtue et orgueilleuse, qui se refusait à avouer sa souffrance physique et morale.
- Vous pouvez vous rhabiller, permit-il. Très vite, elle obéit, sautant sur ses vêtements, qu’elle remettait avec une adresse hâtive. Marguerite de son côté, s’était redressée et rougissante s’était avancée vers la fenêtre afin de cacher sa honte. Mais personne ne s’occupait plus d’elle, dans ce drame intime qui se jouait là, elle n’était qu’un comparse.

Quand elle fut prête, Simone s’approcha timidement de Jean, et demanda, tout bas :
- Vous ne voulez pas m’embrasser ?

Il lui répondit par une gifle qui lui brûla la joue.

Des larmes montèrent à ses yeux, mais elle ne recula pas et rigide, répéta :
- Embrassez-moi !

Une nouvelle claque retentit, les pleurs coulèrent plus abondamment, mais elle s’immobilisa à la même place, sans un geste de défense.
- C’est bien, je reviendrai ! affirma-telle fermement.

Le jeune homme lui tourna le dos et s’éloigna. Elle comprit l’inutilité d’une plus longue insistance. Très droite, elle marcha vers la porte-fenêtre, auprès de laquelle se tenait Marguerite et prenant cette dernière par le bras l’entraîna au dehors.

Mais sur la dernière marche du perron, elle se retourna encore et, de sa menotte tremblante, envoya un baiser à Jean qui, rêveur, la regardait partir.

Enfin elles eurent disparu au détour d’une allée et les deux hommes se retrouvèrent face à face.
- Eh bien, demanda le vieillard, êtes-vous enfin convaincu mon pauvre Jean, que l’amour sincère existe chez les femmes.
- Ce n’est pas le courage de cette petite qui peut m’être une preuve. Tout au plus cela m’indique-t-il qu’elle a la peau dure.

Et il éclata de rire.

Le vieillard l’interrompit :
- Ne dites donc pas des choses que vous ne pensez point. Vous savez pertinemment que si cette enfant accepte toutes ces avanies c’est parce qu’elle vous aime.
- Mais comment cet amour lui serait-il venu, elle ne me connaissait pas ?

Ce fut à l’autre de sourire :
- Qui sait ? peut-être de la première fessée. L’âme féminine est insondable.

Le jeune homme s’éloigna, il ne voulait pas avoir tort à ce sujet et ainsi évitait la discussion. Pourtant il sentait qu’il y avait du vrai, dans les paroles de son vieux précepteur, mais il s’entêtait farouchement contre la réalité même. Il se demandait également si la petite amoureuse reviendrait, comme elle l’avait promis et une curiosité inquiète se glissa en lui.

Assurément il aurait préféré qu’elle ne reparut plus jamais, afin de reconquérir complètement la quiétude, soudain bouleversée par la venue de la mignonne inconnue.

Mais en même temps, sourdement en lui, il y avait une impatience de la revoir, pour la martyriser encore, la plier à sa volonté tyrannique. Il éprouvait une joie étrange à torturer une femme qui représentait momentanément à ses yeux « la Femme », dont il avait si cruellement souffert.

Il pensait aussi à sa croupe dodue qu’il flagellait si énergiquement, la brûlant de coups, la striant de boursouflures écarlates. Il se souvenait de tout son corps joli et ferme, juste formé, afin de la rendre complètement désirable.

Mais têtu, il chassa tous ces soucis de son esprit et revint prendre sa place, auprès du vieillard.

Celui-ci le guignait du coin de l’oeil et souriait, il avait bon espoir de le voir guéri bientôt de sa misanthropie inutile. Toutefois, il ne dit rien, de crainte d’exciter son entêtement, préférant laisser agir les événements, aidés par la ruse amoureuse de la jeune fille.

Pendant ce temps, les deux amies s’en retournaient à l’auberge. Elle étaient silencieuses et gênées, le souvenir de leur nudité dévoilée aux hommes mettait en elles un embarras timide, qu’elles ne parvenaient à chasser.

Marguerite qui avait le moins souffert, parla la première :
- Il t’a rudement battue, hein ?

Simone haussa les épaules : que lui importaient les coups, seul le résultat l’intéressait. Or ce résultat lui semblait peu brillant, l’aimé ne lui avait porté plus d’attention qu’aux entrevues précédentes, tout au plus l’avait-il martyrisée davantage.
- Tu retourneras ? poursuivit Marguerite curieuse.

L’autre la toisa, avec étonnement :
- Bien sûr !… Et le plus tôt possible.
- Oui, mais t’as le derrière endommagé, chère… il te faudra attendre.
- Tant pis, je n’ai pas le temps…

C’était péremptoire, la discussion fut donc close.

La soirée fut pour elles, mélancolique ; Sime avait une tristesse qui paralysait son habituel exubérance. Elle s’ennuyait loin de Jean, elle aurait souhaité le revoir, causer avec lui doucement, en un tête-à-tête charmant et en même temps, elle se disait que c’était impossible.

Elles se couchèrent tôt et s’endormirent aussitôt, rompues l’une et l’autre de fatigue.

Voir en ligne : Le rêve d’un flagellant : Amoureuse (Chapitre XI)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).



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