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L’Ardente passion

Jouissance et domination

Roman érotique (Chapitre XVII)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.


XVII

La gouvernante malgré sa passion violente ne pouvait accéder à tous les désirs de l’adolescent qui la harcelait. Elle se rebella donc un matin et avec tant de fermeté qu’il n’osa insister sur le moment.

Cependant, une fois en bas, le calme revenu, il considéra que cette révolte risquait d’être un premier pas vers la libération complète.

Incontinent, il résolut de faire preuve d’énergie pour mater définitivement la maîtresse récalcitrante.

Il trouvait une trop subtile jouissance dans cette domination, pour songer seulement à en abandonner une parcelle.

Marthe le voyant bouder, le suivit au jardin, trottinant derrière lui. Mais il demeurait renfrogné, refusant de répondre à ses appels inquiets.

Comme elle insistait, il se retourna, l’attendit et la claqua, au visage, durement :
- Va faire ton ouvrage !

Docile, elle obéit, regagnant la maison où tristement elle reprit la besogne quotidienne.

Louis s’était réfugié au bout du parc et rageur fumait des cigarettes. En une imagination fertile, il cherchait une punition digne de la faute.

Bientôt il nota que l’endroit où il se trouvait, était absolument invisible de la maison, protégé par un épais rideau.

Un rire moqueur brilla dans ses yeux :
- Nous verrons si elle se rebiffera encore.

Il se leva et examina ses alentours. Le mur était encore assez loin ; à ses pieds, s’étendait un tapis de gazon ; dans cette clairière, des arbres encore jeunes étaient disséminés. À petits pas, il s’en fut au logis où il se livra à de mystérieuses besognes ; enfin il revint à la clairière chargé d’un paquet volumineux.

À table, Marthe anxieuse, le considérait à la dérobée ; ce visage fermé, boudeur, l’effrayait. Ce n’était point les coups, qu’elle craignait, mais la mauvaise humeur de l’amant. Déjà elle regrettait son refus du matin, prête à toutes les abnégations.
Comme ils s’en allaient au salon prendre le café, elle se pencha sur son épaule et timide balbutia :
- Je ferai tout ce que tu voudras !

Avec brusquerie, il la repoussa :
- Trop tard !

Implorant son pardon, elle lui saisit la main :
- Non… il n’est jamais trop tard… viens, je me soumettrai… Je suis ton esclave après tout… Je ne sais pourquoi j’ai refusé ce matin.

Il la gifla et ce fut son unique réponse. Véritablement terrorisée, elle se tint coite, servant le café du maître avec des mines contrites qui auraient attendri le cœur le plus dur. Mais Louis ne la regardait même pas, fuyant son regard suppliant, qui aurait pu l’émouvoir et faire fléchir sa volonté.

Peureusement elle vint s’asseoir à ses pieds ; il feignit de ne pas la voir et continua à fumer avec nonchalance. Elle se taisait, troublée, sentant qu’il préparait quelque chose dont elle aurait à souffrir.

Au tourment qui le menaçait elle s’abandonnait, non pas sans crainte, mais avec un stoïcisme tranquille, sachant qu’il la récompenserait ensuite par une caresse.

Il ne prononça pas une parole, afin d’accroître son anxiété. Puis il se leva et quitta le salon avec nonchalance.

Aussitôt elle fut derrière lui, l’appelant douloureusement :
- Louis…

Il marchait toujours, de son pas régulier, s’enfonçant à travers le grand jardin silencieux. Elle ne devinait point qu’il l’entraînait ainsi avec intention et qu’elle tombait naïvement dans le piège qu’il lui tendait.

Ils arrivèrent à la clairière, derrière le rideau d’arbres. Alors il se retourna avec nonchalance et l’attira.

Passive, elle se laissa faire, ne prévoyant encore où il voulait en venir. Lentement, les gestes précis, il la déshabillait, retirant peignoir et chemise.

Quand elle se vit ainsi dépouillée, elle frissonna :
- Louis… pourquoi ?…

Il lui ferma la bouche d’une claque et se penchant, enleva les pantoufles et les longs bas de soie.

Enfin, il la poussa en avant sans qu’elle osât résister. Sur l’herbe, pieds nus, elle avançait avec difficulté, trébuchant à chaque pas. Devant un arbre, il l’arrêta et lui fit faire volte-face :
- Ne bouge pas !

Elle demeura immobile, inquiète, le regardant qui fouillait dans un paquet. Soudain elle comprit : de ce paquet il extirpait une courroie solide.

Avant qu’elle eut pu se mettre en défense, il lui avait empoigné les mains, et les ligotait derrière l’arbre.

Elle se trouva paralysée, le dos au bois, seules ses jambes restaient libres.

De nouveau, il se pencha et saisissant un martinet, marcha vers elle, les sourcils froncés.

D’une brutale cinglade, il zébra le ventre blanc de cinq traits violacés. Très calme, il recommença, dirigeant les lanières souples, vers les cuisses qui tremblaient.

Les yeux exorbités par la peur, elle le considérait, mais pas une plainte ne montait à ses lèvres. Avec une volonté farouche, elle se dominait, craignant de le mécontenter davantage par des gémissements qui auraient pu être entendus.

Au troisième coup qui lui mordit la poitrine, elle se tordit douloureusement, un balbutiement lui échappa :
- Mon chéri !

Il frappa encore, plus sournoisement ; elle chancela avec une plainte sourde.

Se reculant, il déposa son arme à terre, alluma une cigarette et s’éloigna de son pas tranquille.

Terrorisée, elle l’appela :
- Louis… ne me quitte pas !

Il ne tourna même pas la tête, poursuivant sou chemin avec placidité.

Avec l’intention d’attendre là les jeunes filles, il s’assit au soleil, sur la dernière marche du perron.

Apeurée, Marthe se tordait, essayant de délivrer ses poignets. De se voir ainsi toute seule au milieu de ce silence, ligotée à un arbre, elle avait l’impression d’être abandonnée affreusement, menacée par une souffrance encore inconnue.

Mais le lien était solide, elle se meurtrissait la chair sans parvenir à se dégager d’un pouce. Le bois de l’arbre râpait son dos, lui causant une autre douleur dont elle ne tarda pas à s’apercevoir.

Crier était impossible, la bonne serait venue et l’aurait trouvée dans cette situation. Il lui fallait patienter, supporter la frayeur épouvantable qui lui entrait dans le cœur.

Epuisée par ses multiples efforts, elle dut s’immobiliser, l’épaule appuyée à l’arbre. Sous elle, ses jambes pliaient, fatiguées par cette longue station en si incommode position.

Anxieuse elle prêtait l’oreille, espérant toujours que Louis revenait, mais la solitude semblait au contraire devenir à chaque minute plus complète, plus terrifiante.

Louis toujours assis attendait, enfin la grille s’ouvrit et les deux jeunes filles parurent.

Dès qu’elles furent près de lui, il leur montra son pied nu qu’elles baisèrent respectueusement agenouillées. Ce fut leur salutation ; il leur témoigna sa satisfaction par une petite claque sur la joue.
- Où est Marthe ? demanda Odette
- En pénitence ?

Berthe sourit d’aise :
- Pourquoi cela ?

Avec complaisance il leur expliqua les raisons de son mécontentement et dans l’espoir de lui plaire, feignirent d’approuver.

Moqueur il les entraîna au salon :
- Eh bien puisque vous jugez que je ne suis pas dans mon tort, vous allez vous montrer plus dociles que Marthe,… toi Berthe par exemple.

Elles rougirent, prises à leur propre ruse, mais comme il avait les sourcils froncés, elles n’essayèrent même pas de regimber.
Berthe mélancolique se plia à sa volonté, ne cherchant point à se soustraire à ce qu’elle avait un instant plus tôt considéré comme un devoir. Puis ils redescendirent au jardin, se tenant tous trois par le bras :
- Mais où est Marthe ? répéta Odette curieuse.
- Vous allez la voir dans un instant.

En effet, quand quelques pas plus loin, elles eurent franchi le rideau d’arbres et s’arrêtèrent frappées de stupeur.

La gouvernante jadis si autoritaire, était là devant elles, ligotée à un fût et paraissant souffrir horriblement. Son épiderme neigeux était marqué de larges tâches écarlates qui indiquaient une récente correction.

Hagarde, se tordant de nouveau dans ses liens, elle les considérait, n’osant implorer leur secours, de crainte de ranimer la colère du maître. Celui-ci ricanait en la contemplant ; tirant sa cigarette de sa bouche, il expliqua.
- Berthe a été plus obéissante que toi, aussi pour la récompenser, je vais l’autoriser à t’administrer quelques bonnes cinglades.

Il mit le martinet dans les mains de la jeune fille qui aussitôt s’en servit avec vigueur, heureuse d’apaiser par ce moyen la fureur jalouse qui la rongeait.

Marthe fléchit sur les jambes et tomba à genoux, les menottes maintenant plus hautes que la tête.

Elle se lamentait doucement, avec des sanglots contenus qui lui déchiraient la gorge.

Louis toujours paisible, lui enleva le fouet pour le passer à Odette :
- À ton tour chère amie !

Cette fois la malheureuse s’écroula complètement, le buste en avant, la chevelure dénouée cachant son visage baignée de larmes.

Le jeune homme se pencha :
- Obéiras-tu maintenant ?

Nulle réponse ne lui parvint et Berthe craignant une solution tragique se précipita pour ouvrir la boucle qui maintenait la courroie.

Marthe s’effondra dans les bras d’Odette qui l’allongea sur l’herbe où elle demeura immobile, yeux clos et respirant avec peine.

Avec des caresses, elles la ranimèrent, tandis que Louis, assis à une courte distance fumait des cigarettes avec indifférence.

La jeune femme revêtue, il se leva et fit un signe. Toutes trois le suivirent et ils rentrèrent au salon où Odette prépara le thé.

Cette boisson chaude ranima complètement Marthe ; toutefois elle restait prostrée, silencieuse, n’osant tourner ses regards du côté du maître.

Celui-ci feignait de ne pas la voir il bavardait avec Berthe.

Mais quand ils furent seuls, les jeunes filles parties, son attitude ne changea pas. Mécontent, persuadé qu’elle boudait, il la claqua :
- Tâche de ne pas me faire cette tête !

Elle se rapprocha, l’enlaçant de ses bras nus, posant ses lèvres chaudes sur sa bouche. La paix semblait être signée, Louis fut tranquillisé. Après le dîner, ils se prirent par le bras et s’en allèrent se promener à travers la campagne obscure.

Ces minutes d’isolement étaient toujours très douces à Marthe, elle les prolongeait autant qu’il était en son pouvoir.

Ils rentrèrent et gagnèrent aussitôt leur chambre, en proie l’un et l’autre à une surexcitation des sens inaccoutumée.

Ils avaient l’impression de n’avoir jamais goûté avec tant d’acuité la saveur des baisers. Marthe offrait avec passion à l’amant, son beau corps tout marbré de coups. Avec un sourire triste, elle lui montrait les traces apparentes de la dernière correction et lui riait, orgueilleux, la sensualité bouleversée.

Leur sommeil fut court car ils s’endormirent tard, ne se lassant point des enlacements qui les jetaient poitrine contre poitrine.

Elle se leva sans bruit pour ne point le réveiller et remonta une heure plus tard, apportant le premier déjeuner.

Puis elle l’habilla, entièrement, comme un enfant, trouvant dans cette besogne un charme tendre qui l’attachait un peu plus à l’adolescent.

Celui-ci impassible se laissait faire, jugeant tout cela parfaitement naturel, considérant que le devoir de l’esclave était de le choyer. Puis en bas, il sauta à bicyclette et disparut le jour entier, l’abandonnant dans l’anxiété la plus atroce.

L’après-midi, les trois femmes deux heures durant l’attendirent près de la grille, sursautant au moindre bruit sur la route. Elles éprouvaient une égale inquiétude, ayant pour lui un égal attachement.

En réalité, il avait éprouvé le besoin de solitude, la présence sensuelle d’une femme lui était pénible après cette nuit de passion. Sa course ne l’avait pas entraîné très loin ; il s’était arrêté au milieu d’un champ et allongé au soleil dans l’herbe, il avait détendu voluptueusement ses membres engourdis.

Pour déjeuner, il s’en alla jusqu’à l’auberge du village voisin, puis revint à son champ où il demeura, songeur et paresseux. Il se figurait l’angoisse des trois femmes et en souriait.

Quand il rentra à la nuit, il trouva Marthe au milieu de la route. Ses premiers mots furent des reproches ; sans répondre, il la gifla et elle se tut, domptée.

Dans la salle à manger, elle l’examina, la jalousie déjà aiguisée ; il haussa les épaules et s’installa à sa place :
- Ne fais pas la tête, sinon je te corrige…

Elle trembla et obéit, le servant avec sa docilité coutumière.

Le lendemain matin de bonne heure, les deux jeunes filles furent là pour prendre de ses nouvelles. Il les reçut d’un air narquois et les retint à déjeuner. Seulement il ne les autorisa pas à paraître vêtues à la salle à manger. Elles durent se déshabiller dans le petit boudoir et venir ensuite devant lui, rougissantes et émues. Il attira Berthe dans ses bras pour la récompenser d’une caresse, sous l’œil jaloux des deux rivales. Mais après le repas, ce fut au tour d’Odette d’être momentanément la préférée.

Marthe livide se taisait ; elle n’osait encore se révolter contre cette tyrannie masculine, qui ne se contentait pas de meurtrir sa chair, mais encore déchirait son cœur.

De cette autorité, il se sentait extrêmement fier et souhaitait en abuser.

Voir en ligne : Amants, maîtres et esclaves (Chapitre XVIII - Fin)

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.



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