Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Nouvelles érotiques > Femmes châtiées > L’Amour veut des victimes

Navigation



Femmes châtiées

L’Amour veut des victimes

Nouvelle érotique (1903)



Auteur :

Mots-clés :

Toutes les versions de cet article :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Femmes châtiées, Librairie des Bibliophiles Parisiens, Paris, 1903. (252 p. ; 24 cm).


L’AMOUR VEUT DES VICTIMES

Madeleine arriva tout essoufflée, Chaussée-d’Antin, chez son ami Henri Amelot et remplit tout l’appartement de l’odeur des violettes qu’elle avait à son corsage.

Elle était d’une grâce charmante, d’une grâce de jeune faubourienne qui a vu et devine beaucoup de choses, et porte sa science du monde avec santé et belle humeur. De grands yeux étonnés, un petit nez fin, des lèvres grasses et rieuses disposaient à apprécier des charmes qui, moins visibles, laissaient cependant deviner sous les vêtements leur fermeté et leur ampleur. Mais ce qu’il y avait de simple et de libre dans ses allures s’accommodait mal d’une toilette très compliquée qui, pour être élégante, eût exigé une mise plus soignée et des gestes moins exubérants. Le chapeau était de travers, les cheveux ébouriffés comme si l’on venait de se lever ; sous le boléro, la jupe, tenue par une agrafe trop haute, bâillait ; enfin les fines bottines, les jupons de soie bordés de dentelles étaient mouchetés de boue. Madeleine avait dû renvoyer son cocher ; peut-être cette jeune gaspilleuse ne possédait-elle pas l’argent nécessaire pour prendre une voiture et s’en était-elle venue à pied.

Henri Amelot venait de perdre sa femme lorsqu’il rencontra ce fruit savoureux, comme pour consoler et divertir son chagrin. L’amour avait succédé à un caprice du hasard. À présent, rien ne comptait plus dans l’existence d’Amelot que les heures qu’il passait auprès de son amie. Il négligeait même tout à fait sa fillette, la petite Séverine, une enfant d’une dizaine d’années qui faisait ses délices autrefois. Tout son argent — et il était riche — passait dans les mains de Madeleine qui sans avarice, sans méchanceté, sans goûts luxueux, en était toujours avide.
- Eh bien ! tu ne m’embrasses pas ? demanda-t-elle en tendant sa joue aux fraîches couleurs.

Henri répondit à l’aimable invitation et il baisa les joues et les lèvres de son amie, mais sans empressement, comme par habitude. Il paraissait très peiné, très irrité.
- Qu’as-tu donc ? Pourquoi me fais-tu cette figure ?
- Madeleine, dit-il, voilà quinze jours que je t’attends. Pourquoi n’es-tu pas venue ? Pourquoi n’as-tu pas répondu à une seule de mes lettres ?
- Comment ! tes lettres ! Je n’en ai reçu qu’une, où tu me disais que tu t’absentais de Paris et que tu ne reviendrais qu’aujourd’hui.
- Je t’ai écrit cela, moi !
- Oui… J’ai même la lettre dans ma poche… tiens, regarde.
- Cela ressemble en effet à mon écriture, dit Henri très étonné. Pourtant je suis bien sûr de ne t’avoir jamais écrit cela, et je ne suis pas somnambule !… Quel est le misérable qui a osé prendre mon nom et contrefaire mon écriture ?… Tu dois avoir un amant !
- Allons ! Te voilà revenu à tes folies.
- Je ne suis pas fou. Tu as un amant…
- Si tu veux !
- À qui tu montres mes lettres !
- C’est notre lecture du soir.
- Madeleine ! s’écria Henri en lui saisissant les mains, ne plaisante pas. Il pourrait t’arriver malheur.
- Allons, lâche-moi, tu es absurde !

Et elle haussait les épaules.
- Si c’était pour me faire des scènes que tu désirais tant me voir, j’aurais mieux fait de rester chez moi.

Henri s’était subitement calmé et avait pris déjà un ton implorateur.
- Madeleine, si je suis jaloux, c’est que je t’aime.
- Oui, oui ! on dit toujours cela : moi, je t’avertis, je n’aime pas les crampons.
- Parce que tu veux être libre, libre de faire toutes les folies qui te passent par la tête… Ah ! si je savais que tu me trahis !…

Madeleine eut un sourire ; les gestes tragiques de son ami l’amusaient toujours beaucoup.
- Henri, dit-elle gravement en s’approchant d’une pendule, maman doit venir me voir à cinq heures, je ne veux pas que la pauvre vieille se dérange inutilement : de Belleville aux Champs-Élysées, il y a une trotte ! Vois donc si tu n’as rien de mieux à faire qu’à causer, car il sera bientôt temps de partir.
- Tu ne pouvais pas donner rendez-vous à ta mère un autre jour ?
- Mais je ne savais pas que tu serais là aujourd’hui, c’est ce télégramme qui m’a prévenue de ton arrivée.
- Un télégramme ! … Tout cela est bien extraordinaire.
- Ah ! ne recommence pas tes suppositions, dit Madeleine, c’est fatigant. Un ami a voulu te jouer un mauvais tour : c’est certain. N’y pense plus, et déshabille-moi.

Devant la beauté neuve de Madeleine, il oublia un instant ses soupçons et, de ses lèvres ferventes, il rendait hommage à chacune des grâces qui se découvraient à ses yeux. Les seins d’abord reçurent ses baisers, puis les jolies fesses cambrées qu’elle lui tendit en riant et devant lesquelles il s’agenouilla.
- On t’a battue ? demanda-t-il. Tu es tout écorchée ?
- Qui veux-tu qui m’ait battue ? maman ? J’ai passé l’âge des fessées, je pense ! Non, hier j’étais allée chez une amie à Asnières et je suis tombée de la balançoire. Il y avait du sable assez gros et voilà pourquoi j’ai le derrière un peu rouge.

Ils se couchèrent, mais à peine s’étaient-ils glissés dans le lit que tous deux se levèrent effrayés.
- Qu’y a-t-il dans tes draps ? s’écria Madeleine.
- Mais je n’en sais rien !
- On dirait qu’on y a mis du poil à gratter.
- Il y a un démon dans la maison.
- Ta femme de chambre se fiche de toi. Sûrement !… C’est que cela me démange toujours, dit Madeleine qui se secouait les épaules et se tordait le corps.

Henri lui proposa de prendre un bain pour calmer l’irritation de la peau, mais les conduits d’eau étaient en réparation ; du moins en avait-on enlevé les clefs.
- Qui a pu faire cela ? se demandait Henri. J’ai pris un bain ce matin. Tout était en bon état.

Madeleine entra dans le cabinet de toilette où elle se lava à grande eau, puis elle donna sa jupe à brosser à la femme de chambre qui la lui rapporta quelques minutes après.
- C’est fou ! s’écria-t-elle tout à coup avec colère. Regarde, toute la garniture est enlevée ; l’on a découpé le bas avec des ciseaux. Qu’y a-t-il dans ta maison !

Henri appela la femme de chambre et la gronda sévèrement.
- Je ne sais pas ce que Monsieur veut me reprocher, répondit cette fille avec un étonnement qui montrait qu’elle était sincère, j’ai rapporté la robe de Madame, aussitôt après l’avoir brossée ; c’est Pauline qui a fait le lit et la salle de bains, et elle n’est pas à un âge à se permettre de pareilles plaisanteries.
- Et Séverine ? dites-lui de venir ici !
- Je n’ai pas vu Mademoiselle de la journée. Elle est restée sans doute chez son amie.
- Mon petit, dit Madeleine, je ne puis partir ainsi. Ma robe, telle quelle, n’est pas mettable. Va vite me chercher une dentelle comme celle-là. La femme de chambre ne saurait pas en trouver de pareille, ou elle aurait peur d’y mettre le prix ; moi je ne sais pas ce que cela te coûtera, ce sera peut-être assez cher, mais, comme on a déchiré ma robe chez toi, il est bien juste que tu la paies.

Henri prit ce qui restait de dentelle et sortit aussitôt.

Madeleine, en attendant le retour de son ami, se mit à se promener partout dans l’appartement, en gamine effrontée qui se sent partout chez elle. Elle arriva ainsi dans la chambre de la jeune Séverine, où, par besoin d’activité, ses doigts se mirent à feuilleter un cahier sur la table. Le commencement était consacré à des résumés d’histoire, mais après plusieurs feuillets, elle fut bien surprise de trouver à la fin un essai de lettre, d’une écriture toute différente et qui ressemblait à celle de son ami. « Ma chère Madeleine, je suis forcé de m’absenter quinze jours… » c’étaient les termes mêmes de la lettre qu’elle avait reçue ! Il y avait à côté une enveloppe où Henri Amelot avait tracé deux ou trois lignes et en comparant l’enveloppe à la page, il lui semblait que les écritures, au premier coup d’oeil pareilles, n’étaient pas réellement de la même main. Etait-ce Séverine qui avait imité l’écriture de son père ? ou l’un de ses professeurs ? À l’instigation de la fillette ? Séverine sûrement était la principale coupable. Elle n’en douta plus quand, continuant de fureter dans la chambre, elle découvrit, au fond du tiroir, la boîte de poil à gratter et la dentelle qu’on avait coupée à sa robe.
- Ah ! la rosse, la rosse d’enfant ! s’écria-t-elle. Et dire que je lui apportais des gâteaux, du chocolat ! Étais-je bête !… Mais elle est peut-être ici ; la femme de chambre nous a trompés. Elle n’a pas dû sortir, car elle n’a pu couper la dentelle que tout à l’heure quand j’ai donné la jupe. Ah ! si je la trouve par exemple ! Je vais lui apprendre à se payer ma tête.

Elle recommençait sa promenade de chambre en chambre, quand, tout à coup, avisant les cabinets, elle y entre brusquement. La porte du couloir se referme, et elle entend s’ouvrir une autre porte qui donne sur l’escalier de service. Mais Madeleine est prompte. Avant qu’on ait le temps de se sauver, elle attrape la jupe courte de Séverine, ramène la fillette par l’oreille jusqu’au siège des cabinets où elle l’incline de force.

La confusion, la rougeur, le silence de l’enfant indiquent bien sa culpabilité. Elle ne fait pas un mouvement, tandis que Madeleine lui glisse la main sous les jupes pour la déculotter. Sans doute pense-t-elle qu’avec la vigoureuse et forte Madeleine toute lutte est impossible et qu’il vaut mieux que la correction demeure secrète. Son coeur bat avec vivacité et elle se raidit avec force comme pour supporter les coups sans crier. Madeleine saisit le petit balai de l’endroit et lui en donne sur les fesses nues assez de coups pour faire hurler de douleur une enfant moins courageuse. Aux premières gouttes de sang qu’elle remarque, elle cesse de frapper et lâche Séverine. Puis :
- Tu peux te plaindre à ton papa, lui dit-elle, si tu veux en recevoir encore !

Séverine n’avait pas poussé un cri, ni un soupir, mais Madeleine n’eut pas plutôt achevé sa menace que Séverine lui cracha sur le corsage.

Madeleine sortit en levant les épaules. Elle était tellement furieuse qu’elle n’attendit pas le retour de son amant ; elle partit avec sa jupe déchirée, après avoir demandé cinq francs à la femme de chambre pour prendre une voiture.

À peine était-elle sortie qu’Henri arrivait. Il fut bien contrarié quand on lui dit que Madame Madeleine n’était pas là. En apercevant la petite Séverine toute rouge d’émotion, de douleur contenue, il eut envie de faire passer sur elle sa colère.
- Ah ! te voilà ! lui cria-t-il en l’attirant brutalement. Je voudrais bien savoir qui a déchiré la robe de Madame Madeleine, qui est entré dans ma chambre…

Et il lui reprocha tous les méfaits dont il avait souffert avec son amie.

Séverine levant alors ses beaux yeux clairs qui ne semblaient exprimer que la bonté, la franchise, l’amour, lui dit simplement :
- C’est moi, papa, qui ai fait tout cela.
- Malheureuse enfant ! s’écria Henri plus surpris encore qu’irrité de cette réponse.
- Oui, reprit Séverine, et j’aurais voulu non seulement l’ennuyer mais lui faire du mal, à cette sale femme qui a osé lever la main sur moi.

Mais elle se tut, car elle ne voulait pas avouer qu’elle avait eu le fouet de la main de Madeleine.
- Ah ! Madeleine t’a battue, dit Henri, elle a bien fait ; tu avais mérité vingt fois d’en recevoir. Et c’est pour cela que tu la détestes tant ?
- Non, ce n’est pas pour cela, c’est parce qu’elle te prend mon amour, et parce que tu ne m’aimes plus depuis qu’elle vient ici.
- Ma pauvre Séverine, mais tu es folle ! dit Henri en se penchant sur la fillette pour l’embrasser.
- Non, non, tu ne m’aimes plus, continua Séverine en se dérobant aux baisers de son père, et c’est à une méchante femme que tu m’as sacrifiée !
- Je te défends de parler ainsi, Séverine, dit Henri d’un ton sévère.
- C’est une méchante femme et qui ne t’aime pas, reprit-elle, je vais t’en donner la preuve.

Là-dessus Séverine courut à sa chambre et en rapporta une lettre chiffonnée portant sur l’enveloppe l’adresse de Madeleine Aubert, avenue des Champs-Élysées. Après beaucoup de petites flatteries amoureuses, de mots caresseurs, la lettre se terminait ainsi :

« Tâche, mon Madelon, de faire casquer ton Henri numéro 1 ; si tu avais beaucoup de pognon, nous pourrions nous offrir dimanche une chouette promenade : tu sais que je connais les bons coins où l’on rigole…
Ton André »

Henri était devenu tout pâle.
- Et tu… tu as pris cette lettre dans sa jupe ? demanda-t-il en détachant lentement chaque syllabe comme s’il avait peine à remuer les lèvres.
- Oui, elle l’avait épinglée par-dessous. Je l’ai montrée à Julienne, qui me l’a expliquée. Cette femme-là, m’a-t-elle dit, n’aime point votre papa, elle ne vient que pour son argent.

Mais déjà Henri ne l’écoutait plus. Il mit brusquement la lettre dans sa poche, prit son chapeau et sortit en toute hâte.
- Je crois que c’est fini, à présent, dit Séverine en sautant de joie.
- Qu’est-ce qui est fini ? demanda la femme de chambre.
- La liaison de papa et de la sale femme… Je lui ai montré la lettre.
- Vous avez fait là un beau coup ! s’écria Julienne… Ils vont se disputer, et comme ils sont violents tous les deux, ça ne va pas être drôle. J’ai déjà vu des scènes, des scènes, que j’en frémissais ! Il est capable de la tuer.
- Ce ne serait pas un grand malheur.
- Non, mais que lui arriverait-il ensuite ? Vous voulez toujours n’écouter que votre tête et il en résulte de jolies choses.

*
* *

Henri Amelot se fit ensuite aussitôt conduire chez Madeleine ; la jeune femme elle-même vint lui ouvrir. Elle parut très étonnée de le voir, et ne voulut pas d’abord le laisser entrer.
- Qu’as-tu ? Que t’arrive-t-il ? Tu sais bien que ma mère est là.
- Cela m’est égal, dit-il en la repoussant jusqu’à sa chambre. Connais-tu cette lettre ?

Madeleine eut un rire sournois et méchant.
- Et après ? fit-elle tranquillement. Crois-tu que je viens chez toi pour tes beaux yeux.

Elle n’acheva pas ; Henri lui avait saisi les mains et levant sa canne il la frappait sur les épaules, sur les reins, sur les jambes.
- Grâce ! grâce ! criait-elle.
- Non, pas de grâce pour les catins, pour les menteuses !

Elle alla tomber contre le lit en gémissant ; alors il déchira la robe de chambre, la culotte, la chemise légère, il changea en loques ces dentelles qui lui avaient coûté tant d’or et il meurtrit, il ensanglanta le corps de son aimée dont le dos souple, les monts larges, les lignes pleines et hardies, les courbes provocantes avaient enchanté ses yeux.

Elle gémissait et sanglotait, mais semblait se résigner, lorsque tout à coup elle se redressa, courut jusqu’à la porte du cabinet de toilette et de toute sa voix appela :
- André ! André !

Un jeune homme assez fort, court, râblé, aux larges épaules, entra sans trop de hâte.
- Eh bien, eh bien, faut-il vous aider ? Vous n’avez pas fini de battre la gosse ? D’abord est-ce que vous êtes chez vous ici ? Payez-lui donc ce que vous lui devez ! Vous ferez mieux !

Il grognait, grondait, mais ne semblait nullement pressé de défendre Madeleine ni de punir l’agresseur quand les insultes et les coups d’Henri le mirent en rage.
- Veux-tu foutre le camp, maquereau ! criait Henri qui l’avait pris au collet et essayait de le jeter à la porte.

Soudain l’homme se retourna et lui porta un vigoureux coup de poing dans la poitrine. Henri chancela. Madeleine qui était restée jusque-là spectatrice, le poussa et essaya de le faire glisser. Avec l’aide de son compagnon elle y réussit. Henri tomba, entraînant son adversaire. Pendant quelques minutes les deux hommes luttèrent, embrassés. Pendant ce temps Madeleine s’empara de la canne qu’Henri avait laissé tomber et elle le frappait entre les jambes ; puis accroupie derrière son amant, elle serrait, pressait à les écraser, ces chairs secrètes qui l’avaient naguère caressée et peut-être réjouie.

Henri tout à coup eut un long hurlement de douleur et son adversaire le saisit à la gorge, et la lui serra. Un instant ses pieds battirent l’air, ses ongles s’enfoncèrent dans les épaules du souteneur, puis il devint immobile…
- Tu peux te relever à présent, dit l’homme. Madeleine se redressa toute pâle, la poitrine soulevée par des battements de coeur précipités.

Alors l’homme ajouta :
- Je crois que ça y est !… Ne tremble pas comme ça. Il ne fallait pas qu’il vînt me frapper. C’est lui qui a commencé.
- Ne restons pas ici, dit Madeleine épouvantée, partons, partons !
- Il n’en coûte rien de visiter ses poches à présent.
- Non, non, je ne veux pas, s’écria Madeleine.
- Et moi, je le veux, répondit l’assassin d’un ton autoritaire en la regardant fixement. Voilà-t-il pas maintenant qu’elle fait la délicate.

Il fouilla les poches du malheureux Henri, prit le portefeuille, le porte-monnaie, arracha les bagues des doigts rigides.
- Je lui laisse son anneau conjugal, un louis et trois francs pour s’en aller dans l’autre monde. On n’ira pas dire après que le vol a été le mobile du crime.
- Ah ! ne plaisante pas, dit Madeleine, c’est affreux ce que tu as fais là.
- Permets : ce que nous avons fait, car je n’ai pas travaillé seul, je suppose.

Les domestiques de Madeleine avaient congé ce soir-là. Quand ils reprirent leur service le lendemain, ils trouvèrent le cadavre d’Henri Amelot au milieu du salon. Ils crurent d’abord à un suicide, mais le désordre des chambres, l’absence de leur maîtresse, les aveux d’une jeune femme à qui Madeleine, affolée d’épouvante, avait raconté le crime, leur apprirent bien vite la vérité.

On transporta le corps dans l’appartement de la Chaussée-d’Antin. Quand la petite Séverine vit son père entre les bras des domestiques de Madeleine, quand elle aperçut les traits contractés et grimaçants du mort, ses sanglots éclatèrent, elle le suivit jusqu’au lit où on le déposa ; tombant alors à genoux elle baisait follement les mains glacées et répétait sans cesse :
- Mon pauvre papa ! mon pauvre papa ! c’est moi qui t’ai tué !

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après les nouvelles érotiques de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Femmes châtiées, Librairie des Bibliophiles Parisiens, Paris, 1903. (252 p. ; 24 cm).



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris