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Le Nismois

L’Armée de Volupté - II

Roman érotique (Chapitre II)



Auteur :

Le Nismois (Alphonse Momas), L’Armée de volupté, Texte imprimé, Paris-Bruxelles [s.n.], 1900.


II

Quel vide dans l’existence après ces rencontres au bal ! La dangereuse sirène emportait l’esprit et les sens du pauvre Émile Lodenbach, et il n’avait même pas la faculté d’aller la relancer, l’infatigable mondaine ne recevant chez elle qu’à ses après-midi du Mardi et au milieu de visites sans nombre ne lui permettant pas le moindre moment d’isolement.

Bien des fois, dans sa folie, il écrivit des épîtres enflammées, s’inspirant tantôt du style sentimental, tantôt du style égrillard, les brûlant ensuite avec rage sous la subite vision du visage ironique de son amoureuse.

Vieilles trompettes de Jéricho, criait-il proclamez-le dans l’espace, c’est à la peau, la peau, la peau qu’elle me tient, courons au remède.

II n’y faillit pas davantage, et ce soir-là, il se rendit au Moulin Rouge, avec la résolution de s’adjuger quelque hétaïre vicieuse, qu’il garderait… à bail renouvelable.

Des minois chiffonnés, il n’en manque pas. Il dicterait ses conditions : un mois d’essai, la grande vie pendant le mois, la bourse de la belle garnie à son caprice, contre sa saoulerie dévergondée à toute épreuve dans l’art des cochonneries les plus pimentées. Il fallait qu’elle décollât de sa peau l’influence Lucetienne. S’il était satisfait, au besoin il épouserait la marchandise ramassée.

Pourquoi ne proposait-il pas le mariage à Lucette ? Parce qu’il le lui avait demandé et qu’elle lui avait ri au nez, en répondant :
- M’épouser, moi, Lucette, ah, mon ami, j’ai été veuve au bout de six mois de mariage : mon mari m’aimait trop, et… ça me plaisait. La robustesse ne sauve pas l’homme dans un amour excessif. Le vôtre… me tracasse, et… je ne veux pas que vous mouriez.

Il y avait foule au Moulin-Rouge et le sexe abondait.
- À moi les femmes, une femme, dit Émile serrant la main du peintre Glomiret, aperçu dès les premiers pas.
- Une femme, vous cherchez une femme par ici. Vous !
- Ici ou ailleurs, ne sont-elles pas toutes pareilles.
- Certes oui, toutes des rosses.
- Ne dites pas ça ; toutes, objets à plaisir, et je ne veux pas autre chose.
- Si vous êtes en verve pour une aventure, vous tombez du ciel.
- Une aventure m’effraierait ! Des cuisses, des fesses, des seins, je n’exige rien de plus, le tout assaisonné de joyeuse humeur, sans trop de dindonnerie.
- Diable, le phénix pour ces lieux-ci ! Hasardez l’aventure.
- Qu’est-ce ?
- Une rousse vénitienne, extrême élégance, attitude de princesse égarée, une inconnue, une beauté de visage et de formes, avec sans doute sa femme de chambre, attablées toutes les deux, tenez, tenez, là-bas sur le côté, étudiant tout et tous, jusqu’à présent inabordable, malgré les tentatives.
- Un… va-te-faire-foutre, à récolter.
- Oh, elle devinera que vous n’êtes pas un habitué et peut-être se montrera plus accueillante.
- Ou plus récalcitrante si elle désire s’instruire.
- Je n’ai pas ça dans l’idée ! On désire une aventure et vous vous trouvez dans les conditions voulues par vôtre recherche d’une femme, non marquée dans le programme de celles qu’on lève sous les ailes du Moulin.
- Et vous…
- Battu, à mon escarmouche.
- Pas encourageant.
- Qui ne risque rien, n’a rien. Vous n’êtes pas un timide.
- Je n’ai nulle envie de l’être et je me lance.

Ils se séparèrent, et Émile s’avança d’une très jolie femme qui, assise à une table avec une autre, dénotant en effet dans son genre la qualité de soubrette, prenait un verre de sirop.
- Mauvaise conseillère, la solitude, Madame, dit-il en saluant fort convenablement.

On l’examina de la tête aux pieds, on sourit et on répondit :
- N’est-elle pas préférable à la société de rustauds et de bélitres !
- Vous êtes sévère ! Me permettriez-vous de rompre votre solitude ?
- Pourquoi pas ?
- Ah, voilà qui est gentil ! Une petite place et je tâcherai…
- De me distraire ? Je ne demande pas mieux, marchez.

Émile éprouvait de l’émotion et du plaisir. La femme, non seulement était fort jolie et fort élégante, d’une élégance de bon goût, mais avait un je ne sais quoi, qui lui donnait une ressemblance étonnante avec la terrible Lucette.
- Voilà de la chance, se dit-il en lui-même, si je conquérais l’ombre à défaut de la proie !

Installé entre la dame et la soubrette, il murmura :
- Voyons, que je me présente !
- Il est l’instant d’y penser.
- Monsieur Émile Lodenbach, bon garçon, l’aise, aimant le plaisir, s’ennuyant seul, et…
- Courant les femmes.
- Permettez : cherchant une femme.
- Pour ce soir.
- Pour plusieurs soirs, pour longtemps, pour toujours, si on s’entendait.
- Une femme… habituée d’ici !
- Ou d’ailleurs, je ne suis pas difficile.
- Vous épouseriez ?
- Après essai… naturellement.
- Est-ce bien franc !
- Désirez-vous un mari ?

Elle haussa les épaules, eut un sourire dédaigneux et répondit :
- Je suis mariée.
- Ah, mille pardons ! Alors, liberté limitée.
- Liberté à volonté. À mon tour de me présenter, non pour un engagement quelconque d’une ou plusieurs nuits, mais pour le cas où nos relations se prolongeraient un temps plus ou moins indéterminé ; Lucie…

Elle hésita, il reprit :
- Inutile, chère Madame, lorsque vous me connaîtrez davantage.
- Vous espérez donc que vous n’irez pas plus loin dans votre recherche et que j’accepterai votre recherche ?
- Je n’espère que ce que vous voudrez ! Vous êtes maîtresse de fixer vous-même la nature de vos espérances.
- Et, si vous perdiez votre temps en causant avec moi ! Il y a d’autres femmes dans cette salle.
- Je ne le perds pas, obtenant quelques-unes de vos minutes.
- Ceci est très bien ; j’achève ma présentation, Lucie Steinger. Mon mari est diplomate, peu vous importe où ; je suis française. Vous amusez-vous ici ?
- Beaucoup, depuis que je suis à votre table.
- Donc, vous vous amuseriez autant ailleurs, si je vous emmenais.
- Vous m’enlèveriez !
- Si vous voulez.
- Comment donc ! Mais…
- Très juste... Les conditions qu’on pose toujours dans ces rencontres de hasard. Mon Dieu, pour ma part, elles sont simples. Je suis riche, je m’ennuie, je voulais une distraction, vous vous offrez, cherchant de votre côté, je ne vois pas pourquoi nous nous attarderions plus longtemps en préliminaires, sous les regards de ces indifférents qui nous entourent. Reculeriez-vous ?
- Jamais de la vie ! Je désirerais cependant préciser quelques points. Vous m’excuserez, si je froisse vos sentiments.
- Parlez, marchez, je vous l’ai dit.
- Je cherchais une femme parce que… parce que…
- Parce que vous avez besoin d’une femme.
- Pour plusieurs motifs ; j’ai la tête égarée, le coeur malade, les sens surexcités.
- Ah, mon Dieu !
- Un souvenir me poursuit, m’obsède, me torture.
- Vous êtes amoureux ?
- Je crois plutôt que c’est un désir forcené.
- Eh bien et celle qui l’inspire ?
- Vous lui ressemblez.
- Oh, joli, joli, une aventure d’imagination.
- Vous n’y êtes pas. Je suis venu pour prendre une femme, n’importe laquelle, à qui je créerais une situation, si au bout d’un mois, de plus même, elle me satisfaisait assez pour…
- Pour ?
- Voilà l’embarrassant.
- Ne vous troublez pas ! J’ai remplacé cette femme en disposant de votre temps : sauf la situation que vous n’avez pas à me créer, je ne demande qu’à vous satisfaire.

La présence de la femme de chambre le gênait, Lucie le comprit et ajouta :
- Ne vous préoccupez pas d’Yvonne ; elle est à moi, corps et âme, n’est-ce pas, Yvonne ?
- Oh oui.
- Vous désiriez de votre inconnue ?
- Qu’elle m’enlève de la peau les frissons de désir qui me tuent, en se livrant à ma fougue dans les raffinements de la débauche.
- La plus cochonne, murmura-t-elle en se penchant.
- Oui.
- L’heure était marquée pour nous rencontrer.
- Vraiment ! cela tient du rêve !
- Du rêve vécu ! Pouvons-nous partir ?
- Je vous suivrais, même si vous étiez Marguerite de Bourgogne.
- Heureusement pour votre sécurité, que ces époques sont lointaines !

Voir en ligne : L’Armée de Volupté - III

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Le Nismois (Alphonse Momas), L’Armée de volupté, Texte imprimé, Paris-Bruxelles [s.n.], 1900.



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