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Le Nismois

L’Armée de Volupté - III

Roman érotique (Chapitre III)



Auteur :

Le Nismois (Alphonse Momas), L’Armée de volupté, Texte imprimé, Paris-Bruxelles [s.n.], 1900.


III

Les étonnements d’Émile ne faisaient que commencer.

Un coupé stationnait au coin de la rue de Bruxelles ; Lucie l’y fit monter, et il entendit Yvonne qui disait :
- À l’hôtel.

La voiture s’ébranla, il murmura aux oreilles de Lucie, près de qui il était assis, avec Yvonne en face :
- Est-ce bien chez vous que nous allons ?
- Où serions-nous mieux ?
- Votre mari ?
- En voyage.
- Vos serviteurs ?
- Tous dévoués à ma personne. Ils ne parleront pas. D’ailleurs le service, à cette heure est restreint. Vous êtes un galant homme, vous vous soumettrez à une petite condition.
- Laquelle ?
- Cinq minutes avant d’arriver, vous vous laisserez bander les yeux, non que je doute de votre loyauté, mais parce que je tiens à ce que vous ignoriez où nous nous rendons.
- Que j’ignore où vous habitez ? Ah, nous ne sommes plus dans les termes du contrat !
- Vous croyez ?
- Dame, je cherchais une aventure avec une suite à de prochains numéros, et vous proposez une aventure sans lendemains.
- Qui vous le dit ?
- Votre condition. Comment vous reverrai-je ? Comment vous retrouver ?
- II dépend de votre volonté de tout savoir de moi. Vous cherchez une femme qui réponde à certaines dispositions de votre esprit, moi, je cherche un homme qui convienne à certaines exigences de mon tempérament. Nous nous sommes plus au premier aspect, rien ne nous assure que nous nous plairons après la petite… comment appelez-vous ça ?
- Bagatelle.
- Mot bien nul, il n’en est pas d’autres ?
- Des quantités, mais l’expression a peu d’importance.
- Donc, si nous ne nous plaisons plus après la bagatelle, pourquoi vous donnerais-je la tentation de me retrouver, en vous indiquant où je niche. Vous êtes encore à temps pour renoncer à l’aventure.
- Il est trop tard. Je me soumettrai à la condition.
- Merci. Et maintenant, rêvez ou agissez, notre étoile monte dans le firmament.

Les chevaux trottaient, traversaient rues et boulevards, Émile ne s’inquiétait pas de la route qu’on suivait.

Tout en discourant avec Lucie, il l’étudiait, et la couleur des cheveux s’estompait dans la demi-obscurité du coupé, il constatait une ressemblance de plus en plus marquée avec Lucette.

Jusque dans la voix, il retrouvait de ses intonations, et parfois, le regard qui brillait d’une douce ou d’une narquoise expression, le faisait tressauter, l’incitait à se demander s’il n’était pas le jouet de quelque hallucination.

Sur la banquette assez étroite, en face, Yvonne demeurait silencieuse, comme dégagée de la scène qui se jouait sous ses yeux : son visage, au teint mat, ne trahissait aucune émotion, et cependant, par moments, ses regards se croisant avec ceux de sa maîtresse, d’une imperceptible inclinaison de tête, elle approuvait ses paroles.
- Rêvez ou agissez ! avait prononcé Lucie.

De fait le rêve et l’action sollicitaient Émile.

Une femme, de beauté éblouissante, se trouvait à son côté, l’autorisant au sentiment ou à l’audace, et il se sentait mollement bercé par le sourire qu’elle lui accordait, par le regard empreint de tendresse et de désir qu’elle lui dardait, par l’attitude alanguie dans laquelle elle attendait sa décision.
- Rêver, dit-il ne serait-ce pas voler la part de plaisir… charnel que nous nous promettons !

D’un mouvement brusque elle se rapprocha, avança la tête d’un air mutin, et répondit :
- À rêver, guéririez-vous le mal d’amour dont vous souffrez ?

L’air mutin du visage défiait et le rendait encore plus impérieusement adorable, il soupira et répliqua :
- Ah ! vous êtes elle jusque dans vos paroles, dans vos attitudes.
- Comment l’appelez-vous ?
- Lucette.
- Presque Lucie. Mon cher… héros de roman, vous êtes mal embarqué. En comptant vous guérir dans nos folies, vous vous apprêtez à envenimer la plaie.
- Je le crains.
- Eh bien, je suis bonne princesse, j’ai pitié, renoncez à ma personne, et adressez-vous à Yvonne. Je le permets et je passe au rôle de confidente.

Il la saisit par la taille, chercha ses lèvres qu’elle ne refusa pas, et dans un baiser fou de rage passionnée, murmura :
- Agis, tue le rêve, agissez même toutes les deux, si vous voulez, pour qu’il ne survive plus dans l’âme que le souvenir de l’ivresse voluptueuse.
- Si vous voulez, si je veux ! Et je veux. Yvonne est une belle fille, et qui nous servira l’impromptu que je t’offre, dans sa superbe nudité. Qui aime la femme, aime les femmes, et les femmes sont fleurs du bouquet d’amour au même titre.

Elle collait son corps souple, aux grâces félines, contre le sien ; dans l’émotion de la caresse échangée, il l’enlaçait, Yvonne hasarda ses premiers mots.
- Aimer la beauté, c’est aimer l’amour ; et aimer l’amour, c’est vaincre la jalousie par le dévouement des uns aux autres.
- Quitte ton strapontin, ordonna Lucie, et prends place près de nous, tu seras mieux, et lui aussi. Il faut à ce grand enfant que le ciel a jeté sur notre chemin, plus que de la luxure, il faut de la chaude tendresse féminine.

Sans embarras, Yvonne repoussa le strapontin et vint s’installer à l’autre côté d’Émile, qui l’examina plus attentivement.

De taille élevée comme sa maîtresse, elle avait le buste un peu plus massif, mais tout aussi aristocratique dans la tenue correcte et affinée : les traits réguliers, les cheveux bruns, les mains petites, elle eût pu aspirer aux premiers rôles, elle savait se résoudre au second. Elle séduisait et elle attirait, Émile faillit retomber dans le rêve.
- Donne-lui un baiser, murmura Lucie.

Il obéit passivement ; ses lèvres se posèrent sur celles de la jeune soubrette qui les lui abandonna, sans fausse retenue, dans une de ces caresses de glu qui révolutionnent l’être. Il frissonna, pressa plus étroitement la taille de Lucie, qui, presque couchée sur sa poitrine, lui dit encore :
- Gourmand seigneur, deux Odalisques dans le sérail ! Que Votre Hautesse honore la Sultane d’un peu de curiosité et le feu divin le pénétrera pour son plus grand bien !
- De curiosité, oh oui ! Curieux, on l’est de naissance vis-à-vis des femmes ; on le deviendrait vis-à-vis de toi, vis-à-vis d’elle.

Sa main descendit le long de la robe de Lucie, s’engouffra sous les jupes, remonta dans les jambes, rencontra un flot de dentelles qu’elle écarta, et se plaqua sur la chair satinée des cuisses.
- Eh bien, eh bien, eh bien, main exploratrice, que découvrez-vous dans ces parages ?
- Peut-être le port du salut.
- Dans tous les cas, la réalisation des désirs.

Elle se renversa en arrière contre le fond du coupé, les cuisses ouvertes pour le faciliter, et ajouta :
- Voyage, voyage, petite main, tu es la bienvenue là où tu passes.

Elle voyageait, la coquine de main, et explorait de tous côtés, saluant le clitoris d’un léger chatouillement, le duvet d’une caresse des doigts, et les fesses d’une pression ardente.

Lucie se redressa, repoussa avec douceur la main, et reprit :
- Nous voici d’accord, ami, nous approchons. Yvonne va te bander les yeux, et tu me donneras ta parole d’honneur de ne pas le retirer avant mon avis.
- Je te la donne.

Le bandeau sur les yeux, sachant les deux femmes tout près, tout près de lui, il murmura :
- Ah, prenez mes mains, et accordez-leur de la joie, pour compenser cette douleur de mes yeux d’être privés de vos beautés.

Toutes les deux se penchèrent vers lui, et dirigèrent, chacune, une de ses mains sous leurs jupes ; toutes les deux s’enlacèrent presque sur sa poitrine, et l’empêchèrent ainsi de voir, s’il en avait eu l’intention.

Où se trouvait-on ? quel parcours suivait le coupé ? Émile aurait été bien en peine de le dire ; il lui semblait tantôt qu’on roulait sur une route champêtre, tantôt qu’on cahotait sur des pavés mal entretenus. Il entendit grincer une forte grille qu’on ouvrait, le coupé s’engouffra sous une voûte prolongée, tourna brusquement sur une terrasse dallée, et s’arrêta.
- Attendez, dit Lucie, que nous soyons descendues, vous pouvez ôter votre bandeau.

Les deux femmes sautèrent à terre, le cocher tenant la portière, il les suivit, les yeux libres, et aperçut une vaste cour carrée, entourée de bâtiments. Lucie entrait par une porte vitrée dans un vestibule orné de colonnades, avec tapis épais, où l’on remarquait, sur la droite, un escalier étroit en spirale. Yvonne s’effaçait pour le laisser passer, et, pénétrant après lui, elle referma la porte vitrée.

Au milieu du vestibule, Lucie se retourna, sourit et lui dit :
- Vous êtes chez moi, dans mes appartements réservés.
- Chez vous, une demeure seigneuriale !
- Une grande caserne, mon cher ami. Yvonne, occupe-toi de ton service.
- Oui, Madame.

Yvonne sortit par une porte vis-à-vis l’escalier.

Lucie, se disposant à gravir cet escalier, dit :
- Allons, accompagnez-moi, nous sommes nos maîtres.

Voir en ligne : L’Armée de Volupté - IV

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Le Nismois (Alphonse Momas), L’Armée de volupté, Texte imprimé, Paris-Bruxelles [s.n.], 1900.



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