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Le Nismois

L’Armée de Volupté - IV

Roman érotique (Chapitre IV)



Auteur :

Le Nismois (Alphonse Momas), L’Armée de volupté, Texte imprimé, Paris-Bruxelles [s.n.], 1900.


IV

Vivait-il un conte des mille et une nuits !

Au haut de l’escalier, aboutissant au bout de quelques marches à une antichambre, Lucie conduisit Émile par un couloir dans un salon rectangle, aux proportions monumentales, blanc et or, le plafond orné d’une peinture représentant une scène de l’Olympe, avec d’immenses glaces sur ses deux longs côtés.

Elle l’invita à s’asseoir sur un siège du milieu et lui dit :
- Ami, rêvez quelques minutes, le temps de me mettre à l’aise et je suis à vous. Les portes sont ouvertes ; s’il vous plaît de changer de place, ne craignez pas d’aller, de venir, de regarder, je ne vous demande de respecter que cette sortie-ci, un boudoir, puis ma chambre, où je ne m’attarderai pas. Par là, au haut du salon, est la salle à manger, où nous souperons dans un instant ; par ici, au bas, deux autres salons. Vous êtes dans la partie qui m’est réservée, nul n’y pénètre sans mon autorisation.

Elle lui tendit les mains dégantées qu’il baisa, et se sauva.

Comme elle le quittait, rêvait-il, il entendit un orchestre assourdi, exécutant la dernière valse qu’il dansa la veille avec Lucette de Mongellan ! Il se dressa, le coeur bouleversé, et son esprit pensa :
- Lucie serait-elle Lucette !

Non, elle ne l’était pas : des différences bien caractéristiques existaient entre les deux femmes, et la chevelure elle-même ne pouvait du jour au lendemain subir une telle transformation de couleur.

La valse continuait sur un mouvement lent et voluptueux ; il se dirigea vers la salle à manger, d’où paraissait venir le son. Il souleva les tentures et vit une bonbonnière de pièce, avec deux couverts mis. Au mur des tableaux présentaient des couples nus s’enlaçant et échangeant des coupes.

Il examinait minutieusement cette salle, la musique s’était tue. Plus aucun bruit ne parvenait à son oreille. Il revint dans le salon, le traversa dans toute sa longueur, releva la tenture à l’autre extrémité et reconnut un salon rotonde prenant jour par le haut, salon vert et argent, en précédant un deuxième, ainsi que l’avait dit Lucie, il n’y alla pas.

Retournant sur ses pas, il se planta devant les glaces, se renvoyant à perte de vue son image avec la reproduction de ce qui l’entourait, il s’arrêta devant la porte défendue, mais ne l’ouvrit pas, et enfin, dans un merveilleux déshabillé de dentelles et de fanfreluches, Lucie le rejoignit :
- Ai-je été longue !
- Dam, lorsqu’on vous attend, cela devient une éternité.
- Merci, ne suis-je pas toujours belle !
- À effrayer.
- Pourquoi donc ! À encourager plutôt.
- Avec vous, on ne sait plus si on rêve, ou si l’on revient à la réalité !
- Ne pensons qu’à la réalité, mon ami, inutile de contracter une nouvelle maladie d’amour ! Oui, c’est ça, lançons-nous et vive les cochonneries que vous m’apprendrez.

Il était perdu à ses pieds, et déshabillait, petits jupons, chemise, il enlevait tout pour découvrir des jambes d’un modelé parfait, des cuisses, un ventre, des fesses, à l’énamourer pour une interminable série de nuits.
- Dis, si tu me dévores de la sorte, tu ne feras pas honneur à mon impromptu.
- Sommes-nous ici pour les plaisirs de la table !
- Ils aident.
- Soit, je suspends mes oraisons.

Le mot oraisons raviva dans son souvenir la lettre non signée reçue le matin même, et il murmura en soupirant :
- Les oraisons et les prières deviennent les sources de la volupté.

La main de Lucie s’appuya sur sa tête et elle répondit :
- La volupté est dans l’amour qu’on sait inspirer.

L’amour, l’amour, est-ce l’ivresse des sens, est-ce l’ivresse de l’esprit !
- L’amour est dans l’union des sens et des sentiments. Aime mon corps, aime la femme, tu m’aimes, oui, bois à ta félicité, en unissant tes lèvres à mon sexe.

Elle offrit à ses ardentes caresses son joli nid d’amour, surmonté d’un duvet brun-châtain, avec la perspective du ventre qu’illuminait le nombril ; il se plongea dans une délirante sucée et elle se laissa aller presque sur ses épaules.
- Ô folie, folie, dit-elle, ne l’appelons pas encore, viens, viens à table.

Elle s’élança vers la salle à manger, et il la poursuivit, suppliant :
- Non, non, j’ai faim, je veux manger.
- Oh, c’est différent, mignonne, je suis à tes ordres.

Elle s’arrêta, lui prit le bras, lui tendit les lèvres.
- Tu es gentil, je serai une bonne maîtresse, dit-elle.

Dès qu’ils furent installés, les sièges rapprochés, et non plus se faisant vis-à-vis comme on les avait placés, la musique reprit la valse ensorcelante, et ii s’écria :
- Qu’a donc cette valse qu’on la joue ainsi !
- Te déplaît-elle ?
- Oh non.
- Écoute-la et goûte à ce nectar.

Elle lui versa un verre de vin doré, et comme il le portait à ses lèvres, Yvonne toute nue entra apportant un plat.
- Oh, dit-il, l’Olympe n’est pas seulement sur les tableaux ! Elle est merveilleusement faite.
- Et des chairs de velours, palpe-les.
- Je ne veux que les tiennes.
- Me désires-tu aussi peu vêtue !
- Oh oui.
- Donne-moi l’exemple.

Il se leva, déjà gris d’amour et de désir, et rapidement se dévêtit, jetant les vêtements au fur et à mesure, qu’Yvonne ramassait. Quand il fut nu, il vit Lucie apparaître à son tour dans cet état, radieuse création féminine : elle appuya sur un ressort, un des tableaux s’effondra, démasqua tout un côté du mur, derrière lequel se révéla un salon magnifique de richesse et d’éclat.

Nue, Lucie s’assit sur ses genoux, lui passa un bras autour du cou, lui baisota les lèvres et dit :
- Hébé servait les dieux, je te servirai avec Yvonne, mon cher sultan, que veux-tu manger ?
- De ce pâté, fondu sur tes lèvres.
- Yvonne, apporte une assiette, il y a justement le morceau qui lui faut.

Debout devant le couple enlacé, Yvonne passa l’assiette à sa maîtresse : celle-ci porta un morceau du pâté à ses lèvres, l’approcha des lèvres d’Émile qui s’amusa à le happer et à le manger lentement, tout en pelotant les fesses de la soubrette que Lucie avait placées à portée de sa main.

La valse continuait, et tout à coup le mouvement se précipita, se fit entraînant, et dans le salon démasqué par l’effondrement du tableau, l’ombre d’un couple tourbillonna.

Émile regarda, haletant de passion sous les caresses de Lucie, dont les lèvres, dégarnies de pâté, ne quittaient plus les siennes, s’affolant sous les attouchements d’Yvonne agenouillée devant sa maîtresse pour lui caresser par dessous sa virilité qui s’agitait : il tressaillit, Lucie avait appuyé la tête sur son épaule, lui frôlant légèrement la poitrine de la pointe de ses seins ; il trembla de fièvre et de délire, à la contemplation de ce corps de déesse, dont les courbes couraient en ligne de feu sous ses regards, il distingua le couple qui valsait et poussa un cri de stupeur.
- Lucette, Lucette !

Un homme et une femme nus, entrelacés, dansaient dans le salon découvert, la femme d’une beauté aussi éclatante que celle de Lucie, à qui elle ressemblait d’une façon frappante, sous ses cheveux d’un brun ardent. Ils dansaient et ils se becquetaient, ils dansaient et leurs mains couraient aux attouchements licencieux, et elle, l’impitoyable sirène, se détachant un instant, tourna, gracieuse, devant son cavalier, comme Salomé devant Hérode, lui souriant, le conviant à la posséder par des signes non équivoques.

Dans ses bras, il tenait serrée et mourante Lucie, qui l’avait attiré sur le tapis ; en bons désordonnés, ils ressautaient dans l’ivresse des spasmes, la moitié du corps enfoui sous la table : sur leur croupe, alternativement s’élevant l’une au dessus de l’autre, par les déplacements occasionnés dans leurs soubresauts, Yvonne accroupie prodiguait ses plus délectables suçons, et, la rage sexuelle ne se calmant pas à la possession accomplie, un nouvel élan renaissait qui ressoudait les chairs, et replongeait le couple dans le rut.

Il était de taille à lutter ! Émile d’une force peu commune, sentait sa vigueur se décupler par l’inouï qui se déroulait autour de lui et par l’extraordinaire femme qui l’entraînait à des ébats insoupçonnables.

À peine leurs bras se desserraient-ils, qu’elle l’enroulait de son corps comme un véritable serpent, le surexcitait des contorsions de son buste et de ses hanches, le reprenait sur son coeur et murmurait :
- Encore, encore, tu n’es pas las, et si tu doutes de toi, baise mon sang dans le tien, aspire mon souffle imprégné du tien, nos corps sont purs, suce-moi de même que je te suce, et tes nerfs de nouveaux durcis nous emporteront dans l’au-delà, ah, ah, tu m’as comprise.

Agile à les suivre dans leurs fantaisies, Yvonne intervenait, se glissait entre eux, aidait à réparer leur désordre par ses caresses, ses coups de langue, et recevait en récompense des attouchements, des fougueuses sucées des deux jouteurs, s’unissant encore sur son corps pour y pomper des éléments de luxurieuse folie.

De temps en temps on se redressait, on se remettait à table, on mangeait à trois maintenant, Yvonne ayant ajouté son couvert, on buvait du champagne, et Émile se jetant sur les genoux, rampait comme une bête fauve autour des deux femmes debout et enlacées sur sa demande, les contemplait, les adorait, les baisait, manipulait leurs fesses, ne sachant auxquelles décerner le prix de beauté, les dévorait de feuilles de roses.

Le tableau était remonté à sa place, le salon où évoluait le couple de valseurs avait disparu, la musique ne s’entendait plus.

Comment se trouva-t-il sur le lit, couché entre les deux femmes, à quel moment précis se termina cette épopée amoureuse, quelle heure sonnait-il lorsqu’il s’endormit ? Il y a de ces ivresses voluptueuses où le souvenir disparaît, comme dans celles procurées par les vins.

Émile se réveilla dans sa chambre, chez lui.

Voir en ligne : L’Armée de Volupté - V

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Le Nismois (Alphonse Momas), L’Armée de volupté, Texte imprimé, Paris-Bruxelles [s.n.], 1900.



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