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Le Nismois

L’Armée de Volupté - V

Roman érotique (Chapitre V)



Auteur :

Le Nismois (Alphonse Momas), L’Armée de volupté, Texte imprimé, Paris-Bruxelles [s.n.], 1900.


V

Et le vide, éprouvé au réveil de la veille, fut encore plus accentué, et se saisissant le front à deux mains, il se demanda s’il n’avait pas rêvé.

Appelant Léonard, il l’interrogea :
- À quelle heure suis-je rentré ?
- Monsieur ne s’en souvient pas ?
- M’en informerais-je, animal.
- Monsieur ne se fâchera pas si je lui réponds.
- Ah ça, perds-tu l’esprit, Léonard mon ami, pourquoi me fâcherais-je, puisque je te pose la question ?
- Monsieur dormait debout contre la porte, quand son coup de sonnette m’a fait accourir.
- Je dormais debout !
- Il pouvait bien être six heures du matin, Monsieur est tombé dans mes bras, la porte ouverte, et nous avons eu bien peur avec Rosalie.
- J’étais seul ?
- Absolument seul.
- Rien, rien, vous n’avez rien remarqué ?
- La rue était silencieuse, sauf une voiture qu’on entendait au loin.
- Ah ! Sans doute la voiture qui avait amené Monsieur ; Monsieur ne se rappelle pas.
- Je dormais ?
- Extraordinairement. Nous avons couché Monsieur sans qu’il s’éveillât. Rosalie voulait faire du thé, je l’en ai empêchée.
- Du thé, pourquoi ?
- Je lui ai dit que le sommeil était le meilleur des remèdes.
- J’étais donc malade ?
- Monsieur me permet de donner mon avis ?
- Quel sot butor tu es ! Pourquoi te le défendrais-je ? Tu crois que j’étais ivre-mort ?
- Oh non, Monsieur, mais cuité.
- Va-t’en.

S’il ne se souvenait pas de la fin de l’aventure, tout le reste émergeait, et ce reste le tuait, car malgré la promesse de Lucie Steinger, il ne connaissait pas son adresse, il ne savait rien d’elle, il ignorait s’il la retrouverait.

Que faire dans cette situation d’esprit, sinon tuer tristement la journée, et courir le soir au Moulin-Rouge !

Il n’y manqua pas. Le même Glomiret était à la même place, il l’aborda.
- Eh bien, et l’aventure ? demanda celui-ci.
- Pas banale, mais inquiétante.
- Un danger ?
- Un souvenir qui brûle.
- Diable ! Et pas moyen de récidiver, la belle a gardé l’incognito ?
- Pas précisément, mais ma mémoire est en déroute.

Glomiret considéra avec une certaine commisération, Émile, qui reprit :
- Etait-ce la première fois qu’on la voyait au Moulin-Rouge ?
- Non, la seconde. Vous êtes le seul à l’avoir accompagnée. Résumait-elle votre programme ?
- Plus que je ne l’eusse désiré.
- Ce qui vous oblige à chercher maintenant une autre femme pour vous guérir de celle-là.
- Je n’en trouverais qu’une seule, celle que je voulais oublier.
- Mon pauvre ami, fouillez votre mémoire et relevez la piste, sans quoi vous êtes un homme fichu.
- Je le crois.
- Si votre mémoire continue à vous faire défaut, recourez aux petites annonces.
- Excellente idée dont je vous remercie.

Émile resta une heure au Moulin-Rouge, parcourut d’autres établissements, ce fut en vain, pas l’ombre de Lucie Steinger.

Huit jours s’écoulèrent, les annonces ne produisirent aucun résultat. Le neuvième matin, il reçut une nouvelle lettre sans signature, qu’il s’empressa de lire.

Elle était ainsi conçue :

L’Armée de Volupté a pour but de poursuivre la rénovation sociale par l’émancipation amoureuse de la femme. Elle se recrute de tous les gens de coeur et d’esprit, qui, sachant faire abnégation de leur volonté, admettent les usages unissant entre eux les soldats et les officiers des deux sexes.

Ces usages découlent de la cessation des liens sociaux qui assujettissent les êtres humains les uns aux autres. L’homme ’et la femme incorporés deviennent frère et soeur, mari et femme, sans limites de personnalités autres que celle du consentement mutuel.

Trois classes constituent l’armée de volupté.
- 1° Les aspirants, classe d’affiliation.
- 2° L’armée, classe d’activité.
- 3° L’assemblée, classe de retraite.

On peut être aspirant de quinze à cinquante ans ; on appartient à l’armée de vingt à quarante ans ; on passe dans l’assemblée, de quarante ans à la mort.

Tout candidat à l’affiliation verse une cotisation d’entrée, et est tenu à une cotisation mensuelle.

Il étudiait ce dernier paragraphe, se demandant s’il n’y avait pas une corrélation quelconque entre l’envoi de ces lettres et son aventure avec Lucie, lorsque Léonard lui apporta un télégramme.

Lucette de Mongellan lui mandait des reproches de ne l’avoir pas vu à son après-midi du mardi, et le priait de lui rendre visite le jour même.

Du coup, il referma prestement sa correspondance et ses papiers, et reconquit toute sa joyeuse humeur. La consolation cherchée et trouvée ne présageait-elle pas son bonheur avec la coquette Lucette ?
- Ah, Lucette, Lucette !

L’empire de la jeune femme s’imposait de nouveau. Il accourut à l’heure indiquée.
- Ah ! s’écria-t-il en entrant, que c’est aimable d’avoir pensé au malheureux qui vous fuyait !
- Me fuir, et pourquoi, mon ami ?
- Votre cruauté.
- Laissez donc ma cruauté tranquille, et parlons sérieusement. Quelle mouche vous a piqué de ne pas venir mardi ?
- Je vous l’ai dit, je vous fuyais.
- Vous êtes donc incorrigible ?
- Et vous toujours fascinante.
- Mon Dieu, que les hommes sont nigauds ! Qu’appelez-vous fascinante ?
- Semer le trouble dans le coeur d’un pauvre malheureux, et ne pas en avoir pitié.
- On serait bien avancée, si on avait pitié de tous ceux qui se prétendent troublés par notre modeste personne. Croyez-vous à l’utilité de se sacrifier à tous ces troubles ?
- À tous, non.
- Au cas particulier qu’on représente, oui. C’est qu’il y a beaucoup de ces cas particuliers qui sollicitent mon attention !
- Pourquoi ne pas vous fixer à l’un d’eux ?
- Le choix est difficile.

Émile allongea le nez dans une forte grimace.
- Allons, toujours pas d’espoir !
- Si encore on vous convainquait ! Avouez que les moyens employés pour nous intéresser sont vieux jeu, et que de nouveaux sont à inventer.
- Je ne sais ce que vous entendez par moyens employés, mais quand on a le coeur, les sens bouleversés par l’amour que vous inspirez, je crois que la seule chose à faire consiste à l’exprimer.
- Et puis après ?
- Essayer de vous rendre favorable.
- Et comment essayez-vous de me rendre favorable ? En me rencontrant dans les salons amis, en m’invitant à danser, en me visitant à mes mardis, en me déclarant sans cesse… votre flamme, en restant dans la bonne tonalité générale. Fade, fade, mon ami, et je mérite mieux que toutes ces balivernes. La plus hardie, c’est encore moi.
- Oh, la hardiesse, je n’en manquerais pas ; vous vous moquez toujours.
- Si ma moquerie arrête vos élans, reconnaissez vous-même que l’amour dont vous me poursuivez, cloche par l’ampleur. Là, laissons ce sujet, et racontez-moi ce que vous avez fait pour disparaître ainsi… de mes regards. Une dizaine de jours ! Avez-vous porté ailleurs vos jeux ?

Il hésita à répondre franchement oui et à narrer son aventure, la vision du couple de valeurs, où il lui avait semblé la reconnaître ; il tressaillit, un piano à côté exécutait la même valse.
- Vraiment, cela devient de l’obsession ! s’écria-t-il.
- De l’obsession, quoi donc ! Cette valse ? Vous n’êtes pas galant ! Je croyais qu’elle vous rappellerait la dernière que nous eûmes le plaisir de danser ensemble et où vous étiez dans un état…
- Lucette !
- J’ai prié l’institutrice de ma fille de me la jouer, pour le cas où elle vous inspirerait le désir de renouveler ces tours de folie qui vous possédaient l’autre soir, afin de vous prouver combien je suis bonne.
- Vous accepteriez la valse, ainsi, dans votre léger déshabillé ?
- Pour vous être agréable, mon ami, et pour vous sauver de vous-même, oui.
- Seuls en tête-à-tête, après…
- Après votre exaltation devant le monde, pourquoi pas ? Voulez-vous que nous valsions ? Le boudoir est moins vaste que les salons de la comtesse de Bouttevelle, mais nous ne serons pas entravés par les autres couples.

Elle était debout, l’attendant, et le piano continuait à faire entendre ses notes : il se dégageait une telle atmosphère capiteuse que, le sang bouillonnant dans ses veines, il la prit par la taille, s’élança dans le tourbillonnement de la valse, la serrant de plus en plus près, buvant de plus en plus le feu de ses regards qu’elle ne lui disputait pas.

Ils valsèrent, couple fantastique, dans ce boudoir que noyait une demi-obscurité, et ils ne formèrent bientôt qu’un seul être à deux têtes, se rapprochant, se rapprochant.

La taille flexible de la jeune femme ployait sous son bras, son corps peu à peu se collait contre le sien, comme l’autre soir ; il sentait la chair frémissante mal dissimulée par la faible barrière du peignoir et de la chemise, il la voyait palpiter, sa jambe s’entremêlant à la sienne, il étouffait, elle murmura :
- Mon ami, mon ami, ne me voyez-vous donc plus !

Instantanément il s’arrêta, tomba sur les genoux et, fou de sensualité, passa la tête sous le peignoir, retroussa Lucette d’une main fiévreuse.

Ses lèvres coururent droit au sexe et s’y plaquèrent dans un long baiser ; ses mains saisirent les fesses et elle ne résista pas. D’un mouvement prompt, elle dégrafa le peignoir, retira la chemise, repoussa ses mules et s’offrit toute nue à ses yeux ravis.
- Lucette, Lucette, que vous êtes belle !
- Ne vous en doutiez-vous pas, méchant ?
- Merveille éblouissante, lumière, poème du ciel, vous avez pitié.
- Ne me dévorez pas tant de caresses et revenez vous asseoir, causer.
- Nous asseoir, causer, vous ainsi !
- Votre pudeur s’effaroucherait-elle ?
- Ma pudeur ! Ah, par exemple, attendez que je sois pareil à vous !
- Vous oserez, mon ami ?
- N’est-ce point un ordre que me donne votre irrésistible beauté ?
- Oh mon irrésistible beauté, vous empêcha-t-elle de courir aux mauvais lieux comme vous m’en menaciez !

Cette parole évoqua le souvenir de Lucie ; sur les genoux il se dévêtissait, n’interrompant pas les baisers dont il gratifiait les fesses de Lucette ; il suspendit déshabillage et baisers, et tenant la jeune femme par les jambes, il demanda :
- Lucette, on fait d’étranges rêves dans ces mauvais lieux !
- Des rêves !
- Je vous ai vue toute nue danser avec un autre homme !
- Moi, moi, perdez-vous l’esprit ?
- Vous, ou quelqu’un qui vous ressemblait à s’y méprendre ! Et quoique la vision n’ait fait que passer sous mes yeux, la femme, qui était vous, possédait la même petite lentille au-dessous du mollet gauche.
- Vous avez rêvé cela !
- Qui pourrait le dire ?
- Alors relevez-vous, Monsieur, et cessons ce jeu j’ai été trop bonne et le repentir naît déjà.
- Lucette !
- Quoi, vous vous prétendez enfiévré d’amour, et au moment où je me livre à vos regards, vous me racontez de sottes histoires, dans lesquelles vous m’accusez de danser nue sous vos yeux avec un homme !
- Je ne t’accuse pas, terrible Lucette, je te parle de ma vision.
- Votre vision est déplacée.
- Pour cela non ! Tu étais jolie comme tu l’es à cette heure.
- Et vous m’abandonniez à un autre homme !

Il la tenait à bras le corps, lui baisait le nombril, il l’empêchait de se sauver, elle ne l’essayait du reste que pour la forme, il ne sut que répondre à l’exclamation, elle ajouta :
- Et vous, que faisiez-vous durant cette curieuse vision ?
- Je… je…
- Vous vous consoliez avec une autre femme, avec une rouleuse quelconque, rencontrée au Jardin de Paris, au Moulin-Rouge, à l’Américain, eh bien, répondez donc ?
- Je caressais une autre femme, encore ta ressemblance, celle-ci a la chevelure d’un roux vénitien, plus grande que toi.
- Ah, mon ami, mon ami, il était temps que j’aie pitié, vous couriez le risque de perdre la raison. Ma ressemblance partout ! Ah mais, ah mais, vous n’êtes pas mal bâti ! Et cela… a-t-il bien pleuré au bal ?
- Sangloté, mon adorée, sangloté, une inondation !
- Vrai, auriez-vous eu la sensation ?
- Il eût fallu être de bois pour ne pas l’éprouver.
- Rien que pour m’avoir… palpée à travers les vêtements !
- Je devinais ta splendeur.
- Ah ! Et maintenant, si nous valsions ainsi tous les deux !
- Oh non, il y a mieux !
- Je ne veux pas encore ce mieux.
- Le piano ne joue plus.
- Il va jouer.

Elle frappa des mains et la valse reprit, et elle se jeta dans ses bras pour être emportée par le tournoiement délirant, et tenant elle-même dans la main sa virilité dans une érection indescriptible, tandis qu’il lui écrasait les fesses sous la pression de ses doigts s’y cramponnant, tout à coup elle comprit qu’il s’affolait, elle se laissa aller sur le dos, lui tendit les bras, et ils goûtèrent la suprême extase dans les dernières mesures de la valse, se ralentissant, se radoucissant, comme si la pianiste eût assisté à l’intensité de leur pâmoison.

Voir en ligne : L’Armée de Volupté - VI

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Le Nismois (Alphonse Momas), L’Armée de volupté, Texte imprimé, Paris-Bruxelles [s.n.], 1900.



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