Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Romans érotiques > L’Armée de volupté > L’Armée de Volupté - VII

Navigation



Le Nismois

L’Armée de Volupté - VII

Roman érotique (Chapitre VII)



Auteur :

Le Nismois (Alphonse Momas), L’Armée de volupté, Texte imprimé, Paris-Bruxelles [s.n.], 1900.


VII

Il se promenait dans l’allée Raphaël, à la Muette, lorsque Lucie arriva à l’heure dite dans sa voiture. Sans se l’être dit, les deux amants avaient pensé à cette allée pour la rencontre.

Elle lui fit place à son côté, et l’on partit vers le Bois.
- Une promenade avant dîner, dit-elle en lui tendant la main, car tu me mènes dîner en cabinet particulier ; puis, la soirée, la nuit à nous, dans les conditions que tu fixeras.

Elle était seule, mais encore plus jolie, plus ravissante que l’autre soir, avec les yeux légèrement bistres, donnant un montant excessif à son visage gracieux et souriant, imprimant une saveur affolante à toutes les promesses du corps, admirablement parée d’une toilette fraîche et printanière, sortant de chez un de nos meilleurs faiseurs, l’un de ces artistes parisiens qui, dans le costume d’une femme, savent accuser la personnalité avec toutes ses délicatesses et ses supériorités.
- Vivre un rêve pareil à celui de l’autre semaine, répondit-il, est-ce encore possible !
- Il manque un satellite à l’astre, chéri, y perdrait-il ?
- L’astre rayonne sur mon coeur. Qu’importe le satellite.
- Bravo ! On s’amusera donc franchement. Moi, j’aime l’amour et ses plaisirs : tu l’as vu, je ne suis pas une élégiaque, et la sentimentalité, si je l’admets, je ne m’en sers que comme hors-d’oeuvres. Tu as donc pensé à notre nuit ?
- Comment en serait-il autrement, et avec cette fin inexplicable d’aventure ! Car j’ignore de quelle façon nous nous sommes quittés. Étais-je gris d’amour… de vin ? Étais-je dompté par la nature ? Mon départ demeure un mystère.
- Pauvre chéri ! Oh, quel sommeil, et combien aurais-je le droit de m’en formaliser, si je n’en étais pas la cause ! Mon bel adoré, tu t’es subitement endormi dans mes bras, tes lèvres sur mes lèvres, et j’ai cru que nos âmes allaient s’élancer dans les grands espaces du firmament pour inventer de nouvelles félicités ! Moi-même je défaillais ; Yvonne reposait, la tête sur tes cuisses, mais non endormie ; elle remarqua que tu faiblissais, elle glissa près de moi, me secoua, et te voyant plongé dans le sommeil, la même pensée nous vint à toutes les deux, celle de rester dans ton souvenir comme un rêve. Comment nous nous y prîmes, je n’en sais rien ; avec beaucoup de peine nous t’avons habillé, j’ai toujours une voiture attelée, j’ai sonné, on t’a porté dans la voiture, et sous la surveillance d’Yvonne, tu es rentré à ton domicile.
- J’étais debout contre ma porte, je pouvais m’affaisser.
- Impossible, un de mes serviteurs te soutenait et tu te maintenais très bien debout, tout seul.
- Mon domestique n’a vu personne.
- Ton domestique est un sot ! À côté de ton hôtel, près de ta porte, il y a un mur en retrait. On s’est caché là, lorsqu’on a entendu le pas de quelqu’un qui s’avançait pour ouvrir, et on surveillait. Es-tu contrarié de cette pensée mise à exécution ?
- Non, je ne m’expliquais pas mon retour. Quel étrange sommeil !
- Ah ! tu l’avais bien mérité ! Quelle vaillantise, Monsieur, à revenir sans cesse à l’assaut !
- Quelle énergie à les soutenir !

Mes pauvres cuisses en sont restées meurtries plus de trois jours, et j’avais les reins… brisés. Je t’inspirais donc bien… moi… ou Yvonne ?
- À propos d’Yvonne, il me survient une très curieuse aventure.
- Parle vite. Yvonne s’est emballée avec notre nuit, et si je n’avais pas tenu à me rendre compte de mon petit empire personnel, elle serait venue avec joie. Tu me dis : à propos d’Yvonne, tu n’as pas pu la voir, elle était absente avec moi.
- En effet, tu as oublié un journal, ce journal, et je me suis permis…
- De le lire ! Tu as bien fait. Tu as voulu te renseigner sur mes lectures, donc tu pensais à ta Lucie ; cela vaut une caresse, une seule pour l’instant, je te le rappelle.
- Je désirais tant et tant.
- Vite un petit baiser sur ce coin de joue.
- Volontiers, mais avec glissade.
- Glissade ?
- Aux lèvres.
- Non, pas encore ! Moi, je suis chaude, tu sais, et… nous n’attendrions pas. Oh, le bon petit baiser !
- Lucie, Lucie, je commence à étouffer.
- Déjà ! Patience. Monsieur. Tiens, pousse ta main où tu voudras pour calmer ta soif, et revenons à nos discours. Tu as lu ce journal ? Non, non, ne retire pas la main, reconnais que j’ai été prévenante ; pour te faciliter, pas de pantalon. Caresse doucement, et ne… m’affole pas. Tu sais donc que j’ai joué du piano dans un concert.
- Je t’ignorais ce talent.
- Ah, chéri, j’en suis farcie de talents !

Elle éclata de rire, écartant les jambes pour le satisfaire dans son pelotage, et les yeux humides de passion, ajouta :
- Oh, je t’aime ! Ce concert, un gros succès, je t’assure que ma vanité en était flattée autant que des compliments adressés à ma beauté.
- Ils ne doivent pas te manquer.
- Je n’ai pas à me plaindre.
- Et pour l’amour ? Lucie.

Sa voix trahissait de l’angoisse, elle lui enleva la main de dessous ses jupes, se pencha sur son épaule et murmura :
- Dis, ressentirais-tu de la jalousie ?
- Dam ! Tu me produis un tel effet que j’ai peur.
- Peur, chéri, oh, que tu aurais tort ! Je suis heureuse d’être avec toi, de t’aimer, de t’inspirer le plaisir ; je l’ai partagé ce plaisir avec Yvonne. À quoi servirait-il de chercher au-delà ! D’ailleurs, souviens-toi de la cause de notre rencontre. Tu voulais oublier, tu aimais donc. Tu m’aimes maintenant, demain tu en aimeras une autre, peut-être même déjà as-tu aimé, as-tu possédé celle que tu voulais oublier dans mes bras, par cela que tu étais indépendant d’esprit pour l’aborder, et si tu l’as fait, je t’excuse.
- Ô femmes, femmes, vous ignorez donc votre force, que tu me demandes cela ? Tu veux semer comme de la glu sur tout mon être, tes yeux me clouent esclave à ta volonté, ton sourire m’ôte la puissance de mon individualité, je suis entre tes mains pareil à un jouet attendant son plaisir, et tu ne veux pas que je m’épouvante à la pensée que si tu m’aimes… et en aimes un autre, la vie s’effondrera, parce que dans mon ciel, l’étoile que tu représentes, ne brillera que de feux intermittents.
- Grand nigaud, va ! Une femme est belle belle, elle aime à ce qu’on le remarque, à ce qu’on le lui dise et elle s’apitoie sur les désirs que soulève sa beauté ; on peut être bonne, sans froisser les susceptibilités d’un amant. As-tu pensé à celle que tu voulais oublier ?
- Oui, et je suis allé à elle pour t’oublier, comme j’étais venu à toi pour la chasser de mon coeur.
- Qu’en est-il résulté ?
- Elle s’est donnée.
- Tu l’as prise !

L’exclamation dénotait-elle de la surprise ou de l’inquiétude, peut-être l’une et l’autre ; elle ajouta cependant presque aussitôt :
- Bravo ! tu es un homme. Quand une femme est jolie, un homme doit la prendre. Notre conversation marche à bâtons rompus. Que me disais-tu d’Yvonne ?

Elle changeait de sujet, avait quitté son épaule sur laquelle elle s’appuyait, et, renversée dans son coin, semblait l’étudier.

Il profita de sa position pour réexpédier les mains sous ses jupes en essayant de les trousser.

Petit polisson ! s’écria-t-elle, si tu veux voir, il y a d’autres yeux que les tiens qui useront de l’occasion.

Il s’arrêta ; le store n’était pas baissé sur la glace séparant d’avec le cocher. Il eut une hésitation, elle sourit et dit :
- Baisse et sois prudent. Puis, réponds-moi.

Le store baissé, il envoya de nouveau la main et ramena les jupes sur les genoux ; moqueuse, elle lui dit :
- Tu ne verras pas grand-chose, curieux, mes bas ! Te plaisent-ils ? Tiens, j’ai pitié, voici un petit morceau de chair ! Remonter plus haut, tu abîmerais ma toilette. Il m’importerait peu si nous étions dans mon appartement. Nous sommes au Bois, nous aurons à descendre de voiture, et tu ne voudrais pas que je sois honteusement fripée. Non, non, ne te retire pas, mais prenons des précautions. Tu me disais qu’Yvonne…
- Je n’affirme pas que c’est de notre Yvonne qu’il s’agit, mais j’ai reçu ce papier ce matin. C’est la troisième note de ce genre que l’on me fait parvenir.

Lucie lut le papier, le rendit et répondit :
- Il s’agit de notre Yvonne.
- Ah !

Et, si tu veux écrire, tu n’as pas besoin d’expédier ta lettre à l’abbé Rectal. Tu la remettras directement à Yvonne ou je la lui remettrai.

Ils s’étaient remis en position normale, un flot de pensées assaillait Émile. Il se rapprocha et murmura :
- Et toi, appartiens-tu à cette Armée de Volupté ?
- Je ne puis te répondre. Si la science te vient, elle te viendra par les efforts de ta volonté, et non par aucune des personnes qui se trouvent près de toi.
- Lucie, Lucie, tu m’as mis l’amour au coeur, tu as versé la passion dans mon sang, qu’es-tu pour moi, que suis-je pour toi ?
- Pour toi, je serai la maîtresse telle que nul amant n’en rêva jamais, si tu t’appliques à me comprendre : pour moi, tu es l’amant que mon coeur aspirait à connaître. Prends l’amour dans mes bras, prends l’ivresse sensuelle que je t’ai dévoilée, domine ton passé et contemple, non plus l’individualité dans l’amour, mais le sexe en son entier.
- Je t’aime et je te désire, je ne vois rien après toi. Conseille-moi.
- Que t’écrit-on ? On sollicite que tu demandes à contracter engagement dans l’Armée de Volupté. Pour apprendre, pourquoi ne contracterais-tu pas cet engagement ?
- Où cela me conduira-t-il ?
- Certainement pas plus loin que tu ne le voudras toi-même.
- Sait-on jamais ce que l’acte le plus simple vous coûtera d’ennuis et de désagréments !
- Ces ennuis et ces désagréments ne menacent que ceux qui manquent de volonté et d’énergie.
- Tu ne peux donc me parler de cette Armée, à laquelle appartient comme lieutenante celle que tu m’as présentée comme ta femme de chambre. Comment concilie-t-elle ces deux fonctions, si tu n’y es pas tout au moins consentante ?
- Ah, triste cervelle d’homme qui, tout à l’heure voué à la volupté, en repousse la coupe à la première mouche qui le chatouille ! Tiens, descendons et marchons, l’allée est solitaire, tu repenseras à notre nuit et tu me reviendras.
- Te revenir, mais il n’en est nul besoin ! Si quelque chose me préoccupe dans cette Armée de Volupté, c’est d’y découvrir ton rôle.
- Le mien, si j’en ai un ! Et pourquoi n’y cherches-tu pas plutôt le rôle de celle que tu voulais oublier ?
- Lucette, pourquoi en serait-elle ?
- Lucette, oui, tu me l’as dit ! Lucette comme une de mes soeurs.
- Une de tes soeurs s’appelle Lucette ! Et son autre nom ?
- Lucette de Mongellan.
- Elle !

Elle lui posa la main sur l’épaule, et les yeux dans les yeux, s’écria :
- Tu voulais oublier ma soeur Lucette, et tu cherchais l’oubli dans mon amour !

La voiture, sur l’ordre de Lucie, s’était arrêtée, ils descendirent, marchèrent côte à cote et elle reprit :
- Mon cher, suis mon conseil, demande à entrer dans l’Armée de Volupté. Pour ton avenir, cette Armée représente l’arbre du bien et du mal. Tu y cueilleras les fruits les plus divins, ces fruits te formeront le caractère.
- Tes paroles cachent de l’amertume, Lucie.
- De l’amertume ! La vie est trop courte pour que j’en use. Raconte-moi tes amours avec la belle Lucette.
- Moins belle que toi.
- Tu l’as eue après m’avoir eue ! La ressemblance eût dû te l’interdire.
- C’est cette ressemblance qui m’a attiré à ton amour.
- L’ayant possédée en ma personne, tu n’avais pas à goûter une nouvelle épreuve.
- Tu es froissée, tu es jalouse, tu vois donc qu’il existe autre chose que le plaisir voluptueux entre sexes différents.
- Laisse donc ça, chéri, ne t’égare pas dans de fausses hypothèses, et ne nous écartons pas du sujet qui t’occupe.
- Je n’en ai qu’un, toi.
- Merci. Mais, à cette heure, l’Armée de Volupté nous a entraînés plus loin que nous le supposions, et elle passe au premier rang. Il faut que tu t’y engages.
- Moi ?
- Pour me plaire.
- Tu en es ?
- Oui.
- À quel titre ?
- Tu l’apprendras. Je ne puis me révéler à un mécréant.
- Qu’appelles-tu un mécréant ?
- Tout ce qui est hôte de l’Armée, hors du temple.
- Armée, temple !
- Décide. Si tu acceptes, je te mène de suite à la capitainerie où Yvonne est de service. Tu signeras là ton engagement, et je n’aurai aucun secret à te cacher.
- Conduis-moi, tu m’instruiras en route sur quelques points obscurs.

Remontés en voiture, Lucie ayant indiqué une adresse à Neuilly, une certaine gravité régna entre les deux amants, et Émile demanda enfin :
- Qu’est-ce que l’Armée de Volupté ?
- L’association de tout ce qui a du coeur, de l’intelligence, de la volonté, de tout ce qui voit, dans le triomphe de l’amour, la fin des maux qui désolent l’humanité.
- Bon en théorie, mais en pratique ?
- Hommes et femmes sont frères et soeurs, tous unis dans les plaisirs de la volupté, tous prêts à se sacrifier les uns aux autres.
- Possible dans le rêve, absurde dans la réalité.
- Erreur !
- Les haines et les jalousies ne s’éteindront jamais dans le coeur humain.
- Elles s’éteignent dans l’affiliation.
- L’affiliation
- Engagé, on entre dans un groupe qui relève d’une capitainerie, et dans ce groupe, on échange les plaisirs amoureux, réglementés de telle façon, qu’on s’habitue à considérer la liberté de la femme, à respecter cette liberté, à ne pas s’irriter des bonheurs qu’elle donne à côté. Du reste, tu le jugeras par toi-même.
- J’appartiendrai à un groupe ?
- Il le faut, mais les groupes sont superposés comme les classes sociales, et tu seras en aristocratie.
- Avec toi, peut-être.
- Je ne puis te répondre sur ce point. Interroge sans mêler les personnalités.
- Des soldats, des officiers, comment cela s’organise-t-il ?
- Le mieux du monde. Les hommes ont pour officiers des femmes, et les femmes, des hommes.
- C’est le gâchis.
- C’est l’harmonie ! L’Armée de Volupté n’est point une Armée similaire à celles qui s’entre-tuent sur les champs de bataille. Elle est un grande famille où fusionnent les intérêts et les passions, et d’où s’élèvent les supériorités naturelles. II y aurait presque autant d’officiers que de soldats, si les périodes d’affiliation ne contenaient la grande partie des couples enrôlés. On peut être officier d’emblée après l’affiliation, en achetant un grade.
- Voilà l’injustice.
- Voilà l’équilibre. On paie cent mille francs pour acheter une capitainerie, et l’on touche un traitement annuel de quinze cent francs. Tout capitaine créé par l’achat du grade, fait élire un autre capitaine sorti du rang, qui profite de la paie et s’occupe des travaux qu’occasionne l’Armée. Ah, nous approchons ! Maintenant quelques détails pour le moment où tu auras signé ton engagement. Je te mène à Yvonne que tu vas trouver sous son costume de lieutenante, elle nous recevra à part. Dès que tu auras signé, tu deviens affilié et petit soldat. Tu dois à la lieutenante le salut.
- Militaire ?
- Le salut voluptueux.
- Ah !
- Tu poses la main sur ton coeur, elle s’incline, se tourne, se trousse, et tu lui baises les fesses. Ce salut, vous l’exécuterez avec la capitaine à laquelle elle te présentera. Nous voici arrivés.

Voir en ligne : L’Armée de Volupté - VIII

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Le Nismois (Alphonse Momas), L’Armée de volupté, Texte imprimé, Paris-Bruxelles [s.n.], 1900.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris