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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

L’Enlèvement

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre XII)



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Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


XII
L’ENLÈVEMENT

S’il était un être que je craignais de rencontrer, c’était bien Randolph ! Mais à ce moment terriblement critique, je ne vous cacherai pas que j’étais heureuse de le revoir. Je l’implorai d’une voix entrecoupée de pleurs.
- Descendez-moi, oh ! sauvez-moi ?

Il s’approcha, un sourire moqueur aux lèvres.
- Oh ! Randolph, je vous en supplie, délivrez-nous, vite, vite !…

Il resta impassible.
- Eh bien, Miss Ruth Dean, et vous, Miss Dolly Morton, vous voyez ce qu’il en coûte de secourir et protéger les esclaves évadés ; et n’avez-vous pas deviné que c’est grâce à mes indications que ce supplice vous a été infligé. J’ai fait connaître vos agissements aux lyncheurs, et ils vous ont punies de la bonne façon. Je vous avais dit, Dolly, que nous nous reverrions. Invisible j’ai assisté à votre jugement et à l’exécution de la sentence. Je dois même avouer que vous avez poussé des hurlements qui n’avaient rien d’humain mais auxquels j’ai été fort insensible.

Il s’arrêta pour rire à son aise et un sentiment d’épouvante me saisit. Cet homme, non seulement ne s’était pas contenté de nous livrer aux lyncheurs, il venait encore railler nos souffrances.

Miss Dean m’interpella :
- Connaissez-vous cet homme ?

Il répondit pour moi :
- Oh ! oui, elle me connaît ; nous étions même très bons amis autrefois, mais nous nous sommes disputé un jour, et elle m’a donné mon congé. Pas vrai, Dolly ?

Je haïssais cet être sans coeur, mais la douleur avait tué en moi tout autre sentiment.
- Oui, oui, c’est vrai, mais pour l’amour de Dieu taisez-vous et délivrez-nous.

Il sourit, mais ne fit pas un mouvement.
- Oh ! m’écriai-je à moitié folle ; comment pouvez-vous rester à regarder deux malheureuses femmes qui souffrent le martyre. Vous n’avez donc pas de coeur, pas de pitié ?
- Je ne suis pas un bienfaiteur de l’humanité moi ! — répondit-il ironiquement — et je n’ai que très peu de tendresse pour les abolitionnistes qui viennent débaucher mes esclaves ; mais cependant, je consens à faire en votre faveur exception. Si vous consentez me suivre, je vous aiderai à descendre.

En entendant cette offre cynique, Miss Dean terrifiée me cria :
- Oh ! Dolly, n’écoutez pas cet homme ; c’est un lâche… il profite de vos souffrances pour abuser de vous… mais ne l’écoutez pas, ma chérie, et supportez vos douleurs bravement. Je souffre autant, si ce n’est plus que vous, mais jamais je n’accepterai de telles conditions, plutôt la mort.

Randolph éclata de rire.
- Je n’ai nullement l’intention de vous offrir quoi que ce soit de semblable, Miss Dean. Vous pouvez rester assise deux heures et plus sur cette barrière sans que je m’interpose. Ce que j’ai pu voir de vos charmes n’a rien de bien tentant. Plate comme une limande et longue comme une perche, voilà ce que vous êtes ; or, j’aime une petite femme potelée comme Dolly.
- Brute ! lâche ! s’écria Miss Ruth au comble de l’exaspération.

Après tout elle était femme, et il lui était désagréable d’entendre ainsi parler de ses charmes.
- Maintenant Dolly, vous m’avez entendu ; voulez-vous me suivre ce soir ?

La façon grossière dont il me fit cette question me choqua. Aussi rassemblant le peu de courage qui me restait, je lui répondis.
- Non, non, laissez-moi, je n’irai pas avec vous.

Toutefois je manquais visiblement d’assurance en parlant ainsi.
- Très bien, fit-il ; vous avez encore près d’une heure à rester dans cette position, et il est probable qu’au bout de ce temps, vous serez terriblement endolorie. La perspective vous en sourit-elle ?

Je me mis à pleurer de nouveau, à le supplier de me délivrer sans conditions ; mais sans prêter la moindre attention à mes prières il alluma un cigare et alla s’appuyer à la barrière en nous regardant d’un air indifférent, pendant que nous nous tordions en d’indicibles souffrances.

Je résistai encore quelques minutes ; enfin, exaspérée, à bout de forces, sentant qu’il me serait impossible de supporter davantage cette torture je criai à Randolph :
- Descendez-moi… je ferai tout ce que vous voudrez.
- Dolly, ma chérie, s’écria Miss Dean, je vous en prie, ne brisez pas votre vie ; vos souffrances seront bientôt finies ; encore un peu de courage ; faites comme moi, je préférerais mourir que de céder à cet homme.

Elle était de l’étoffe dont sont faits les martyrs.
- Êtes-vous tout à fait décidée, dit Randolph en posant sa main sur le noeud de la corde.
- Oui, oui, dépêchez-vous !
- Oh ! Dolly, ma pauvre petite, comme je vous plains, dit Miss Dean d’un ton navré. Vous ne savez pas ce que l’avenir vous réserve.

Puis elle baissa la tête et se reprit à pleurer.

En un clin d’oeil, Randolph avait dénoué les cordes, et, m’enlevant dans ses bras, me porta à la véranda, où il me fit asseoir dans un fauteuil. J’éprouvais à demeurer ainsi, un bien-être délicieux après les intolérables tortures que j’avais eu à subir. Il alla me chercher un verre d’eau que je bus avidement ; j’avais la bouche sèche ; de plus, l’excès de la douleur m’avait donné la fièvre.

Quand je fus un peu remise, je suppliai Randolph dd délivrer Miss Dean. Mais, furieux après la pauvre femme, il refusa tout d’abord. Enfin je le priai avec une telle ardeur qu’il se laissa fléchir et me promit de la délivrer avant de quitter la maison.
- Maintenant, Dolly, je vais aller chercher le buggy. Il est au bout de l’avenue, je ne serai donc pas long ; restez tranquillement assise, et surtout n’essayez pas de vous sauver ; les lyncheurs sont aux environs, et si vous retombiez dans leurs mains, il pourrait vous en cuire.

L’idée de me sauver était bien loin de moi ; mes membres étaient si endoloris que je n’avais même plus conscience de l’endroit où je me trouvais. Je m’étendis tout de mon long sur le canapé, heureuse de moins souffrir.

Randolph reparut bientôt ; il attacha son cheval et s’approcha en disant :
- Allons, Dolly, j’enverrai prendre vos affaires demain. Pour cette nuit, mes femmes vous procureront le nécessaire. Pouvez-vous marcher jusqu’à la voilure, ou voulez-vous que je vous porte.

J’essayais de marcher, mais mes jambes se dérobaient sous moi. Il m’enleva dans ses bras, me porta jusqu’au buggy et m’enveloppa de couvertures, se dirigeant ensuite vers Miss Ruth, il défit les cordes qui l’attachaient, sans s’inquiéter davantage de la malheureuse. Ma pauvre amie descendit péniblement de son terrible perchoir, en me disant d’un ton suppliant :
- Dolly, n’allez pas avec cet homme, ma chérie, vous ne savez pas ce que vous faites ; il vous a arraché votre promesse au moment où la douleur vous affolait ; vous n’êtes donc pas forcée de vous conformer, restez avec moi, petite.

Ma lâcheté me fit répondre en tremblant :
- Je ne le puis ; je suis en son pouvoir.
- Oui ma fille, dit Randolph, vous êtes à ma merci, et si vous essayez de vous dérober, vous ne tarderez pas à vous retrouver à cheval sur la palissade. Puis se tournant vers Miss Dean, il lui dit d’un ton rude :
- Quant à vous, vieille folle, souvenez-vous de la menace des lyncheurs ; si dans les quarante-huit heures vous n’avez pas disparu du pays, vous verrez à qui vous aurez affaire.

Puis il prit place à côté de moi et cingla son cheval qui partit au grand trot.

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Dans l’attente du sacrifice (Chapitre XIII)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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