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En Virginie

L’Esclavage et les punitions corporelles

En Amérique avant la Guerre de Sécession



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Jean de Villiot (Hugues Rebell), « L’esclavage et les punitions corporelles en Amérique avant la Guerre de Sécession », En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. XVII-XXXVI.


L’ESCLAVAGE
ET LES PUNITIONS CORPORELLES EN AMÉRIQUE
AVANT LA GUERRE DE SECESSION

L’histoire de l’esclavage et la traite des noirs, tels qu’ils ont existé autrefois, tels qu’ils se dissimulent aujourd’hui, est encore a faire et cette plaie, que l’Humanité porte au flanc depuis l’enfance du Monde, ne peut se fermer sans avoir été sondée.

Le document contient des détails souvent monstrueux, parfois horribles, toujours répugnants, sur les pratiques révoltantes auxquelles se livraient les maîtres à l’égard de la race réprouvée et maudite.

Reportons-nous tout d’abord à l’histoire de l’esclavage en Amérique, où il était établi péremptoirement que ce système — l’esclavage — ne pouvait être maintenu que par la force brutale ; cette déclaration ne put que gagner en autorité, les propriétaires d’esclaves ayant légalement le droit de leur infliger des peines corporelles. Une loi, établie en 1740, tout à l’avantage des maîtres d’esclaves, disait que « dans le cas où une personne, volontairement (ce qui est fort discutable) couperait la langue, éborgnerait, ou priverait d’un membre un esclave, en un mot, lui infligerait une punition cruelle autre qu’en le fouettant ou le frappant avec un fouet, une lanière de cuir, une gaule ou une badine, ou en le mettant aux fers ou en prison, ladite personne devra payer, pour chaque délit de cette sorte, une amende de cent livres sterling (2.500 francs). »

D’autre part, on lisait dans le code civil de la Louisiane :

« L’esclave est entièrement soumis à la volonté de son maître, qui peut le corriger et le châtier, mais non avec trop de rigueurs, de façon à ne pas le mutiler, l’estropier, ou l’exposer à perdre la vie. »

En résumé, le droit pour le maître de battre son esclave comme ii l’entendait et de lui infliger des punitions corporelles autant que son bon plaisir le lui commandait, mais sans le mutiler ou le tuer, ce droit était parfaitement établi par la loi des États esclavagistes du Sud ; et dans au moins deux États le maître était expressément autorisé à se servir d’un fouet ou d’une lanière de cuir comme instruments de supplice.

Parfois, un esclave était flagellé jusqu’à ce que la mort s’en suivit, et ces cas n’étaient malheureusement pas rares. Un nommé Simon Souther fut traduit devant les Assises d’octobre 1850, dans le comté de Hanover (État de Massachussets), pour meurtre d’un esclave ; reconnu coupable, il fut condamné à cinq ans de détention. À cette occasion, le juge Field fit au jury le récit de la punition infligée à l’esclave :

Le nègre avait été attaché à un arbre et fouetté avec des baguettes flexibles. Lorsque Souther était las de frapper, il se faisait remplacer par un nègre qui continuait la flagellation avec des tiges de bois mince. Le malheureux esclave avait été frappé également avec la dernière cruauté par une négresse aux ordres du maître, puis horriblement brûlé sur diverses parties du corps. Il fut ensuite inondé d’eau chaude dans laquelle on avait fait tremper des piments rouges. Attaché à un poteau de lit, les pieds étroitement serrés dans une brèche, le nègre poussait d’affreux hurlements. Souther n’en continua pas moins à accabler le pauvre martyr, sur le corps duquel il se ruait et frappait des poings et des pieds.

Cette dernière phase de la punition fut continuée et répétée jusqu’à ce que l’esclave mourut.

Le planteur féroce fit appel de la condamnation qui le frappait si justement et si peu, mais la Cour suprême confirma la sentence, estimant, dans ses conclusions, que le prévenu aurait dû être simplement pendu pour homicide volontaire.

Dans un autre cas qui fut jugé à Washington même l’année suivante, le colonel James Castleman fut poursuivi pour avoir fouetté un esclave jusqu’à la mort. Il n’en fut pas moins acquitté. Ce colonel fit ensuite rédiger et publier par son avocat, une brochure dans laquelle il défendait sa réputation. On y lisait que deux de ses esclaves, surpris en état de vol, furent immédiatement punis pour ce méfait. Le premier, nommé Lewis, fut fustigé au moyen d’une large courroie de cuir. Il avait été sévèrement puni, mais le colonel estimait que la rigueur du châtiment n’excédait pas l’importance du vol commis par l’esclave. Il admettait cependant que son compagnon avait été plus cruellement châtié et que si Lewis était mort, il n’y avait de la faute de personne : Lewis, en effet, après avoir subi la première partie de sa peine, avait été attaché au moyen d’une chaîne à une poutre, et suspendu par le cou. Il y avait juste assez de longueur de chaîne pour lui permettre seulement de se tenir debout et droit ; s’il s’appuyait d’un côté ou d’un autre, s’il se courbait, le carcan devait l’étrangler. C’est du reste ce qui se produisit.

À l’occasion des Procès libérateurs, qui eurent lieu à Boston en 1851, un policeman, cité comme témoin, affirmait qu’il était de son devoir d’agent de police d’appréhender toute personne de couleur, qu’il trouvait dans les rues après une certaine heure. Tout délinquant était mis au poste, et le lendemain matin, comparaissait devant un magistrat qui le condamnait invariablement à recevoir trente-neuf coups de fouet. Les policemen touchaient un salaire supplémentaire : un demi-dollar (2 fr. 50) pour l’exécution de cette punition. Des hommes, des femmes, des enfants furent fouettés ainsi fréquemment par la police, et ce à la demande formelle de leurs maîtres eux-mêmes.

Weld, dans son Slavery as it is (L’Esclavage tel qu’il est) publié en 1839. raconte le fait suivant qui indique comment étaient traités les esclaves qui s’évadaient :

« Un belle mulâtresse d’une vingtaine d’années, à l’esprit indépendant et qui ne pouvait supporter la dégradation de l’esclavage, s’était à différentes reprises, enfuie de chez son maître ; pour ce crime elle avait été envoyée au Workhouse (maison des pauvres) de Charleston, pour y être fouettée par le gardien. L’exécution eut lieu avec un tel raffinement de cruauté que sur le dos de la malheureuse pendaient de sanglants lambeaux de peau ; il n’eût pas été possible de placer la largeur d’un doigt entre les très nombreuses plaies qui y saignaient. Mais l’amour de la liberté s’était développé chez cette femme ; elle oublia la torture et la fuite qui en avait été la cause, et elle réussit à s’évader de nouveau sans qu’on pût jamais la retrouver. »

Pour démontrer la nécessité des punitions corporelles, Olmsted nous fournit l’anecdote suivante : « Une dame de New York, allant passer l’hiver dans un des États du Sud, avait loué les services d’une esclave, qui, un jour, refusa catégoriquement de faire certain petit travail domestique qui lui était commandé. À de douces remontrances : “Vous ne pouvez m’y forcer, répondait-elle, et je ne veux pas faire ce que vous me demandez là ; je ne crains nullement que vous me fouettiez.” La domestique parlait avec raison ; la dame ne pouvait pas la fouetter, et, d’un coeur plus sensible que ses congénères, ne voulait point appeler un homme pour faire cette besogne, ou envoyer sa domestique à un poste de police pour y être fouettée, comme il était d’usage dans les États du Sud.

Pour ne pas laisser de marques sur le dos des esclaves, et ne pas abaisser leur valeur marchande (!), on avait substitué, en Virginie, aux instruments habituels de punition, la courroie élastique et la palette scientifique. Par le vieux système, la lanière de cuir coupait et lacerait d’une façon si déplorable la peau, que la valeur des esclaves s’en trouvait singulièrement diminuée lorsqu’ils devaient être vendus sur un marchés ; aussi l’usage de la courroie était-il un immense progrès dans l’art de fouetter les nègres. On assure qu’avec cet instrument, il était possible de flageller un homme jusqu’à le mettre à deux doigts de la mort, et cependant, sa peau ne portant nulle trace de violences, il en sortait sans dommage apparent.

La palette est une large et mince férule de bois, dans laquelle sont percés un grand nombre de petits trous ; lorsqu’un coup est porté avec cet instrument, ces trous, par suite du mouvement précipité et de l’épuisement partiel de l’air qui s’y produit, agissent comme de véritables ventouses, et on assurait que l’application continuelle de cet instrument produisait absolument les mêmes résultats que ceux de la lanière de cuir.

L’enrôlement des nègres dans les armées fédérales pendant la guerre de Sécession a montré jusqu’à quel point terrible les esclaves avaient été soumis à la flagellation. M. de Pass, chirurgien d’un régiment de Michigan, cantonné dans le Tennessee, dit que sur 600 recrues nègres qu’il avait eu à examiner, une sur cinq portait des marques de fustigations sévères, et la plupart montraient de nombreuses cicatrices qu’on n’aurait pu couvrir avec deux doigts. Il avait même rencontré jusqu’à mille stigmates provenant de flagellations excessives, et plus de la moitié des hommes qui se présentaient durent être rejetés pour incapacité physique, causée par les coups reçus, et par des morsures de chiens, visibles sur leurs mollets et leurs cuisses. M. Westley Richards, autre chirurgien, dit que sur 700 nègres qu’il avait examinés, la moitié au moins de ces esclaves portait les marques de fustigations cruelles et de mauvais traitements divers : quelques-uns avaient reçu des coups de couteau, d’autres portaient des traces de brûlures ; d’autres enfin avaient eu les membres brisés à coups de matraque.

La flagellation des esclaves se pratiquait parfois de la façon suivante : le coupable était étendu la face contre terre, ses bras et ses jambes attachés à des pitons ou à des anneaux, et, son immobilité ainsi bien assurée, il était fouetté jusqu’à la dernière limite.

Une torture encore plus raffinée consistait à ensevelir le malheureux dans un trou juste suffisant pour contenir son corps, de fixer une porte mobile, ou trappe au-dessus de sa tête, et de l’y laisser de trois semaines à un mois — si, bien entendu, il ne succombait pas avant l’expiration du terme.

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Les coutumes des races aborigènes de l’Amérique sont peu connues, et il nous serait impossible de dire d’une façon bien affirmative, que la flagellation ou les punitions corporelles faisaient partie du Système judiciaire des Peaux-Rouges. Nous reviendrons donc aux premiers colons, ceux surtout qui s’établirent au Nord, emportant de chez eux la ferme croyance que le fouet était un réformateur efficace pour le maintien de la bonne moralité. En eux était également ancrée cette intolérance religieuse, dont ils cherchaient vainement à s’affranchir et qui était précisément l’une des principales causes de leur immigration.

Le poteau d’exécution restait en permanence — il existe d’ailleurs encore dans certaines provinces des États-Unis — et ce furent surtout les Quakers [1] qui goûtèrent les premiers les bienfaits de la flagellation. Les chefs et les prédicateurs de cette secte furent longtemps persécutés. À Boston, en 1657, une femme nommée Mary Clark, accusée de prêcher cette doctrine, fut condamnée â recevoir vingt coups d’un fouet formé de grosses cordes à noeud et manié à deux mains par le bourreau. Puis l’infortunée expia encore, par une année de prison, le crime d’avoir exprimé librement son opinion. Deux prédicateurs, Christopher Holder et John Copeland furent chassés de leur ville natale après avoir été fouettés, et d’autres personnes punies également pour avoir montré quelque sympathie à l’égard de ces deux proscrits. Quelque temps après, une femme nommée Gardner fut arrêtée à Weymouth, et dirigée sur Boston où elle et sa servante furent publiquement fouettées avec un chat à neuf queues.

C’est alors que la loi, dont le texte suit, fut promulguée contre les Quakers :

« Quiconque introduira un quaker dans l’enceinte de cette juridiction (l’État où la loi était on vigueur), sera mis à l’amende de cent livres sterling (2.500 francs) au profit du pays, et maintenu on prison jusqu’au paiement intégral de la somme.

« Quiconque hébergera un quaker, sachant qu’il l’est, sera mis à l’amende de 10 schellings (50 francs) pour chaque heure durant laquelle le quaker aura été hébergé ou caché, et maintenu en prison jusqu’au paiement intégral de ladite amende.

« Tout quaker venant en ce pays sera soumis à cette loi et puni en conséquence, savoir : À la première infraction, si c’est un homme, il lui sera coupé une oreille, puis il sera astreint aux travaux forcés pendant un laps de temps. À la seconde infraction, il lui sera coupé l’autre oreille, et si c’est une femme, elle sera sévèrement fouettée avant son envoi dans une maison de correction et condamnée aux travaux forcés.

« À la troisième infraction, l’accusé, homme ou femme, aura la langue percée d’un fer ronge et sera maintenu définitivement en maison de correction. »

Sous le régime d’une aussi douce loi, les quakers devaient disparaître rapidement. Du moins le pensait-on, et le gouverneur de Plymouth (aux États-Unis) disait « qu’en son âme et conscience, les quakers étaient gens qui méritaient d’être exterminés, eux, leurs femmes et leurs enfants, sans la moindre pitié ».

Les colons hollandais suivirent bientôt l’exemple de leurs voisins les puritains. Un nommé Robert Hodshone, accusé d’avoir tenu une réunion religieuse à Hamstead, fut attaché à l’arrière d’une charrette en compagnie de deux femmes qui lui avaient donné l’hospitalité, et traîné de la sorte jusqu’à New-York. Là, il fut mis dans l’obligation de payer une amende de 600 guilders (1.260 francs environ) et, ne le pouvant pas, fut condamné à travailler à la brouette (terme employé pour les condamnés), sous la surveillance d’un nègre qui avait ordre de le flageller avec des cordes selon son bon plaisir. Le gardien s’acquitta si bien de sa tache que le malheureux fut bientôt dans l’impossibilité matérielle de faire le moindre travail. Pour ce, mis à nu jusqu’à la ceinture, il fut fouetté tous les deux jours, jusqu’à ce qu’il en mourut.

Les quakers n’en continuaient pas moins à prospérer, à tel point que des mesures plus rigoureuses encore furent prises à leur égard. Un nommé William Robinson fut condamné, à Boston, à subir le fouet, et banni ensuite de la ville, avec défense, sous peine de mort, d’y remettre les pied. Le malheureux, attaché à l’affût d’un canon, reçut trente coups de fouet.

En 1662, un nommé Josiah Southick, dont les parents avaient été chassés de Boston, retourna dans cette ville. Arrêté immédiatement et attaché demi-nu à une charrette, il fut traîné dans les rues de Boston et fouetté sur tout le parcours, puis reçut la même punition à Rocksbury et le lendemain à Dedham, après quoi on le relâcha. Le fouet qui servit à cette exécution, manié à deux mains par le bourreau, était formé de cordes de boyaux, séchées puis nouées, et fixées à un long manche. La souffrance endurée par le patient fut vraiment terrible.

À Dover (New England), trois femmes, Anne Coleman, Mary Tomkins et Alice Ambrose furent condamnées à la peine du fouet. C’est un curieux document que l’arrêt de prise de corps qui fut lancé contre elles, après la sentence. Le voici :

Les constables de Dover, Hampton, Salisbury, Newberry, Rowley, Ipswich, Wennam, Lynn, Boston, Roxbury, Dedham, sont requis, au nom du Roi, de s’emparer des Quakeresses (ici les trois noms suivants), de les attacher à une charrette, et les conduisant à travers leurs villes respectives, de les fouetter sur leurs dos nus, avec un maximum de dix cops par ville ; et de les conduire ainsi de commune en commune jusqu’à ce que les condamnées soient hors de cette juridiction, et les constables sus-désignés sont responsables de la bonne exécution de cette sentance.

Fait à Dover, par moi, Richard Malden, ce 22 décembre 1662.

Le sinistre cortège commença par une froide journée de décembre et les trois malheureuse subirent leur peine stoïquement, excitant sur leur passage la pitié de quelques-uns de leurs doctrinaires. Ces derniers furent immédiatement mis au pilori.

Douces moeurs !…

L’une de ces trois femmes, Anne Coleman, fut de nouveau flagellée à Salem, avec quatre de ses amies. L’instrument employé alors était le chat à neuf queues.

Un nommé Wharton, ayant eu l’imprudence d’aller visiter les victimes dans leur prison, il fut décrété à son égard l’arrêt suivant :

Aux Constables de Boston le Charlestown, de Malden, de Lyon.

Vous êtes requis respectivement.

D’appréhender en sa propre demeure Edward Wharton, convaincu de vagabondage. Le constable de Boston devra lui appliquer trente coups de fouet sur le corps mis préalablement à nu.

De le faire passer de commune eu commune jusqu’à Salem, qu’il prétend être son lieu de résidence, en le fustigeant comme ordonné.

La présente vous servira de mandat.

Boston, le 30 juin 1664.

Nous citerons encore un cas. C’est celui d’Anne Needham, qui, appartenant à la secte des quakers, fut mise à l’amende à Boston. N’ayant pu payer cette amende, cette femme fut fustigée cruellement et subit courageusement sa peine sans pousser un seul cri.

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Un journal de 1774 raconte de plaisante façon une histoire de flagellation qui trouve ici sa place :

Quelques quarante années auparavant, alors que bon nombre de naïfs avaient à se repentir de leur affiliation à une secte biblique rigoureusement interdite, le capitaine Saint-Leo, commandant d’un navire de guerre, était appréhendé pour s’être promené un dimanche ; et ce fait, considéré à cette époque comme un crime, appelait sur la tête du coupable un châtiment exemplaire.

Le coupable fut donc tout d’abord condamné à une forte amende par le juge de paix. Et comme le capitaine, surpris et indigné, se refusait à payer, excipant judicieusement de son ignorance des lois, on s’empara de sa personne. Il fut solidement attaché par la tête et par les pieds à un pilori dressé sur la place publique où les bonnes gens du pays vinrent pieusement lui donner des conseils sur l’observation du dimanche et lui rappeler les inconvénients qui pouvaient résulter d’une promenade à l’heure des offices.

Remis en liberté, le capitaine Saint-Leo reconnut l’incorrection de sa conduite et, publiquement, exprima des regrets ; il déclara que, désormais, il était bien décidé à mener une vie pieuse et exemple de reproches. Les saintes personnes, ravies de cette soudaine conversion, l’invitèrent à souper. Le capitaine, décidément bien converti, suivait assidûment les offices religieux. Avant de reprendre la mer, Saint-Léo voulut rendre la politesse qui lui avait été faite ; il invita donc une grande partie des sommités de la ville, y compris les prêtres et le juge à un repas à bord de son navire, prêt à mettre à la voile. Un excellent dîner fut, en effet, servi ; on vida de nombreux flacons, et la gaieté, quelque peu excitée par de copieuses et franches libations, battait son plein, lorsque, brusquement, une bande de matelots fit irruption dans la cabine du capitaine ; ceux-ci se saisirent des convives et, malgré leurs protestations, les pieux invités furent traînés sur le pont, où, solidement attachés, ils reçurent des mains de l’équipage, armées de verges, une magistrale correction, cependant que le capitaine les exhortait au calme, les assurant que la mortification de la chair aidait, après un plantureux repas, à sauver l’âme compromise par la gaieté.

Après quoi, les invités encore ficelés, furent jetés dans leur embarcation, et abandonnés en cet état sur le rivage alors que le navire mettait immédiatement à la voile.

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Le pilori et le poteau ont été et sont encore d’un usage fréquent dans certaines parties des États-Unis. Dans l’État de Delaware, par exemple, il existait, il y a peu de temps, trois poteaux à fouetter : un à Dover, un autre à Georgetown et le troisième à Newcastle. Dans le pays, ce moyen pénal est considéré comme souverainement efficace pour la répression des crimes de peu d’importance.

À Newcastle, le pilori consiste en un très lourd poteau, haut d’environ douze pieds ; à mi-hauteur se trouve une plate-forme : à peu près à quatre pieds (1m 22) au-dessus de cette plate-forme, est fixée une traverse percée de trois trous : un pour la tête et le cou du patient, les deux autres pour les mains et les poignets. La punition est infligée par le shérif avec le chat à neuf queues, mais ce magistrat s’acquitte généralement très mal de cette besogne, qu’il considère à juste titre comme dégradante pour sa dignité.

Les noirs supportaient beaucoup mieux que les blancs les tortures de la flagellation. Ces derniers étaient surtout plus affectés de l’infamie attachée à cette punition, que de la douleur pourtant si violente qu’elle occasionnait.

Il y a quelques années seulement, un cas de torture par la flagellation fut le sujet de toutes les conversations. Une jeune fille de dix-sept ans, élève dans une école publique de Cambridge (État de de Massachusetts), ayant commis le crime de chuchoter pendant un cours, fut condamnée par son institutrice à être fouettée. L’enfant, que révoltait un légitime sentiment de pudeur, résista avec tant de force, qu’on dut requérir le directeur et deux de ses aides. Ces trois hommes se saisirent de l’élève, et tandis que deux d’entre eux lui maintenaient les bras et les jambes, le directeur la frappait de vingt coups d’une forte lanière de cuir. Cette punition avait été infligée selon l’ancienne coutume, c’est-à-dire devant toute l’école. L’affaire fut cependant portée devant les tribunaux, mais le personnel de l’école en fut quitte pour une légère admonestation. Néanmoins, quelques mois après, l’affaire ayant eu quelque retentissement, les punitions disciplinaires de cette nature furent abolies dans toutes les écoles des États-Unis.

La flagellation domestique, que l’on nomme spanking, est en usage un peu partout, aux États-Unis principalement en ce qui concerne les enfants. Au temps ou les puritains régnaient on maîtres dans ce pays — ça n’a d’ailleurs pas beaucoup changé — la flagellation était la punition ordinaire infligée aux enfants des deux sexes, et, en certains districts, ils devaient s’y soumettre jusqu’à ce qu’ils eussent atteint l’âge du mariage !

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Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet que nous venons de résumer, et il serait intéressant de faire connaître à fond les coutumes flagellatrices, si nous pouvons nous exprimer ainsi, qui régnèrent et qui règnent encore au Nouveau-Monde. Peut-être un jour donnerons-nous à nos lecteurs, s’ils veulent bien nous suivre sur ce terrain, de plus amples détails sur ces coutumes barbares. Mais, pour les besoins du présent livre, nous avons tenu à faire rapidement l’historique de ces moeurs étranges, historique nécessaire que nous présentons comme la préface de l’histoire dont nous nous sommes inspiré pour notre livre.

Le récit que nous reproduisons est rigoureusement exact quant aux faits, sinon quant aux détails. Il éclairera d’un jour nouveau, du moins l’espérons-nous, les pratiques monstrueuses en usage chez les esclavagistes qui torturaient non seulement par nécessité de répression, mais aussi par dilettantisme, par passion et besoin de cruauté : Flagellandi tam dira Cupido !

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), « L’esclavage et les punitions corporelles en Amérique avant la Guerre de Sécession », En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. XVII-XXXVI.

Notes

[1Quakers : sectaires en Angleterre et en Amérique. Ils se reconnaissent au tutoiement.



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