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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

L’Exécution d’une sentence

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre VIII)



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Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


VIII
L’EXÉCUTION D’UNE SENTENCE

L’échelle apportée fut appuyée contre la véranda. Stevens se plaça de côté tenant une badine à la main. Les hommes formèrent le cercle et leur chef s’écria d’une voix forte :
- Amenez les prisonnières !

On nous traîna en nous poussant par les épaules pour recevoir cette cruelle et ignoble punition. Je me tenais debout avec peine ; Miss Dean marchait au martyre droite et fière. Un sourire de dédaigneux mépris errait sur ses lèvres pâles.

Stevens prit la parole :
- Comme c’est vous la patronne, vous aurez l’honneur d’être fouettée la première. Attachez-la, mes amis.

Deux hommes la saisirent, la couchèrent sur l’échelle et lui faisant de force étendre les bras, lui attachèrent les poignets aux barreaux, puis firent de même pour les chevilles. La malheureuse n’opposait qu’une résistance instinctive, elle ne fit entendre aucune protestation, mais lorsqu’elle fut bien attachée, elle tourna la tête vers Stevens :
- Ne pourriez-vous pas me fouetter sans enlever mes vêtements ? demanda-t-elle ingénument.
- Impossible, la belle ; on vous a condamnée à être fouettée sur la peau, et vous subirez le châtiment ainsi que c’est convenu.

Ses jupons et sa chemise furent relevés et attachés au-dessus de sa taille ; Miss Dean ne portait pas le pantalon ordinaire, mais une longue paire de culottes blanches attachées par des rubans autour des chevilles.

À cette vue, ce fut une explosion de joie et de rires ironiques.
- Le diable m’emporte, s’écria Stevens, profondément étonné. Elle a des pantalons ! je n’avais jamais vu une femme ainsi attifée. Enfin, enlevez-moi ça !
- Je vous en prie, supplia Miss Dean, laissez-moi mon vêtement. Il ne me protégera pas beaucoup contre vos coups… Ne me mettez pas nue devant tous !…

On ne lui répondit même pas. Un des hommes s’avança et déboutonna le vêtement, la laissant nue et toute frissonnante de la taille aux jarrets. La pauvre femme rougit, puis pâlit affreusement ; enfin elle baissa la tête sur sa poitrine et ferma les yeux… Comme je vous l’ai déjà dit, Miss Dean était très maigre ; ses hanches étaient étroites, ses jambes et ses cuisses sveltes, mais bien modelées. Sa peau, très fine et très blanche, laissait apparaître le réseau des veines.

Les hommes, groupés autour de l’échelle, observaient cyniquement cette scène, leurs yeux reflétant de lueurs lubriques.

Stevens leva alors la baguette, la fit siffler autour de la tête et la laissa retomber rapidement, frappant d’un premier coup terrible le corps de la malheureuse. Le bois claqua comme un fouet, et la chair frissonna sous l’aiguillon de la douleur.

Miss Dean n’avait pas fait un mouvement.

Stevens continua de frapper ; chaque coup tombait au-dessous du précédent, et la peau était maintenant toute zébrée. Le corps de la suppliciée s’agitait en soubresauts convulsifs : ses dents claquaient. La terrible baguette continuait son horrible office. J’aurais voulu crier, j’étais stupéfaite du courage de mon amie. Chaque coup me faisait bondir ; les raies rouges se multipliaient. Le sang commençait à sourdre et à couler le long de ses cuisses ; elle tournait la tête chaque fois, ses yeux horrifiés suivaient le bras de l’homme. Enfin la brute cessa de frapper et jeta la baguette dont le bout était tout déchiqueté. Puis, se baissant, il examina attentivement les marques le la correction.

La surface entière de la peau était rouge et barrée de marques livides qui s’entre-croisaient en tous sens ; le sang coulait abondamment et contrastait avec la blancheur immaculée des cuisses.

Cinquante coups au moins avaient été donnés.
- Là ! dit Stevens, je suppose qu’elle en a assez. Je l’ai peu ménagée comme vous pouvez vous en rendre compte. Il est probable qu’elle ne pourra s’asseoir aisément de quelques jours, et je doute fort que les marques disparaissent jamais.

Les vêtements de la victime furent alors baissés, ses pieds et ses mains déliés. Elle restait debout se tordant en proie à la plus affreuse douleur, et apparemment indifférente à tout ce qui l’entourait ; elle sanglotait et d’abondantes larmes s’échappaient de ses yeux voilés par la terreur.

Un peu remise, elle releva son pantalon qui traînait à terre, et, toute rougissante du regard des hommes, encore fixé sur elle, elle le rattacha péniblement autour de sa taille. Deux des bourreaux, la saisissant sous les bras, la conduisirent à la véranda, où elle s’étendit de tout son long sur un canapé, incapable du moindre mouvement.

Je vous laisse à penser l’état d’épouvante en lequel j’étais. Les paroles brutales de ces hommes me faisaient rougir ; je me sentais prise de fureurs soudaines contre ces barbares et, aussi, prête à leur adresser toutes les supplications. J’étais envahie de pitié pour ma malheureuse compagne et terrifiée par la perspective du châtiment qui m’était réservé. Je n’ai jamais pu supporter la moindre douleur physique.

Stevens ramassa la baguette neuve, et, s’adressant à ses hommes :
- Maintenant, dit-il, nous allons opérer sur ce tendron ; amenez-la, mes amis.

À ces mots, voyant qu’il n’y avait personne derrière moi, je résolus de fuir, et pris mes jambes à mon cou. J’aurais mieux fait de rester tranquille, je n’avais pas fait trois mètres qu’une main me saisissait au cou et, avec la rapidité de l’éclair, je me trouvais solidement attachée à l’échelle.

Stevens me déshabilla lui-même lentement. Mes jupes et ma chemise furent roulées sous mes bras et quand il arriva au pantalon, il s’arrêta. Je portais le pantalon ordinaire, très large de jambe et fendu au milieu.
- Regardez, dit-il, elle a aussi des pantalons, mais ils sont faits autrement et recouverts de dentelles.

Puis, sur une remarque fort grossière à propos de la fente, les hommes s’esclaffèrent tandis que je pleurais à chaudes larmes.

Il fit tomber mon dernier vêtement et je sentis sur ma chair nue le frôlement caressant de la brise.

J’étais anéantie par la honte. Je sentais peser sur moi le regard et une indicible angoisse me poignait à la gorge ; ce n’était là, hélas, que le préambule de l’horrible supplice auquel j’allais être soumise.

Stevens prit la parole de nouveau :
- Nous allons sans plus tarder procéder à l’exécution. Je propose de lui infliger douze coups bien cinglés sans cependant faire sortir le sang. Souvenez-vous qu’elle n’a joué dans cette affaire qu’un rôle de comparse.

Tous, cependant, n’étaient pas du même avis ; quelques-uns réclamaient pour moi un châtiment équivalent à celui enduré par ma maîtresse.

Dans mon malheur, ce me fut un soulagement d’apprendre que je n’aurais pas à subir un traitement aussi cruel que Miss Dean. Un des hommes cria au tortionnaire :
- Faites attention, et tapez dur, Jack ; faites-la un peu sauter.

Le lâche, j’eusse voulu savoir ce lâche tortionnaire, tourmenteur de femmes, en proie aux flammes infernales.
- N’ayez nulle crainte, mon garçon, répondit Stevens, je sais comment on se sert d’une baguette ; elle va recevoir douze coups qui vont transformer son derrière en drapeau américain rayé rouge et blanc. Lorsqu’elle sortira de mes mains, elle ne demandera pas son reste, et sera plutôt gênée pour marcher. Pourtant, je n’en ferai pas sortir une goutte de gang ; je vous le répète, je sais ce que c’est que de fouetter ; j’ai été majordome durant cinq années en Géorgie.

Pendant tout ce discours, j’étais restée honteuse de ma nudité, et, machinalement, je me serrais aussi fort que possible contre l’échelle.

Le premier coup tomba enfin ; ce fut horrible ; la douleur était encore plus atroce que je ne me l’étais imaginée. La respiration me manqua, et, pendant quelques secondes, je restai suffoquée. Alors, je me mis littéralement à hurler. II continua de frapper lentement, plaçant chaque coup au-dessous du précédent et la baguette, en retombant, me donnait la sensation d’un fer rouge appliqué sur mes chairs.

Je me tordais de plus en plus, criant de toutes mes forces, faisant des bonds désordonnés, autant que mes liens me le permettaient, tout en suppliant le bourreau de cesser. J’avais oublié mon état de nudité, et la seule sensation que j’éprouvais était une douleur plus cuisante que si elle eût été provoquée par des brûlures.

Quand les douze coups m’eurent été donnés, j’étais à demi évanouie.

On me laissa suspendue par les poignets, et les hommes m’entourant, se mirent à m’examiner. Le sentiment de la pudeur me revint peu à peu, et je suppliai ces cruels justiciers de me laisser prendre un vêtement.

Ils restèrent sourds à ma prière, occupés qu’ils étaient d’écouter la péroraison de Stevens.
- Voyez, mes amis, disait celui-ci, avec quelle régularité les coups ont été frappés. Voilà ce qu’on appelle une bonne correction. Mais cette fille n’a aucune énergie. La première noiraude venue aurait supporté le double de coups sans se plaindre. Parlez-moi de sa compagne, voilà au moins une femme courageuse.

Puis, me remettant mes effets, il me conduisit à la véranda où Miss Dean, toujours étendue sur le canapé, pleurait doucement de honte et de douleur…

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Jack Stevens (Chapitre IX)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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