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Passion sexuelle et folie érotique

L’Exhibitionnisme

Les Aberrations psychologiques (Chapitre XII)



Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


XII
L’EXHIBITIONNISME

C’est, à la vérité, une aberration peu fréquente. L’exhibitionniste éprouve l’irrésistible besoin de montrer ses organes sexuels à des personnes généralement inconnues. Parfois, il se dénude devant un groupe de femmes. Dans d’autres cas, c’est à une certaine femme seulement qu’il a plaisir à infliger ce spectacle. On a vu aussi des malades de cette sorte rechercher spécialement certains lieux (églises, jardins publics, théâtres) ou certaines circonstances (cortèges nuptiaux, défilés d’écolières, etc…).

Louis B..., dont il a déjà été question au chapitre précédent, se rendait, de préférence dans les églises, à des heures où nulle cérémonie ne réunissait les fidèles. Il s’approchait d’une dame en prière et, attirant son attention par quelques mots, il démasquait brusquement ses organes.

Ainsi que tous les troubles de même nature, l’exhibitionnisme peut être considéré comme l’exagération maniaque et la manifestation intempestive d’une impulsion normale.

Il est certain, en effet, que le désir masculin s’accompagne souvent d’une impulsion à se rendre évident. Lorsque l’objet du désir semble malaisé à conquérir, cette impulsion devient plus vive. Devant la femme longuement convoitée et enfin consentante, l’homme aura plaisir à se montrer en érection. Certains timides, certains malchanceux en amour, certains disgraciés, sans cesse éconduits et repoussés deviennent exhibitionnistes par exaspération.

Un fait bien connu des médecins spécialistes confirme notre théorie.

C’est le cas fréquent des hommes qui, après des mois d’une cour assidue, deviennent incontinents spasmodiques dès la première intimité. Sitôt dénudés en présence de celle qu’ils désireraient tant étreindre, ils éjaculent et restent impuissants. En pareil cas, nous prescrivons au malade de s’accoutumer à demeurer dévêtus auprès de sa compagne, par exemple de prendre des bains avec elle. Ce procédé donne généralement de rapides résultats. L’accoutumance de l’intimité nue rééquilibre l’émotivité du patient. Sa vigueur normale revient aussitôt.

L’exhibitionnisme se manifeste aussi chez la femme. Mais nous ne croyons pas qu’elle soit alors de provenance érotique.

Observons que, normalement, la femme cherche à mettre en valeur, en relief, ce qu’elle croit gracieux et attirant dans sa personne. Jadis, le costume féminin stylisait les lignes corporelles tout en dissimulant leurs réels contours. Seuls le visage et la coiffure se voyaient départis le rôle de séduction, sauf dans les réunions mondaines où s’y ajoutait le décolleté.

Peu à peu, les coutumes évoluant, ont abouti à la mode actuelle, aux vêtements courts et collants. Il serait inexact de dire que le costume actuel laisse deviner les lignes : au vrai, il nous épargne cet effort car il les exhibe telles qu’elles sont.

L’explication psychologique de cette évolution de l’habillement féminin est simple. Elle réside dans l’évolution de l’idéalisme. Autrefois idole, créature éthérée vers qui dévotieusement montaient les strophes du poète, la femme a subi l’effet du réalisme issu des philosophies positives.

Elle cessa bientôt d’être l’essentielle occupation de la pensée et du cœur masculin. Elle sentit alors le besoin de réagir et de s’imposer à l’attention. Comment ? Par une directe sollicitation aux sens de l’homme. C’est pourquoi les robes sont courtes, les décolletés libéraux, les allures provocantes.

Transposons maintenant ces considérations physiologiques dans le domaine de la pathologie. Nous trouverons certaines déséquilibrées — les hystériques — en proie au désir excessif d’éveiller l’attention, de se rendre intéressantes. Les unes inventent des histoires qui font d’elles des héroïnes de roman-feuilleton. On en a vu accuser des hommes honorables et à l’abri de tout soupçon de les avoir violentées. On en voit aussi de moins subtiles, qui à court d’imagination, lèvent leurs robes et montrent frénétiquement leur chair intime.

Dans ses Trois essais sur la sexualité Freud montre excellemment que l’instinct sexuel apparaît bien avant la puberté, et qu’en fait, il détermine diverses impulsions chez les tous jeunes enfants. Parmi ces impulsions, on remarque déjà l’exhibitionnisme. Il suffit d’observer la complaisance évidente avec laquelle certains enfants se dénudent, en présence d’autres enfants ou de grandes personnes pour l’accomplissement de leurs besoins ou même par manière de jeu.

Mais, dans l’enfance, l’exhibitionnisme, tout spontané, ne présente aucun caractère morbide. Il manifeste une tendance normale de l’instinct, et, sous l’effet de l’âge et de l’éducation, il disparaît. Aucun refoulement, pour parler le langage freudien, ne saurait se manifester avant la formation de ce qu’on pourrait appeler la capacité d’auto-répression. Et ce qui caractérise le processus morbide de l’exhibitionnisme, c’est précisément la réaction de l’instinct génésique contre une série de refoulements.

Là encore on voit l’importance d’une éducation sexuelle rationnelle. Dériver l’impulsion sexuelle est excellent ; la refouler est fatal.

Tout système d’éducation à base de prohibitions directes, précises, absolues, engendre nécessairement le refoulement. Un tel système constitue une maladresse à laquelle restent imputables les anomalies susceptibles d’apparaître plus tard.

Ce qu’il faut, c’est amener l’enfant à prendre un puissant intérêt pour toute chose salutaire : lui inculquer le goût de l’équilibre et de la vigueur, le désir d’être fort, habile et résistant au travail et au jeu. On éveillera son attention sur toute espèce de sujets attrayants et curieux et, en particulier, on favorisera le développement de ses aptitudes innées pour toute connaissance pour toute besogne, sport, art, etc., de nature à accaparer son esprit, sa sensibilité, son activité.

Ainsi subsistera son indifférence pour les spectacles, conversations ou fréquentations susceptibles d’éveiller ses instincts sexuels ou de retenir son attention sur des sujets érogènes.

Nous sommes expérimentalement certain qu’en matière de psychologie sexuelle surtout, mieux vaut prévenir que guérir. Or, le rôle prophylactique de l’éducation est ici absolument primordial.

Quant aux malades adultes, leur cure nécessite avant tout l’adoption d’un modus vivendi intime conforme aux lois de la nature. Le praticien doit s’efforcer surtout de les en convaincre, quelque résistance qu’il puisse rencontrer en eux-mêmes.

La fonction sexuelle, si simple, si aisée à satisfaire par les voies normales, n’aboutit aux bizarreries lubriques qu’en raison des obstacles que rencontre son assouvissement.

Les bizarreries passées à l’état habituel deviennent d’impérieuses obsessions auxquelles le malade ne se sent pas enclin à substituer des actes normaux. Il lui semble que seule sa manie exhibitionniste le peut satisfaire. Malgré cette disposition, le retour à la vie normale reste le premier pas à franchir vers la santé et l’équilibre. Souvent il n’y a que ce premier pas qui coûte. C’est pourquoi le médecin qui reste ferme dans cette directive opère des cures souvent rapides et complètes.

Voir en ligne : Chapitre XIII : Le Masochisme

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.



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