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Aventures des plus jolies femmes de l’âge présent

L’Honneur éclipsé par l’Amour

Récit libertin (1884)



Auteur :

Restif de La Bretonne, « L’Honneur éclipsé par l’Amour », Les contemporaines, ou Aventures des plus jolies femmes de l’âge présent : les contemporaines mêlées ; édition précédée de la vie de Restif, d’une étude sur Restif écrivain, son oeuvre et sa portée, d’une bibliographie raisonnée de ses ouvrages, et de notes, par J. Assezat, Éd. J. Assezat, Paris, 1884, pp. 179-188.


L’HONNEUR ÉCLIPSÉ PAR L’AMOUR

Il y avait à Paris, proche le quai Pelletier, une jeune personne très aimable, qu’on appelait mademoiselle Zémire H… ; j’ignore si Zémire était son vrai nom, ou si ses parents, honteux de faire porter à leur fille celui d’une sainte trop vulgaire, avaient jugé à propos de l’appeler par celui-là ; c’est une chose assez indifférente, sans doute, et je n’en dirais mot, si je n’avais de fortes raisons pour croire que mademoiselle Zémire s’appelait Javotte.

Zémire avait été très bien élevée ; ses parents étaient riches, mais gens de fortune, et elle était fille unique. Si elle avait été une laideron, son père aurait pu songer à lui faire épouser son neveu, jeune provincial, fort beau garçon ; mais mademoiselle H… étant riche et jolie, il se présenta tant de partis relevés, dès qu’elle eut quatorze ans, que ses parents firent choix d’un jeune C…, dont l’alliance leur parut propre à leur donner un certain relief dans le monde, et à ennoblir leurs richesses.

Dès que ce plan fut arrêté, M. H…, de concert avec son épouse, qui était une bonne pâte de femme, fit venir son neveu chez lui, dans le dessein de le pousser dans le monde sous la protection de leur gendre futur. La jeune H…, que nous appellerons Philippe, de son nom de baptême, eut à peine respiré l’air de la capitale, qu’il devint charmant, et Zémire, sa cousine, ne fut pas la dernière à s’en apercevoir. Madame H…, de son côté, en le voyant si bien fait, regrettait fort que son mari eût des vues ambitieuses ; et comme elle l’aimait beaucoup, elle aurait désiré qu’il eût relevé son nom en faisant épouser Zémire à Philippe. Cependant elle ne voulait pas cela en femme ; ce n’était qu’une volonté de raison, de bon sens, de bienveillance pour Philippe et d’affection pour son mari, dont, au reste, elle respectait les lumières supérieures. (D’où venait donc cette femme-là !)

De son côté, Philippe ne put voir mademoiselle H… sans éprouver un sentiment plus tendre et plus vif que celui de cousin. Ce sentiment le rendit attentif, empressé, complaisant ; il voulut être aimable, il voulut plaire et il plut. Il faut convenir aussi qu’il était difficile de se défendre des charmes de Zémire. C’était une de ces brunes, dont l’embonpoint appétissant et l’éblouissante blancheur semblent faits pour parler au sens. Elle avait un bel œil noir, un sourcil dont l’ébène rehaussait encore la blancheur de son teint, un visage arrondi, et des couleurs demi-rosées dont le doux éclat réjouissait, en même temps qu’il annonçait une âme sensible. Sa main et sa gorge étaient proportionnées à son genre de beauté ; elle avait la jambe fine et un pied plus mignon que sa taille assez grande ne paraissait le promettre. Voilà, je crois, tout ce qu’il faut dans la figure, pour faire naître une passion violente, surtout si l’on y joint ce goût exquis dans la mise, qui distingue une jolie Parisienne de toutes les femmes de l’Univers. Eh bien, ajoutez encore cela quelque chose de plus séduisant… l’amour, et convenez qu’un garçon comme Philippe ne pouvait guère résister.

Le C…,, amant de Zémire, était un de ces flegmatiques, dans lesquels les glaces d’hiver semblent se réfugier au printemps ; de ces hommes que rien n’émeut, et qui cependant s’occupent des plus petites choses ; dont tous les pas, toutes les paroles sont compassés, et pour qui le moindre manque à la plus plate étiquette est un crime. Ces gens-la ne peuvent plaire à personne, pas même aux bégueules qui leur ressemblent Aussi ne sut-il jamais plaire â Zémire. Elle aima son cousin dès qu’elle le connut, et elle en fut adorée.

Les deux amants ne tardèrent pas à s’entendre. D’abord Philippe brûla discrètement. I ! connaissait les vues de son oncle, et il ne doutait pas que Zémire ne pensât comme son père. Cependant il ne pouvait s’empêcher de montrer de l’empressement pour sa cousine ; et on y répondait longtemps avant qu’il s’en aperçût ; car Philippe était modeste, presque autant que le C… était avantageux ; mais ces gens modestes, dès qu’ils s’aperçoivent qu’ils plaisent, sont bien plus ardents que d’autres ; sans doute parce qu’ils sont reconnaissants. Dès que Philippe sentit qu’il intéressait, il rechercha Zémire ; les occasions naissaient en foule ; ils ne se quittaient presque pas, sans néanmoins paraître trop ensemble. La mère de Zémire regardait avec complaisance cette innocente tendresse, et en faisait honneur au bon naturel de sa fille et de son beau neveu.

Après que les deux amants se furent parfaitement entendus, sans se parler, ils ajoutèrent ce dernier degré d’évidence à leurs sentiments mutuels. Un beau soir d’été, ils étalent ensemble, et seuls, appuyés sur un balcon, leurs bras se touchaient et ils conversaient avec cette douce familiarité ordinaire entre les amis, et que les amants envisagent comme le comble de la félicité, sans presque jamais y parvenir. Cette situation délicieuse opéra sur Zémire : elle songea au C… apparemment, car une larme s’échappa de ses beaux yeux.

— Vous pleurez, ma cousine ! — Non ; c’est une larme involontaire. — Ah ! tant mieux ! car… si vous avez des peines (à demi-voix), je les sentirais aussi vivement que vous-même. — Hélas ! oui, j’en ai, mon cher Philippe ! ce C… me désole. — Et mol ! — Vous avez des peines aussi !… Non, vous êtes heureux, et vous n’en avez pas ? — Je vous assure, ma cousine, que j’en ai ! — Et de quelle nature donc ? — Du genre… (encore à demi-voix) des vôtres. — Du genre des miennes ! craignez-vous une odieuse contrainte exercée… par un père que j’aime et que je tremble d’affliger ?… car pour maman… — Ah ! Zémire ; la contrainte envers vous serait encore plus cruelle pour moi que pour vous-même. — Vous n’y songez pas ! — Si, si, j’y songe. — Comment donc cela ? — Je n’ose vous le dire. — Ah ! dites-le moi, mon cher Philippe ! — Vous vous en offenseriez. — Moi !… rien de votre part, mon cousin, ne peut m’offenser, j’espère. — Me promettez-vous de ne pas vous offenser de ce que je dirai, et de me parler tout comme auparavant ? — Mon Dieu, oui, je vous le promets ; je ne me fais pas presser, comme vous voyez ; mais c’est que je le pense bien réellement. — J’ose… vous aimer. — Ce sentiment est flatteur pour moi, mon cousin. Était-ce là ce grand mystère ? — Il est dit et ne l’est pas. — Pourquoi donc ces énigmes avec moi ? — Vous ne m’avez pas entendu. (Après quelques moments de silence, et à demi-voix). Si, mon cousin, et voyez si je suis fâchée ! — Ah ! Zémire ! — Mais, mon cher H…, en serez-vous plus heureux ? Oui, oui, oui ! être aimé de vous, Zémire, ah ! vous ne sauriez avoir l’idée d’un si grand bonheur ! — Vous comptez donc que je vous aime ? — (interdit). Je suis un téméraire… Ah ! Dieu !… Mais voyez ma rougeur… — Va, mon ami, tu ne t’es pas trompé ; tu m’es cher comme parent… tu me le serais davantage encore, si je ne craignais de déplaire à mon père ; car pour maman, je te l’ai déjà fait entendre, elle t’aimerait à tous les titres que je pourrais te donner.

Pendant cette réponse, Philippe avait entraîné sa cousine, dont il avait pris la main, derrière un trumeau, et il était tombé à ses genoux. Il y était encore, couvrant de baisers cette belle main, lorsque M. H… entra. Les deux amants demeurèrent immobiles. Le père lui-même, malgré sa fureur, cherchait des expressions, et n’en trouvait pas. Mais enfin l’orage creva, et les épithètes les plus fortes sortirent avec impétuosité de la bouche de ce père irrité, qui se croyait outragé par sa fille, par son neveu, en un mot par ses enfants. Le volcan termina son éruption par une défense absolue â Zémire de se trouver jamais seule avec Philippe, que M. H… en se calmant, voulut bien faire semblant de croire le seul coupable. Il ordonna en même temps à sa fille de se préparer à devenir la femme du C…

Ce ne furent point de vaines paroles que celles de M. H… ; Philippe fut relégué dans un endroit de l’hôtel où la communication avec sa cousine devenait impossible ; il ne mangea plus à la table de son oncle, et toute familiarité cessa absolument. À ce traitement, déjà si rigoureux, se joignit la perspective de peines plus cruelles encore, une expulsion totale, et le mariage de sa cousine avec le C… — Bon ! bon ! disait l’Amour, en planant sur cette maison ; me voilà sûr de deux coeurs ; laissons reposer mes flèches dans mon carquois ; la contrainte m’en tiendra lieu. — En effet, séparée de Philippe, Zémire, qui ne l’aimait qu’avec tendresse, l’aima éperdument. Philippe, qui ne faisait qu’adorer Zémire, lorsqu’il la voyait à chaque instant, devint ivre d’amour quand il ne la vit plus ; il lui passa dans l’esprit cent projets funestes, dont celui de mettre le feu à l’hôtel, et de ruiner son oncle, pour en obtenir ensuite Zémire pauvre, n’était ni le plus fou, ni le plus coupable. Il n’en exécuta aucun : l’Amour et la Contrainte travaillaient pour lui.

Zémire au désespoir reçut le C… la première fois qu’il vint lui faire sa cour, de manière à lui ôter l’envie de l’obtenir pour femme. Sa mère lui en fit des reproches : mais Zémire s’expliqua sans détour avec une mère indulgente, et mit tant de douleur et de larmes dans ses plaintes, que cette bonne mère crut devoir la consoler. L’amour rend fine et rusée la beauté la plus naïve : Zémire rassurée par madame H… parut contente. Mais tous les jours, c’étaient de nouvelles demandes, que les larmes faisaient toujours accorder : Philippe écrivit : on permit de lui répondre. Après, il fut désiré de se voir : ce point fut difficile à obtenir ; mais la maman se laissa encore gagner. Ensuite, on en vint jusqu’à se parler, toujours sous les yeux de madame H***. Enfin, on se vit sans témoin, et la maman ferma les yeux.

Tout cela se passait, pendant que M. H… tonnait contre sa fille, qui avait éconduit le C… et qui refusait, le plus respectueusement possible, toute visite de sa part. Enfin la persécution du père, la facilité de la maman, amenèrent un jour entre les deux amants la conversation suivante :

— Que je suis malheureuse, mon cousin ! — Il vous aime ; vous êtes sa fille unique. — Eh bien ? — Si vous vouliez. Ce que je vais dire n’est peut-être pas d’un amant délicat : mais enfin, quand tout autre moyen manque, et que la vie an dépend ?… — Mais vous n’achevez pas ! — Si vous vouliez… nous serions certainement l’un à l’autre. — Ah ! parlez, mon cousin ! — Il y a un moyen d’y déterminer mon oncle. — Quel est-il ? — Je n’ose vous le dire ! — Est-ce donc une mauvaise action ? — Non, dans un sens. — Mais qu’est-ce ? — Je ne vous le dirai jamais. — Mon cousin (reprit alors Zémire avec douceur), que je juge au moins si je puis employer ce moyen-là ! — Exigez-vous que je le dise ? — Je vous en prie ! — Ah ! Zémire ! commandez, où je ne vous le dirai pas. — Va tu te fais bien presser ! — (à ses genoux). Mettons un tiers, ma chère vie, dans nos intérêts. — Quoi ! tu te fais prier, pour me dire ce que je brûle d’envie de faire !… Oui, mon ami, parlons à maman ; touchons-la par notre tendresse, par nos larmes ; je suis sûre que nous la vaincrons. — Non, Zémire ; elle craindrait trop de désobliger votre père. — Je ne te comprends donc pas ! — Ce n’est pas votre maman, qu’il faut mettre d’intelligence avec nous. — Eh ! qui donc ! — Un autre vous-même, Zémire. — Explique-toi mon ami ; le temps est précieux : vrai, je ne l’entends pas ? — Un autre vous-même, Zémire… Quoi ! vous n’entendez pas ce langage ?… N’êtes vous pas ma tante… une autre elle-même ? Zémire rougit, sans néanmoins entendre bien clairement encore. — Comment !… en vérité… vous n’y pensez pas mon cousin ! — Il n’y a que ce moyen, chère Zémire : permettez à votre amant… de l’employer… un être innocent, qui nous devra le jour à tous deux, qui portera son nom…

Zémire prit un air très sérieux. Laissons cette manière, mon cousin : je n’entrerai jamais dans le mariage par cette porte-la. — Il n’en est pas d’autre, au degré du parenté où nous sommes, pour obtenir les dispenses de l’Église. — Écoutez, mois cousin ; la vertu est, je crois, essentielle aux femmes : je suis entre deux précipices : je tacherai de les éviter tous deux, et de ne point perdre mon innocence, ni vous. Je sens bien qu’il faut ici un petit sacrifice, je le ferai. Nul autre objet au monde que vous ne pourrait me déterminer à une fausseté ; mais pour vous, mon cousin… je ferai l’impossible. Ne nous déshonorons pas l’un et l’autre ; vous, en corrompant votre cousine pour l’épouser ; moi, on me rendant indigne de porter votre nom, qui est celui de mon père, afin de le porter… Je me charge de tout ; je feindrai ce que vous alliez me proposer… J’aurai bien plus de force pour soutenir la colère d’un père, enveloppée dans mon innocence, que je n’en aurais étant coupable, et je n’exposerai pas… la vie peut-être du… — Adorable Zémire ! s’écria Philippe (voyant qu’elle n’achevait pas), que je sois à vous ; voilà tout ce que je demande ; les moyens me sont indifférents ; je préfère celui que vous approuvez.

Cet entretien met au fait du dessein de Zémire. Elle prit des boissons rafraîchissantes, qui sans incommoder sa santé, la maigrirent un peu et firent pâlir les roses de son teint déjà peu coloré. Ensuite elle employa petit à petit un moyen que je ne dirais pas clairement sans faire rire. Ce moyen gâtait insensiblement (en apparence) la partie la plus importante de la taille de Zémire…

Quelques mois après, un jour, en sortant de table, M. H… jeta les yeux sur sa fille et les y tint fixés. Zémire s’attendait depuis quelque temps à cette marque d’attention de se part, cependant elle rougit jusqu’au blanc des yeux, en se voyant ainsi regardée ; et lorsque son père, d’une voix altérée par la fureur (car le bonhomme était sujet à cette maladie), appela madame H…, elle faillit de s’évanouir.

— Pourriez-vous me dire madame, ce qu’a votre fille ? — Mais… rien, mon ami… Qu’as-tu, Zémire ?… mon Dieu, mon enfant, comme tu te tiens mal ! — Je crois, madame, qu’elle a encore plus mal agi qu’elle ne se tient ! Mais, corbleu ! si mes conjectures se vérifiaient, malheur sur la s… (ce mot ne s’écrit pas) qui m’aurait déshonoré ? — Mordieu ! mon ami, quel langage !…

À ces mots, Zémire, dans une situation qu’il est possible de s’imaginer, tomba aux genoux de sa mère, et couvrit ses mains de larmes aussi réelles que sa faute l’était peu ; son père voulut lui donner un soufflet, on disant : — Vous voyez, madame, les effets de votre douceur ! La crainte qu’eut Zémire de recevoir un traitement qu’elle n’avait jamais éprouvé, d’une main qui l’avait toujours caressée, la fit évanouir bien réellement, et força son père à la secourir lui-même. Lorsqu’elle fut revenue à elle, on la porta sur son lit ; mais le grondeur, quoique terriblement irrité, n’osa plus tonner que de loin.

M. H… fulmina durant quelques jours, chassa son neveu, le rappela moins d’une heure après, et lui dit : — Tu as fait la faute, tu la boiras. Ah ! mon gaillard ! vous me faites de ces tours, à moi, qui vous regardais comme mon fils, et vous une déshonorez ?… Corbleu ! je saurai vous mettre à la raison ?… Allons, je vals obtenir de bonnes dispenses et vous serez mariés dès qu’elles seront arrivées. — C’est ce que je demande, mon cher oncle. — Je vous trouve bien insolent, de me répondre que c’est ce que vous demandez ! Morbleu ! ce n’est pas ce quo je demandais, moi !… Mais elle vous aura et vous l’aurez ! Ah ! je vous forai voir que ce n’est pas à mai qu’il faut se jouer ! (Cet oncle n’a pas grand bon sens ! dira-t-on. Honorable lecteur, voilà pourtant comme il faut être pour s’enrichir.) Les préparatifs allèrent aussi promptement qu’il fut possible. Enfin le mariage arriva.

Zémire quitta le matin tout ce qui déformait sa jolie taille ; elle prit un corset souple, se fit lacer serré, on l’aurait pressée entre dix doigts. Sa mère vint auprès d’elle : — Mon Dieu ! mon enfant, prends donc garde ! d’où vient te serrer comma ça ! — Ne craignez rien, chère maman, je suis dans mon état naturel. — La maman céda, suivant son usage. On fut à l’autel ; on on revint. — Ma fille, dit encuve madame H…, j’ai souffert que vous fussiez à l’église comme vous êtes, à cause du monde ; on doit toujours éviter le scandale ; mais à présent que vous voilà de retour, il faut songer à ce que vous portez. — Ma chère maman, répondit alors Zémire, en l’embrassant, pardonnez-moi une petite tromperie que j’ai faite pour être à mon cousin, et donner à mon père un plaisir auquel il parait déjà plus sensible qu’à tout autre, celui de me voir porter son nom. J’en suis encore digne, maman, et de ceux qui m’ont donné le jour : quelque tendresse que j’aie eue pour mon cousin, depuis qu’il est à la maison, j’aurais mieux aimé être malheureuse que de manquer â ce qu’une fille bien née doit à ses parents et à elle-même. J’ai feint ce que vous avez cru réel.

Tandis que Zémire faisait cette confidence, M. H…, qui s’était aperçu d’un entretien secret antre la mère et la fille, avait dit à son neveu : — Voyons un peu s’il ne se trame pas là quelque conjuration contre toi ! écoutons. — À l’instant où madame H… embrassait sa fille, en lui disant : — Ah ! ma chère enfant ! tu as doublement bien fait ; mais cachons encore ceci à ton père ! M. H… entra bruyamment tenant son gendre par la main : — Parbleu ! je m’en serais douté ! Est-ce qu’une fille à mol pouvait faire une sottise ? Mais pourquoi me cacher une chose qui me transporte de plaisir ?… Viens, ma fille, que je te montre, et qu’on sache que tu tiens de moi pour la vertu et la finesse. Quant à vous, monsieur, le bon apôtre, que je croyais plus rusé que vous n’êtes, songez que je n’y veux rien perdre et que dans l’an il me faut un garçon…

M. H… exécuta ce qu’il venait de dire : il conduisit la nouvelle épouse dans une salle où était rassemblé tout le monde de la noce, et là, sans beaucoup s’embarrasser de sa rougeur, il divulgua le secret qu’il venait de surprendre ; ensuite pressant la taille de sa fille entre dix doigts, il répétait : — Voyez, voyez, mesdames ?… Cette découverte fit beaucoup d’honneur à Zémire ; mais il y eut des gens qui en rabattirent d’un cran pour son mari.

*
* *

J’ai ouï dire que ce fait était arrivé plusieurs fois d’une manière un peu différente dans les conditions communes. Je l’ai vu moi-même dans une ville de province. (Dulis).

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le récit libertin de Restif de La Bretonne, « L’Honneur éclipsé par l’Amour », Les contemporaines, ou Aventures des plus jolies femmes de l’âge présent : les contemporaines mêlées ; édition précédée de la vie de Restif, d’une étude sur Restif écrivain, son oeuvre et sa portée, d’une bibliographie raisonnée de ses ouvrages, et de notes, par J. Assezat, Éd. J. Assezat, Paris, 1884, pp. 179-188.



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