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Nouvelle érotique

L’adolescente

Une nouvelle recrue dans le monde glauque de la prostitution

par Jacques Lucchesi

Mots-clés :

Jacques Lucchesi, « L’Adolescente », Nouvelle érotique, Paris, juin 2010.


L’adolescente

Souvent elle passait, en sortant du lycée, dans cette rue mal-famée, juste à côté. Seize ans depuis quelques semaines, deux grands yeux bleus emplis de rêves, des mèches blondes à profusion et des baskets roses épousant ses chevilles fines. Comme ça, elle ne risquait pas d’être confondue avec l’une de ces tapineuses qui guettaient le chaland sur le perron des hôtels borgnes, juchées sur des talons de douze centimètres, la jupe au ras des fesses et la poitrine ostensiblement découverte été comme hiver.

Pourtant, il y avait toujours des hommes qui la mataient lorsqu’elle tournait dans cette étrange rue pour la remonter de son pas nerveux, les yeux baissés, la nuque ployée sous le poids de son cartable à bretelles. Des hommes qui n’étaient pas plus laids ni plus beaux que ses professeurs ; des hommes qui auraient pu être les amis de ses parents ; des hommes dont elle ne retenait, au passage, que leurs regards insistants sur elle ; des hommes qui ne l’avaient jamais abordé mais qui auraient bien voulu coucher avec elle. Peut-être l’auraient-ils préférée à l’une de ces pouffiasses sur-maquillées qui constituaient l’ordinaire de leur sexualité minable de célibataires ou de maris blasés ? C’est, du moins, ce qu’elle se disait le soir, lorsqu’elle éteignait enfin sa lampe de chevet et que, glissée sous des draps frais, elle se repassait le film de ses journées studieuses et sans histoire. Dieu ! Que la vie d’une jeune fille de bonne famille peut être ennuyeuse, avec son emploi du temps tiré au cordeau et l’échéance stressante du bac dans neuf mois ! Elle avait besoin d’autre chose et c’est pour ça qu’elle empruntait fréquemment ce chemin, alors qu’elle aurait pu faire un petit détour – elle n’en était pas à cinq minutes prés.

À bien y réfléchir, c’était encore plus mystérieux. Cette sale rue l’attirait, aimantait à présent ses pas. Malgré la honte qui la tenaillait, elle trouvait dans la vision furtive de ces femmes provocantes, dans le désir suintant de ces hommes seuls, des sensations nouvelles, un climat mental à nul autre pareil. « Ce n’est pas parce que tu as un an d’avance que tu dois relâcher tes efforts, ma chérie. Lui disait encore sa mère au dîner. À ton âge, j’étudiais le piano en plus de mes cours. Il n’y a que le travail qui paie dans la vie ».

Le travail… Mais que faisaient-elles alors, ces femmes qu’ils désignaient tous par ce mot bref et injurieux, « putain » ? Que signifiait-il, au juste ? Est-ce qu’elles prenaient du plaisir, elles dont le travail semblait être le plaisir des hommes ? Combien pouvaient-elles leur demander pour ça ? Comment étaient-elles devenues ce qu’elles étaient aujourd’hui ? N’avaient-elles pas honte de leur condition ? Certaines étaient fines et jolies : elles avaient dû être un jour, il n’y a peut-être pas si longtemps, des jeunes filles sages comme elle. Ce qui leur était arrivé, elle se l’imaginait comme un de ces romans de gare qu’elle lisait parfois en vacances. Séduites par un beau garçon qui se révélait vite être un proxénète cruel. Puis envoyée dans un pays d’Afrique du nord faire leurs « classes » dans un bordel de bas-étage. Là, c’est certain, elles avaient dû supporter les assauts d’au moins cinquante hommes par jour. Après quelques années de ce régime, elles avaient pu enfin revenir en France, complètement formées, soumises, sans désir d’évasion. Voilà ce qu’on appelle un destin de femme.

Ce n’était pas comme elle qui préparait son bac dans le meilleur lycée de la ville. Que ferait-elle ensuite de sa vie ? Des études, sans doute, pour devenir professeur de lettres classiques (comme maman). Puis elle se marierait et serait mère à son tour vers trente ans. En somme une existence de bourgeoise ordinaire, sans grand risque ni grande passion : quelle réussite sociale ! Ca ne valait vraiment pas la peine de rester vierge jusque là. Les occasions ne lui manquaient pas mais quelque chose en elle la retenait de passer à l’acte. Elle aurait bien voulu essayer avec Benoît mais il était encore plus malhabile qu’elle. Mercredi dernier, dans sa chambre, elle avait voulu voir et toucher son pénis en érection après qu’ils se soient embrassés. Il avait d’abord rougi de sa proposition avant d’accepter « parce qu’il la trouvait gentille ». Quel idiot ! C’est surprenant comme leur sexe peut vite changer de taille (ses couilles aussi étaient dures). Elle l’avait caressé et frotté contre sa motte puis, finalement, il avait joui sur sa cuisse. On aurait dit du lait concentré, en plus salé. Et il y a plein d’enfants dedans ?

Les hommes, les vrais, c’était différent. Ils ne devaient pas longtemps tourner autour du pot, même avec une pucelle. Toutes les femmes le disent : ils ne pensent qu’à ça. Pas de sentiments, juste « la chose » dans sa brutalité, comme des bêtes. Elle revoyait à présent les traits énergiques de ce type – un brun, pas très grand mais costaud, sans doute un espagnol ou un corse – qui lui avait fait un petit signe de la tête dans ce grand magasin où elle cherchait du matériel scolaire. Il était plutôt bien habillé ; ça devait être un séducteur pour être aussi sûr de lui : « Tu viens, chérie ? » Les hommes mûrs ne rêvent que de jeunes filles, c’est bien connu. Naturellement, elle avait fait semblant de ne pas le voir et s’était prestement éloignée de cette zone dangereuse. Il ne l’avait pas suivie : dommage. S’il avait osé l’aborder et s’il lui avait proposé un bon prix à l’oreille, elle ne lui aurait pas dit non. Ensemble, ils seraient allés dans l’un des hôtels de la fameuse rue, prés de son lycée. En les voyant, la grande blonde avec des lunettes aurait certainement dit à l’une de ses copines : « T’as vu la pucelle ? Je t’avais bien dit qu’elle finirait par monter des mecs. » Mais au bras de José — il devait s’appeler José —, elle ne craignait plus les remarques envieuses des filles. Dans la petite chambre qu’il avait loué pour une heure, il se jetait aussitôt sur elle, l’embrassait dans le cou, la déshabillait avec impatience. Elle protestait et lui demandait d’abord son « petit cadeau » mais au fond, elle aimait ça. Les mains de José, puissantes comme des serres, s’étaient refermées sur ses frêles bras. Alors, il la plaquait sur le lit, écrasait ses seins de son torse musclé et lui descendait avec hâte sa culotte. Que pouvait-elle faire contre lui ? Maintenant il était nu, lui aussi. Nu et poilu, un peu comme son père… Son membre était énorme, bien plus long et plus épais que celui de Benoît, l’autre jour. Avec ses doigts, il fouillait sa fente ; il lui faisait mal mais, après tout, elle l’avait cherché , ça faisait partie du métier. Puis il se couchait sur elle et forçait son intimité en soufflant ; sa queue allait et venait de plus en plus vite, de plus en plus fort, dans sa vulve qui s’ouvrait comme un coquillage : « han, ha… Que c’est bon ! Je te bourre bien, petite salope. Ça te plait d’être défoncée ? »

C’est alors qu’elle accélérait avec son majeur la pression de son gros bouton, entre ses lèvres roses. Et elle jouissait ainsi en retenant ses glapissements, s’imaginant être une nouvelle recrue dans le monde glauque de la prostitution, poupée de plaisir pour des brutes avides, vouée à une déchéance rapide et sans espoir.



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