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Récit érotique

L’aide-ménagère

Une experte en branlette

par Jacques Lucchesi

Jacques Lucchesi, « L’aide-ménagère », Récit érotique, Paris, septembre 2016.


L’aide-ménagère

Quelques années de trottoir, durant sa jeunesse, n’avaient pas entamé sa bonne humeur et sa gentillesse. Vers trente ans, elle avait fait un mariage d’amour — un jeune peintre-dessinateur rencontré lors d’une passe — et avait depuis tiré un trait sur son passé interlope. Des tenues suggestives qu’elle portait en ce temps-là pour aguicher les passants, elle n’avait gardé qu’une mini-jupe blanche — dans laquelle elle entrait d’ailleurs de plus en plus difficilement. Ses goûts désormais allaient à des Jean’s démarqués, des blousons unisexe et des baskets d’adolescente. Un vrai virage à 180 degrés ! Rien qui puisse rappeler, aux hommes qu’elle croisait tout au long de la journée, l’activité nocturne qu’elle avait exercée.

Ceci dit, c’étaient toujours les mêmes mèches blondes, les mêmes yeux malicieux et le même petit sourire à fossettes qu’elle offrait à ses nouveaux clients. Car il lui fallait travailler et participer à l’équilibre budgétaire — souvent incertain — de son ménage.

C’est ainsi qu’elle avait pris un emploi à mi-temps dans une association d’aide aux personnes âgées. Les vieux, elle les aimait bien déjà quand elle tapinait. C’est gentil, un pépé, ça n’a pas de grosses exigences même si c’est long à bander. Elle se souvenait, non sans émotion, de quelques grands-pères qui la payaient pour seulement la voir nue ; pour voir son corps de jeune fille, presqu’androgyne, qu’elle monnayait parfois très cher à des notables fortunés.

À présent, c’était elle qui montait chez les vieux et ils continuaient à l’adorer. L’un d’eux, en particulier, ne jurait que par elle. Il refusait toutes les autres aide-ménagères que l’association lui proposait. C’était un homme qui avait dépassé les quatre-vingt ans, quoiqu’il portait encore beau. Un homme qui avait dû être très séduisant en sa jeunesse. Un homme qu’elle aurait « monté » volontiers lorsqu’elle était une « chandelle » :

- Ah, ma petite ! Je vous attendais…

Les visites chez lui commençaient toujours par une discussion prolongée autour d’un café. Elle savait écouter et il avait besoin de s’épancher sur sa vie de représentant de commerce, son épouse chérie mais décédée, cette solitude qui l’angoissait certains soirs. Au bout d’une demi-heure de conversation, elle lui demandait poliment si elle pouvait passer à des activités plus matérielles : car deux heures, c’est bien peu lorsqu’il y a tant de choses à faire. Il acquiesçait dans un grand geste de la main et, bien calé dans son fauteuil, il se plongeait dans la lecture de son journal, non sans observer en catimini ses déplacements dans l’appartement, d’une pièce à l’autre. Une vraie abeille laborieuse, diligente, consciencieuse, qui maniait aussi bien le balai-brosse que la poêle-sauteuse, passant du ménage à la préparation du déjeuner, toujours léger mais savoureux :

- Sait-il, votre mari, quelle femme en or il a ? Est-ce qu’il vous apprécie à votre juste valeur ? Vous avez des mains si fines, si habiles.

À ces mots, ses grands yeux couleur miel plissaient de joie. Quand elle se penchait sur la cuisinière ou sur les bibelots de la cheminée, elle devinait ce regard masculin qui détaillait ses formes encore minces et fermes sous sa blouse. Ce qu’il faisait ensuite, lorsqu’elle s’en allait, elle le supposait sans peine ; mais elle aurait été la dernière à l’en blâmer. Au contraire, elle éprouvait même un plaisir secret à sentir le désir qu’elle lui inspirait.

Ce matin-là, pour la laisser frotter tout à son aise le parquet du salon, il s’était retiré dans sa chambre. Que pouvait-il bien faire, seul dans la pénombre ? Subrepticement, elle s’approcha de la porte mal fermée et l’aperçut, couché en travers du lit. Ce qu’elle avait imaginé était donc vrai : il se touchait, recherchant des sensations qu’il n’allait plus sans doute demander à d’autres femmes. Il bandait encore bien et la vision de ce vit tendu que l’homme faisait aller et venir entre ses doigts lui provoqua une poussée de désir qui la surprit, elle qui pensait pourtant tout connaître des choses du sexe. Ce n’est pas qu’elle désirait physiquement l’octogénaire, mais elle voulait aujourd’hui lui apporter un peu plus de bonheur que d’habitude. Doucement, elle se glissa par l’embrasure de la porte. En la voyant, il rabattît aussitôt sa chemise sur son bas-ventre. Elle sourît avec bienveillance :

- Ne soyez surtout pas gêné. Lui dit-elle. Ces choses-là, c’est naturel à tout âge. Si vous voulez, je peux vous « finir » à la main. Mon mari dit que je suis une experte en branlette.



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