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Les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B…

L’inévitable - Les Caprices du sexe

Troisième partie - Chapitre IV et Épilogue



Auteur :

Louise Dormienne (René Dunan), Les Caprices du sexe ou les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B…, Édité aux dépens des Amis de la galanterie, Orléans, 1928.


IV
L’INÉVITABLE

Louise de Bescé quitta le docteur de Laize et se mit à courir. C’était place Pigalle, en allant vers la place Blanche. Une demi-minute éberlué et saisi, le médecin ne bougea pas. Puis il réagit violemment et se précipita après la fugitive. Engoncée dans sa cape, elle courait mal et d’ailleurs ne semblait point imaginer être poursuivie.

Les pas pressés de Laize lui firent tourner la tête. Elle le vit arriver comme un taureau furieux.

Quand il fut à trois pas de Louise, elle s’arrêta enfin. Avec hauteur, son regard pesa sur le maladroit personnage qui croyait peut-être avancer ses affaires d’amour en caracolant après une femme comme celle-là. À dix mètres, adossé à un arbre, et éclairé par une lampe à arc, un jeune homme était debout. On voyait le visage ovale et fin, la stature svelte et gracieuse, l’allure désinvolte et plaisante. Mais une cigarette pendait à sa lèvre, et le chapeau posé sur la nuque, montrant un front coupé par des cheveux flous, désignait un maquereau du quartier.

Il parut s’intéresser à la poursuite de cette grande femme, que sans doute il connaissait, par un homme à l’aspect évidemment « miché ». Louise dit alors d’une voix sèche et coupante :
- Ah ! ça ! mon cher de Laize, vous allez devenir mon cauchemar…

Le médecin répondit :
- Il en est de charmants, et puis ma chère, dans la bonne société on ne se quitte pas de cette façon brusque. J’accours pour vous faire mes adieux.
- Ah ! bien ! En ce cas je vous remercie. Adieu donc !… Qu’avez-vous à me regarder avec ces yeux fous. Il y a autre chose ?
- Louise, ne prenez pas ce ton persifleur. Comprenez-moi…
- Je vous comprends à ravir. Vous avez envie de coucher avec moi parce que votre… imagination me figure particulièrement attrayante dans l’intimité. Mais moi, je ne veux pas coucher avec vous.
- Louise, il ne s’agit pas de coucher, mais d’aimer…

Elle se prit à rire railleusement :
- Aimer… aimer !… Vous voulez m’aimer !… Mais mon pauvre ami, il est trop tard. Vous ne m’apprendriez plus rien. J’ai été aimée par tous les bouts, ou plutôt, par tous les orifices, et devant et derrière, et en haut et en bas, et dans les jarrets et entre les seins, et sous les aisselles, et des pieds et des mains… et…

Il voulut être ironique :
- Et encore ?…

Elle se pencha vers lui :
- La jouissance que j’ai extraite des hommes ferait un niagara, malheureux ; j’ai… embrassé des centaines de verges d’hommes ; je me suis fait… enculer… Entendez-vous les mots qui font fuir l’amour ? Sucer, comme on dit, la queue d’un homme, se faire enculer, quoi, ça ne vous décourage pas ?

Il dit sombrement :
- Je ne vous en désire que plus. Mais vous mentez. Je vous ai vue tout à l’heure et je suis médecin…
- Eh bien ?
- Croyez-vous que je ne sache pas qu’en un endroit, au moins, vous êtes encore vierge ?

Elle fut décontenancée.
- Ah ! Louise, vous voulez me faire croire des monstruosités, parce que vous êtes nerveuse en ce moment. Je ne vous crois pas. Vous avez peut-être, pour vivre, consenti à certaines choses. Que m’importe. C’est l’âme que je veux de vous et le corps offert comme une âme de chair. Alors, je vous aurai toute neuve.

Il se pencha sur le beau visage crispé.
- Je vous aurai de coeur chaste et pure, Louise, le reste importe peu. Les mains d’une femme ne sont pas déshonorées parce qu’elle aurait récuré des casseroles, ni sa bouche parce qu’elle aurait eu la nausée. Votre sexe, votre bouche seront à moi et vous ne pourrez les avilir, ni par les mots ni par les actes. La virginité, ce n’est pas de n’avoir jamais vu une verge de mâle, mais de séparer de l’amour la connaissance commerciale qu’on en a. Et l’amour c’est moi, Louise, qui vous le dicterai.

Elle recula la tête en arrière. Cette parole d’autorité la domina un instant. Elle devint blême et ses lèvres tremblèrent. Mais c’était la fille du marquis de Bescé. Elle se reprit, puis, regardant autour d’elle, vit le gigolo debout qui paraissait guetter. Alors, elle dit :
- De Laize, tu outres toujours la mesure. Tu ne m’inspires pas d’amour, et pour te le prouver, je te quitte pour aller coucher avec ce maquereau qui est là et faire ce qu’il voudra…

Elle courut vers l’escarpe, et lui dit à l’oreille :
- Protège-moi contre ce pante-là. Il m’assomme !

Le médecin demeura seul au bord du trottoir. Autour de lui les boulevards extérieurs étaient d’un calme parfait. Des bouffées de musique venaient des établissements de nuit entourant la place Pigalle. Au loin, les lumières faisaient une sorte de chapelet et l’on entrevoyait dessous, ça et là, des ombres silencieuses.

Que lui fallait-il faire ? Se battre avec ce bandit, qui devait avoir dans sa poche la lame prête et le revolver armé ? Quelle ignominie ! Tristement, il s’en alla. Et derrière lui, le rire de Louise de Bescé commença de résonner, nerveux et lascif.

Il avait fait vingt pas lorsque apparut devant lui son ami, le fameux policier privé Hans Holler, descendant vers la rue Frochot. Se tournant vers le couple enlacé que faisaient là-bas Louise et le voyou montmartrois, il dit :
- Holler, tu vois ces amoureux-là ?
- Oui !
- Suis-les, ou fais-les suivre. Je veux savoir demain matin où est la femme. C’est une ancienne amie. Téléphone-moi à dix heures le résultat de cette surveillance.
- Bon ! Au revoir ! Je ne t’écoute plus, ils sont déjà loin.

Et Hans Holler s’en alla d’un pas bref et silencieux.

De Laize rentra tristement chez lui. Il ne dormit point et songea longtemps à ce dialogue avec Louise. Hélas ! il le savait bien, c’était une femme indomptable. Tout ce qui paraissait attenter à sa personnalité la faisait cabrer. Et le médecin se rendit bien compte qu’il avait dû à plusieurs reprises, dans leur entretien, froisser cette âme altière. Comment eût-il pu dire ce qu’il voulait sans blesser une énergie si agressive et que la lutte pour le pain, dans cette grande cité féroce, avait dû exaspérer jusqu’à la frénésie ?

Le certain, c’est qu’il aimait toujours Louise de Bescé. Il ne l’avait jamais tant aimée. Il gardait désormais pour elle une sorte de passion mystique dont il ne s’expliquait pas la violence, mais qui le tenait avec une force prodigieuse. Et il sentit que cela deviendrait pour lui une question de vie ou de mort. Il faudrait que Louise lui appartînt. Sans cela il ne répondait plus de son cerveau, et, plutôt que de sombrer dans les abîmes de l’idée fixe érotique, il aimerait mieux…

Elle était en ce moment avec le misérable rôdeur. En cet esprit porté vers le défi, toutes les extravagances demeuraient possibles. La reverrait-il jamais, l’amoureux transi qui somnolait, le sang à la face, dans le fauteuil de son salon, en écoutant les heures se suivre ?

Avec Louise, tout était à craindre, même qu’elle quittât Paris, pour aller n’importe où par le monde, même qu’elle adoptât le maquereau recruté boulevard de Clichy et en fît son amant de coeur et son protecteur. En ce cas il faudrait tuer. Car de Laize était décidé à briser tous les obstacles qui le séparaient de son amour. S’il fallait tuer, la mort viendrait au commandement. Et un médecin peut assassiner sans que nul s’en doute.

Mais tout cela reculerait l’heure de réaliser cet amour qui lui brûlait les moelles. Il sentait pourtant, à certains appels de sa chair et de son esprit, l’urgence profonde d’agir…

*
* *

Neuf heures et demie tintèrent lorsque la grêle sonnerie du téléphone réveilla de Laize, qui avait commencé de sommeiller, vers sept heures, tout vêtu sur son fauteuil. Il se souvint de Hans Holler et de la mission dont il l’avait chargé. D’un bond ii fut sur l’appareil.
- Allô ! qui est là ?
- Holler ! c’est au docteur de Laize que je parle ?
- À lui-même. Mon cher Holler, racontez-moi vite ce que vous savez.
- Voilà : fait suivre le couple désigné. S’est rendu dans un hôtel, 35, place Vintimille. Pas habituel ni à l’un ni à l’autre. C’est la femme qui a payé. À huit heures et demie, ce matin, homme descendu seul et parti trouver un ami dans un bar interlope de la rue Fontaine. Il y est encore. Il doit s’agir de quelque mauvais coup fait et d’un partage de dépouilles. La femme est encore couchée. On la guette ; si elle sort vous serez informé.
- C’est très bien, mon cher ami, continuez.

De Laize raccrocha l’appareil et songea une minute, puis son parti fut pris. Pendant qu’elle était seule au lit, il fallait courir trouver Louise. Il tenterait, avec plus de finesse que la veille, une explication décisive. En tout cas, d’ailleurs, il fallait que cette femme fût à lui et même ce n’était pas assez. Il fallait qu’elle fût la sienne. Pour parvenir à ce but, rien ne l’arrêterait.

Il passa rapidement sous la douche, se rhabilla, prit deux verres d’un tonique et sortit. Au premier taxi rencontré il fit signe, monta et cria : place Vintimille !

*
* *

Louise de Bescé avait pris comme protecteur, moins contre de Laize que contre son propre attendrissement, ce voyou de la Butte que l’on surnommait Verre de Lampe. Les femmes l’appelaient ainsi parce qu’il possédait un pouvoir d’érection sexuelle absolument remarquable.

Il restait la verge haute des heures durant. C’était, certes, une maladie dont mourrait cet individu avant peu d’années, mais, dans un pareil milieu, une telle puissance ne pouvait qu’honorer son porteur. Verre de Lampe était donc la coqueluche de ces dames, qui pouvaient étudier sur lui l’art de se donner du plaisir avec un instrument particulièrement propice.

II avait donc des maîtresses à foison. Elles pourvoyaient à ses besoins avec libéralité. Toutefois, comme il avait encore l’esprit d’aventure, il participait à des cambriolages et autres dangereux expédients, entre-temps, pour les frais de vie que l’on ne saurait demander à l’amour.

Louise le connaissait comme toutes les femmes qui fréquentaient les restaurants de nuit parisiens. Elle le savait dangereux et expert dans le maniement du couteau. Mais elle était d’humeur à braver tout le monde et il lui avait toujours plu de vivre difficilement. Ainsi ne regrettait-elle pas, en se dirigeant avec cet homme vers un hôtel de la place Vintimille, le risque qu’elle pouvait dorénavant courir. Car avec ces hors-la-loi, toute déclaration d’amour est un lien infrangible. Et il faut, dès qu’on a possédé Verre de Lampe dans son lit, satisfaire, tant qu’il y tient, à toutes ses exigences financières.

Louise de Bescé, lorsqu’elle fut dans une chambre d’hôtel avec cet inquiétant personnage, résolut de jouer large et de l’attacher cette nuit par le sexe, comme lui s’était attaché les autres femmes. C’était aussi une défense, car elle portait une bijouterie abondante et magnifique, bien faite pour tenter un voleur.

Aussi, dès la porte close, se mit-elle nue en un tournemain, pour être en quelque façon sous les armes. Puis, avant que l’homme se fût lui-même dévêtu, elle mit toute sa science galante en acte pour le faire jouir d’abord.

Ce fut, à vrai dire, très facile. Verre de Lampe dressa aussitôt un membre fort beau, très lisse, sans poils sur la peau, sans veines tordues, sans laides excroissances. C’était une tige rose, terminée par un gland d’une somptueuse couleur vieux carmin, et dont l’infléchissement léger en arc, la rondeur parfaite et l’aspect gracieux autant que robuste, expliquaient l’ardeur des Montmartroises à se le réserver.

Louise, d’une main preste, se souvenant toujours de Khoku, fit en vingt secondes jaillir le sperme. Il était d’une fluidité anormale et à peine blanc, car l’homme était en fait impuissant à procréer.

Heureux, Verre de Lampe entama alors une discussion en argot sur les femmes. Louise écoutait en tendant la croupe. Elle savait que rien comme la contemplation des fesses de femmes n’a d’action sur les vrais voluptueux. De fait, l’autre, sitôt nu et la verge toujours batailleuse, voulut la sodomiser. Mais en ce cas, combien d’hommes, ayant affaire à des amantes spirituelles, ont en vérité la verge dans le sexe même, quand ils croient posséder la gaine arrière. Bien entendu, cela ne se peut que si l’amant perd, dans le plaisir et l’activité de celle qui accueille et retient son offrande, la connaissance exacte de l’obliquité des orifices.

La tromperie est très réalisable, lorsque la femme est experte et sait se placer de façon à créer l’illusion. Louise fit ainsi. Elle s’agita avec intelligence et avec une telle énergie qu’elle obtint la seconde éjaculation en un tournemain. Elle se retira d’un coup de croupe et l’autre, qui s’était occupé durant l’acte à caresser les beaux seins de sa maîtresse, ne s’aperçut point de la supercherie.

Alors elle s’allongea sur le lit et admira ce priape extraordinaire, toujours tendu et exubérant. Ils firent encore l’amour de façon normale, sans que rien put amollir ce chef-d’oeuvre de raideur. Elle se dit alors :
- Toi, je te ferai baisser le caquet !

De fait, lorsque Verre de Lampe eut pris un peu de repos, Louise joua un instant avec lui, puis, après quelques acrobaties, elle sauta sur l’homme, le chevaucha, et d’une main preste, introduisit le beau phallus dans sa gaine. Elle commençait à y trouver quelque excitation et profita de cette position cavalière pour se donner elle-même du plaisir. Ce fut long à souhait, car la jeune fille avait la jouissance lente. Mais son partenaire, un peu las par chance, ne pouvait éjaculer tout de suite. Il le fit enfin, avec une sorte de crispation douloureuse qui réjouit la jeune fille. Il disait :
- Ça me brûle, mon petit ; je ne sais pas si je jouis ou si je souffre.
- On va le voir maintenant, rétorqua-t-elle, en continuant son lent mouvement de torsion. Car elle voulait continuer jusqu’à ce qu’il demandât grâce. Pour ne pas s’essouffler, accroupie sur ce grand corps, elle remuait avec douceur, en rond, et de temps en temps descendait d’une saccade, de façon à introduire la verge jusqu’au tréfond. Cela lui procurait un plaisir neuf, délicat et fin.

Bientôt elle commença le mouvement contraire, puis accéléra cette façon de coiffer la virilité avec la vulve bâillante. Ce jeu donna à l’homme une sorte de frisson aigu, constatable à la façon dont il l’accompagnait. Louise, très maîtresse d’elle-même, connut enfin que son partenaire allait éjaculer. Elle alla plus doucement, puis s’arrêta.
- Va !… va !… cria Verre de Lampe.
- Attends ! mon ami.

Lui, nerveux, voulut alors accomplir les mouvements mêmes qui allaient le faire jouir, mais, assise sur le ventre viril, Louise l’immobilisait.
- J’allais jouir, ma petite, pourquoi as-tu arrêté ?

Elle reprit alors son action, mais bien plus lentement. Enfin, à la minute même qu’un dernier frottement allait amener le jet, elle s’arrêta de nouveau. Pantelant, il ne réagit point, mais son souffle précipité témoignait qu’il était à bout.

Après trois minutes d’attente, Louise reprit sa lente caresse. Son sexe bien placé descendait sur la verge et l’absorbait d’une lente et frissonnante goulée. Cela allait jusqu’à la racine. Là, Louise faisait halte et remontait en serrant les muscles de la vulve qui étreignaient le gland comme une main.

Alors, elle s’enlevait d’un coup, puis la croupe haute, surveillait si le méat blanchissait. Vaincu, l’amant immobilisé, les yeux clos, restait étendu comme un cadavre.

Et la jeune fille recommençait, précautionneuse. Elle voulait maintenir cet homme une demi-heure au bord du spasme sans aboutir. Elle reprenait donc son accroupissement, sentait la verge vibrer comme une épée au premier contact, puis l’ensevelissait en elle. Bientôt elle connut, aux réflexes de la face chez Verre de Lampe, qu’il ne pourrait supporter cela longtemps encore. Le masque se déformait, un rictus inquiétant tirait ses commissures, et sa glotte allait et venait en un mouvement de déglutition avorté.
Elle renonça à agir par le sexe, recula un peu et, des doigts, se mit à attoucher légèrement le pénis levé, gonflé jusqu’à l’éclatement.

Et à chaque fois que la jouissance allait sortir, Louise s’arrêtait pour attendre, tandis que des houles violentes secouaient les lombes du malheureux.

Une heure elle joua ainsi. Enfin, à certain moment, elle s’était arrêtée depuis deux minutes au moins, voyant des secousses tétaniques agiter la longue tigelle charnue. Elle allait la reprendre quand, issue d’une impression nerveuse plus forte que les contacts, le sperme fit explosion. Alors, Louise, suivant le plan qu’elle avait adopté, se mit à secouer de sa main agile les bourses et à caresser le gland avec rapidité.

Ce fut prodigieux. Le jaillissement spermatique s’aggrava et devint une façon de jet alternativement coupé et abondant, mais presque transparent à la fin. Et Louise masturbait toujours. Alors l’homme cria :
- Ah ! tu vas me tuer !

Une heure après, insatisfaite, elle tenta de récidiver. De la bouche et de la main, se faisant lesbianiser en même temps, dans cette posture que l’on nomme soixante-neuf, pour exprimer l’opposition alternée des deux corps, elle parvint encore une fois à faire jouir l’homme. Mais la verge, durant tout l’acte, resta amollie.

À sept heures du matin, elle reprit possession de ce sexe en le chevauchant à rebours et s’efforça de galvaniser un corps exténué. Ce fut une besogne titanesque. Il lui fallut une virtuosité admirable pour l’amener au bord de la joie ; une fois là, toutefois, elle recommença à prolonger les préparations durant près d’une heure. À la fin, ce qui jaillit fut un mélange de sang et de sperme qui établit clairement la victoire féminine.

Louise, voyant cela, songea avec orgueil au docteur de Laize. Je l’ai vaincu comme celui-ci. L’un par la tête, celui-là par le sexe…

À huit heures, Verre de Lampe s’éveilla en sursaut, et la face creuse, dit qu’il avait rendez-vous avec un poteau, pour un truc à la manque. Il se vêtit au galop, la tête vide, et s’en alla. Louise avait sauvé ses richesses. Elle songea une minute qu’elle ferait bien de partir aussi. C’eût été prudent, mais la lassitude l’écroula sur le lit.

À onze heures, Verre de Lampe frappa à la porte. À demi endormie, elle ouvrit et sa face se tendit quand elle vit la gueule féroce du bandit, sur les traits duquel la jouissance différée et répétée avait laissé des traces d’hébétude et d’épuisement.

Elle pressentit que cette fois il faudrait livrer bataille. Peut-être l’arme sexuelle ne suffirait-elle pas ?… Mais Louise de Bescé ne craignait ni le sperme ni le sang…

Nue, orgueilleuse et froide, la toison sexuelle emperlée de sueur, la chair lisse et lactée, avec un rien de fatigue sous les yeux cernés, et des gestes prompts de femme que la nudité libère, elle se jeta devant le canapé où reposaient ses vêtements.

Elle portait les seins hauts avec une sorte de majesté, et, sur la cuisse, près des lèvres roses du sexe, imperceptiblement écartées, une large tache rouge témoignait que Verre de Lampe savait aussi pratiquer ces baisers ardents qui mènent le sang à la bouche et que l’on nomme suçons…

Les deux adversaires se regardèrent un instant. Le bandit sentit que devant lui ce n’était point une bête du troupeau féminin paissant sur les pentes montmartroises. C’était un vrai fauve, dont la morsure, comme le baiser, emportait le morceau…

Il se souvint de cette croupe agile, au centre de laquelle il pensait avoir la veille trouvé un rare bonheur. Cela l’amollit. Il biaisa. Louise, posée comme un gladiateur, une jambe en avant, avec un rire de haine, regardait cet homme vil qu’elle avait manié cette nuit avec mépris. C’était la plus belle verge de Paris… Soit ! Autant dire que c’était le symbole même de l’homme, du mâle…

Qu’est-ce qu’un homme ? Une virilité…

Mais combien faut-il de temps pour qu’une femme habile fasse de la plus fière des verges mâles… un chiffon ?

ÉPILOGUE
RENAISSANCE

Le docteur de Laize se vit devant la porte de l’hôtel où était en ce moment Louise de Bescé. Il reconnut l’agent de Hans Holler attendant à la terrasse d’un bar, quelques pas plus loin, et vint à lui.
- Holler ? demanda-t-il.
- Oui, monsieur !
- La personne n’est pas sortie ?
- Non, monsieur !
- Quel numéro de chambre ?
- Trente-quatre.
- Bon. Merci !

Et de Laize entra sous le porche de l’hôtel. Rien ne lui fut demandé. Dans cet établissement à femmes, on devait être accoutumé aux allées et venues d’inconnus. Il prit l’escalier et monta lentement. Son coeur battait. Au second, la première porte était numérotée quinze. Il se dit : c’est au troisième.

Au troisième, la première porte était le trente. Il s’enfonça dans le couloir de droite, où il avait vu le trente et un… Il fut devant le trente-quatre et s’arrêta. Une crispation tirait sa bouche. Alors il entendit…

Une voix d’homme disait en grinçant, coléreuse et grasseyante :
- Toi, ma petite, tu peux dire non… c’est comme si tu la bouclais. Je suis fauché. Le flanche que je viens d’aller voir est en carafe et il me faut du bulle. Primo : ce que tu as, tous tes bijoux ; secundo : tous les soirs à partir d’aujourd’hui, deux livres… Parfaitement, deux cents balles par jour. Tu feras des michetons pour plus que ça. Tu m’as pris cette nuit, tu es à moi. Je te garde comme femme et rouspète pas !…

La voix de Louise de Bescé sonna, froide et ironique. Ah ! cette voix fit à de Laize un bien inexprimable. C’était toujours la même invincible volonté ; les Bescé d’Yr n’ont jamais tremblé. Ils portent l’Hermine au Pairle d’Or et le heaume à neuf grilles, comme des ducs. Ils aviliraient cela en pliant sur un ordre de marlou ?… Louise ne dit qu’un mot :
- Imbécile !

Figé, l’autre se tut.
- Imbécile, tu penses me faire peur ! Mais crois-tu avoir affaire à tes fournisseuses habituelles ?

Verre de Lampe dit :
- Moi… je…
- Tais-toi, cria Louise. Toi… toi… qu’est-ce que c’est que ça ? Je t’ai pris pour passer une nuit, comme un instrument. Même à ce point de vue je t’ai vaincu, tu le sais… Alors, tais-toi donc et va-t’en ! Tu me dégoûtes !

Il y eut un silence :
- Allons, sors d’ici, redit Louise, rien que de te voir j’en perdrais l’envie que j’ai de mon amant.
- Qui est-ce ? grinça le maquereau.
- Celui qui me suivait cette nuit et que j’ai voulu exaspérer par jeu. Tu as été pour moi une balle qu’on se renvoie en l’air comme ça…

Elle dut faire un geste. Mais l’homme, de Laize le devina, tira alors un couteau :
- Tiens, salope. Tu ne me charrieras pas plus longtemps !

De Laize sauta sur la porte qui céda. Il avait porté la main à la poche où était son browning familier. Il le prit. La chambre apparut. Louise, nue, se défendait agilement contre la brute qui tenait une lame démesurée au bout d’un bras haut levé. De Laize tira.

Le bandit et Louise churent ensemble. Lui tué net, elle blessée d’un coup de coutelas qui lui avait entaillé l’épaule.

De Laize se rua sur elle, la souleva, la mit sur le lit et regarda la plaie. Ce n’était rien. Il allait arrêter le sang en deux minutes. Un pansement fait et maintenu huit jours : Louise serait guérie… Elle ouvrit les yeux et vit le médecin. Sa bouche eut un sourire.
- Êtes-vous à moi, maintenant ? demanda de Laize à voix basse.

Elle fit oui, de la tête.
- Y resterez-vous ?

Le souffle de Louise laissa passer ce seul mot :
- Oui !…

*
* *

Écho du Figaro :

« Le docteur de Laize et sa charmante femme, née Timo de Bescé d’Yr, ont fêté hier dans leur hôtel de l’avenue du Bois-de-Boulogne, la naissance de mademoiselle Louise-Antoinette-Marie-Zanette Timo de Laize de Bescé, leur fille. »

Autre écho du Gaulois :

« La Ligue pour la chasteté avant le mariage est depuis hier définitivement constituée, sous la présidence d’honneur du président du Conseil, et la présidence effective de madame de Laize de Bescé, l’heureuse épouse du plus célèbre médecin européen d’aujourd’hui… »

FIN

TABLE

PRÉFACE

PREMIÈRE PARTIE — S’OFFRIR

I — IDYLLE
II — D’HERMINE AU PAIRLE D’OR
III — GALANTERIES
IV — LE DON DE SOI

DEUXIÈME PARTIE — SE VENDRE

I — PARIS
II — MÉTIERS
III — LE RUBICON
IV — LA VOLUPTÉ

TROISIÈME PARTIE — AIMER

I — LA HANTISE
II — AMOUR
III — LE CHOC
IV — L’INÉVITABLE

ÉPILOGUE. — RENAISSANCE

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Louise Dormienne (René Dunan), Les Caprices du sexe ou les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B…, Édité aux dépens des Amis de la galanterie, Orléans, 1928.



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