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Passion sexuelle et Folie érotique

La Folie d’amour

Les Troubles physiologiques (Chapitre I)



Mots-clés :

Docteur Gastyano, Passion sexuelle et Folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


PREMIÈRE PARTIE
LES TROUBLES PHYSIOLOGIQUES

I
LÀ FOLIE D’AMOUR

La folie érotique consiste dans un amour excessif, tantôt pour un objet réel, tantôt pour un objet imaginaire ; dans cette maladie, l’imagination seule est lésée ; il y a erreur dans l’entendement. C’est une affection mentale, dans laquelle les idées amoureuses sont fixes et dominantes.

L’érotomanie diffère essentiellement de la nymphomanie et du satyriasis. Dans ceux-ci, le mal vient des organes reproducteurs, dont l’irritation réagit sur le cerveau. Dans l’érotomanie, l’amour est dans la tête. Tandis que les propos les plus sales, les actions les plus honteuses, les plus humiliantes caractérisent la nymphomanie et le satyriasis, l’érotomanie ne songe pas même aux faveurs qu’il pourrait espérer de l’objet de sa folle tendresse. Quelquefois même, l’amour a pour objet des êtres qui ne sauraient le satisfaire.

Dans l’érotomanie, les yeux sont vifs, animés, le regard passionné, les propos tendres, les actions expansives. Mais ceux qui en sont affectés ne sortent jamais des bornes de la décence ; ils s’oublient en quelque sorte eux-mêmes ; ils vouent à leur divinité un culte pur, souvent secret ; ils s’en rendent esclaves, ils sont en extase, contemplant ses perfections souvent imaginaires ; désespérés par l’absence, leur regard est alors abattu ; ils sont pâles, les traits s’altèrent ; ils perdent le sommeil et l’appétit, ils sont inquiets, rêveurs, coléreux. Le retour les rend ivres de joie, le bonheur dont ils jouissent se montre dans toute leur personne et se répand sur tout ce qui les entoure ; leur activité musculaire augmente, mais elle est convulsive ; ils parlent beaucoup, et toujours de leur amour ; pendant le sommeil, ils ont des rêves, ils sont sujets à des illusions de sensations, qui ont enfanté les succubes et les incubes.

L’érotomanie ne se présente pas toujours avec les mêmes caractères que nous venons d’indiquer ; quelquefois, elle se marque sous des dehors trompeurs ; alors elle est plus funeste, les malades ne déraisonnent pas, mais ils sont tristes, mélancoliques, sombres.

Ils tombent dans la fièvre érotique qui a une marche plus ou moins aiguë, plus ou moins funeste.

Une jeune personne, sans mal physique apparent, sans cause connue, devient triste, rêveuse ; son visage prend un teint pâle, les yeux se cavent, les larmes coulent, elle éprouve des lassitudes spontanées, elle gémit, pousse des soupirs ; elle évite ses parents, tout l’ennuie. Elle ne mange pas, elle ne dort que d’un sommeil troublé. Ses parents croient, par le mariage, la retirer de cet état qui les inquiète ; elle accepte d’abord avec indifférence les partis qu’on lui propose, puis elle les refuse obstinément ; le mal va croissant, la fièvre se déclare, on observe des mouvements convulsifs, quelques idées disparates, surtout des actions bizarres ; peu à peu, la jeune personne tombe dans le marasme et meurt. La mort a dévoré son secret ; la honte, la crainte de déplaire à sa famille l’ont déterminée à cacher les désordres de son cœur et la vraie cause de sa maladie.

Une jeune fille de Lyon devint amoureuse d’un de ses parents à qui elle était promise en mariage.

Les circonstances s’opposèrent à l’accomplissement des promesses données aux deux amants ; le père exigea l’éloignement du jeune homme. À peine est-il parti, que cette demoiselle tombe dans une profonde tristesse, ne parle point, reste couchée, refuse toute nourriture. Toutes les sécrétions se suppriment ; elle rejette toutes les prières, toutes les consolations de ses parents, de ses amis. Après cinq jours vainement employés à vaincre sa résolution, on se décide à rappeler son amant ; il n’était plus temps, elle succombe le sixième jour dans ses bras. Lorsque l’érotomanie n’a pas une terminaison aussi prompte, elle dégénère comme toutes les monomanies ; le délire s’étend à un plus grand nombre d’idées ; il s’établit une sorte de délire général qui, assez souvent, par les progrès de l’âge, finit par la démence dans laquelle on retrouve encore les premiers éléments du désordre intellectuel et moral qui a caractérisé le début de la maladie.

L’érotomanie, comme toutes les mélancolies qui semblent n’être que l’extrême d’une forte passion, conduit au suicide en produisant le désespoir ou la certitude de n’obtenir jamais l’objet aimé. Le délire érotique cause souvent l’onanisme, l’hystérie, le satyriasis, la nymphomanie ; « car, dit Lory, la fièvre érotique s’accompagne d’une sorte d’éréthisme des organes de la génération ».

La mélancolie amoureuse se complique avec la manie ; en voici un exemple typique cité par Guersant :

« Une dame âgée de trente-deux ans, d’une taille élevée, d’une constitution forte, ayant les yeux bleus, la peau blanche, les cheveux châtains, avait été mise dans une maison d’éducation, où le plus brillant avenir, où les plus hautes prétentions s’offraient en perspective aux jeunes personnes qui en sortaient. Quelque temps après son mariage, elle aperçoit un jeune homme d’un rang plus élevé que son mari ; aussitôt elle devient éprise de lui ; elle murmure de sa position, ne parle qu’avec mépris de son mari ; elle se refuse à vivre avec lui, finit par le prendre en aversion ainsi que ses proches parents qui s’efforcent vainement de la ramener de son égarement.

« Le mal augmente, il faut la séparer de son mari, elle parle sans cesse de l’objet de sa passion, elle devient difficile, capricieuse, colère, elle s’échappe de chez ses parents pour courir après lui ; elle le voit partout, elle l’appelle par ses chants passionnés ; c’est le plus beau, le plus grand, le plus aimable, le plus parfait des hommes ; elle assure qu’elle est sa femme, qu’elle n’a jamais connu d’autre mari ; c’est lui qui vit dans son cœur, qui en dirige tous les mouvements, qui règle ses pensées, qui gouverne ses actions ; elle a eu un enfant de lui qui sera accompli comme son père.

« On la surprend souvent dans une sorte d’extase, de ravissement ; alors son regard est fixe et le sourire est sur ses lèvres ; elle lui adresse constamment des lettres, elle fait des vers, qu’elle anime des expressions les plus amoureuses, elle les copie souvent et avec soin, ils expriment la passion la plus violente, ils sont la preuve d’une vertu parfaite.

« Si elle se promène, elle marche avec vivacité, comme si elle était très occupée ; ou bien elle marche avec lenteur, avec fierté ; elle évite la rencontre des hommes qu’elle méprise et qu’elle met bien au-dessous de son amant.

« Cependant, elle n’est pas toujours indifférente aux marques d’intérêt qu’on lui donne ; mais toutes expressions peu mesurées l’offensent, et aux instances qu’on peut lui faire, elle oppose le nom, le mérite, la profession de celui qu’elle adore.

« Souvent, pendant le jour et durant la nuit, elle parle seule, tantôt à haute voix, tantôt à voix basse ; tantôt elle rit, tantôt elle pleure, tantôt elle se fâche dans ses entretiens solitaires. Si on l’avertit de cette loquacité, elle assure qu’on l’a contrainte de parler ; le plus souvent, c’est son amant qui cause avec elle par des moyens connus de lui seul ; quelquefois, que des jaloux s’efforcent de traverser son bonheur en troublant ses entretiens et en lui donnant des coups. Je l’ai vu prête à entrer en fureur après avoir poussé un grand cri, et m’assurer qu’on venait de la frapper.

« Dans d’autres circonstances, la face devient rouge, les yeux étincelants ; elle s’emporte contre tout le monde, elle pousse des cris affreux, elle ne connaît plus ni parents ni amis ; elle est furieuse et profère les injures les plus menaçantes.

« Cet état persiste quelquefois deux ou trois jours et même plus ; elle éprouve alors des douleurs atroces à l’épigastre et au cœur. Ces douleurs, dit-elle, elle ne pourrait les supporter sans la force que lui communique son amant ; elles sont causées par ses parents, par ses amis, quoiqu’ils soient éloignés même de plusieurs lieues, ou par des personnes qui sont auprès d’elle. Un grand appareil de force lui en impose, elle pâlit, tremble ; l’écoulement des larmes termine l’accès.

« Cette dame, raisonnable sous tout autre rapport, travaille, surveille très bien les objets qui sont à sa convenance et à son usage ; elle rend justice au mérite de son mari, à la justice de ses parents, mais ne peut voir le premier, ni vivre avec les autres.

« Les menstrues sont régulières, abondantes, les paroxysmes d’emportement ont lieu quelquefois aux époques menstruelles, mais pas toujours ; elle mange par caprice, et toutes ses actions participent au désordre et à la bizarrerie de sa passion délirante ; elle dort peu, son sommeil est troublé par des rêves et même par le cauchemar ; elle a souvent de longues insomnies et alors elle se promène, parle seule et chante ; cet état persiste depuis quelques années. Un traitement méthodique d’un an, l’isolement, les bains tièdes, les douches, rien n’a pu la rendre à la raison. »

Voici encore un exemple rapporté par Guersant :

« Une demoiselle, âgée de trente-deux ans, accablée de la perte d’une fortune considérable, devenue triste, assiste à une leçon d’un professeur célèbre de la capitale ; dès ce moment, elle ne cesse de parler de ce professeur ; bientôt elle se croit enceinte de lui, les menstrues se suppriment, ce qui la confirme dans son idée de grossesse ; les coliques que la suppression cause sont des nouvelles preuves de la présence de l’enfant ; elle maigrit beaucoup, elle a mille illusions de l’ouïe, elle entend ce professeur qui lui parle, qui lui donne des conseils ; souvent elle refuse toute nourriture, et ce n’est qu’en lui répétant que c’est par son ordre qu’elle se décide à prendre des aliments.

« Pendant dix-huit mois, elle fut occupée à faire des layettes pour l’enfant, à lui préparer de petits vêtements pour le temps où il sera sevré. Souvent, elle marche nu-pieds sur le pavé afin de provoquer les douleurs de l’enfantement. Fréquemment, elle s’agite, elle appelle à hauts cris le père de l’enfant qu’elle porte dans son sein ; elle a de longs intervalles de raison, mais le plus souvent elle déraisonne sur toutes sortes d’objets ; quelquefois, elle devient furieuse, parce qu’on l’empêche de voir ou d’aller trouver son amant qui l’appelle. Il est à remarquer que cette demoiselle n’a jamais parlé au professeur, qu’elle ne l’a vu qu’une fois et qu’elle a toujours eu la conduite la plus régulière. »

L’érotomanie a été signalée chez tous les peuples ; les anciens, qui avaient déifié l’amour, la regardèrent comme une des vengeances les plus ordinaires de Cupidon et de sa mère. Gallien accuse l’amour d’être la cause des plus grands désordres physiques et moraux. Les philosophes, les poètes, ont décrit ces désordres ; les médecins de tous les âges l’ont signalée : elle n’épargne personne, ni les sages ni les fous. Lucrèce, rendue amoureuse par un philtre, se tue ; Sapho, n’ayant pu fléchir les rigueurs du Phaon, se précipite du haut du rocher Leucade ; Le Tasse soupire son amour et son désespoir pendant quatorze ans. Cervantès, dans son Don Quichotte, a donné la description la plus vraie de cette maladie presque épidémique dans son temps, en lui conservant les traits des mœurs chevaleresques du XVe siècle. Chez Héloïse et Abélard, elle s’associe aux idées religieuses dominantes alors.

Les causes de l’érotomanie sont les mêmes que celles de la monomanie, quoiqu’elle se montre dans un âge avancé. Cependant, les jeunes gens, et surtout les jeunes personnes, ceux qui ont un tempérament nerveux, une imagination vive, ardente, dominée par un amour-propre excessif, l’attrait du plaisir, l’inoccupation, la lecture des romans, la fréquentation des théâtres et des bals, une éducation vicieuse, sont plus exposés à cette maladie.

La masturbation, en communiquant au système nerveux une sensibilité plus grande, quoique factice ; la continence en lui imprimant une activité très énergique, prédisposent également au délire érotique. Il est encore une sorte de délire érotique qui doit nécessairement faire partie du même groupe que ceux précédemment décrits et qui a pour effet une monomanie spéciale : la jalousie.

Si l’amour est surtout le remède de la mélancolie, de l’hypochondrie, de la tristesse, de la nostalgie, du dégoût de la vie et du penchant au suicide ; si par l’amour l’homme, fatigué des misères et des déceptions de la vie, est transformé ; si l’espérance sourit et que l’avenir s’illumine, l’amour, disons-nous, est la cause de ces mêmes symptômes, de ces mêmes affections morales, s’il est contrarié.

Rien de plus pénible qu’être délaissé par la femme aimée : la jalousie arrive alors et bouleverse l’âme. Tour à tour tyran et esclave, le jaloux menace, injurie, maltraite, puis il s’apaise et se repent ; il s’humilie pour redevenir peu après furieux, la même chose qu’auparavant.

La jalousie ne meurt pas toujours avec l’amour ; elle continue à se nourrir sur l’amour-propre de la vanité. Beaucoup d’hommes sont jaloux, non parce qu’ils aiment, mais parce qu’ils veulent qu’on les sache préférés. Il y a des jalousies de cette sorte absolument inexplicables ; il y a des filles publiques jalouses de la faveur d’un homme auquel elles s’attachent spécialement, tout en continuant de se prostituer à tout venant.

Dans le monde, une femme joue vis-à-vis d’un amant la plus grande tendresse ; elle est jalouse au delà de toute expression ; elle exige de lui les plus grands sacrifices : spectacles, amis, il faut tout lui sacrifier. Plus tard, il apprend des choses inouïes : elle avait le cœur vague et menait à la fois plusieurs intrigues amoureuses ! C’est à faire supposer qu’il y a dans le cœur place pour un amour vrai à côté de ces habitudes de femmes à bonnes fortunes.

Quelquefois, la jalousie est le propre de la force virile ; c’est celle d’Oromane poignardant Zaïre ; c’est celle de ce Romain qui, n’ayant pu obtenir la main de son amante, aima mieux la poignarder que de la voir passer dans les bras d’un autre. Des déceptions inattendues, de fougueuses ardeurs inapaisées, de violents désirs méconnus, ébranlent souvent la raison d’amants infortunés.

On observe la monomanie ambitieuse chez tous ceux qui étaient dominés par des idées de grandeur, tandis que la fureur génitale se montre chez les malheureux qui n’étaient poussés que par le besoin impérieux des sens.

La jalousie engendre une sorte de folie furieuse qui dégénère en manie.

Les femmes, en général, sont plus esclaves de leur organisation que les hommes ; il est beaucoup de celles-là pour qui les plaisirs des sens ont peu d’attraits. Parmi celles qui s’abandonnent au libertinage, il en est un grand nombre qui obéissent plutôt aux séductions du cœur et de l’esprit qu’à celle des sens. Mais, chose remarquable, quand une femme a franchi l’intervalle qui sépare la froideur de la volupté, elle est infiniment plus fougueuse et plus ardente que l’homme. Quelquefois même cela devient tellement exagéré, qu’il faut le regarder comme un état maladif. On a vu souvent des cas de monomanie et de suicide occasionnés par les passions d’amour. Voici un exemple cité par le docteur Bourgeois dans son livre sur les Passions.

« M. G..., doué d’excellentes qualités, mais d’une imagination et une sensibilité exaltées, se marie avec une jeune femme qu’il aime avec passion. Il goûte pendant un an les charmes d’une délicieuse intimité. Sans cause appréciable, on le voit devenir sombre, mélancolique ; il fuit la société. L’appétit se perd, la nutrition devient languissante, de longues insomnies l’épuisent. Son épouse alarmée m’appelle pour lui donner des soins : au bout d’un certain temps, voyant le mal s’aggraver, j’interroge le malade avec prudence, je m’informe auprès de la famille : l’on ne sait rien.
« Cependant sa femme, qui surveillait ses actions, découvre dans un endroit secret une boîte de pistolets qu’il venait d’y cacher. Elle lui demande raison de cet achat : le malheureux se prend à verser des larmes abondantes, et s’enfuit sans répondre.

« Un jour, il vient me trouver. Il est agité, ses yeux hagards, sa voix est troublée :

« — Je suis au désespoir, me dit-il, ma raison s’égare, je veux me tuer... sauvez-moi, voici du laudanum ; dix fois j’ai voulu m’empoisonner, je vais succomber !...

« — Et qu’avez-vous donc, mon ami ?

« — Ce que j’ai, mais je suis jaloux à la folie... ma femme ne m’aime pas, ne m’a jamais aimé, elle en aimait un autre avant son mariage. »

« La cause du mal m’était ainsi révélée. Le malheureux s’était mis en tête de fausses idées qui le torturaient sans cesse. Je combattis de mon mieux la conception délirante, je réussis après bien des soins, à rendre M. G... à la raison et à la santé. »

Voir en ligne : Chapitre II : Le Satyriasis

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et Folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.



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