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La Flagellation à travers le monde

La Louve chez les Brebis

Le fouet à Londres (Deuxième partie : chapitre III)



Auteur :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


III
LA LOUVE CHEZ LES BREBIS

La première impression de Miss Helen ne fut pas, malgré ses trésors d’indulgence, native et voulue, très favorable à sa visiteuse.

La jeune fille était arrivée par un train du soir ; elle se contenta de donner une poignée de main à son hôtesse et, conduite à sa chambre par Mab, elle pria qu’on la servit chez elle.

Miss Helen avait préparé un souper dans la salle à manger : Mab fut donc chargée de le monter sur un plateau et revint tristement dire à sa maîtresse que cette étrangère avait des façons bien hautaines de parler au pauvre monde.

Margaret s’était enfermée dans sa chambre, donnant assez bruyamment un tour de clé pour que Miss Helen comprît bien qu’elle n’avait pas à remplir la formalité de rendre visite à la voyageuse pour lui demander si elle n’avait besoin de rien et si elle se trouvait bien.

« Dès le premier instant, se dit Margaret, je fonde ainsi l’indifférence et crée l’éloignement. Il n’y a qu’à continuer, Miss Beddoes n’osant se familiariser par des propos gênants, et le jour prochain où je filerai à l’anglaise, comme on dit à Paris — et elle se mit à rire — le jour où je voguerai vers un autre horizon, quel qu’il soit, je n’aurai point à me méfier de son espionnage, ni du parfait accord qui règne entre elle et la bonne tante Helling, qui, après m’avoir fait violenter et flageller par son vieil amant, s’est vengée de mon amour pour sa fille en me jetant à la porte. Oui, je voulais que mon Ethel connût toutes les ivresses et c’est au moment où, conduite par moi si habilement vers un genre d’existence que nous allions continuer à nous deux à varier à l’infini, que cette maudite femme me l’arrache, alors qu’avide de jouir de la vie, elle est prête à tout pour moi ! Ethel est riche, quelles bonnes parties nous avions en perspective ! Et comme son amour va me manquer !… Oh ! comme je l’avais bien dressée, ma chérie, bien faite mienne ! Les doux plaisirs qu’elle me procurait, ces caresses, qui me les donnera maintenant, en ce désert de campagne où la haine de sa mère m’a exilée, chez cette vieille fille, sèche et mauvaise, sans nul doute, puisque ma tante en a fait sa fondée de pouvoir, l’exécutrice de ses bonnes oeuvres, vieille fille ignorante des plaisirs de l’amour et qui me prend peut-être pour une recrue dont elle fera un jour quelqu’un à son image ? »

Cette idée la fit sourire.

« À son image, oh, non ! Non, cette illusion-là, elle ne la conservera pas longtemps et je vais sans retard me mettre à l’oeuvre. Je me vengerai de ma tante, j’ouvrirai les yeux à cette vieille idiote qui me recevait, cela se devine, pour faire de moi sa vache à lait, jusqu’à ma majorité, puisque telle est la volonté de ma tante. »

Margaret, se levant, fit le tour de la chambre qui, désormais, était son séjour forcé, petite chambre où elle était résolue à trouver ridicule tout ce dont l’attentive bonté d’Helen avait cherché à l’entourer.

Elle se moqua et critiqua à son aise.

Tout fut condamné, les menus objets comme les meubles. Elle avait vite oublié dans le luxe des autres la misère de son enfance.

Elle abattit ensuite son implacable examen critique sur les quelques gravures ornant les murs. Il y avait là une vue de l’école de Mr Beddoes et surtout un groupe des classes enfantines avec le directeur et sa fille et, au fond de la salle, deux autres personnages grotesques, surveillants ou serviteurs, qui excitèrent chez elle mépris et pitié.

Margaret, détachant cette dernière imagerie, se prit alors à détailler les traits de Miss Helen et ne put s’empêcher de la trouver fort belle, non sans un secret dépit. Elle ne l’avait, à son arrivée, que très peu regardée, mais c’était tout juste si elle trouvait reconnaissable cette vieille personne à cheveux blancs, quand elle avait sous les yeux une belle brune à l’attitude riante et fière, à la taille élancée, aux formes sculpturales.

« Faut-il qu’elle soit stupide, pensa-t-elle, pour avoir laissé tous ces trésors-là naufrager en une tâche aride et abrutissante ! Cela seul, si je n’étais arrivée ici avec d’autres idées que les miennes, suffirait à me convertir à ma cause. Eh quoi ! ma tante voudrait sans doute que ma belle jeunesse s’étiolât en cette bourgade désolante, entre une vieille sotte, une bonne et un chat ou un perroquet ? Fi donc ! Ces gens-là ne m’ont donc pas regardée ? »

Et elle tournait dans la chambre, ennuyée, agacée, s’énervant, quand elle avisa une grande carte coloriée de l’Amérique septentrionale. Miss Helen, en sa recherche de confortable et d’agréments pour l’installation de Margaret, avait placé au-dessus d’un bureau-secrétaire la carte de son pays natal.

La jeune fille se mit à la considérer longuement, à l’étudier en ses détails, regardant les lignes de navigation, les chemins de fer, tous les moyens de locomotion et, songeuse, se dit que là, peut-être, serait le port où pourraient aboutir ses projets d’avenir et de liberté.

Elle y rêva longtemps et, lorsque, au milieu de la nuit, elle se décida à se coucher, sans éteindre la lumière, son projet était presque arrêté. Elle le mûrirait pendant quelques jours, verrait à faire argent de divers bijoux dont la générosité de Lady Helling l’avait enrichie.

Si elle avait voulu paraître accepter l’hospitalité de Miss Beddoes, c’était pour le cas où, selon son refus, sa tante aurait eu l’idée de la mettre dans un pensionnat de jeunes filles, sorte de prison où, gardée à vue et surveillée de près, sa fuite eût été un projet irréalisable, tandis que l’autorité de cette vieille fille, dans un village où elle établirait dès son arrivée, une indépendance d’allures et une inintimité flagrante avec son hôtesse, pourrait, son plan une fois bien arrêté, en faciliter l’exécution.

Elle résolut donc tout d’abord de prendre l’habitude de sortir seule et de n’agir qu’à sa guise et sans contrôle.

Cependant Margaret, au milieu d’événements divers qui avaient porté un si rude coup à son existence trop heureuse, se voyant seule, dans le grand silence de cette nuit de campagne, aussi lasse de cerveau que de corps, finit par s’endormir.

Mais aussitôt des rêves lascifs vinrent l’assaillir ; elle s’éveilla, croyant tenir Ethel entre ses bras et éprouva la joie de ses caresses, ce qui la jeta en un trouble amenant des larmes de souffrance et de désespoir. Elle se rendormit pourtant, brisée, malgré le soleil qui commençait à éclairer sa chambre.

Lorsque enfin elle se leva, les yeux meurtris, les membres engourdis, sa rage contre tout ce qui l’entourait, contre tout ce qui l’enserrait, devint plus intense encore.

Sa toilette faite, elle revêtit sa robe de la veille et descendit au jardin.

La petite bossue vint alors la prévenir que son petit déjeuner l’attendait dans la salle à manger ; elle s’y rendit sans mot dire et, comme Miss Beddoes, ne voulant pas se décourager pour un premier échec, venait avec la bienvenue lui adresser quelques paroles conciliantes, Margaret lui répondit, d’un ton qui n’admettait pas de réplique, que, si elle sentait le besoin de lui faire quelque réclamation, elle saurait s’en acquitter.

Puis, détournant la tête, d’un air indifférent, elle continua de faire honneur à son repas.

Miss Helen, gênée de cette attitude, tourna un instant dans la pièce, sous prétexte de ranger quelques menus objets, et se retira.

Margaret suivait son plan de point en point.

Elle partit explorer les alentours et ne rentra que bien après l’heure du déjeuner. Miss Helen l’avait poliment attendue. Elle remonta à sa chambre, en descendit avec un livre qu’elle posa près de son assiette, établissant ainsi par cette grossièreté muette que nulle attaque ne saurait jamais trouver le chemin de sa sympathie.
Ainsi étaient récompensés les efforts de la douce et intelligente créature que cette fille sans tact méprisait parce qu’elle la croyait d’une vertu sans reproche.

Voir en ligne : Chapitre IV : Les remords d’une mère

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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