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Passion sexuelle et folie érotique

La Nymphomanie

Les Troubles physiologiques (Chapitre III)



Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


III
LA NYMPHOMANIE

Quoique la nymphomanie puisse exister chez toutes les femmes en général, depuis la puberté, où la sensibilité utérine se développe, jusqu’à la décrépitude où elle s’éteint, on l’observe néanmoins plus fréquemment chez les jeunes filles d’un tempérament sanguin et d’une imagination ardente, chez celles dont la menstruation se fait difficilement sentir, chez les veuves, naturellement lascives, qui ont été privées tout à coup de leur jouissance ordinaire, chez les femmes mariées que des époux faibles, malades ou vieux ne peuvent satisfaire ; celles qui sont enflammées d’un violent amour pour une personne qu’elles ne peuvent posséder, ou qui sont dédaignées après lui avoir accordé l’objet de ses désirs ; enfin chez les filles publiques ou mercenaires que la réclusion force quelquefois à une continence plus ou moins prolongée. Les climats chauds, où les passions fermentent ; le séjour des grandes villes, où mille objets les excitent ; la bonne chère, ou l’abus des liqueurs alcooliques, l’excès des plaisirs, les dérangements de la menstruation, les liaisons dangereuses, les spectacles, les peintures, les lectures lascives, sont encore autant de causes qui peuvent disposer à la nymphomanie ou la produire.

Le début et les progrès de cette passion ne sont pas les mêmes chez toutes les femmes ; ils varient à l’infini soit par rapport à l’âge, à la constitution individuelle, soit par rapport au genre de vie, et surtout à l’éducation qui a dirigé l’esprit et le cœur.

Cette funeste passion présente plusieurs degrés, la jeune fille ne pouvant de suite éprouver toute la violence d’une affection aussi honteuse et aussi déplorable. Ce n’est d’abord qu’une espèce de mélancolie, d’amour platonique ou un vif désir qu’exalté une imagination déréglée ou pervertie par la lecture des romans, par les charmes d’un amour que développe davantage la solitude, et dans lequel l’esprit est profondément occupé de l’objet aimé.

Le désir des jouissances vénériennes n’est pas encore ce qui tourmente la jeune fille, mais elle trouve une certaine complaisance à contempler intuitivement celui qui la captiva ; chacune de ses qualités physiques lui paraît une perfection qu’elle admire en silence. Dans cette illusion, elle cherche la solitude où elle soupire à son aise, où elle cache et nourrit le feu qui va bientôt l’embraser. Le mal empire et s’exaspère, l’imagination s’exalte ; ce qui n’était d’abord, en apparence, qu’une douce affection, un tendre sentiment, se change bientôt en une passion violente, en un feu qui dévore ; l’esprit n’est plus obsédé que par les idées les plus obscènes ; l’appétit se perd ; il n’y a plus ni sommeil, ni repas ; le corps s’échauffe, les organes génitaux deviennent d’une ardeur, d’un prurit, d’une démangeaison remarquable ; les désirs vénériens commandent en maîtres impérieux ; il n’y a plus qu’un reste de pudeur et de honte qui retienne.

Mais ce feu, pour être concentré, n’en devient que plus ardent ; bientôt il fait explosion, et dès lors, il n’y a plus d’obstacle qui l’arrête. La nymphomanie ne suit que l’impulsion de la nature ; elle se livre aux dérèglements de son imagination et ne recherche que le plaisir, la raison se trouble, les fonctions intellectuelles se pervertissent et ne gardent plus que le souvenir de tout ce qui rappelle les idées de lubricité. À la vue d’un homme, son pouls s’agite, la respiration devient tumultueuse, ses sens se troublent. Tendres sentiments, regards lascifs, propos libres, gestes indécents, attitudes voluptueuses, tout est mis en usage pour séduire ; quelquefois, la nymphomane pousse le désir jusqu’à se jeter dans les bras du premier venu ; elle le presse, elle le sollicite ; éprouve-t-elle un refus ou de la résistance, elle éclate en menaces et vomit un torrent d’injures.

Enfin la maladie dégénère en une manie des plus furieuses ; la femme n’observe plus aucune modération ; la passion seule la transporte, lui fait commettre les excès les plus déplorables. Les personnes arrivées à ce degré d’abrutissement et de fureur déchirent leurs vêtements, se meurtrissent la poitrine, s’arrachent les cheveux et, dans l’impuissance de satisfaire leurs désirs, elles se polluent publiquement.

Quelquefois, les désirs les plus sales, les postures les plus dégoûtantes succèdent à des éclats de rires immodérés ou à des larmes abondantes. Dans son ouvrage La Folie de Paris, le docteur Garnier relate le fait suivant :

« Henriette S... a trente et un ans. Dès son jeune âge, la vue des garçons la surexcitait étrangement ; elle n’était heureuse qu’au bal, quand un danseur lui enlaçait la taille. Mariée de bonne heure, elle ne put trouver dans les rapports conjugaux des satisfactions suffisantes à ses besoins presque incessants de coït. Elle eut de nombreux amants, et par son inconduite devenue notoire, désespéra son mari.

« Prise tout à coup de l’irrésistible besoin de l’acte sexuel, elle lutte contre le désir, mais bientôt domptée, elle descend dans la rue et se met en quête du mâle. En dehors même de l’accès primitif irrésistible, elle ne peut faire la rencontre d’un homme vigoureux assez bien tourné, sans éprouver le désir de coït, dont l’idée seule suffit d’ailleurs à produire le spasme vénérien ; ce spasme se produit chez elle jusqu’à six et sept fois dans la même journée.

« Dès qu’elle se trouve seule avec un homme, elle ne peut résister au besoin de se montrer nue. »

Un genre extraordinaire de nymphomanie, rapporté par le docteur Toinot, est le suivant :

« La dame X..., âgée de quarante-quatre ans, avait été prise d’un amour irrésistible pour son propre fils, âgé de vingt-trois ans, qu’elle provoquait par les caresses les plus lascives.

« Internée pour tentative de suicide pour chagrins d’amour, son fils fit le récit suivant :

« Elle m’embrassait sur la bouche et répétait ces baisers cinq ou six fois. Puis le soir, quand j’étais couché, elle venait près de mon lit, passait sa main sous les couvertures sous des prétextes divers. Un jour elle oublia toute réserve et me prit la verge en se jetant sur moi, me couvrant de baisers passionnés, me parlant de son amour et m’exhortant à le partager. Repoussée avec brutalité, elle revint à la charge bien souvent. J’ai dû plusieurs fois, pour me soustraire à sa frénésie érotique, me dégager violemment, me vêtir et partir. Au moment où je franchissais la porte, elle me suppliait de rester, me promettant de se dominer. Sa résolution la maintenait calme pendant quelques jours.

« Reprise d’un accès, elle renouvelait ses tentatives, profitant de mon sommeil venait me découvrir et, n’y tenant plus, se livrait à des attouchements sur moi, m’excitait par des paroles brûlantes. »

Un autre fait remarquable est celui de cette femme qui, dès l’âge le plus tendre, éprouvait un penchant extraordinaire pour les plaisirs vénériens. À huit ans, l’accouplement des animaux l’irritait et l’entraînait à des attouchements.

À dix-sept ans, elle se marie avec un homme de trente-six ans, vigoureux, dont elle recevait les caresses plusieurs fois de suite sans être satisfaite ; souvent même après trois approches, elle demandait aux pratiques lesbiennes l’apaisement complet de ses sens.

À quarante-neuf ans, mère de huit enfants, elle devint veuve.

Après deux mois d’une continence absolue, ses désirs vinrent l’assaillir de nouveau. Pendant les veilles, les pensées les plus libertines, pendant les nuits, les rêves les plus érotiques obsédaient son esprit. Vaincue, elle céda à la masturbation et put lutter ainsi contre ses désirs toujours renaissants sans que personne pût soupçonner cette perversion génitale.

Trélat, dans son ouvrage de la Folie lucide, rapporte un cas intéressant de folie érotique.

« Mme V..., d’une taille ordinaire, mais de forte complexion, ayant une expression de physionomie très convenable, beaucoup de politesses dans le dialogue, une grande retenue dans le maintien, nous a été confiée le 17 janvier 1854.

« Interrogée, elle répond parfaitement à toutes les questions qui lui sont faites, se met à l’ouvrage et travaille, malgré ses soixante-neuf ans, avec autant d’activité que de perfection, toujours d’humeur avenante, toujours assidue, ne se dérangeant jamais quand on lui dit qu’il faut se lever pour aller à table ou en récréation. Rien sur sa figure, dans ses actes, n’a jamais pu pendant son séjour dans l’asile, nous faire soupçonner le moindre désordre.

« Pendant quatre ans, pas une parole obscène, pas un geste, pas le plus petit mouvement d’agitation, de colère ou d’impatience. Elle sait parfaitement qu’elle est enfermée, mais est absolument incapable d’user de la liberté.

« Toute sa vie, dès son jeune âge, elle a recherché les hommes et s’est abandonnée à eux. Jeune fille, elle les provoquait et désolait et humiliait ses parents par son avilissement. Du caractère le plus docile, le plus aimable, le plus enjoué, rougissant quand on lui adressait la parole, baissant les yeux toutes les fois qu’elle était en présence de plusieurs personnes, aussitôt qu’elle était parvenue à se trouver seule avec un homme jeune ou vieux, même avec un enfant, elle était subitement transformée, relevait ses jupes et attaquait avec une énergie sauvage celui qui devenait l’objet de ses amoureuses fureurs. Dans ses moments, c’était une Messaline, et quelques instants avant, on l’eût prise pour une vierge.

« Elle trouva quelquefois de la résistance, et reçut même de fortes corrections, mais il lui arriva le plus souvent encore de rencontrer beaucoup de bonne volonté.

« Malgré plus d’une aventure de ce genre, ses parents la marièrent dans l’espoir de mettre un terme à ses désordres. Le mariage ne fut pour elle qu’un scandale de plus.

« Elle aimait son mari avec rage, mais elle aimait d’une rage égale tout homme avec lequel elle pouvait parvenir à être seule, et elle y mettait tant de persévérance et tant d’habileté qu’elle déjouait toute surveillance et en venait à ses fins.

« C’était un ouvrier occupé à travailler, un passant qu’elle interpellait dans la rue et qu’elle parvenait à faire monter chez elle sous un prétexte improvisé ; c’était un jeune homme, un apprenti, un domestique, un enfant revenant de l’école !

« Elle mettait tant d’innocence en leur adressant la parole, que chacun la suivait sans défiance.

« Plus d’une fois, elle fut battue et volée, ce qui ne l’empêchait pas de recommencer.

« Devenue grand’mère, elle continuait le même genre de vie.

« Un jour, elle introduisit chez elle un petit garçon de douze ans, lui disant que sa mère allait y venir. Elle lui donna des bonbons, l’embrassa, le caressa, puis, comme elle voulait le faire déshabiller et lui faire des attouchements obscènes, l’honnêteté de l’enfant se mit en révolte ; il la frappa et alla tout raconter à son frère, jeune homme de vingt-quatre ans, qui monta dans la maison désignée par le plaignant et battit à outrance cette vilaine femme en lui disant :

« — En pareilles aventures, on fait ses affaires soi-même pour ne pas laisser son nom en si mauvaise compagnie. J’espère qu’avec cette correction, vous ne recommencerez pas avec d’autres.

« Pendant cette scène, le gendre survint, devina tout avant qu’on eût le temps de lui rien dire, et se mit du côté de celui qui se faisait si prompte justice.

« Elle fut enfermée dans un couvent, où on la trouva si bonne, si douce, si docile, si rose et d’une innocence si virginale qu’on ne voulait pas croire qu’elle eût jamais commis la moindre faute et qu’on se porta caution pour elle en la rendant aux siens. Elle avait édifié tous les habitants de la maison par la ferveur avec laquelle elle s’était livrée aux pratiques de la religion.

« Une fois libre, elle reprit le cours de ses scandales, et toute son existence se passa ainsi.

« Après qu’elle eût fait le désespoir de son mari et de ses enfants, ceux-ci espérèrent enfin que l’âge, venant à leur aide, tempérerait le feu qui la dévorait. Ils se trompaient. Plus elle commettait d’excès et plus elle prenait d’embonpoint, plus elle avait d’éclat et de fraîcheur.

« Comment est-il possible que des penchants si bas et des habitudes si dégradées puissent laisser à la physionomie tant de douceur, à la voix tant de jeunesse, an maintien tant de calme et au regard une générosité si limpide ?

« Elle était veuve ; ses enfants qui n’avaient pu la garder chez eux, et pour lesquels elle était un objet d’horreur, l’avaient reléguée hors des barrières, où ils lui servaient une rente.

« Etant devenue vieille, elle était obligée de rétribuer les hommages qu’elle se faisait rendre et comme la petite pension qu’elle recevait était insuffisante pour cet usage, elle travaillait avec une ardeur infatigable pour pouvoir se payer un plus grand nombre d’amoureux.

« À voir cette femme âgée si alerte au travail d’aiguille, s’en acquittant sans lunettes, à soixante-dix ans et au delà, toujours propre et soignée dans ses vêtements, ayant l’apparence simple et honnête, le visage ouvert, jamais nous n’eussions deviné toutes ses turpitudes. Après qu’on nous les eût révélées, nous n’y eussions pas ajouté foi si des preuves trop convaincantes ne nous eussent été fournies. Nous avons vu plusieurs de ces misérables hommes qui recevaient d’elle le prix de leur abjecte industrie. Ils venaient nous dire combien elle était laborieuse, ils nous affirmaient et nous cautionnaient sa moralité, espérant lui faire rendre la liberté et retrouver ainsi leur salaire. Nous n’avons pu nous contenir, et dans notre indignation, nous sommes parvenus à arracher à l’un d’eux l’aveu et les détails de ces amours infâmes.

« Cette femme avilie, ce monstre, a conservé jusqu’à la fin de ses jours son calme, sa douceur inaltérable et toute son apparence d’honnêteté.

« Dans les derniers jours de mai 1858, elle a été prise d’engourdissements dans les membres du côté droit et est morte le 27 du même mois. Elle avait succombé aux suites d’une hémorragie cérébrale, dont l’autopsie a fourni la preuve. »

Les femmes comme les hommes accusent à la première période de la paralysie générale une propension à abuser des rapprochements sexuels ; ce phénomène est assez saillant pour inquiéter la famille et provoquer dans la conduite un changement pendant longtemps inexpliqué ; durant plusieurs mois, une année quelquefois, le mal véritable est méconnu. C’est à ce cas que se rapportent les observations du docteur Bouchereau.

« Une femme appartenant à une famille occupant dans sa ville une situation distinguée, mère de deux filles en âge de se marier, devient subitement provocante envers les hommes ; elle perd tout sentiment de réserve, devient indifférente avec les siens, néglige ses affaires ; l’examen de sa santé ne fournit tout d’abord que des renseignements incertains ; la vie commune devient impossible ; on la laisse s’éloigner, toute mesure ayant été écartée.

« Elle vient à Paris se perdre dans la foule, vivant d’une pension que son mari lui continue ; tout son argent est dépensé pour satisfaire sa fureur génitale. De chute en chute, elle finit par être arrêtée en état de vagabondage. Au lieu d’une peine disciplinaire, on reconnaît la nécessité d’un isolement dans un asile, car cette malheureuse était parvenue à un degré avancé de paralysie générale qui, peu à peu, avait marché sans autres phénomènes délirants apparents que des tendances nymphomaniaques. »

Une autre observation du même auteur nous montre une couturière très occupée, jouissant d’une grande aisance, qui se fait arrêter avec deux militaires dans une promenade publique pour cause de scandale ; on l’arrête, mais reconnue paralytique, on la séquestre ; après plusieurs mois de traitement, elle sort très améliorée, se remet au travail, gagne de l’argent ; un jour, seconde sortie et finalement elle arrive une troisième fois pour terminer ses jours dans un asile.

Parmi les femmes dont le dérangement d’esprit est la conséquence de l’hérédité, il n’est pas rare d’en rencontrer avec des tendances nymphomaniaques s’associant à des manifestations religieuses exagérées ; durant la période calme en apparence, elles peuvent consacrer quelques mois à des pratiques de dévotion empruntées à la règle ascétique la plus sévère, puis soudain, elles vont dans le monde, recherchent les hommes, perdent le sommeil et tombent dans un accès maniaque violent qui se traduit par un mélange de propos orduriers suivi d’idées mystiques ; leur attitude est celle de la prière en ce moment, bientôt leurs gestes sont obscènes.

« C’est tantôt le délire religieux, tantôt le délire érotique, dit Bouchereau ; sans transition aucune, ils se succèdent l’un à l’autre ; une période de mélancolie ou même de stupeur arrive, puis le calme revient, la raison se recouvre.

« Là où un observateur eût pu indiquer une manie religieuse, un autre observateur, témoin d’un accès ultérieur, aurait été conduit à mentionner une manie érotique ou bien une nymphomanie. »

À une époque où l’imagination des foules était occupée des idées de possession, ces malheureuses femmes se croyaient victimes du diable qui, la nuit, envahissait leur couche, pénétrait dans leur corps et se livrait sur leur personne à des relations infâmes.

La vieillesse ne met pas les femmes à l’abri de la nymphomanie ; quand toutes les fonctions intellectuelles ont disparu, les sentiments sont confus et la liberté affaiblie permettant aux instincts de s’assouvir sans rencontrer la résistance inspirée par la morale, on voit parfois une excitation génésique puissante s’emparer d’elles en même temps que l’agitation maniaque se développe.

Certaines maladies de la matrice provoquent parfois une excitation à la nymphomanie ; mais dans ce cas, son intensité est rarement aussi marquée que dans les affections du système nerveux, sa durée est plus courte ; elle donne lieu très exceptionnellement aux mêmes conséquences. Il en est ainsi pour les maladies des reins, du rectum, de la vessie, de la vulve.

Chez la femme comme chez l’homme, l’appétit vénérien surexcité est de tous les appétits le plus capricieux, le plus irrégulier, le plus soumis aux influences perturbatrices du genre de vie, des penchants moraux et intellectuels. Cette affection trouble l’économie, conduit à des excès compromettants pour la santé et pour la vie, et prend parfois un caractère d’irrésistibilité qui menace et la sécurité d’autrui et les mœurs.

Le docteur Legrain cite une histoire d’une fille intelligente qui s’était éprise d’amour pour un individu absolument indigne d’elle :

« Camille est une grande fille de vingt et un ans, à la physionomie animée, intelligente, très bien élevée, ayant reçu une brillante instruction. Très joyeuse, constamment en mouvement, elle inventait mille farces pour se distraire et distraire ses compagnes.

« Cependant, l’absence de pondération dans ses facultés se manifestait de mille manières : elle était sale et n’avait pas cette propreté coquette des jeunes filles. Au moment de ses époques, elle laissait traîner ses linges maculés qui lui avaient servi.

« Dès l’âge de seize ans, la vie de Camille devient de plus en plus accidentée. Ses allures commencent d’abord par changer : autrefois affectueuse, égoïste et fière, elle ne s’intéresse plus à rien. Elle se révolte contre la situation de sa famille, rendue précaire par l’inconduite de son père. Elle est parfois arrogante et grossière.

« Placée dans une maison de campagne, elle noue des relations avec ses compagnes ; elles se livrent à des attouchements mutuels.

« Revenue chez sa mère, elle ne tarde pas à se livrer à un individu d’origine belge, un déserteur, père de plusieurs enfants illégitimes, et qui venait d’être condamné pour vol. Or, il est à noter qu’elle n’ignorait rien de la situation de son amant.

« Plus tard, elle vole 500 francs à son père et s’enfuit avec son amant ; ils mangent 300 francs dans la même journée. Elle devint grosse. Puis, elle voulait servir comme fille de brasserie et déclarait qu’elle se vendrait elle-même si son amant le lui demandait, et qu’elle se sentirait la force de tuer son père et sa mère pour lui obéir.

« Placée dans une maison de correction, on ne l’y garde que six semaines parce que sa grossesse devient visible. Pendant le séjour qu’elle y fit, elle se plaisait à rappeler ses différentes aventures, dont elle se glorifiait, tenant les propos les plus grossiers sur sa famille et manifestant le désir de retour auprès de son amant. Elle finit par être internée à l’asile Sainte-Anne. »

Le docteur Andrieux rapporte l’observation qui suit :

« Mme R... reçut une éducation brillante et très sévère. Elle aima un jeune homme qu’elle ne put épouser à cause de son manque de fortune : à dix-huit ans, elle se maria avec M. R..., mais sans goût, comme sans enthousiasme.

« Elle eut six enfants qu’elle aima avec passion.

« Très religieuse, elle était d’une pudeur exagérée, au point de se couvrir le sein pour donner à téter à son enfant, même devant les familiers de la maison.

« Il y a quelques mois, le menuisier M... fut appelé à la maison pour des travaux. C’était un homme blond, d’une dizaine d’années plus jeune qu’elle ; elle se prit pour lui d’un tel amour qu’elle n’avait plus de repos ni jour ni nuit. Elle dansait avec lui, l’enlaçant étroitement, et dévorée de jalousie, l’empêchait de danser avec d’autres femmes.

« Elle, qui tous les jours écoutait si dévotement la messe et communiait, qui dans la rue se signait devant les images de madone ou de saints, elle en était venue à prononcer des paroles grossières et obscènes.

« Le mari ne tarda pas à avoir vent de cette liaison avec le menuisier ; il éloigna celui-ci. Alors commença une correspondance entre M... et Mme R... qui ne cacha point son désespoir, se lamentant à tous.

« Elle donnait de l’argent à son amant pour lui permettre de s’acheter de beaux habits.

« Mme R... quitta un jour sa maison, se réfugia chez M..., abandonnant l’enfant qu’elle allaitait. À son mari qui la supplia de revenir, elle répondit : « Je n’ai rien à faire avec vous, ni avec ceux de chez vous ; je n’ai plus de fils, je n’ai plus personne. »

« Le mari porta plainte contre M..., l’accusant d’avoir abusé de sa femme. Le tribunal de Lucera, devant qui fut porté la cause, rejeta la conclusion et débouta le mari de sa plainte. »

Voir en ligne : Chapitre IV : Le Priapisme

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929



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