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Nouvelle érotique

La Portugaise

Canicule et cunnilingus

par Jacques Lucchesi

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Jacques Lucchesi, « La Portugaise », Nouvelle érotique, Paris, avril 2012.


La Portugaise

Elle portait un prénom d’ange, mais sa chevelure et ses sourcils noirs trahissaient sa nature profondément terrestre. Je rencontrai A. le jour de son anniversaire, dans un self-service d’Avignon. Le festival de théâtre venait à peine de s’achever et la vieille cité des papes retrouvait peu à peu son indolence estivale. Sa voix était haute et flutée, accordée à sa mince silhouette et à ses traits anguleux. Elle transpirait pourtant la tristesse, nostalgie du pays natal, présence obsédante d’un amour contrarié — sinon impossible. Loin de sa famille lisboète, A. vivait seule parmi ses livres, ses cours et ses rêves. Je la rappelai aux exigences de la vie immédiate : qu’avions-nous de mieux à faire, en ce chaud dimanche ennuyeux, que de nous révéler l’un à l’autre ? Ce fut tout en haut de la ville, dans ce jardin des Doms qui offre aux touristes un panorama enchanteur sur le pays vauclusien, que nous allâmes poursuivre notre conversation. Là, sur un banc ombragé, sa fine chemise blanche glissa alors de son épaule gauche, me révélant un délicat petit sein. Puis nos corps, incités par ce hasard malicieux, se rapprochèrent, nos langues s’emmêlèrent de plus en plus fougueusement sans souci des regards envieux tout autour. Juste en face de nous, deux filles ne perdaient rien de nos ébats ; l’une d’elle, timidement, lança à ma petite Portugaise : « On partage ? » Mais A., dans un sursaut, la rembarra sans ménagement. Elle voulait autant que moi ce moment de désir brûlant et entendait bien que personne ne le lui volât. Malgré tout, elle refusa, ce soir-là, de me faire découvrir sa chambre et je la quittais à regret pour m’en retourner vers ma solitude marseillaise.

Pendant une dizaine de jours, le téléphone pallia à son absence physique. J’essayai de me distraire, mais en vain, du souvenir de ses baisers. Était-ce trop ou pas assez que ce premier échange sensuel et inattendu ? Quoiqu’il en soit, A. me manquait et elle le savait. Quand je la revis enfin, toujours à Avignon, sa flamme avait déjà vacillé. Plus sèche et plus amère, elle était indécise quant à l’avenir de notre relation. Nous passâmes ainsi l’après-midi à flâner dans les rues de la basse ville, passant d’un banc public à la terrasse d’un café, sans jamais retrouver l’enthousiasme de ce dernier dimanche de juillet. Puis vers 19 heures, après être allée un moment se recueillir dans une église, A. contre toute attente me proposa de venir chez moi, à Marseille. Surpris par sa brusque décision, je n’en étais pas moins heureux à l’idée de repartir avec elle. Mais je voyais bien, durant le voyage, que des larmes embuaient ses yeux par moment. Je la réconfortai : elle chassa ses idées noires et s’assoupit contre moi, sur la banquette…

La chaleur était accablante quand nous arrivâmes nuitamment à la gare Saint-Charles. Néanmoins, le chemin qui menait à mon domicile fut vite parcouru. Chez moi, sa première demande fut de prendre une douche : la journée avait été si chaude. Je la suivis juste après et, débarrassé provisoirement de toute trace sudoripare, je le rejoignis dans ma chambre où, dans la pénombre, elle m’attendait à moitié nue sur le lit. J’achevai ainsi de la déshabiller, découvrant et caressant son corps menu de la tête aux pieds, lui laissant prendre l’initiative des premiers jeux buccaux — ce qu’elle pratiquait très bien malgré le peu d’expérience sexuelle qu’elle disait avoir. Elle avait lustré, à ma grande surprise, ses longues nattes brunes de crème Nivéa. Et son pubis, extrêmement pileux, avait sous mes doigts la douceur d’une motte végétale. Je trouvai néanmoins, à deux reprises, le chemin vers sa bouche d’ombre et, le plaisir à peine retombé, nous nous endormîmes presque l’un dans l’autre malgré la canicule. Au petit matin, le désir de la pénétrer à nouveau me revint. Elle ne s’y opposa pas mais voulût, juste après, que je la lèche. Sa fente encore gluante et sa forte pilosité pubienne ne m’incitaient guère à un cunnilingus (d’où tout risque vénérien n’est pas exclu et que je ne pratique que rarement lors d’un premier contact). Mais A. n’avait que faire de mes réticences, insistait avec autorité pour que je la satisfasse, tant et si bien que je cédais à sa demande, non sans l’avoir lavée préalablement. Cette seconde toilette prit fin au bout de quelques coups de langue. A. était déçue par mon manque d’ardeur ; elle s’offusquait que je puisse douter de sa pureté et de sa moralité sexuelles. Mes raisons ne la convainquaient pas. Après un petit déjeuner, nous nous recouchâmes et passâmes le reste de la matinée au lit, entre caresses et confidences. Le temps gris et pluvieux de cette nouvelle journée ne nous prédisposait guère à aller courir les rues. A. me semblait redevenir tendre et désirante ; et la position allongée libérait nos mots et nos rêves. L’après-midi, entrecoupée par un deuxième repas, se passa de la sorte, aussi. L’envie de lui faire l’amour ne me quittait pas et je variais les positions pour loger mon membre en elle, sans d’ailleurs atteindre à un nouvel orgasme. Ce fut finalement elle qui se lassa la première, d’autant que l’heure tournait et qu’elle voulait rentrer à Avignon. Nous avions juste une heure pour flâner un peu dans Marseille avant de regagner la gare. Et plus d’une fois elle s’arrêta pour me faire remarquer le dessin d’un chatoyant graffiti mural. Nous reverrions-nous, comme je le lui demandais devant un dernier chocolat ? Qu’est-ce que cent kilomètres quand on a tant de choses à partager ? Dix ans après, je revois encore A. s’éloigner d’un pas titubant sur le quai puis monter dans son train au départ. Mais je ne savais pas alors que ce serait ma dernière image d’elle, petite princesse blessée par le monde et par les hommes.

P.-S.

Dernier ouvrage :
- Jacques Lucchesi, L’un de nous était de trop et autres nouvelles, Éditions Edilivre, 2012.



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