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Passion sexuelle et folie érotique

La Ré-éducation curative

Les Troubles physiologiques (Chapitre X)



Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


X
LÀ RÉÉDUCATION CURATIVE

C’est un fait connu du clinicien que l’étiologie de la plupart des troubles généraux et psycho-nerveux comporte quelque élément génésique.

Le médecin se trouve fréquemment amené à s’enquérir du modus vivendi intime de son patient et à lui prescrire une modification profonde de ses habitudes.

Malheureusement, les meilleurs conseils demeurent souvent stériles quand le malade qui les reçoit considère ses excès ou ses vices comme ses principales sources de satisfaction.

Une rééducation toute psychologique s’impose donc avant tout.

Le patient que ses vices ou ses excès ont mis en état de misère physiologique doit décider s’il préfère — au prix d’une aggravation irrémédiable — persister dans ses errements ou se régénérer au prix d’un renoncement énergique.

Le parallèle entre la satisfaction continuelle que procure le bien-être interne de la bonne santé et les désagréments perpétuels, les malaises, la douleur, la dépression dont se paient les fugitifs plaisirs de la chair a souvent donné lieu à de salutaires méditations.

Nous avons souvent pu déterminer des débauchés à changer de conduite en appelant leur attention sur ce fait que le vice ne tient pas ce qu’il promet. Il captive et séduit l’imagination mais jamais il n’assouvit le désir.

Nous fûmes appelé en consultation, au printemps 191... auprès d’un jeune homme, à peine âgé de trente ans, que de précoces excès avaient conduit dans un état inquiétant à plus d’un titre. Un examen superficiel me permit de constater que, quoique excellemment constitué, fort et robuste, aucun de ses organes n’avait été épargné par les retentissements du surmenage sexuel.

À la suite d’un accès d’hémoglobinurie accompagné de violentes névralgies, de dyspnée et de douleurs articulaires il avait dû s’aliter et, à plusieurs reprises il avait eu des syncopes totales, d’une durée variant entre 70 secondes et 2 minutes et demie.

Il me fut relativement aisé de régulariser en quelques jours les principaux troubles du patient mais seule une vie hygiénique et sage pouvait reconstituer cet organisme ébranlé.

Comme beaucoup de viveurs, mon malade reçut de moi cette incitation à la sagesse avec une moue significative de profonde répugnance. Il n’avait, jusqu’alors — selon la romantique formule — vécu que pour l’amour, pensé qu’aux femmes, ou plus exactement qu’à l’érotisme.

« Ainsi, lui dis-je, vous ne croyez pas pouvoir vous résoudre à règlementer votre existence et à cesser d’abuser de vos forces ? Eh bien, réfléchissez, d’ici à ma prochaine visite à ce que je vais vous dire : vous vous découvrirez, en réfléchissant, des dispositions toutes différentes. »

— « Et à quoi faut-il réfléchir, docteur ?

— « Il faut, au moyen de vos souvenirs, évaluer l’étendue de la déception que vous a donnée la possession charnelle de la plus jolie maîtresse que vous ayez eue. »

Mon patient parut surpris.

— « Certainement, poursuivis-je, vous avez d’abord désiré cette femme. Vous avez supputé le plaisir que vous donnerait la vue de son corps nu, le toucher de ses formes, le contact de ses lèvres, etc. Vous en avez rêvé éperdument, pendant la période où vous lui faisiez la cour. Eh bien ! soyez sincère avec vous-même : vous reconnaîtrez que si votre imagination vous ouvrit ainsi un horizon d’exquises voluptés, toutes celles-ci se réduisirent à quelques négligeables réactions spasmodiques quand vous tîntes enfin dans vos bras le corps de cette femme si ardemment désirée. »

Ce petit discours fit son œuvre et réussit à modifier la conception de l’intéressé. Que d’hommes gagneraient en sérénité et en vigueur s’ils se rendaient compte que ce qui les conduit à l’excès, au vice, aux abus de toutes sortes, ce n’est pas le plaisir, c’est l’illusion — toujours déçue — qu’ils vont avoir du plaisir.

Toute rééducation curatrice des victimes de la débauche se fonde sur cela. Avant tout, il convient d’amener le malade à prendre conscience qu’il est dupe, puisqu’il ne trouve jamais ce qu’il cherche.

Tout nous éblouit, dit un psaume, mais tout nous échappe et nous fuit. Et, en guise de commentaire, Péladan ajoute : « La femme promet beaucoup aux yeux et tient très peu au toucher. »

L’assouvissement, par la voie normale, du besoin sexuel comporte une agréable mais brève satisfaction. Si on analyse celle-ci, on ne tarde pas à échapper à l’illusion qu’elle l’emporte sur toutes les autres et on se persuade qu’il ne convient aucunement de lui sacrifier sa santé, son bien-être interne, sa vigueur et sa lucidité cérébrale.

J’invite toujours celui qui a contracté un vice, devenu habituel et despotique, à analyser ce qu’il éprouve lorsqu’il s’y livre. Je lui prescris de se demander : « Est-ce que j’éprouve réellement quelque chose de très agréable ? » Et je puis dire que dans les neuf dixièmes des cas cette médication, toute psychologique, fait merveille.

Parallèlement à la modification de l’orientation mentale du patient, il y a lieu de l’inciter à chercher des dérivatifs dans toute occupation saine et agréable. Il faut l’engager à prendre intérêt à quelque question ou à quelque besogne attrayante. Enfin on doit l’inviter à user de plaisirs soit physiques (sports, voyages, etc.), soit intellectuels (littérature, musique, théâtre, etc.), qui satisferont ce besoin de jouir inné dans l’être humain.

Enfin, la suppression des sources internes et extérieures d’excitation génésique aide toujours considérablement. D’une part un régime alimentaire rafraîchissant, modéré, frugal ; d’autre part, la compagnie exclusive de personnes équilibrées et morales s’imposent dans tous les cas.

C’est dire que tout ce dont on use communément pour atténuer l’ardeur sexuelle : stupéfiants, hypnotiques, anaphrodisiaques, hydrothérapie, etc., ne sauraient suffire à des cures sérieuses et définitives. Ce sont là de simples adjuvants, des aides temporaires. Leur rôle, très secondaire, reste subordonné à un essentiel résultat : la modification psychologique du malade.

Voir en ligne : Chapitre XI : Les Fétichismes

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.



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