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La Vénus à la Fourrure

La Vénus à la Fourrure - 6

Roman érotique sur la flagellation (1870)



Auteur :

Toutes les versions de cet article :

Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la Fourrure, roman sur la flagellation, traduit par Raphaël Ledos de Beaufort, Éd. C. Carrington, Paris, 1902.


Il était déjà tard, quand j’allumai la lampe et le feu dans le grand poêle vert, car j’avais encore quelques lettres et quelques papiers à mettre en ordre, et le vent d’automne, ainsi qu’il en va d’habitude chez nous, commençait à souffler avec violence.

Tout à coup, elle cogna avec le manche du fouet à ma fenêtre.

J’ouvris et je la vis vêtue de sa jaquette doublée d’hermine, et coiffée d’une ronde et haute toque de cosaque en hermine, telle que celles que la grande Catherine avait coutume de porter de préférence.

« Es-tu prêt, Grégoire ? demanda-t-elle d’un ton sombre.
- Pas encore, maîtresse, répondis-je.
- Le mot me plaît, dit-elle là-dessus, tu dois toujours m’appeler “maîtresse”, comprends-tu ? Demain matin de bonne heure, à neuf heures, nous quittons ces lieux. Jusqu’au chef-lieu du cercle tu seras mon compagnon, mon ami ; dès que nous serons montés en voiture, mon esclave, mon domestique. Maintenant, ferme la fenêtre et ouvre la porte. »

Après que j’eus exécuté son désir et qu’elle fût entrée, elle demanda, les sourcils méchamment froncés :

« Comment te plais-je, maintenant ?
- Toi ?
- Qui t’a permis cela ? »

Elle me donna un coup de fouet.

« Vous êtes merveilleusement belle, maîtresse ! »

Wanda rit et s’assit dans mon fauteuil.

« Agenouille-toi, ici, près de moi. »

J’obéis.

« Baise-moi la main. »

Je saisis sa petite main froide et l’embrassai.

« Et la bouche. »

J’enroulai mes bras, dans un transport de passion autour de la cruelle belle femme et couvris son visage, sa bouche et son buste de mes baisers brûlants et elle me les rendit avec le même feu — les paupières mi-closes comme en rêve — jusqu’après minuit.

*
* *

Ponctuellement, à neuf heures du matin, comme elle l’avait commandé, tout était prêt pour le départ et nous quittâmes dans une calèche commode, la petite ville d’eau des Karpathes, où s’était noué le plus intéressant drame de ma vie, dont qui que ce soit pouvait à peine pressentir le dénouement.

*
* *

Alors, tout alla bien. J’étais assis à côté de Wanda, et elle causait avec moi le plus affectueusement et le plus spirituellement du monde, comme avec un bon ami, de l’Italie, du nouveau roman de Pisemski et de la musique de Wagner. Elle portait, pour ce voyage, une espèce d’amazone, un costume de drap noir et une jaquette courte de même étoffe bordée de fourrure sombre, qui dessinaient ses sveltes et fines formes et en faisaient ressortir tous les avantages ; par-dessus, une sombre fourrure de voyage. La chevelure, roulée en noeud antique, reposait sous une petite toque de fourrure sombre, de laquelle retombait une voilette noire. Wanda était très bien disposée, me bourrait de bonbons, me frisait, dénouait mon foulard et le roulait en une charmante petite tresse, étalait sa fourrure sur mes genoux, puis me pressait furtivement les doigts, et, de temps à autre, quand notre cocher juif s’assoupissait, elle allait jusqu’à me donner un baiser, et ses fraîches lèvres avaient le parfum glacé d’une jeune rose épanouie à l’automne entre les feuilles déjà mortes et que le premier givre a rempli de petits dimants.

Voici le chef-lieu du cercle. Nous descendons devant la gare. Wanda, avec un rire charmant, me jette sa fourrure sur le bras, puis elle va prendre les billets.

Comme elle revient, elle est complètement changée.

« Voici ton billet, Grégoire, dit-elle du ton sur lequel les grandes dames parlent à leurs laquais.
- Un billet de troisième classe ! répondis-je, avec un effroi comique.
- Naturellement, reprit-elle, mais maintenant fais attention de monter aussitôt que je serais dans le coupé et n’aurai plus besoin de toi. À chaque station, tu viendras à mon wagon me demander mes ordres. N’y manque pas. Et maintenant, donne-moi ma fourrure. »

Après qu’en esclave soumis, je l’eus aidée à l’endosser, suivie de moi, elle se mit en quête d’un coupé vide de première classe, s’élança, appuyée sur mon épaule, et me laissa lui envelopper les pieds dans la peau d’ours et les poser sur la bouillotte.

Puis elle me fit signe et me congédia. Je montai lentement dans un wagon de troisième classe, rempli d’épaisses fumées de tabac comme l’entrée de l’enfer l’est, dit-on, des brouillards de l’Achéron, et j’eus alors tout le loisir de méditer le problème de l’existence humaine et la plus grande des énigmes : la Femme.

*
* *

Chaque fois que le train s’arrêtait, je sautais en bas de mon compartiment, courais à son wagon et attendais ses ordres, la casquette à la main. Elle voulait tantôt un café, tantôt un verre d’eau, une fois un petit souper, une autre fois une cuvette d’eau chaude, pour se laver les mains, tant et si bien qu’elle se laisse faire la cour par un couple de cavaliers qui étaient montés dans son coupé ; je mourais de jalousie et dus me mettre à sauter comme un cabri pour exécuter rapidement chacun des désirs de Madame et ne pas manquer le train. Sur ces entrefaites, la nuit se mit à tomber. Je ne pus ni manger un morceau ni dormir. Je respire l’odeur, empoisonnée d’oignon, de paysans polonais, de commerçants juifs et de grossiers militaires, et quand je monte la marche de son coupé, elle est étendue dans sa confortable fourrure sur les coussins couverts de peaux de bêtes, comme une despote orientale, et les hommes sont assis comme des dieux indiens tout droit contre les parois du wagon et osent à peine respirer.

*
* *

À Vienne, où elle s’arrête un jour pour faire une emplette, et avant tout se procurer une série de luxueuses toilettes, elle m’emmène en voiture pour se servir de moi comme domestique. Je marche derrière elle, respectueusement, à dix pas de distance ; sans m’honorer d’un seul regard amical, elle me tend les paquets, et finalement elle me laisse, chargé comme un mulet, m’essouffler à perdre haleine.

Avant le départ, elle prend tous mes vêtements et en fait don aux garçons de l’hôtel, et m’ordonne d’endosser sa livrée, un costume cracovien à ses couleurs, bleu clair à parements rouges et un bonnet carré rouge orné de plumes de paon, qui ne m’allaient pas mal du tout.

Les boutons d’argent étaient à ses armes. Il me semble que je me suis vendu, ou que j’ai livré mon âme au diable.

*
* *

Mon beau démon me conduit faire un tour de Vienne à Florence ; là, au lieu de Masoviens, vêtus en toile, et de juifs aux cheveux bouclés et graisseux, j’ai maintenant, pour compagnons, des contadini, aux cheveux frisés, un brillant sergent du premier régiment de Grenadiers italiens et un pauvre peintre allemand. Le train ne sent plus maintenant l’oignon mais bien le cervelas et le fromage.

La nuit est de nouveau tombée. Je m’étends sur mon lit de camp où je suis à la torture : j’ai les bras et les jambes brisés. Mais il y a encore de la poésie en tout ceci : les étoiles étincellent au ciel, le sergent ressemble à l’Apollon du Belvédère, et le peintre allemand chante une merveilleuse romance allemande :

Pourtant maintenant les ténèbres s’épaississent,
L’une après l’autre chaque étoile s’allume ;
Quel souffle d’ardent désir
Flotte à travers la nuit !
Mon âme agitée
Poursuit la tienne
Sur l’Océan des rêves.

Et je pensai à la belle femme qui, tranquille comme une reine, repose dans sa molle fourrure.

*
* *

Florence ! Foule de monde qui s’agite et crie, cochers et commissionnaires importuns. Wanda choisit une voiture et éconduit les porteurs.

« Pourquoi alors aurais-je un domestique ? dit-elle ; Grégoire, voici le récépissé, va chercher les bagages. »

Elle s’enveloppa dans sa fourrure et s’assit tranquillement dans la voiture, tandis que, l’une après l’autre, j’apportais les lourdes malles. Un intant, je m’effondrais complètement sous la dernière ; un carabinier à la figure intelligente eut pitié de moi et m’aida. Elle rit.

« Elle doit être lourde, dit-elle, car elle contient toutes mes fourrures. »

Je grimpai sur le siège et épongeai les gouttes de sueur qui perlaient à mon front. Elle désigna l’hôtel, le cocher fouetta son cheval. En quelques minutes nous atteignons la porte cochère brillamment éclairée.

« Avez-vous des chambres, ici ? demandat-elle au Suisse.
- Oui, Madame.
- Deux pour moi, une pour mon domestique, toutes avec poêles.
- Deux chambres élégantes, l’une et l’autre avec cheminée pour vous, répondit le garçon, qui était accouru, et une sans feu pour le domestique.
- Montrez-moi les chambres. »

Elle les inspecta, puis se déclara satisfaite.

« C’est bien, faites vite du feu, le domestique peut dormir dans celle qui n’est pas chauffée. »

Je la regardai.

« Monte la malle, Grégoire, ordonna-t-elle sans remarquer mon regard, pendant que je fais ma toilette et vais dans la salle à manger. Tu peux alors aussi manger quelque chose. »

Tandis qu’elle se rendait dans la chambre voisine, je traînai la malle en haut, aidai le garçon — qui essayait en mauvais français d’obtenir des renseignements sur ma maîtresse — à allumer du feu dans la chambre à coucher et regardai un moment, avec une sourde envie, la cheminée flamber, le ciel de lit blanc et odorant, les tapis qui recouvraient le plancher. Puis, fatigué et affamé, je montai un escalier et demandai quelque chose à manger. Un brave garçon de salle, soldat italien, qui se donnait mille peines pour me comprendre en allemand, me conduisit dans la salle à manger et me servit. Il y avait trente-six heures que je n’avais avalé une boisson fraîche ou mangé un morceau chaud à la fourchette, comme elle entra.

Je me levai.

« Comment pouvez vous me conduire dans une salle à manger où se trouve mon domestique ! » reprocha-t-elle durement au garçon, puis, rouge de colère, elle se tourna et se retira.

Je remerciai le Ciel de pouvoir ainsi continuer à manger tant soit peu tranquille. Puis, je grimpai les quatre marches qui me séparaient de ma chambre, dans laquelle se trouvait déjà ma petite malle et où brûlait une petite lampe à huile puante : c’est une pièce étroite, sans cheminée et sans fenêtre, munie seulement d’une petite prise d’air. Sans le froid de chien qu’il faisait, elle me rappelait les plombs de Venise. Il me faut rire aux éclats malgré moi, mais je résiste et ai peur de mon propre éclat de rire.

Tout à coup, la porte s’ouvre brusquement et le garçon, avec un geste théâtral bien italien, s’écrie :

« Il faut de suite descendre auprès de Madame ! »

Je prends ma casquette, butte contre une des marches, arrive enfin sans encombre devant la porte du premier étage et frappe.

« Entrez ! »

*
* *

J’entre, ferme et me tiens debout près de la porte.

Wanda s’est intallée confortablement : elle et assise en négligé de mousseline blanche et de dentelles, sur un petit divan de velours rouge, les pieds sur un coussin de même étoffe et s’enveloppe du même manteau de fourrure qu’elle portait quand, pour la première fois, elle m’apparut comme la déesse de l’Amour.

La lumière jaune des candélabres, qui pendent des trumeaux, se reflète dans le grand miroir, et les flammes rougeâtres de la cheminée se jouent majestueusement sur le velours vert, sur la zibeline sombre du manteau, sur la peau blanche et lisse et sur la chevelure aux tons de feu de la belle femme, qui tourne vers moi son clair mais froid visage et laisse tomber sur moi ses froids yeux verts.

« Je suis contente de toi, Grégoire », commença-t-elle.

Je m’inclinai.

« Approche-toi. »

J’obéis.

« Encore plus près. » Elle baissa les yeux et se mit à passer la main sur la zibeline. « Vénus à la fourrure reçoit son esclave. Je vois que vous êtes plus que jamais le fantasque habituel, vous êtes toujours du moins sous l’empire de vos rêves, et ce serait la chose la plus folle de mener à bien votre conception ; j’avoue que cela me plaît, que cela m’en impose. C’est là que réside la force, et on n’estime que la force. Je crois même que, dans des circonstances extraordinaires, à une grande époque, ce qui semble votre point faible, paraîtrait une force étonnante. Sous les premiers empereurs, vous auriez été un martyr ; à l’époque de la Réforme, un anabaptiste ; sous la Révolution française, un de ces Girondins les plus exaltés qui, la Marseillaise aux lèvres, montaient à la guillotine. Mais comme vous êtes mon esclave, mon… »

Elle bondit tout à coup, de façon que la fourrure tomba à terre, et m’entoura le cou de ses bras dans un élan de tendresse.

« Mon esclave chéri, Séverine, oh ! combien je t’aime, combien je t’adore ! comme tu as l’air pimpant en costume cracovien ! mais tu gèleras, là-haut, cette nuit, dans ta misérable chambre sans cheminée ; te donnerai-je ma fourrure, mon petit coeur, la grande alors ? »

Elle la ramassa vivement, me la jeta sur les épaules et, avant que je ne m’y attendisse, m’en enveloppa confortablement.

« Ah ! que la fourrure te sied bien ! elle fait admirablement ressortir tes nobles traits. Bientôt, tu ne seras plus mon esclave ; veux-tu porter un vêtement de velours garni de zibeline, comprends-tu ? sinon je ne mettrai plus jamais une jaquette de fourrure. »

Et de nouveau, elle commença à me caresser, à m’embrasser et à m’attirer sans cesse sur le petit divan de velours.

« Tu te plais, je crois, dans la fourrure, dit-elle, donne-la-moi, vite, vite, autrement je perds tout sentiment de ma dignité. »

Je posai la fourrure autour d’elle, et Wanda passa le bras droit dans la manche.

« C’est ainsi que le Titien représente son héroïne. Maintenant, trêve de plaisanterie. N’aie plus toujours l’air si malheureux, cela me rend triste ; tu n’es provisoirement mon domestique qu’aux yeux du monde, tu n’es pas encore mon esclave, tu n’as pas encore signé le contrat, tu es encore libre, tu peux me quitter à tout instant ; tu as joué ton rôle d’une façon magitrale. J’étais ravie, mais n’en as-tu pas déjà assez, ne me trouves-tu pas abominable ? Maintenant, parle, je te l’ordonne.
- Dois-je te le confesser, Wanda ? commençai-je.
- Oui, tu le dois.
- Et si tu en abuses aussi, repris-je, je suis comme toujours amoureux de toi, je t’honorerai, je t’adorerai toujours davantage, toujours plus fanatiquement ; quand tu me maltraites, comme tu l’as fait tout à l’heure, tu me brûles le sang, tu enivres tous mes sens. » Je la pressai sur moi et me suspendis un moment à ses lèvres humides. « Ô toi, belle femme ! criai-je alors, en la contemplant, et, dans mon enthousiasme, j’arrachai la fourrure de zibeline de ses épaules, et couvris sa nuque de baisers.
- Tu m’aimes aussi quand je suis cruelle, dit Wanda ; va, maintenant, tu m’ennuies, n’entendstu pas ? »

Elle me donna un tel soufflet que j’en vis trente-six chandelles et que l’oreille m’en tinta.

« Aide-moi à passer ma fourrure, esclave ! »

Je l’aidai du mieux que je pus.

« Quel maladroit ! » cria-t-elle, et à peine l’eut-elle sur le dos, qu’elle me frappa de nouveau en pleine figure. Je sentis combien je changeai de couleur.

« T’ai-je fait mal ? demanda-t-elle, et elle posa doucement sa main sur moi.
- Non, non, m’écriai-je.
- Tu n’oses certes pas te plaindre, tu le veux ainsi ; maintenant, donne-moi encore un baiser. »

Je l’entourai de mes bras et ses lèvres se collèrent aux miennes, et comme elle reposait sur ma poitrine, dans la grande et lourde fourrure, j’éprouvai une sensation bizarre d’étouffement, comme si une bête féroce, une ourse m’eût enlacé et comme si je sentais à tout instant ses griffes s’enfoncer dans mes chairs. Mais, cette fois, l’ourse me laissa gracieusement aller.

Le coeur rempli de souriantes espérances, je montai dans ma misérable chambre de domestique et me jetai sur mon lit, un lit très dur.

« La vie est, à vrai dire, comique au plus haut point, pensai-je à part moi ; tout récemment encore la plus belle femme, Vénus elle-même a reposé sur ta poitrine, et maintenant tu as l’occasion d’étudier l’enfer des Chinois qui ne font pas précipiter dans les flammes les damnés comme nous, mais que les démons chassent vers les mers de glace. Les fondateurs de leur religion ont aussi vraisemblablement couché dans des pièces non chauffées. »

*
* *

Je me suis cette nuit éveillé en sursaut, en jetant un cri d’épouvante : j’avais rêvé d’une mer de glace, sur laquelle je m’étais égaré et dont je cherchais vainement à sortir. Tout à coup survint, dans un traîneau conduit par des rennes, un Esquimau qui ressemblait au garçon qui m’avait assigné la pièce sans feu.

« Que cherchez-vous, Monsieur ? cria-t-il, c’est ici le pôle Nord. »

L’instant d’après, il disparut et Wanda passa en patins volant sur la couche de glace, sa robe de satin blanc flottait et craquait, l’hermine de sa jaquette et de sa toque, principalement son visage jetaient un éclat plus blanc que la blanche neige elle-même ; elle fondit sur moi, me serra dans ses bras et se mit à m’embrasser ; tout à coup je sentis mon sang ruisseler sur mon corps, à flots pressés et brûlants.

« Que fais-tu là ? » demandai-je épouvanté.

Elle se mit à rire, et comme maintenant je la considérais, je m’aperçus que ce n’était plus Wanda, mais une énorme ourse blanche, qui enfonçait ses griffes dans mon corps.

Je criai de désespoir et entendis encore son rire diabolique, comme je m’éveillai et, tout étonné, je promenai mes regards dans la chambre.

*
* *

Le matin, de bonne heure, je me tenais déjà à la porte de Wanda et, comme le garçon apportait le café, je lui le pris des mains et le servis à ma belle maîtresse. Elle avait déjà fait sa toilette et avait l’air superbe, fraîche et rosée ; elle me sourit affectueusement et me rappela, alors que, respectueusement, je voulus m’éloigner.

« Prends aussi vivement ton déjeuner, Grégoire, dit-elle, car nous allons chercher une maison ; je ne veux rester à l’hôtel que le moins longtemps possible ; nous sommes effroyablement gênés ici, et s’il me plaît de causer encore quelque temps avec toi, on dira : la Russe a des relations aimables avec son domestique, on le voit, la race des Catherine n’est pas encore morte. »

Une demi-heure après, nous sortîmes, Wanda en costume de drap, avec sa toque russe, moi en costume cracovien. Nous fîmes sensation. Je marchais à quelque dix pas derrière elle et gardais mon sérieux, tout en craignant à chaque seconde de partir d’un éclat de rire. Il n’y avait pas une seule rue où sur l’une des belles maisons qui s’y rencontraient l’on ne vît le petit écriteau : Camere ammobiliate. Wanda m’envoyait chaque fois gravir l’escalier, et, seulement lorsque je lui rapportais que la maison avait bonne apparence, elle se décidait à monter. C’est ainsi qu’à midi j’étais déjà aussi fatigué qu’un chien après une chasse à courre.

Nous allâmes de maison en maison, sans en avoir trouvé une de convenable. Wanda était quelque peu contrariée. Tout à coup, elle me dit :

« Séverine, le sérieux avec lequel tu joues ton rôle est charmant, et la contrainte que nous nous sommes imposée m’excite au plus haut point ; je n’y tiens plus, tu es à croquer, il faut que je te donne un baiser. Entrons quelque part.
- Mais, Madame… remarquai-je.
- Grégoire ! »

Elle entra au premier étage que nous trouvâmes ouvert, monta quelques marches du sombre escalier, m’enlaça de ses bras dans un transport affeecueux et m’embrassa.

« Hélas ! Séverine, tu es bien rusé ; comme esclave, tu es beaucoup plus dangereux que je ne pensais, oui, je te trouve irrésistible, je crains de m’éprendre encore une fois de toi.
- Ne m’aimes-tu donc plus ? » demandai-je, saisi d’un effroi subit.

Elle secoua sérieusement la tête, puis m’embrassa de nouveau en imprimant sur mes lèvres ses lèvres exquises.

Nous retournâmes à l’hôtel. Wanda fit un déjeuner à la fourchette et m’offrit également de suite quelque chose à manger.

Mais je ne fus pas aussi diligemment servi qu’elle ; c’est ainsi qu’il advint que je n’avais pas même porté deux morceaux de beefsteak à ma bouche, que le garçon entra et, de son air théâtral, s’écria : « De suite auprès de Madame ! »

Je dus ainsi prendre un rapide et douloureux congé de mon déjeuner et, fatigué et affamé, allai rejoindre Wanda qui déjà se trouvait dans la rue.

« Je ne vous avais encore jamais crue si cruelle, maîtresse, dis-je d’un ton plein de reproche, qu’après toutes ces fatigues, vous ne me laissiez pas une seule fois manger tranquille. »

Wanda se mit à rire de tout son coeur.

« Je pensais que tu étais prêt, dit-elle, mais cela ne fait rien. L’homme est né pour souffrir et toi tout particulièrement. Les martyrs n’avaient pas non plus mangé de beefsteaks. »

Je la suivis, plein de rancune, tout en contenant ma faim.

« J’ai renoncé à l’idée de prendre en ville un appartement, continua Wanda, on trouve fatigant tout un étage où l’on est enfermé et où l’on ne peut faire ce que l’on veut. Dans des circonstances aussi bizarres, aussi fantastiques que celles où nous nous trouvons vis-à-vis l’un de l’autre, il faut tout mettre d’accord. Je vais louer une villa tout entière ; maintenant, attends un peu, tu vas être étonné. Je te permets maintenant de te rassasier, puis d’aller visiter Florence. Ne rentre pas à la maison avant le soir. Si alors, j’ai besoin de toi, je te ferai appeler. »

*
* *

J’ai vu le Dôme, le vieux palais, la loge des Lanzi, puis, j’ai longtemps contemplé l’Arno. Je laissai tomber mes regards sur l’antique et majestueuse Florence dont les rondes coupoles et les clochers se dessinent mollement sur le ciel bleu et pur, sur les ponts magnifiques, sous les arches desquels le beau fleuve chasse ses eaux rapides, sur les vertes collines, couvertes de sveltes cyprès et de vastes monuments, palais ou cloîtres, qui entourent la ville.

C’est tout un autre monde que celui où nous nous trouvons, un monde joyeux, voluptueux et ensoleillé. Le paysage n’y a rien du sérieux, de la mélancolie du nôtre. Aussi loin que la vue porte, il ne se trouve pas un coin — pas même jusqu’aux dernières villas blanches éparpillées sur les montagnes vert clair — que le soleil n’éclaire de sa brillante lumière, et les hommes y sont moins sérieux que nous, ils y sont moins capables de penser, mais ils regardent tout, comme s’ils étaient heureux.

On soutient aussi que, dans le Midi, on meurt plus facilement. Je me doute maintenant que c’est une rose sans épine et une volupté sans tourment.

Wanda a découvert sur la rive gauche de l’Arno une charmante petite villa, tout à côté des Cascines et l’a louée pour l’hiver. Elle se trouve située dans un ravissant jardin avec des bosquets enchanteurs, des pelouses et des parterres de camélias. C’est une villa d’un étage, de style italien et de forme carrée ; sur le devant, s’étend une galerie ouverte, une espèce de « loggia » avec des statues de plâtre d’après l’antique, installées sur des piédestaux ou sur les marches de pierre qui descendent au jardin. Par la galerie on parvient à un majestueux bassin de marbre, d’où un escalier en spirale conduit à la chambre à coucher de la maîtresse.

Wanda occupe toute seule le premier étage.

Une chambre fort jolie, ayant même une cheminée, m’est réservée au rez-de-chaussée.

J’ai parcouru le jardin et, sur un petit tertre, j’ai découvert un petit temple dont j’ai trouvé la porte fermée ; mais cette porte présente une fente à laquelle j’applique l’oeil et j’aperçois à l’intérieur la déesse d’Amour debout sur un blanc piédestal.

Un doux frisson me passe. Tout en ricanant, elle me dit : « Es-tu là ? Je t’ai attendu. »

*
* *

Le soir est venu. Une jolie petite soubrette m’apporte l’ordre de paraître devant la maîtresse. Je gravis les larges marches de marbre, traverse l’antichambre, un grand salon rempli de somptueuses richesses, et frappe à la porte de la chambre à coucher. Je frappe tout doucement, car le luxe que je vois répandu partout m’inquiète ; c’est pourquoi, n’ayant pas été entendu, je me tiens quelque temps devant la porte. Je me demande comment je me tiendrais devant la chambre à coucher de la grande Catherine et comment, à ce moment, elle sortirait dans sa verte pelisse avec le cordon rouge sur sa gorge nue et ses petites boucles blanches et poudrées.

Je frappe de nouveau, Wanda ouvre impatiemment et violemment le battant.

« Pourquoi si tard ? demande-t-elle.
- J’étais derrière la porte, tu ne m’as pas entendu frapper », répondis-je timidement.

Elle ferme la porte, se pend après moi et me conduit vers un sofa de damas rouge sur lequel elle s’est reposée. La pièce est toute en rouge : tapis, tentures, portières, ciel de lit, tout est en damas rouge ; quant au couvre-pieds, il représente un sujet superbement ouvragé : Samson et Dalila.

Wanda me reçoit dans le plus fascinant des déshabillés : sa robe de satin blanc colle légèrement et artistiquement sur son corps gracieux, laissant à nu la gorge et les bras qui, délicats et nonchalants, s’entourent de la sombre fourrure de la grande pelisse de velours vert garni de zibeline. Sa chevelure de feu mi-défaite et retenue par des noeuds de perles noires, tombe sur le dos jusqu’aux hanches.

« Vénus à la fourrure », balbutiai-je, tandis qu’elle m’attire sur sa gorge et menace de m’étouffer de baisers. Puis je reste muet et privé de pensée, tout s’effondre dans une mer de délices insoupçonnées.

Finalement, Wanda se détache et me regarde, accoudée sur un bras. J’étais tombé à ses pieds, elle m’attira à elle et se mit à jouer avec ma chevelure.

« M’aimes-tu encore ? demanda-t-elle, les yeux noyés d’ivresse.
- Tu le demandes ! m’écriai-je.
- Te souviens-tu encore de ton serment ? ajouta-t-elle avec un ravissant sourire, maintenant, tout est arrangé ici, tout est prêt, je te le demande encore une fois : Est-ce vraiment ton désir de devenir mon esclave ?
- Ne le suis-je déjà ? demandai-je étonné.
- Tu n’as pas encore signé le document.
- Le document… quel document ?
- Ah ! je vois, tu n’y penses déjà plus, dit-elle, alors laissons cela tranquille.
- Mais Wanda, dis-je, tu sais que je ne connais pas de plus grandes délices que de te servir, d’être ton esclave, et que je donnerais tout pour cette volupté : me savoir tout en ton pouvoir, y compris ma vie.
- Que tu es beau, balbutia-t-elle, quand tu t’exaltes ainsi, quand tu parles si passionnément ! Hélas ! je suis plus que jamais éprise de toi et je serais impérieuse, dure et cruelle envers toi ! Je crains de ne jamais pouvoir l’être.
- Cela ne m’inquiète pas, répliquai-je en riant, où as-tu mis le document ?
- Ici. »

Mi-confuse, elle le tira de son sein et me le passa.

« Avec cela, tu as ton bonheur, ajouta-t-elle, tu peux être tout en mon pouvoir ; n’ai-je pas dressé un second document, dans lequel tu déclares que tu es décidé à te tuer. Je puis donc te tuer, si je veux.
- Donne. »

Tandis que je dépliais le document et commençais à le lire, Wanda prit l’encre et la plume, puis s’assit à côté de moi, posa le bras sur ma nuque et regarda le papier par-dessus mon épaule.

Il était ainsi conçu :

Contrat entre Madame Vanda von Dunajew et Monsieur Séverine von Kusiemski.

« M. Séverine von Kusiemski entend ce jourd’hui être le fiancé de la dame Wanda von Dunajew et renonce à tous ses droits d’amant ; il s’oblige sur sa parole d’honneur et de gentilhomme, à être désormais son esclave, aussi longtemps qu’elle ne lui aura pas elle-même rendu la liberté.

« Comme esclave de la dame Dunajew, il prend le nom de Grégoire et s’engage à satisfaire sans réserve tous les désirs de la dite dame, sa maîtresse, à se conformer à tous ses ordres, à lui être humblement soumis, à considérer toute marque de sa faveur comme une grâce extraordinaire.

« Mme von Dunajew peut non seulement frapper son esclave à sa guise pour les plus petits délits ou fautes, mais elle a aussi le droit de le maltraiter par caprice ou comme passe-temps, comme bon lui semble, voire de le tuer, si cela lui plaît ; il est en somme sa propriété absolue.

« Si Mme von Dunajew vient à donner la liberté à son esclave, M. Séverine von Kusiemski s’engage à oublier tout ce que, comme esclave, il aura dû souffrir ou subir, et à ne jamais, en aucune façon, par aucun moyen et sous aucune espèce de considération que ce soit, s’en venger, ou exercer de ce fait une action quelconque envers la dite Dame.

« Par contre, Mme von Dunajew s’engage comme maîtresse à paraître en fourrure aussi souvent que possible devant son esclave, même lorsqu’elle se montrera cruelle envers lui.

« Daté de ce jourd’hui. »

Le second document ne contient que ces mots :

« Fatigué des déceptions d’une année d’existence, j’ai librement mis fin à ma vie inutile. »

Une profonde horreur m’envahit, comme j’arrivai à la fin ; cependant, il était encore temps, je pouvais encore revenir en arrière, mais la démence de la passion, la vue de la belle femme qui, ivre de joie, s’appuyait sur mon épaule, m’entraînèrent.

« Il te faut tout d’abord copier ceci, dit Wanda, désignant le second document, il doit être entièrement écrit de ta main ; quant au contrat, cela n’est naturellement pas indispensable. »

Je me mis à copier vivement les quelques lignes, dans lesquelles je proclamais mon suicide, et les remis à Wanda. Elle les lut et, tout en riant, posa le papier sur la table.

« Maintenant, aurais-tu le courage de signer cela ? » demanda-t-elle, en secouant la tête avec un fin sourire.

Je pris la plume.

« Laisse-moi signer d’abord, dit Wanda ; ta main tremble, craindrais-tu pour ton bonheur ? »

Elle prit le contrat et la plume.

Je levai les yeux en lutte avec moi-même, quand mes regards tombèrent sur de nombreuses peintures des écoles italienne et hollandaise, dont le caractère fantaisiste se rapprochait de celui du sujet bizarre du couvre-pieds qui prenait pour moi un cachet tout à fait inquiétant : Dalila, une femme plantureuse à la chevelure d’un rouge de feu, était couchée, à moitié couverte d’un manteau de fourrure brune, sur un sofa rouge et se penchait en riant vers Samson, que les Philistins avaient jeté à terre et ligoté. Dans sa coquetterie railleuse, son sourire est empreint d’une cruauté vraiment infernale ; ses yeux, mi-clos, rencontrent ceux de Samson, qui lancent un dernier regard rempli d’un amour plein de démence, car bientôt un des ennemis s’agenouille sur sa poitrine, prêt à enfoncer dans ses yeux le fer brûlant.

« Ainsi, s’écria Wanda, tu es complètement perdu !… qu’as-tu encore ? laissons tout cela aux anciens ; aussi bien, quand tu auras signé, m’en connaîtras-tu moins, cher coeur ? »

Je regardai le contrat. Son nom y paraissait en gros et larges caractères. Je plongeai mon regard dans ses yeux d’un charme irrésistible, puis je pris la plume et apposai vivement ma signature au contrat.

« Tu as tremblé, dit tranquillement Wanda, faut-il que je te guide la main ? »

Au même moment, elle saisit doucement ma main et mon nom parut aussi sur le deuxième papier. Wanda examina encore une fois les deux documents et les enferma dans la table qui était placée à la tête du sofa.

« Maintenant, donne-moi ton passe-port et ton argent. »

Je sortis mon portefeuille et lui tendis ; elle l’inspecta, secoua la tête et le posa sur le passeport, tandis que je m’agenouillai devant elle et, rempli d’une douce ivresse, laissai reposer ma tête sur son sein.

Mais elle me repoussa tout à coup du pied, se leva et tira la sonnette ; aussitôt, trois jeunes, sveltes négresses, noires comme l’ébène et vêtues de satin rouge, entrèrent, chacune munie d’une corde.

Je compris alors toute l’horreur de ma position et voulus me lever, mais Wanda en véritable maîtresse qui ordonne, s’était levée, tournant vers moi son froid et beau visage, aux sourcils menaçants, aux yeux dédaigneux ; elle fit un signe de la main, et avant que j’aie pu me rendre bien compte de ce qui m’arrivait, les négresses me maintinrent à terre, me lièrent les pieds et les poings, ainsi que les bras, sur le dos comme à quelqu’un qui va être jugé, si bien que je pouvais à peine me mouvoir.

« Donne-moi le fouet, Haydée », commanda Wanda avec un flegme imperturbable.

La négresse le présenta à genoux à la maîtresse.

« Et enlève-moi cette lourde fourrure, ajoutat-elle, elle me gêne. »

La négresse obéit.

« Cette jaquette-ci ! » ordonna encore Wanda. Haydée apporta vivement la kazabaïka d’hermine, qui se trouvait sur le lit et Wanda, avec un geste d’une grâce inimitable, commanda :

« Attachez-le à cette colonne. »

Les négresses me levèrent, me passèrent une forte corde autour du corps et m’attachèrent tout debout à l’une des massives colonnes qui soutenaient le large lit italien.

Puis elles disparurent comme si elles avaient été englouties sous terre.

Wanda s’avança rapidement vers moi ; sa robe de satin blanc flottait comme un rayon de lune, sa chevelure flamboyait sur la blanche fourrure de la jaquette ; maintenant, elle était devant moi, la main gauche appuyée sur le côté, la droite tenant le fouet, et elle poussa un petit éclat de rire.

« Toute comédie a cessé entre nous, dit-elle d’un ton sans coeur, maintenant c’est sérieux, insensé ! que je raille et méprise, qui s’est livré à moi comme jouet dans son aveugle démence, à moi, orgueilleuse et capricieuse femme. Tu n’es plus désormais mon bien-aimé, mais mon esclave, abandonné à la vie ou à la mort à mon bon plaisir.

Tu apprendras à me connaître. Tout d’abord, tu vas goûter le fouet de ma main pour de bon, sans avoir rien fait pour le mériter, ainsi tu comprends ce qui t’attends lorsque tu te montreras maladroit, désobéissant ou récalcitrant. »

Là-dessus elle retroussa, avec une grâce sauvage, la manche bordée d’hermine et me frappa sur les reins.

Tout mon corps tressaillit, le fouet entamait ma chair comme une lame de couteau.

« Eh ! bien, comment cela te plaît-il ? s’écria-t-elle. »

Je gardai le silence.

« Attends un peu, je vais te faire hurler comme un chien sous le fouet », fit-elle menaçante, tout en recommençant à me frapper.

Les coups pleuvaient drus et rapides, avec une violence effroyable sur mes reins, mes bras, mon cou ; je grinçai des dents pour ne pas crier. Maintenant, elle me frappa à la figure si bien que le sang coula, mais elle se mit à rire et continua à appliquer le fouet.

« Maintenant, je te comprends sérieusement, s’écria-t-elle dans l’intervalle, c’est vraiment une jouissance que d’avoir un homme qui vous aime… M’aimes-tu encore ? — Non. — Oh ! Je te déchire encore, à chaque coup le plaisir que j’éprouve augmente ; allons, tords-toi encore un peu, crie, hurle ! Tu ne rencontreras chez moi aucune pitié. »

Bientôt elle parut fatiguée.

Elle jeta le fouet de côté, s’étendit sur le sofa et sonna.

Les négresses entrèrent.

« Déliez-le. »

Comme elles m’enlevaient la corde, je tombai à terre comme une masse inerte. Les trois femmes noires rirent et montrèrent leurs blanches dents.

« Enlevez-lui la corde des pieds. »

Cela fait, je pus me lever.

« Viens près de moi, Grégoire. »

Je m’approchai de la belle femme qui ne m’avait encore jamais paru si séduisante qu’aujourd’hui dans sa cruauté, dans son sarcasme.

« Encore un pas, commanda Wanda ; agenouille-toi et embrasse-moi le pied. »

Elle étendit le pied de dessous le rebord de satin blanc et, fou, pauvre insensé que j’étais, j’y appuyai mes lèvres.

« Tu ne me reverras pas de tout un mois, Grégoire, dit-elle sérieusement, au cours duquel je te serai étrangère ; tu te trouveras plus soulagé vis-à-vis de moi dans ta nouvelle position ; pendant ce laps de temps, tu travailleras au jardin et attendras mes ordres. Et maintenant, marche, esclave ! »

*
* *

Voir en ligne : La Vénus à la Fourrure - 7

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la Fourrure, roman sur la flagellation, traduit par Raphaël Ledos de Beaufort, Éd. C. Carrington, Paris, 1902.



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