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Confession sexuelle d’un Russe du Sud

La clef du mystère sexuel

Études de Psychologie sexuelle (5)



Mots-clés :

« Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.


Je passai les vacances entre la première et la deuxième classe en Crimée, au bord de la mer. L’année suivante, ayant subi, avec le succès habituel, l’examen de passage de la deuxième à la troisième classe, étant, par conséquent, reçu élève de troisième, je partis en vacances avec mes parents, non plus au bord de la mer, ni au village de mon oncle, mais dans une ville aux environs immédiats de Kiev, au bord du fleuve Dnieper, au milieu des bois. Des amis de notre famille venaient nous visiter souvent, entre autres ma tante célibataire qui amenait avec elle Olga. Celle-ci, le jour même de son arrivée, exhiba devant moi, au jardin, ses parties sexuelles, en soulevant sa robe et en disant : « Comme il fait chaud aujourd’hui ! Tu vois, je n’ai même pas mis mon pantalon ! » Je lui tournai le dos sans me sentir troublé. Mais, quelques jours après, tout mon équilibre psychique se modifia.

La maison de campagne que nous occupions était louée meublée. Parmi les différents meubles abandonnés à notre usage il y avait une bibliothèque pleine de livres, la plupart vieux et sans valeur. Ce fut une aubaine pour moi ; en ma qualité de savant en herbe et de rat de bibliothèque, je passais des heures à fouiller dans le tas de vieux bouquins, à les feuilleter, à les lire. Sous mes yeux tombèrent un gros traité d’accouchement et un petit manuel des maladies vénériennes. Aucun de ces deux livres n’était illustré : le traité d’accouchement devait être accompagné de planches hors-texte qui manquaient. Par curiosité, je me mis à lire ces livres et mes yeux se dessillèrent tout à coup. Ni dans l’un ni dans l’autre de ces livres le coït n’était explicitement décrit, mais, en quoi il consistait, j’ai pu le deviner à travers le texte. Tous mes souvenirs d’ordre sexuel affluèrent à mon esprit, en s’éclairant les uns par les autres : pour la première fois ils se présentaient à moi simultanément. Je me suis rappelé l’aventure avec les fils du général, à laquelle je ne pensais jamais, les plaisanteries obscènes de mon cousin et des filles du village, la copulation des chiens, l’épisode avec Macha, etc. Si, dans le traité d’accouchement, le coït n’était pas décrit, on y disait que « le spermatozoïde de l’homme pénètre dans la matrice où il se rencontre avec l’ovule de la femme et le féconde ». D’autre part, dans la brochure sur les maladies vénériennes, on conseillait à l’homme de se laver le pénis après le coït. Ces deux phrases me donnèrent la clef de l’énigme sexuelle, bien que je ne fusse pas absolument sûr d’avoir bien compris et de ne pas m’être trompé. Je lus la description détaillée des organes sexuels de la femme dans le traité d’accouchement (pubis, mont de Vénus, clitoris, grandes et petites lèvres, vagin, etc.) et cela m’émut prodigieusement, me donnant de véritables palpitations de coeur. La phrase sur le clitoris : « organe de la volupté chez les femmes : il est analogue au pénis de l’homme et est susceptible des mêmes mouvements », me troubla particulièrement. Je devinai que le vagin était l’endroit où s’introduisait le pénis. Je relus cent fois les mêmes lignes avec avidité. Et pendant cette lecture j’eus, pour la première fois dans ma vie, une érection. Elle m’effraya un peu : je me demandai si ce n’était pas un phénomène morbide et dangereux. Mais, dès lors, chaque fois que je pensais aux choses dont parlaient ces deux livres (cela arrivait souvent), l’érection se reproduisit, et ce phénomène m’inquiétait.

Je venais donc de tout comprendre. J’avais plus de onze ans et demi. On était au mois de juin (les grandes vacances scolaires durent en Russie du 15 juin au 15 août). Mais je n’étais pas certain d’avoir bien compris, j’avais encore des doutes, je voulais que quelqu’un me dît explicitement si, oui ou non, les enfants se faisaient par l’introduction du pénis dans le vagin et si des personnes graves et vénérables faisaient les « saletés » que j’avais vu faire aux enfants du général avec Zoé. Car ce souvenir qui, pendant des années, était comme complètement effacé de ma mémoire, ne se présentant jamais à mon esprit, reparaissait maintenant dans toute sa fraîcheur et devenait obsédant. En même temps, j’éprouvais le désir intense de voir les organes sexuels de la femme, de les bien examiner, de les toucher. Il me semblait que leur contact devait produire une sensation extraordinaire.

Ma tante était alors installée chez nous avec Olga. Les amis, qui, de la ville toute proche, venaient nous voir, couchaient souvent chez nous : en Russie on est très hospitalier (ou, pour parler plus véridiquement, l’usage exige qu’on soit très hospitalier. Car chez nous les bonnes ménagères pestent dans leur for intérieur, comme elles le feraient ailleurs, contre les bons amis qui leur occasionnent des frais et qu’il faut héberger au risque de bouleverser toute la maison : mais que voulez-vous faire ? Les usages sont tyranniques et les gens les plus avares sont obligés chez nous de montrer une hospitalité qu’au fond de leur coeur ils envoient à tous les diables.) Par suite, il y avait presque toujours encombrement. Les chambres ne suffisaient pas, quoique nombreuses. Moi, je dormais souvent sur un canapé au salon. À l’autre bout du salon, on mettait par terre côte à côte deux matelas sur lesquels dormaient Olga, une petite servante de douze ou treize ans appelée Glacha (diminutif de Glaphyra) et un petit garçon de huit ou neuf ans, appelé Kostia (Constantin), fils de notre cuisinière (il aurait pu dormir avec sa mère, mais ma mère ne le voulait pas, à cause du mari de la cuisinière, lequel parfois, pris de boisson, se mettait la nuit à battre l’enfant). Ce garçonnet était très expérimenté en choses sexuelles comme, du reste, ses deux compagnes de nuit. Avant ma geschlechtliche Aufklarung, je ne faisais pas attention à ces trois dormeurs et m’endormais avant eux. Mais la lecture fortuite me changea complètement. J’avais un désir intense de voir les vulves des deux fillettes. Le lendemain même de ma mémorable lecture, de très bonne heure, avant le lever du soleil je quittais mon canapé et m’approchais, sur la pointe de mes pieds nus, des matelas où étaient couchés les trois enfants. Ils étaient tous les trois entièrement nus, ayant enlevé leurs chemises, et dormaient profondément, recroquevillés sur le flanc « en chien de fusil », comme disent les Français, c’est-à-dire en forme de s (ou plutôt de z). Glacha était couchée entre les deux autres enfants. Kostia lui faisait face et elle tournait le dos à la face d’Olga (z z z). Olga tenait une main entre ses jambes et ses parties sexuelles étaient ainsi complètement cachées. Glacha serrait entre ses cuisses une main du petit Kostia, laquelle, appuyée sur la vulve, la cachait également. Enfin, une des mains de Glacha endormie tenait les parties sexuelles du garçon. J’étais bien fâché de ne pouvoir apercevoir les organes sexuels des fillettes, mais l’attitude de Glacha et de Kostia endormis m’excita beaucoup et j’eus une forte érection. De plus l’aspect de Glacha nue devait éveiller les sentiments érotiques. Cette fillette était un délicieux type de Petite-Russienne. Elle avait une opulente chevelure châtain foncé, des sourcils noirs comme faits au pinceau, de très longs cils également noirs, des yeux non pas noirs, mais plutôt brun jaunâtre ou fauve ; d’une couleur un peu plus foncée, mais aussi chaude que celle du vieux xérès où se joue un rayon du soleil. Ces grands yeux magnifiques pétillaient d’intelligence, de malice et d’ironie. Les formes étaient remarquablement développées pour son âge (de douze ou treize ans) le corps, resplendissant de santé, était fort et gras, partout des fossettes, partout des plis de graisse sous une peau fine, satinée, luisante, délicieusement rose ; par cette couleur et par ses formes dodues et potelées, ce corps d’enfant rappelait les nudités de Boucher. Mon but n’a pas été atteint, puisque je n’ai pas vu ce que je voulais voir surtout, mais j’ai pu repaître mes yeux des rotondités rosées de la petite servante et, pour ne pas être surpris, je me recouchai bientôt sur mon canapé.

Pour me convaincre de la vérité des conclusions que j’avais tirées de ma lecture, je n’osais pas, naturellement, m’adresser aux grandes personnes. Je pensais que les deux fillettes devaient être renseignées sur ce point. Ainsi dans la journée même qui suivit la matinée dont je viens de parler, me trouvant seul avec Olga, je voulais lui demander des renseignements, quand elle me devança en me parlant de Glacha et Kostia. « Tu sais, la nuit, ils en font de belles ! Après le coucher, je les entends causer. Et Glacha dit à Kostia : Voilà, comme ça Fais-moi ça encore ! Mets-le dedans ! Plus fort ! Ah non assez, tu me fais mal, tu l’enfonces trop ! — Mais qu’est-ce que cela veut dire ? fis-je, feignant de ne pas comprendre. Qu’est-ce qu’il met dedans et où ? — Comment, répondit Olga, tu ne comprends pas ? Mais il lui plante sa pissette dans le ventre ! » Je répliquai : « Ce que tu dis là n’est pas possible. Est-ce que la pissette d’un garçon peut entrer dans celle d’une fille ? — Si elle le peut, dit Olga, je le crois bien ! Même la pissette d’un homme — Mais le trou est si petit ! — Il s’élargit. Veux-tu, je te montrerai ça. » Elle se retroussa et la vue de sa vulve, qui se détachait, en plus brun, sur la blancheur du reste du corps, vue qui ne m’avait nullement ému quelques jours auparavant, m’excita beaucoup cette fois : c’est que je possédais maintenant la clef du mystère sexuel. Mais les choses n’allèrent pas plus loin ; quelqu’un, en survenant, fit rabattre la jupe à Olga. Je pus seulement lui demander à voix basse : « Mais pourquoi est-ce qu’on ferait ces choses que tu dis ? » Elle répondit : « Les grandes personnes pour faire des enfants ; les petits, pour s’amuser. » Cette fois et le jour suivant, je ne pus trouver l’occasion de continuer cette conversation.

Ensuite Olga, accompagnant ma tante, fut absente pendant plusieurs jours. Malgré la confirmation de mes suppositions obtenue ainsi, je n’étais pas encore complètement convaincu, sachant qu’Olga était une grande menteuse. Mais une autre conversation, cette fois avec Glacha, dissipa définitivement mes doutes. Nous étions seuls dans le jardin pendant qu’il n’y avait personne dans la maison. À une certaine distance de nous, le petit Kostia était assis à côté d’un adolescent d’une quinzaine d’années, fils du jardinier de la villa voisine, sur un mur élevé qui la séparait de la nôtre. Tous les deux nous tournaient le dos, ayant les jambes de l’autre côté du mur. Les mouvements que, vus du dos, ils faisaient ne présentaient pour moi aucune signification, mais l’experte et futée Petite-Russienne se mit à rire malicieusement et me dit : « Voyez-vous ce qu’ils font ? Voyez-vous ce qu’ils font ? » Je répondis : « Mais je crois qu’ils ne font rien du tout. — Comment, vous ne devinez pas ce qu’ils font ? Ils se tirent la saucisse qu’ils ont entre les jambes », dit Glacha, en riant toujours. Je compris qu’elle parlait de l’onanisme contre lequel mon père m’avait déjà mis en garde et pour lequel j’ai conservé longtemps une horreur quasi mystique, me le représentant, du reste, d’une façon assez vague. Mais, décidé à tirer de Glacha le plus de renseignements possible, je feignis ne pas savoir de quoi il s’agissait, poussant l’hypocrisie jusqu’à avoir l’air d’ignorer la différence des sexes. Je m’y pris de la façon suivante. Je lui demandai pourquoi on faisait ces choses. Elle me dit que ça donnait du plaisir. Alors je voulus savoir si elle-même avait expérimenté ce plaisir. Après quelques hésitations et négations embarrassées, elle finit par avouer. Alors, exprès, je lui posai une question absurde : je lui demandai si elle se tirait seulement le pénis ou les testicules aussi. Ma feinte ingénuité la fit rire comme une petite folle. « Comment ? disait-elle, vous ne savez pas que les filles ne sont pas faites comme les garçons ? » Et elle me dit que les filles avaient une ouverture et non un tuyau entre les jambes. Je fis mine de ne pas la croire, alors elle m’invita à entrer à l’intérieur de la maison (où il n’y avait personne) pour me montrer comment les filles étaient faites. Nous entrâmes dans une chambre, elle se coucha en travers d’un lit, et, soulevant son jupon, écartant ses jambes, me montra ce que je brûlais de voir. La vue de la fente béante et écarlate entre les tendres roséités des cuisses grassouillettes, loin de me dégoûter, comme lors de l’aventure avec Zoé, me plongea dans le ravissement, sans me suggérer, cependant, le désir du coït. Mais Glacha se mit à m’expliquer la raison de la différence des sexes et à me décrire le coït en m’invitant à effectuer avec elle cet acte. Pris de je ne sais quels scrupules, je m’y refusai, disant que « ce n’était pas bien ». « Comment, ce n’est pas bien ? insistait la jeune fille ; mais tout le monde fait ça ! Toutes les dames font ça avec leurs maris et pas seulement avec leurs maris ; et tous les jeunes gens font ça avec leurs amies ; et toutes les collégiennes font ça avec les collégiens c’est bien plus doux que les confitures. » Et prenant avec sa main mon pénis dans le pantalon, elle ajoutait : « Voyez comme il est gonflé, il veut entrer dans mon gâteau. » Voulant tirer au clair le phénomène de l’érection, je dis à Glacha : « Ce n’est pas une maladie, qu’il est gonflé comme ça ? — Quelle bêtise, me répondit-elle, il se gonfle toujours comme ça quand il faut le fourrer dans le gâteau des femmes ; autrement, il ne pourrait pas entre ! » Glacha ne put alors m’induire à coïter avec elle ; regarder et toucher avec ma main sa vulve m’étaient un plaisir suffisant, je n’avais pas encore d’autre désir. Et j’étais content d’avoir dissipé tous mes doutes. Je relus les pages les plus troublantes pour moi du traité d’accouchement et du manuel des maladies vénériennes et je vis qu’il était absolument impossible de les interpréter autrement que je l’avais fait à la première lecture. Et je lisais et relisais ces livres, en ayant tout le temps de fortes érections.

Pendant les quelques jours qui suivirent, Glacha me permit plusieurs fois de lui regarder et toucher les organes sexuels ; elle faisait la même chose avec les miens ; mais je ne lui permis pas de me masturber quand elle me le proposa. Puis je fus initié à la vie sexuelle plus complètement, de la manière que je vais dire.

Voir en ligne : Confession sexuelle d’un Russe du Sud (6) : Mon initiation à la vie sexuelle

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après la « Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.



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