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Les délices du fouet

La cruelle femme

Roman érotique (chapitre 7)



Auteur :

Mots-clés :

Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.


7

La vilaine farce que m’avait jouée Mme de Vridesviller, loin de me détacher de cette étrange femme, m’attirait en elle, au contraire, en un désir maladif. Je guettais le facteur et mon impatience croissait de jour en jour. Cinq jours après mon énervante aventure, je reconnus la petite enveloppe attendue entre les mains du facteur, et je la décachetai à la hâte. Il s’y trouvait la carte de la femme impérieuse avec ces mots : « Jeudi deux heures. » Elle s’était décidée à se souvenir de moi et à exaucer enfin mes désirs exaspérés. Je passai deux jours, ballotté entre l’espoir et la crainte, et l’heure sonna enfin, où je me trouvai en présence de la majestueuse souveraine.
- Ah ! te voilà, dit-elle, d’un air enjoué. Eh bien, Charley, as-tu encore envie de la chose ?
- Plus que jamais, répondis-je empressé.
- Cela tombe à merveille, reprit-elle ; j’éprouve justement un furieux besoin d’entendre gémir un homme. Viens avec moi.

Elle traversa le jardin et me fit pénétrer dans un bâtiment latéral. Nous entrâmes dans une grande pièce, qui communiquait avec une petite chambre voûtée dont le plafond était soutenu par deux colonnes. Cette pièce, qui prenait jour par une petite fenêtre grillagée, m’impressionna par son aspect de cellule et par les nombreux instruments de torture qu’elle renfermait.

Il y avait à terre, dans un coin, un amas de verges de différentes grosseurs. Sur une table, des fouets, des cravaches et des martinets.
- Déshabille-toi, ordonna la maîtresse, et pendant que j’enlevais mes vêtements, elle se tint debout devant moi, ne me quittant des yeux. Je me sentis gêné par son regard scrutateur. Lorsqu’il ne me resta plus que la chemise, j’hésitai à la faire glisser.
- Enlève, dit-elle encore, et ce dernier voile tombé, elle me regarda longuement, avec curiosité, tandis que je ne savais comment me tourner pour cacher ma honte. Puis, brusquement, elle me prit par le bras, d’une façon si puissante et si pénétrante qu’il me sembla qu’elle prenait possession de tout mon être. Elle me poussa vers une colonne et je perçus un cliquetis métallique. Une chaîne que je n’avais pas remarquée y était scellée ; elle se terminait par deux anneaux à ressort que l’exécutrice accrocha avec adresse à chacun de mes poignets. Elle se baissa et une autre chaîne s’enchevêtra à mes chevilles. Le froid du fer me pénétra d’un frisson. J’étais rivé aux yeux de mon bourreau ; les siens me semblaient tourner comme des roues pendant qu’elle m’enchaînait. Ma peau se crispait toute en chair de poule et un vent froid sembla souffler dans mes cheveux et les dresser sur ma tête.

L’impérieuse femme recula de quelques pas et me contempla avec une satisfaction marquée.
- Eh bien ! fit-elle d’un ton gouailleur, sens-tu maintenant que je te tiens en ma puissance ?
- Oui, madame, fis-je timidement.
- Et sais-tu ce qui t’attend ?
- Oui, je sais, répondis-je.
- Ah ! tu le sais, fit-elle en riant. Eh bien, dis-le-moi si tu le sais.
- Vous allez me fouetter.
- Tu crois ? Et comment vais-je te fouetter ?
- Sévèrement.
- Sévèrement ? reprit-elle. Non, pas sévèrement, à mort, tu entends ? à mort ! hurla-t-elle et, sautant sur moi, les yeux hagards, la bouche crispée, elle m’enfonça ses ongles dans la chair, me secouant brutalement.
- À mort, entends-tu ? répéta-t-elle, à mort ! Tant qu’il reste une goutte de sang, tant qu’il te reste un souffle, je ne te lâche pas, tu entends, je veux que tu t’écroules à mes pieds, haché en miettes.

Elle ramassa une verge, et sautant sur moi comme une tigresse, me fourra la verge sous le nez, me piquant les joues, les yeux, de ses pointes, la frottant contre moi avec rage.
- Ah ! je t’écraserai, je t’écraserai ! hurla-t-elle, puis, jetant la verge, rapide comme l’éclair, elle partit en courant, claquant la porte derrière elle.

Quand j’eus repris mes sens, après l’émotion que m’avait causé la furie, je fus tout surpris de ne plus la voir et je me demandai ce qu’elle allait faire de moi. Les fers qui m’attachaient à la colonne me meurtrissaient les membres et me fatiguaient. Mon entourage aussi, m’impressionnait : cette cellule au plafond voûté, au sol dallé ; la fenêtre grillagée ; les chaînes qui me tenaient prisonnier, sans défense, exposé aux rigueurs de ma cruelle tortionnaire ; l’amas d’instruments de correction qui m’entouraient et dont l’action devait être terrible, me rappelaient des gravures où j’avais vu représenter les scènes de torture du moyen âge, où le sang coulait, les membres se brisaient, sous les diaboliques inventions des tortionnaires. La maîtresse du lieu me parut rivaliser avec eux de rage cruelle, et je me reconnus un grand courage de me mettre à sa merci.

Mais pourquoi, cette verge, dont elle m’avait piqué la figure, ne l’avait-elle pas immédiatement agitée sur ma chair impatiente ? Était-elle allée quérir un instrument plus redoutable pour me hacher menu comme elle m’en avait menacé ?

Combien de temps l’inexorable allait-elle me laisser dans cette pénible attente ? Elle éprouvait visiblement de la satisfaction à me faire languir.

Le temps passait dans ces réflexions et je cherchais en vain une position rendant moins sensible l’étreinte douloureuse des chaînes.
La clef grinça enfin dans la serrure et je tressaillis. Je n’osai lever les yeux sur la haute stature, qui entrait en refermant la porte à clef. Elle s’avança, et je n’en crus pas mes yeux en voyant, au lieu de ma majestueuse reine, une femme de basse condition, portant une robe de percaline et un tablier. Était-ce une cuisinière ou une blanchisseuse ? Elle avait la figure sanguine, les cheveux d’un blond fade et pommadés, une forte corpulence et des mains rugueuses.
- Madame m’a donné l’ordre de vous fouetter sévèrement, dit-elle, et elle se mit à fouiller dans le tas de verges qui se trouvaient à terre.
- Pourquoi madame ne vient-elle pas me fouetter elle-même ? demandai-je tout inquiet.
- Cela ne me regarde pas, fut la réponse que je reçus. C’est madame qui commande ici ; elle m’a dit de vous fouetter et je vous fouetterai, que cela vous plaise ou non.

Et elle s’approcha, une longue et forte verge à la main.
- Allons, baissez-vous et exposez-moi vos fesses, si vous ne voulez pas que je vous fouette n’importe où.

Je tendis docilement ma chair, les premiers coups me firent me cabrer et gémir.
- Tenez-vous bien.

Et elle continua à me lancer de terribles coups. Bientôt, écrasé par cette vigoureuse volée, je cherchai à me dérober en tournant autour de la colonne.
- Ah mais, ah mais, fit-elle, me poursuivant et ne cessant de m’appliquer des coups fouettés avec adresse, voulez-vous bien rester en place, ou je vous fouette sur le dos, les bras et les jambes. Elle me donna deux coups sur les épaules qui me firent hurler et me tordre, et je tendis ma chair rebondie, ne voulant plus que les coups s’égarassent. Elle en profita pour m’octroyer une volée à tour de bras, et, à nouveau, je tentai d’échapper à l’ardente morsure.

Alors la brave femme, fouillant dans le tiroir de la table qui se trouvait là, en sortit une longue et large courroie, avec laquelle elle m’assujettit à la colonne, me serrant à la hauteur de la taille et m’immobilisant tout à fait.
- Maintenant vous allez en recevoir ! dit-elle ; puis, choisissant avec soin une nouvelle verge, très souple et se plaçant à bonne distance sur un côté, elle lui fit danser une folle sarabande. Je hurlai et suppliai grâce, mais elle n’en tint aucun compte.
- Tout à l’heure, madame viendra inspecter votre derrière, et je tiens à ce qu’elle soit satisfaite de mon travail, dit-elle en continuant de fouetter.

Si je n’avais été collé à la colonne, je me serais écroulé, sous l’ouragan déchaîné sur ma chair par la cruelle femme ; chaque coup lancé avec rage se répercutait dans tout mon corps, et des flammes léchaient ma chair. Quand l’affolante torture cessa enfin, je sentis ma peau comme coupée en tranches et tout en sang. La rude fouetteuse lâcha la courroie qui m’attachait à la colonne. Ce fut un premier soulagement. Après avoir jeté un coup d’oeil approbateur sur la partie que ses terribles verges avaient si bien meurtrie, elle disparut sans prononcer une parole…

Mon corps brûlait, comme inondé de lave ardente. Je remuais mes chaînes, impatient d’être enfin libéré et je comptais les minutes.

La porte se rouvrit. Cette fois c’était Elle, l’Inexorable, qui s’avançait lentement, sa bouche esquissant un malin sourire.
- Eh bien, dit-elle, tu as eu ton compte ? voyons ! et elle m’examina d’un air moqueur, en se servant de son face-à-main.
- C’est comme cela qu’elle t’a fouetté ? dit-elle, feignant la surprise, mais elle n’est bonne à rien, cette fille ! elle n’est même pas capable de fouetter un homme. Nous allons mettre bon ordre à cela.

Elle prit sur la table une longue et forte cravache et, se jetant sur moi comme une furie, se mit à me cingler de coups vigoureux.

Je me tordais comme dans les flammes, poussant des cris déchirants. Elle se déchaînait, folle, la figure contractée, les yeux hagards ; puis, secouée par un spasme vibrant, avec un long cri étouffé, elle s’écroula sur le tabouret, tandis que je croyais rendre l’âme en une secousse suprême, qui me fit tressaillir tout entier en une délirante extase.

Quelques instants plus tard, elle se releva, toute rouge et suffocante, sa gorge haletante soulevait l’étoffe de son corsage. Elle fit sauter les déclics des quatre anneaux de fer qui me tenaient, puis, me prenant dans ses bras, m’embrassa tendrement.
- C’était bon ? demanda-t-elle.

Je balbutiai une réponse lui disant tout mon bonheur.
- Habille-toi, tu connais le chemin pour sortir, dit-elle, et viens jeudi prochain à la même heure.

Rentré chez moi, j’eus une bienfaisante réaction. La douleur cuisante avait disparu, faisant place à une sensation singulière, une sorte de voluptueuse faiblesse ; je me sentais délicieusement brisé.

Je passai une nuit peuplée de rêves radieux et, le lendemain, un état de bien-être continu me berça d’un exquis enivrement.

Je me sentis attiré plus passionnément encore vers la belle Mme de Vridesviller, qui m’avait fait passer par une gamme de sensations si violentes, et je me réjouissais que la chance eût mis sur mon chemin cette incomparable amie dont la fantaisie devait m’offrir dans la suite, toute une série de délices inconnues.

Voir en ligne : La juvénile flagellante (chapitre 8)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.



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