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Le rêve d’un flagellant

La curiosité serait-elle mauvaise conseillère ?

Roman érotique (Chapitre II)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).


II
LA CURIOSITÉ SERAIT-ELLE MAUVAISE CONSEILLÈRE ?

Une fois dans la pièce, Simone fut un peu suffoquée par son audace. Mais comme elle avait tort, elle s’arma d’entêtement, ce qui chez elle était synonyme de courage.

Désinvolte, elle se promena, à droite, à gauche, scruta les rayons, émit des réflexions, frappées au bon coin de l’humour le plus pur :
- C’ qu’ i’ y en a des bouquins.

Puis elle s’assit dans une cathèdre sculptée et se figura un moment être une haute et noble dame des temps passés. Mais tant de sérieux commençait à lui peser, et soudain, les yeux brillants, la tête renversée en arrière, la gorge tentante, elle éclata d’un rire cristallin.

À la même minute, la portière se souleva et le jeune homme, précédemment entrevu, rentra.

Elle le toisa effrontément ; il ne la regarda même pas et se dirigea vers la table, où il avait laissé un livre ouvert.

Furieuse, elle pinça les lèvres :
- Bonjour Monsieur ! fit-elle de son ton le plus engageant.

Le silence pesant de la vaste pièce, fut l’unique réponse. Cette fois, son front se barra d’une ride.
- Vous savez, c’est sûr, vous claquerez un jour d’un excès de galanterie. Ce n’est peut-être pas très high-life de rentrer ici sans crier gare, mais vous avez une façon à vous de me dispenser des remords.

Paisible, une tristesse épandue sur son visage blême, il se retourna :
- Mademoiselle, je vous serais reconnaissant de vous retirer.

Elle le fixa, peut-être en eut-elle pitié, sa légèreté l’empêcha de le montrer. Habituée que l’on admirât ses caprices, elle éprouva une sorte de colère mauvaise. La voix pointue, les paupières mi-closes, elle demanda :
- C’est vrai, qu’ vous avez des chagrins d’amour ?

Il trembla, mais encore se maîtrisant, il pria de nouveau :
- Mademoiselle, votre aimable plaisanterie a assez durée ; si vous voulez, je vais vous faire reconduire au perron.

Elle se leva, hautaine, narquoise :
- C’est bon, n’ dérangez pas vos gens.

Elle s’arrêta au milieu de la pièce :
- Blonde ? Brune ? Rousse ?… Celle qui vous a déchiré le coeur.

La rougeur qui soudain envahit le visage de l’homme, apaisa un peu la mauvaise humeur de l’espiègle. Pourtant, elle poursuivit, avec le secret désir de torturer.
- Elle vous a fait cocu, j’ parie !

Brusquement, sans qu’elle sût comment cela s’était produit, une main de fer l’avait saisie au bras et la repoussait vers la fenêtre.
- Allez-vous en ! Allez-vous en ! gronda une voix sourde.

Assurément, son coeur se serra, elle eut peur ; mais cette brutalité inattendue la révolta.
- Lâchez-moi ou je crie…

Et vengeresse :
- Ça ne m’étonne pas qu’elle vous ait fait cocu…

Les doigts s’incrustèrent plus profondément dans son bras en une crispation nerveuse. Elle se sentit secouée, comme jamais pareille chose ne lui était arrivée.

Furieuse elle se rebella, faisant face à l’adversaire :
- Vous êtes une brute ! Lâchez-moi… si vous n’aimez pas les femmes… faut prévenir.

Puis en un mouvement inconsidéré, elle leva sa menotte et un soufflet claqua sur la joue de l’homme.

Celui-ci se raidit une seconde, son regard s’immobilisa, se fit dur, mais aussitôt un rictus étrange le détendit.
- Vous abusez, fit-il le timbre rauque.

Du pied, il repoussa le battant de la fenêtre qui se referma et attira la jeune fille à lui.

Elle se débattit, mais en vain, il l’entraîna vers le milieu de la pièce. Sans un mot, la respiration saccadée, il l’étreignit à la taille et d’une traction vive, la souleva de terre.

Ahurie, échevelée, elle resta là, suspendue au-dessus du sol, les bras et les jambes flottant librement.

Elle se demandait ce que tout cela signifiait et fut un instant avant de le deviner. Vaguement elle perçut que l’on fouillit ses robes ; elle crut comprendre que la jupe et le jupon étaient relevés sur ses reins. Alors, elle s’agita follement, criant d’une voix aiguë.

Hélas, personne ne pouvait l’entendre et l’homme, sans hâte, poursuivait sa besogne.

Il avait découvert un petit pantalon rose qu’il considéra une minute. Par la fente pointait un bout de chemise narquois. Il le tira et un peu de croupe nacrée jaillit, barrée d’un trait sombre.

Les doigts énervés, il écarta mieux les pans de la culotte, frôla l’épiderme tiède qui frissonna à ce contact. La chemise de nouveau il la haussa jusqu’aux reins cambrés, mettant enfin à nu une mappemonde frémissante de honte et de terreur.

Les jambes gainées de soie s’agitaient fébrilement, se chevauchaient ; les bras battaient l’air. Tout cela restait vain, la pauvrette était solidement maintenue par le bras de l’homme.

Et une claque retentit, sonore, brève, la peau rosit effrontément, faisant courir un peu plus de chaleur par le corps de la jeune fille.

Elle cria plus fort, hurla même, proférant des injures grossières, comme jamais encore ses lèvres n’en avaient prononcées.

Une seconde gifle résonna, plus violemment appliquée et les mignonnes joues meurtries, se crispèrent, se serrèrent l’une contre l’autre, comme pour se préserver de la brûlure, qui lentement pénétrait.

Plusieurs coups suivirent et soudain, Simone se tut. Elle ne cria plus, elle ne se lamenta même pas. La douleur entrait en elle, répandant par tout son être une sensation morbide et imprécise.

Elle ne savait plus si elle souffrait, elle ignorait même si elle haïssait l’homme qui la traitait ainsi.

À chaque claque, sa taille se cambrait, un frisson la secouait, un gémissement faible s’échappait de sa gorge étreinte.

Mais elle ne se débattait pas, elle attendait la fin de la torture, se jugeant faible contre l’inconnu qui la dominait de sa force brutale.

La souffrance s’accentuait, faisant battre son coeur, vidant son cerveau de toute pensée nette.

Et la correction continuait régulière et sévère. La main s’appliquait avec un bruit sec, sur la croupe qui frissonnait, allait de droite et de gauche comme poussée d’une seule masse, elle rougissait progressivement, devenait écarlate, brûlante, tuméfiée.

L’homme frappait, le regard fixe, le visage crispé par un rictus de colère froide. Il ne cherchait pas seulement à meurtrir, il semblait assouvir une vengeance longtemps mûrie.

Cet être palpitant qu’il meurtrissait ainsi, ce n’était point une femme, mais la Femme dont il avait souffert. À son tour il la domptait, la tenait sous sa puissance comme une pauvre loque douloureuse. Cela lui faisait du bien, apaisait le feu de la blessure qui était en lui.

Il regardait cette croupe fragile, qui rougissait peu à peu, se déformant sous la rudesse des coups, se creusant de sillons sous la pression des doigts. Sous sa paume, il la sentait chaude, se durcissant, rendue plus ferme par l’afflux du sang.

Sourdement, Simone gémissait, puis bientôt, elle fut incapable de supporter davantage, ses jambes s’étreignirent et tout bas, elle implora :
- Plus ! Plus !

Il revint à lui et brusquement la lâcha. Elle croula sur le tapis, où elle se roula en boule, échevelée, honteuse, non point de l’homme qui la fixait, mais de la puérile correction reçue.

Elle restait là toute frissonnante, les vêtements en désordre, la croupe brûlante. Elle ne savait plus : Devait-elle fuir ? Devait-elle attendre ?

Non, aucune pensée précise ne s’éveillait dans son esprit ; elle aurait bien voulu regarder son bourreau, voir si encore il avait de la colère. Elle n’osait pas.

Pourtant il lui semblait qu’il y avait maintenant quelque chose entre eux, un secret qui les liait, les faisait plus chers l’un à l’autre.
Elle aurait souhaité le détester ; elle ne le pouvait pas. Elle avait eu tort de venir le troubler ; lui seul avait raison. Pourquoi se serait-elle fâchée ?

Mais elle avait bien mal. La douleur devenait plus aiguë, maintenant que l’énervement était tombé. Sa chair meurtrie semblait se raidir, se tendre, mille picotements insidieux et troublants la harcelaient.

La tête sous son bras replié, elle sanglotait doucement, la poitrine secouée de saccades rapides et courtes.

Et pourquoi pleurait-elle ? Elle l’ignorait encore. La souffrance n’était pas une raison suffisante, jamais elle n’avait été douillette. La honte ne la gênait plus, puisque l’homme savait.

Elle pleurait parce qu’il y avait dans son cour un sentiment nouveau qui l’importunait.

L’homme l’avait un instant considérée en silence. Il la voyait écroulée à ses pieds, comme une pauvre petite boule informe de chair et de linge rose. Il entendait ses sanglots assourdis, qui la faisaient tressaillir.

Un sourire détendit ses traits, il haussa les épaules et à pas furtifs quitta la chambre.

Lorsque Simone, un peu revenue de son émoi, releva la tête, elle constata sa solitude. Elle eût un étonnement, presque un chagrin.
Craintive, elle se mit à genoux et les mains tremblantes, rajusta sa chevelure qui s’était dénouée.

Une dernière fois, elle regarda autour d’elle et se leva entièrement. Alors, elle resta immobile, indécise, les yeux fixés sur la portière derrière laquelle son bourreau avait disparu. Elle savait qu’il avait fui par là et se demandait si elle devait le poursuivre.

Son hésitation fut brève, toute tentative nouvelle était impossible. Elle n’avait plus de vanité devant l’homme qui l’avait méprisée au point de la corriger ainsi ; mais pourtant, elle se refusait à aller plus loin.

Tristement elle s’en alla vers la fenêtre, l’ouvrit doucement et se glissa sur le perron. Là, elle s’immobilisa encore et jeta un dernier regard à la chambre. Un soupir monta à ses lèvres et sans hâte, elle enjamba la balustrade pour retomber de l’autre côté.

Mais alors, une honte la saisit, elle avait peur qu’on l’aperçût sur ce terre-plein découvert et elle s’enfuit en courant, oubliant la douleur qui lui brûlait la croupe.

Sous bois elle ralentit sa course et pensa à Marguerite. Qu’allait-elle lui dire pour expliquer son absence prolongée ? Fièrement elle redressa la tête et murmura :
- Zut ! Elle pensera ce qu’elle voudra !

Toutefois, d’un fin mouchoir de batiste, elle tamponna ses yeux humides, afin de faire disparaître les dernières traces de larmes.

Voir en ligne : Le Rêve d’un Flagellant : Vengeance ! (Chapitre III)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).



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