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Le rêve d’un flagellant

La demoiselle qui s’amuse toute seule

Roman érotique (Chapitre V)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).


V
LA DEMOISELLE QUI S’AMUSE TOUTE SEULE

Mais revenons à Marguerite que son amie, avec un bel égoïsme, avait abandonnée au pied d’un chêne touffu et centenaire.

Elle n’aurait pas été femme, si elle n’avait possédé un brin de curiosité. Aussi guignat-elle d’un oeil curieux la fuite rapide de Simone. Cet empressement à coup sûr l’intriguait, on ne se précipite pas avec tant d’allégresse vers un but futile ou indifférent.

Elle se leva donc doucement, à peine l’autre eut disparu sous la futaie et s’élança sans bruit. Elle vit Simone traverser le terre-plein, enjamber la balustrade et pénétrer dans le château par une fenêtre.

Pourquoi ne l’aurait-elle point imitée ? Il n’y avait aucune bonne raison pour l’en détourner. Elle partit gaiement du pied gauche et à son tour s’approcha de la vitre.

Un « oh ! » d’étonnement s’échappa de ses lèvres et elle s’immobilisa. Assurément le spectacle qu’elle avait sous les yeux sortait de l’ordinaire et déjà elle était sur le point de traiter la camarade de petite dévergondée hypocrite.

En effet, un monsieur très bien, était en train de retirer à Simone sa jupe et son jupon.

Le début était grivois, la suite ne devait manquer de piquant ; Marguerite se résolut incontinent à la patience et se blottit dans le coin de la croisée.

Quand son amie fut nue, elle fit « oh ! » encore, mais plus sur un ton identique à précédemment. De courts frissons couraient le long de son échine, ses yeux brillaient et ses lèvres s’humidifiaient.

Enfin elle comprit ; l’inconnu allait corriger la compagne et cela au moyen d’un jonc solide et flexible.

Du fond du coeur elle plaignit la pauvrette, cependant des lueurs étranges passaient, dans ses prunelles qui devenaient d’un bleu plus sombre.

Dès les premiers coups elle trembla, il lui semblait sentir sur ses reins la meurtrissure cuisante du jonc, un frémissement la tordait, la crispait tout entière, entrechoquant ses genoux.

Elle voyait l’amie et savait qu’elle souffrait et pourtant se demandait si elle ne l’enviait un peu.

À mesure que la correction se poursuivait, une griserie montait en elle, l’affolant, lui enlevant tout raisonnement, tout libre arbitre. Ses gestes devenaient inconscients, nerveux, hâtifs. Elle perdait la notion du bien et du mal, comme de l’endroit où elle se trouvait.

Un halètement sourd s’échappait de ses lèvres entrouvertes, son regard se faisait fixe, tout son être se raidissait.

La passion était en elle, l’enveloppant, la maîtrisant, la poussant aux exaspérations fébriles, qui la meurtrissaient. Elle attendait une solution et pourtant la craignait trop rapide.

Puis aussi elle admirait la vigueur de l’homme, sa brutalité froide, son calme satanique.
- Comme il bat fort ! balbutiait-elle parfois en un souffle imperceptible.

Et de nouveau, l’exaltation la prenait au cerveau, l’amenait aux folies de la chair, dans le désordre de ses vêtements. C’était un délire qui était en elle, un éréthisme insatiable.

En face d’elle, toujours il y avait l’amie, nue, étalée sur la lourde table de chêne, la croupe haute, barrée de traits violacés. Les liens sombres semblaient aussi autant de blessures profondes, qui s’enfonçaient dans la chair douillette et blanche. Elle devinait les sensations de la flagellée, savait presque ce qu’elle pensait, à chaque coup brûlant son épiderme turgide.

Mais l’homme ne s’arrêtait point, il allait toujours d’un même mouvement régulier et féroce, qui causait la douleur, l’enfonçait intensément dans l’être de la victime palpitante.

Marguerite ne résista pas davantage, elle roula sur le sol avec un râle, le corps entier secoué de frissons languides, les jambes entrelacées et raidies. Ce spectacle avait été trop émouvant pour sa faiblesse juvénile, il l’avait terrassée, la jetant pantelante sur le gravier dur.

Quand elle se releva, elle vit Simone revêtue et immobile au milieu de la chambre.

Elle comprit son regard implorateur au bourreau qui l’avait vaincue et s’étonna de sa froideur. Son geste, qui montrait la porte comme s’il chassait la malheureuse, la bouleversa et, pour la première fois, elle plaignit sincèrement l’amie méprisée.

Afin de ne point la peiner davantage, elle s’enfuit jusque sous la futaie et attendit.

Lorsque Simone, sanglotante, s’écroula sur la mousse, elle n’osa approcher, jugeant que ces larmes étaient le meilleur soulagement au chagrin.

Mais elle s’impatienta néanmoins et, enfin, s’en fut auprès de la camarade qu’elle se proposait de consoler.

Cet excès de bonté fut mal récompensé, l’autre, avec une violence inouïe, la bouscula, la poussant à terre. Elle savait que si elle s’abandonnait sans résistance, une correction vigoureuse la menaçait. Malheureusement ses nerfs, pour l’instant, étaient apaisés, elle se refusait à ce surcroît d’émotion.

Par hasard, elle eut un sursaut d’énergie et se débattit, éloignant l’adversaire de ses menottes crispées. Puis elle parvint à se redresser.

Devant cette rébellion inattendue, Simone eut une minute de fureur. Elle leva la main et une gifle sonore tomba sur la joue de l’audacieuse.

Celle-ci recula sous la brûlure, des larmes montèrent à ses yeux, mais encore elle se révolta et, à son tour, robuste et crâne, elle lança au visage de l’autre une claque qui marbra la peau de cinq marques écarlates.

Ce début magnifique déchaîna évidemment une bataille acharnée. Les deux ennemies se précipitèrent en avant, les doigts en griffes, prêts à empoigner les chignons artistement roulés.

Mais toutes deux avaient les cheveux coupés à la « Jeanne d’Arc ». C’était là un inconvénient. Elles se contentèrent donc de les tirer férocement, en poussant de petits cris aigus, coupés d’exclamations énergiques qu’un troupier n’aurait point dédaignées.

Afin de reprendre une haleine défaillante, elles firent ensemble un pas en arrière, se mesurant du regard, bien décidées chacune à écraser l’adversaire, lorsque l’occasion se présenterait.

« Montjoie et Saint Denis ! »

Elles repartirent en avant, les poings hauts, la face écarlate, la lippe mauvaise, et comme deux lutteurs dans le cirque se ceinturèrent.

Mais voilà, ce simple geste ne leur suffit point et chacune essaya en même temps de retrousser les jupes de l’autre.

Ce que femme veut, Dieu le veut. Et certainement en l’occurrence il le voulut, car les jupons folâtres ne résistèrent point à cette attaque courageuse. Deux croupes charnues et rondes jaillirent soudain sous le soleil, la première blanche comme du lait crémeux, la seconde encore honteusement rose de la précédente correction.

Et dans chacune de ces croupes, entrèrent cinq griffes acérées, qui mordaient la chair, la perçaient profondément.

Elles étaient là, poitrine contre poitrine, nez contre nez, les cuisses entrelacées, dans la furie du combat. Mais brusquement, par magie semble-t-il, toute leur rage tomba, elles frissonnèrent, se rapprochèrent encore et… s’embrassèrent aux lèvres tout simplement.

Ce baiser était doux comme le miel, il avait une saveur perfide qui les pénétrait fibre à fibre, annihilant l’énergie, ne laissant au fond d’elles-mêmes qu’un émoi trouble.

Une rougeur leur monta au front, un alanguissement les détendit, et elles s’étreignirent plus étroitement encore, rapprochant leurs corps flexibles en une crispation savante.

Gênées, elles se lâchèrent et, un sourire malicieux au coin des lèvres, remirent un peu d’ordre dans leur toilette par trop désordonnée.

Sime secoua sa tête brune, ses cheveux voletèrent autour de son frais visage.
- C’qu’on est bêtes, nous deux, émit-elle judicieusement.

Rite aurait bien voulu dire une sottise, rappeler le spectacle auquel, par le plus grand des hasards, elle avait assisté ; sa bonté naturelle la retint et elle se tut, remettant à plus tard d’arracher des confidences à l’amie trop réticente.

Elles s’en allèrent par la futaie et, sur la route, se reprirent par le bras. Une vigueur extraordinaire les soulevait et, négligeant l’auberge proche, elles s’en furent gaiement à travers les champs parfumés, sur la terre dure et raboteuse.

Elles riaient, elles plaisantaient, ayant oublié avec leur légèreté coutumière les émois et les tristesses anciennes.

Rite osa :
- Dis donc ?… Tu as vu le propriétaire du château ?

Simone rougit un tantinet ; oh ! très peu, rien que pour montrer que ce sujet lui rappelait des déshabillages hâtifs et des caresses cuisantes.
- C’est un ours ! affirma-t-elle, hautaine et désinvolte.
- Comment le sais-tu ?
- Dame… parce que je l’ai vu.
- Qu’est-ce qu’il t’a fait ?
- Si je te le disais, t’en saurais autant que moi… c’est pas la peine.
- Tu as peur que je te vole ton amoureux ?
- Lui, un amoureux !… Ah ! ma gosse, c’est un glaçon à pattes !

Elles se turent. Cette assertion les laissaient incrédules ; elles ne pouvaient se figurer que le jeune homme, dont la colère se manifestait avec tant de violence, put être d’une frigidité invulnérable. Simone secouait malicieusement la tête, elle croyait son astuce féminine plus forte que l’énergie virile de l’inconnu.

D’un commun accord, elles changèrent de conversation, gênées par ce sujet brûlant qui aurait entraîné des confidences qu’elles tenaient conserver secrètes et des aveux dont elles auraient rougi.
Et puis, le soleil, les fleurs, la campagne blonde, tout les distrayait, elles trouvaient à chaque pas un motif d’étonnement naïf de petite parisienne qui prend le blé pour de la betterave et des pieds de fraises pour de la pomme de terre.

Simone cependant marchait avec une certaine difficulté ; un engourdissement vague, aux reins, la paralysait, lui faisant les jambes raides, la taille moins souple que d’ordinaire.

Marguerite souvent la guignait d’un regard de biais et alors un sourire moqueur glissait sur ses lèvres, en même temps qu’un soupir gonflait sa poitrine.

Elle se demandait si le lendemain, après la rude leçon de ce jour, elle retournerait au château. Instinctivement elle en eut la conviction.

Elles s’en revinrent au logis, par des chemins creux bordés de haies fleuries. Rieuses, elles se tenaient la taille et se moquaient de tout comme de tous. Sur leur passage, les paysans les couvraient d’un regard brillant, comme l’on contemple d’habitude la femme facile, pour laquelle on éprouve davantage de désir que de respect. Les paysannes, par contre, avaient une moue hautaine à l’égard de ces parisiennes écervelées qui riaient le jour entier, sans réfléchir que peut-être le lendemain elles pleureraient.

Et pourtant Simone, tout au fond du coeur, avait un chagrin qui la lancinait.

Voir en ligne : Le rêve d’un flagellant : Petites amies (Chapitre VI)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).



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