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Les délices du fouet

La fête de Vénus

Roman érotique (chapitre 18)



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Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.


18

Le vin doré de Chios avait infiltré du feu et du soleil dans nos veines ; et la salle devenait bruyante. Les hommes se montraient entreprenants, les femmes poussaient les mimes et de petits cris argentins. Le deuxième service se composait de gibiers de toutes sortes, présentés sous les aspects les plus pittoresques et ornés, à la façon grecque, de leurs plumes et de leurs poils. Cette parure s’enlevait comme un couvercle, et le fumet des plats savoureux et des sauces savantes se répandant dans la salle excitait les appétits.

Le vin qui accompagnait ces mets délicats, était un nectar de Larissa, couleur de rubis, mûri sur les bords ensoleillés du Pénée, dans l’ancien royaume d’Achille. Il avait un goût de liqueur forte et un parfum d’essence précieuse.

Ma gracieuse voisine s’en délectait.
- Chère Lilette, lui dis-je, si, ce matin, un messager était venu m’annoncer que j’aurais le bonheur de vous avoir près de moi, je l’eusse embrassé comme un frère, et couvert d’or.
- Vous savez, Charley, me glissa-t-elle, je suis ici en escapade, ni papa ni maman ne connaissent ma fugue, je suis sensée être à une soirée de musique. C’est Philidor qui a tout arrangé avec Fanny.
- Votre frère, dis-je, vous apprend de jolies choses. Je ne m’en plains pas, puisque cela me procure le bonheur de vous avoir près de moi ; mais c’est égal, cela me semble tout de même un peu risqué.
- Vous plaisantez, Charles, répondit-elle ; je suis presque une femme, vous semblez l’ignorer, et il y a belle lurette que je suis initiée à la flagellation.

Les quatre joueuses de harpe avaient fait place à une souple et onduleuse danseuse, dont les bras et les jambes nus jaillissaient, comme des pistils de fleurs, du corselet constellé de rubis et d’opales. Sa petite tête tourbillonnait, entourée des flammes de ses cheveux roux, et ses yeux vagues, agrandis, semblaient fixés dans une extase. Ma petite Lilian goûtait à tous les plats et se fit remplir un second gobelet de nectar de Larissa, par une des porteuses d’amphores.
- Charley, me dit Lilette, savez-vous que Fanny a fait installer aux étages supérieurs dix chambres discrètes, où les couples pressés de sacrifier au divin culte, peuvent se réfugier pour donner libre cours à leur passion, surexcitée par le spectacle de la fête. En apprenant cela, il m’est venu une idée…
- Lilette, dis-je, ne m’excitez pas : je pourrais comprendre des choses trop belles pour qu’elles se réalisent.
- Croyez-les, Charley. Vous ne pouvez vous figurer combien je me passionne pour la flagellation.
- Et comment cette passion vous est-elle venue ?
- Tout naturellement. J’ai toujours eu un penchant pour les verges ; mais c’est mon frère qui m’a fait devenir une passionnée. Il était en voyage et m’écrivit d’aller prendre dans sa chambre des documents dont il avait besoin. En fouillant dans ses affaires, il m’est tombé sous la main un album renfermant des photographies. C’était des scènes saisissantes, où de beaux jeunes hommes se roulaient aux pieds de femmes majestueuses, qui les fouettaient à tour de bras. Ces photographies étaient d’une netteté remarquable et les figures exprimaient une passion sauvage, où se mêlaient la joie et la douleur. Je ne pouvais plus détacher mes yeux de ces images qui me causaient une grande émotion. Un désir impérieux me poussa à aller les revoir et, tous les jours, je m’enfermais dans la chambre pour les contempler à nouveau. Je compris bientôt l’incomparable jouissance qu’une femme peut éprouver à écraser à ses pieds un beau jeune homme se tordant sous ses verges.
- Lilette, dis-je, taisez-vous ; vous ne voyez pas quel feu vous allumez en moi.

L’adorable enfant était elle-même tout en feu. Ses yeux brillaient d’un éclat étrange et ses joues s’étaient colorées de pourpre.

Le troisième service comportait les légumes et salades, dressés en savantes pyramides, sur des paniers pareils à des corbeilles de fleurs. Lilette s’octroya une grande assiettée de petits pois auxquels étaient mêlés des pétales de violettes.

La souple danseuse, après avoir évolué en un étourdissant tourbillon qui la faisait ressembler à quelque étonnante orchidée, s’écroula à terre avec un cri d’oiseau, et je joignis mes applaudissements à ceux de tous les assistants émerveillés.
- Charley, me dit Lilette d’un ton de reproche, laissez cette danseuse. Pourquoi la regardez-vous avec des yeux pareils ? Écoutez-moi. J’ai découvert, en fouillant plus loin dans l’armoire de mon frère, une photographie plus grande et qui exerça sur moi une étrange fascination. Elle représentait un jeune homme qui sautait en l’air, en hurlant et en appuyant ses deux mains sur la partie que sa maîtresse venait de corriger. Une verge usée gisait à terre, au milieu de brins épars, et la maîtresse, debout, toisait son esclave avec un regard plein de magnifique dédain. Elle avait l’air de dire : « Eh bien, as-tu ton compte ? et sais-tu maintenant comment une femme s’y prend pour fouetter un homme ? »
- Lilette, suppliai-je, taisez-vous, ou bien je regretterai de ne pas être avec vous dans une des chambres discrètes.
- Diriez-vous vrai ? me lança-t-elle avec un regard de défi.

La salle commençait à devenir houleuse. Le vin de Larissa avait échauffé les têtes, et le contact des sexes, hommes et femmes se trouvant côte à côte et demi-nus, prêtait à tous les débordements. Les hommes devenaient entreprenants et, dans le camp des femmes, on entendait de petits rires nerveux et des cris étouffés. Ces préliminaires promettaient le déchaînement prochain, pendant l’entracte du banquet de la fête de Vénus, lorsque toute la salle serait plongée dans l’obscurité.

Pour le quatrième service, on apporta une profusion de bombes glacées, des pièces montées de pâtisseries et toute la variété des fruits de tous pays, remplissant des paniers fleuris. Un wagonnet décoré comme une pagode et traîné par des esclaves, amena cent bouteilles. Ce champagne, que vingt jeunes fille débouchèrent, et ce flot de vin pétillant apportèrent une nouvelle animation et une nouvelle gaieté parmi les convives.

Au centre, quatre couples de lutteurs faisaient l’étalage de leurs muscles superbes et une musique étrange et frissonnante de guzlas accompagnaient les torsions des corps craquant sous les puissantes étreintes.
- Écoutez, Charley, fit ma gentille compagne, je n’ai pas fini mon histoire. En fouillant plus avant dans l’armoire, je découvris un rayon caché par une planchette, qui supportait toute une rangée de curieux petits livres sur la flagellation. Je choisis dans le nombre une sorte de vade-mecum, vrai manuel du parfait flagellant. Il s’y trouvait énumérés tous les instruments de flagellation, fouets, verges, martinets et cravaches, avec la manière de s’en bien servir. C’est aux verges qu’on donnait la préférence, qui déversent de vibrantes étincelles et font frissonner la chair sous leur magnétique caresse. Mais il faut les préparer avec soin, si l’on veut des instruments vraiment magiques. Il faut les couper sur de vieux bouleaux et aux branches du haut, où le bois est plus dur et plus élastique. Ce petit livre indiquait aussi les différentes manières d’immobiliser l’esclave pendant la flagellation, et les meubles les plus pratiques à cet effet. J’ai étudié ce livre pendant plusieurs jours, pour bien me pénétrer des diverses méthodes ; ensuite, pour les mettre en pratique, j’imaginai de prendre, comme sujet, le fils de notre portier âgé de treize ans. Moyennant un schilling, il me suivait dans ma chambre et se prêtait docilement à toute la mise en scène. Lorsque je le tenais attaché et en mon pouvoir, la main me démangeait de continuer l’expérience, mais cet imbécile avait une peur affreuse des verges que j’avais préparées à tout hasard. Si je l’avais touché, il eût ameuté toute la maison.
- Ma chère Lilian, dis-je à ma ravissante interlocutrice, vous vous êtes mis en tête de m’exaspérer en aiguisant mes désirs.
- Mais, Charley, me dit-elle, vous êtes justement au bon endroit pour trouver sous ce rapport toutes les satisfactions. Voulez-vous que, pendant l’entracte, nous montions dans une des chambres discrètes et que je vous montre mes talents ?

C’était le paradis qui m’était offert et je fus si bouleversé de cette perspective que j’eusse voulu quitter la salle tout de suite. Je serrais contre moi le divin corps souple de la ravissante enfant et mes mains s’égaraient à ses délicieux petits pieds, nus sous les rubans des sandales, pendant que je murmurais des paroles d’adoration.
- Charley, voyons, voulez-vous me laisser ! fit ma blanche colombe. Voilà que vous me chatouillez. Est-ce ainsi que vous répondez à ma proposition sérieuse ? préparez-vous à être sévèrement puni. À présent, j’exige que vous me suiviez dans les chambres pendant l’heure de repos.

Les bouchons de champagne continuaient à sauter à de courts intervalles et la salle devenait tout à fait bruyante. Les invités roulaient sur les lits comme des vagues agitées ; plusieurs avaient changé de place, de nouveaux couples se formaient ; la fumée bleue des cigarettes s’élevait en spirales, et l’air était chargé de lourds effluves émanant de cette foule demi-nue, se grisant de vin et d’amour.
- Charley, mon ami, continua Lilette, pouvez-vous seulement vous figurer mon énervement quand je tenais ce garçon ficelé sur le banc ma verge à la main, et qu’il fallait me retenir de l’agiter sur les rotondités qui me narguaient de leur chair blanche et ferme, qu’il eût été si bon faire tressaillir et rougir ! J’étais secouée de violents désirs et je ne savais comment trouver la satisfaction de ma flamboyante passion. Je me mis en rapports avec la maîtresse d’une école communale et j’obtins la permission d’assister aux fessées qu’elle appliquait à ses élèves. Ce spectacle n’eut d’autre résultat que de me surexciter davantage ; pour calmer mes nerfs, il m’eût fallu fouetter moi-même quelque gros postérieur. Cet événement si ardemment désiré arriva enfin. Un jeune garçon de quatorze ans s’était rendu coupable d’un larcin. La maîtresse voulait confier le châtiment à un professeur des grandes classes ; j’arrivai juste à temps pour la prier de me livrer le coupable. Elle se fit beaucoup prier ; mais, avec quelques flacons d’une liqueur dont elle raffolait, je vins à bout de ses scrupules. Je ne me tenais pas de joie et me mis à distiller goutte à goutte mon bonheur. D’abord, je fis couper par le jardinier une provision de brins de bouleau fermes et droits ; j’en fis moi-même trois fortes verges, élastiques comme des ressorts d’acier ; j’achetai de grosses cordelières et, munie de mon précieux paquet, je m’enfermai avec le coupable dans une des chambres les plus écartées du bâtiment scolaire, où j’avais fait placer un banc de bois.

« J’avais à faire à un beau garçon, aux yeux intelligents, un peu fort pour son âge. Il me regardait avec une crânerie qui m’encourageait à ne pas le ménager. Je me disais : « Attends, mon garçon, tu ne me regarderas pas de cet air-là quand tu sortiras de mes mains. »

« Déshabille-toi, lui commandai-je d’une voix ferme, et il commença lentement à se dévêtir.

« Je suis heureux, miss, dit-il, que ce soit vous qui me fouettiez. Vous êtes si jeune et si belle, vous ne serez pas aussi impitoyable que le professeur.

« Voyez-vous cet impertinent qui se permettait des fadaises ! Je lui flanquai un soufflet qui lui fit ballotter la tête et lui dis d’une voix sévère : "Tais-toi et obéis." Je retirai ma jaquette, car j’avais mis pour la circonstance, un corsage sans manches, pour avoir les bras plus libres, et je déposai mes bracelets et mes bagues, afin que rien ne gênât mes mouvements. Quand je déballai mon paquet, mettant à jour les redoutables instruments, mon jeune homme eut un tressaillement. Je le jetai sur le banc, et en un tour de main, le ficelai comme une saucisse, suivant la méthode que j’avais si souvent expérimentée à blanc. Je le serrai bien fort pour bien l’immobiliser et j’épinglai sa chemise sur ses épaules. J’avais devant moi deux globes blancs et fermes comme les rotondités d’une femme. Ils me semblèrent se rosir de honte, comme des joues, sous mon regard.

« J’étais donc enfin arrivée à ce que je désirais, je tremblais presque d’émotion et saisis la divine verge ; elle se dressa comme un serpent, fit frrr ! comme un grand papillon de nuit et bondit, folle, indomptable, se cabrant, s’écartant et rebondissant. Ce fut une danse échevelée ; j’y perdais la tête, entraînée comme par un ouragan. L’affreux garçon hurlait ; mais ses cris n’avaient pour effet que de m’exciter davantage et mon bras se levait puis retombait, poussé par une force invincible, jusqu’à ce que la verge brisée s’éparpillât en pluie dans la chambre. Le criminel se tut, croyant être au bout de son supplice ; il me jetait des regards de reproches, qui enflammèrent mon ardeur, et les deux autres verges tendaient leurs épines : J’en saisis une et l’air fut coupé par de nouveaux frrr ! frrr ! qui se succédaient, tandis que la chair se striait de pourpre. Oh ! l’incomparable jouissance ! »
- Lilette, dis-je à ma folle amie, vous ne voyez donc pas dans quel état vous me mettez ?
- Taisez-vous, me répondit-elle, vous me coupez mon effet. Vous m’interrompez juste au moment où l’histoire devient intéressante.
- Eh bien, dites-moi vite la conclusion.
- La conclusion ? je vous la dirai tout à l’heure en chambre privée, en vous fouettant aussi fort que mon gamin.

Pendant le discours de la gentille Lilette, les vingt jeunes filles avaient apporté un délicieux café d’Arabie, très aromatique, et l’avaient versé tout fumant dans de minuscules tasses filigranées d’or. Les lutteurs avaient disparu, laissant la place à des Aztèques d’un type étrange, au bec de perroquet. C’étaient des jongleurs étourdissants. Ils jetaient en l’air une pluie de balles dorées, qui retombaient toutes dans un vase en cristal, où elles disparaissaient comme évaporées. Ce spectacle clôturait le banquet et le gong fit entendre ses longues et sonores vibrations.

Voir en ligne : Se faire fouetter en l’honneur de la Déesse (chapitre 19)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.



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