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Les Délices du fouet

La flagellation dans le ménage : maris fouetteurs et fouettés

Essai sur la flagellation et le masochisme (VII)



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Lord Dryalys (Jean de Villiot), Les Délices du fouet, précédé d’un Essai sur la flagellation et le masochisme, Éd. Charles Carrington, série « Phase de psychologie contemporaine », Paris, 1907.


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La flagellation dans le ménage. — Au bon vieux temps. — Farces et soties. — Mémoires du duc de Roquelaure. — Le fouet à la cour. — Confidences d’époux modernes. — Maris fouetteurs et fouettés. — Jeunes femmes fouetteuses et fouettées.

An bon vieux temps, il était d’un usage fort courant chez les maris de fustiger leurs épouses lorsque, d’une façon ou d’une autre, elles avaient manqué à leurs devoirs. Les plus vieux exemples que nous trouvions de fessées conjugales dans — la littérature française — se rencontrent dans les farces et soties, pièces de théâtre qu’on jouait sur des tréteaux, dans une grange ou plus fréquemment devant l’église, sur la place publique. Les quelques pièces de ce genre échappées de l’oubli fourmillent d’exemples de fessées conjugales. Et ce n’était pas toujours la femme qui était fouettée par le mari. L’inverse se produisait souvent au grand ébaudissement des spectateurs… Dans les campagnes, les vieillards chantent encore de très vieilles chansons venues jusqu’à nous du fond de ces âges reculés et dans lesquelles il est question de verges et d’orties pour les maris ivrognes. J’en ai entendu chanter une dans laquelle une femme, allant quérir son mari au cabaret, mêle à ses sages exhortations cette menace qui revient au refrain :

Si point ne rentre en la maison
Tu recevras les verges ! [1]

Mon grand-père, qui était né dans un village perdu de l’Anjou, me parlait souvent, lorsque j’étais petit, de son premier maître d’école dont il avait conservé le souvenir vivace. Ce maître d’école, qui s’appelait Paillette, était un terrible homme qui savait mater les écoliers et même les femmes. Pour les premiers, il se servait de branches de genêt vert et de férules. Pour les secondes, il se servait d’un battoir. Lorsqu’il prenait à sa femme quelque velléité de se rebiffer devant les exigences de son seigneur et maître, il la forçait à tourner autour de la table ronde qui meublait le centre de leur chambre unique, en chantant à gorge déployée :

Paillette est le maître ici,
Paillette est le maître !…

Et la malheureuse s’exécutait en pleurant. Un jour, une voisine prit Mme Paillette à partie, lui reprochant sa lâcheté et son abjection.
- Il ne m’en ferait pas tant qu’à vous, allez ! Je saurais bien lui dire son fait, moi !…
- Que nenni ! répondait doucement Mme Paillette, vous sauriez peut-être, mais vous ne pourriez pas !
- Je ne pourrais pas ? Eh bien, j’y vais tout de suite, pour vous montrer si je ne saurai pas ! vous allez voir !…

Elle y alla. Paillette était chez lui, occupé à priser et à lire. Lorsque la commère entra, il se leva, lui offrit une chaise et l’écouta patiemment. Puis, lorsqu’elle eut fini, il vint à elle, muni de cordes qu’il avait préparées pendant le sermon de la bonne femme, et sans souci de ses cris et de ses ruades, il la coucha par terre, lui ligota les poignets et les chevilles et, la relevant, l’appliqua contre une échelle inclinée qui faisait communiquer la pièce avec le grenier par une trappe. Là, il attacha les poignets de la vaillante championne des fiertés féminines à un barreau, puis, très à son aise, il prit un solide battoir de lavandière, leva les jupes et lui appliqua une solide et retentissante fessée, ce qui lui fut d’autant plus facile qu’en ce temps-là — vers 1815 — les villageoises étaient rares qui portaient culottes ou caleçons. Puis enfin, lorsqu’il jugea la correction suffisante, il obligea la pauvre bonne femme à chanter ce qui l’avait si fort indignée

Paillette est le maître ici,
Paillette est le maître !…

Et, enfin, elle put s’enfuir, pleurant à chaudes larmes et les mains sur la croupe, sous les quolibets des voisins respectueux du maître d’école et qui déjà connaissaient l’histoire par la charitable Mme Paillette. Cette histoire villageoise m’ayant été donnée comme absolument authentique, je la raconte comme telle et sans en changer un iota.

Le duc de Roquelaure, dans ses mémoires secrets, raconte également l’aventure de la belle Mme Turcan qui fut fouettée par son mari dans la chambre même du duc. Je laisse la parole à cet amusant auteur.

M. Turcan, ayant surpris sa femme dans la chambre du duc, fait à ce dernier l’exposé de ses griefs envers sa moitié et, brusquement, empoigne cette dernière.

- Ciel !…

Cette exclamation avait été arrachée à Mme Turcan par un mouvement des plus brusques auquel elle venait d’être soumise au moment où elle s’y attendait le moins. Renversée et placée horizontalement sur le bras gauche de son mari, de telle sorte que sa tête et ses bras flottaient dans le vide derrière Turcan, elle se sentait prise comme dans un anneau de fer qui l’eût empêchée de se retourner ou de bouger, quelqu’envie qu’elle en pût avoir. La pauvre femme ignorait quelle épreuve on allait exiger d’elle, et je n’en savais pas davantage à ce sujet.

Tout à coup, M. Turcan, usant de sa main droite, releva prestement la robe, les jupons et la chemise de Madame, si bien que, sans avoir rien fait pour mériter une telle faveur et par la plus incroyable des surprises, je fus obligé de voir la plus belle chute de reins que j’aie peut-être admirée de ma vie, deux jambes merveilleusement taillées, tout ce qui formait, en un mot, l’antipode du visage de Mme Turcan. La lumière était si bien placée que je ne perdis rien de ce charmant coup d’oeil…

En vrai mari brutal qu’il était, M. Turcan, au lieu d’une caresse bien tendre, appliqua deux ou trois claques sur le derrière de sa femme et la remit bientôt sur ses pieds. La pauvre malheureuse était rouge comme une grenade.

Je ne vous croyais que sot… vous êtes à moitié fou, dit Mme Turcan Et, passant majestueusement devant son époux, elle se dirigea vers la porte, me salua gravement et sortit.

On trouve dans les Chroniques de l’OEil-de-Boeuf, déjà citées, le suggestif récit de la fessée que reçut en pleine cour, sous le règne de Louis XV, certaine grande dame, de la main même de son mari qui avait à s’en plaindre. Les fourrés de l’histoire abondent en anecdotes de ce genre toujours intéressantes pour celui qui aime à allier au sentiment piquant qu’elles inspirent, le souci de la réalité historique.

Il est à douter que ces faits publics, autorisés en quelque sorte par les moeurs du temps, ne se reproduisent jamais à notre époque. Aujourd’hui, les maris fouettent encore leurs femmes, dans bien des ménages, et réciproquement, mais la chose se passe dans l’intimité conjugale, derrière ce qu’on appelle le « mur de la vie privée ». Pourtant ce mur, comme tous les autres murs, a des fissures, par lesquelles un indiscret peut arriver parfois à se documenter. Jetons donc un coup d’oeil rapide par ces fissures, cela peut être intéressant.

Dans une conversation à plusieurs, dans une réunion, surtout lorsqu’il y a des femmes, il est rare que le mot « fessée » et ses dérivés soient prononcés. Si, par hasard, quelqu’un le jette, on voit une pudique rougeur couvrir le visage des dames et une certaine gêne s’ensuit. Est-ce parce que ce mot évoque certaine partie du corps qualifiée de « honteuse » par l’habitude . Il y a de cela, mais il y a autre chose aussi. C’est qu’en effet, il est bien rare que, dans un ménage, les ébats amoureux ne soient pas précédés de quelque petite fustigation, plus ou moins rude suivant les tempéraments, mais qui est devenue en quelque sorte un besoin pour ainsi dire naturel. La croupe, de par sa forme, sa plénitude de chairs, sa douceur satinée et sa souplesse, est évidemment la partie du corps féminin où s’attardent le plus volontiers nos caresses préliminaires, ce qu’on est convenu d’appeler des « bagatelles de la porte », et ce n’est pas sans raison qu’un écrivain humoriste écrivait il y a quelques années :

Si les femmes n’avaient pas de fesses
Qu’est-ce
Que nous ferions de nos mains,
Pauvres humains ?…

Or, de la caresse en ces endroits-là à la fessée bénigne, puis plus sévère, il n’y a qu’un pas. Comme on s’aperçoit que, le sang ayant été mis en mouvement de cette façon, la volupté a été plus profonde, on recommence, on y prend goût, on cherche des prétextes à corrections, à retroussis, et on en trouve toujours. De là, les corrections conjugales.

Un jeune mari me disait un jour :
- Mon cher, c’est épatant. Tous les soirs, lorsque ma femme se met au lit, il faut qu’elle ait sa fessée. Tu ne t’imagines pas combien cette longue chemise de nuit qui l’enveloppe alors est excitante. On dirait un grand bébé qui va se coucher, on ne voit que les petits pieds nus qui lâchent les babouches, un peu du mollet parfois, et puis, plus haut, ces formes pleines qui gonflent l’étoffe blanche et qu’on sent là… tout près. Ma foi, cela m’affole, je lève la chemise, je fouette, et c’est la fuite éperdue, la plongée dans les draps, les rires fous… pas toujours les rires, pourtant ! Quelquefois, je fouette trop fort, je perds la tête, je m’affole devant ces grosses choses rougissantes, et la pauvre petite se met à pleurer… Alors, je l’embrasse comme un fou et je la console, tu devines comment !… Dieu que c’est bon à embrasser, les joues chaudes et mouillées de larmes d’une jolie femme !…

D’autres encore m’ont fait de ces confidences. Un jour, sur une impériale d’omnibus, deux jeunes femmes bavardaient. J’étais dos à dos avec elles et j’entendais toute leur conversation, ce qui ne semblait pas d’ailleurs les gêner beaucoup. Elles parlaient de maladies quelconques. L’une d’elles devait tous les matins se faire frictionner à l’alcool, avec un gant de crin, sur tout le corps.
- C’est mon mari qui me frictionne, disait-elle ; mais si tu savais ce qu’il est agaçant ! Pas une fois, il ne peut me frictionner sans me fouetter ! J’ai beau prendre mes précautions, n’en découvrir qu’un petit bout à la fois, il faut que je reçoive ma fessée, comme une gamine !
- Et tu ne dis rien ? tu te laisses faire ?
- Dame, ma chère, je suis bien forcée, voyons !… Et puis je t’avouerai que ça ne me déplaît pas trop ! Je finis même par y trouver beaucoup de charme à la fin, ça remue le sang, ça fait du bien !…
- Oh ! la polissonne ! comment oses-tu dire !…

À ce moment, elles se retournèrent, virent que je riais et s’arrêtèrent brusquement, rougissantes et pincées.

Une dame veuve, fort honorable, et dont jadis, en province, j’eus l’agréable honneur de partager quelque temps les bonnes grâces, me confia que son défunt mari se soumettait fort volontiers à une correction de sa main. Elle aimait cet exercice et, au début, l’exécutait en riant ; mais lui qui adorait se transformer en bébé près de sa femme, sollicita d’elle qu’elle demeurât sérieuse pendant la correction et la lui infligeât comme si c’était réellement « pour de bon ». Ainsi faisait-elle. Souvent, au cours d’une discussion ou bien lorsqu’un avis émis par elle n’était pas approuvé par le mari, elle le prenait par la main, comme un enfant, et l’entraînait en lui disant simplement et sans rire :
- Viens dans ma chambre, mon ami !…

Une fois dans sa chambre, elle lui faisait mettre culotte bas, à genoux devant elle, et lui infligeait un certain nombre de coups à l’aide d’un martinet acheté à cette intention. Inutile de dire que ces corrections s’achevaient généralement dans une étreinte folle qui les mettait d’accord.

Je me trouvais dernièrement chez des amis et, parmi nous, il y avait deux fiancés, lui âgé de vingt-cinq ans, très gentil, elle âgée de dix-neuf à vingt ans au plus, une belle brune au visage un peu sévère, grande et bien bâtie. Tous deux bavardaient dans un coin lorsqu’une légère bouderie se produisit entre eux. Très calme, la jeune fille vint s’asseoir près de nous, tandis que le jeune homme demeurait dans un coin, la lèvre boudeuse.
- Qu’y a-t-il donc ? interrogea l’amphitryon en plaisantant. Une grosse dispute ? Ah ! mon cher Georges, continua-t-il en s’adressant au jeune homme, voilà ce que c’est, tu ne sais pas dresser ta future femme ? Quand tu seras marié, je te donnerai un excellent tuyau, j’ai même là un martinet qui te sera utile…
- C’est à moi qu’il faudra le confier ! interrompit la jeune fille sans même sourire. Je saurai m’en servir à l’occasion. D’ailleurs, le martinet ne me suffira pas, j’ai l’intention de lui adjoindre quelques orties !

Tout le monde, sauf elle, éclata de rire ; mais je remarquai que le rire du fiancé était aussi contraint que sa rougeur était vive. Cette anecdote, absolument authentique, n’indique-t-elle pas un singulier esprit de domination chez cette jeune fille belle, instruite et, j’en jurerais, absolument pure ?…

Mais ces exemples abondent autour de nous. Il vous suffit, à vous lecteurs, qui maintenant êtes avertis, d’ouvrir les oreilles pour entendre toutes ces petites choses amusantes qui tendent à prouver que, maintenant comme jadis, comme toujours, ainsi qu’elle régnait en souveraine, dans les écoles du moyen-âge, la poignée de verges — ou ce qui la remplace — continue à régner dans l’alcôve.

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Lord Dryalys (Jean de Villiot), Les Délices du fouet, précédé d’un Essai sur la flagellation et le masochisme, Éd. Charles Carrington, série « Phase de psychologie contemporaine », Paris, 1907.

Notes

[1Vieille chanson mayennaise. (Note de l’Auteur).



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