Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Le Salon de l’érotisme > Curiosités et Anecdotes sur la flagellation > La flagellation dans les maisons de correction et dans les prisons

Navigation



Curiosités et Anecdotes sur la flagellation

La flagellation dans les maisons de correction et dans les prisons

Essai érotique (Librairie des Bibliophiles, Paris, 1900)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


LA FLAGELLATION DANS LES MAISONS DE CORRECTION ET DANS LES PRISONS.

TAYLOR a écrit quelque part :

« Je crois que la Geôle est une école de vertu,
Une maison d’étude et de recueillement :
Un lieu de discipline et de réformation. »

Cette opinion fut loin d’être celle du célèbre auteur anglais Smollett par rapport aux maisons de correction de l’ancien temps. Il fait dire à une des femmes qu’il met en scène, que la maison de correction est ce qui, sur la terre, donne la plus frappante image de ce que peut être l’enfer. Au milieu de scènes de rage, d’angoisse et d’impiété, au bruit des plaintes douloureuses et des gémissements, on voyait des prisonnières contraintes d’exécuter des travaux au-dessus de leurs forces et fouettées avec la dernière rigueur quand elles succombaient dans cette tâche. Souvent, elles perdaient connaissance au cours de leur torture, pour se réveiller sous les coups et constater, une fois délivrées, le vol de leurs vêtements par leurs compagnes de misère. Réduite au désespoir le plus farouche une des malheureuses dont parle Smollett tenta de se suicider. Prise sur le fait, elle eut à subir le lendemain comme punition trente coups de verges.

Le « City Bridewell » à Londres qui donna son nom à toutes les autres maisons de correction du pays fut jadis un palais donné à la ville par Edouard VI pour servir de lieu de détention aux apprentis turbulents, aux mendiants ayant usé de menaces pour demander l’aumône et autres gens de désordre. Il y avait autrefois dans l’intérieur de la prison un portrait du donateur avec l’inscription suivante :

« Cet Edouard d’heureuse mémoire le sixième,
Chez lequel la grandeur s’alliait à la bonté,
Donna ce Bridewell, jadis un palais,
Pour servir de maison de correction aux vagabonds. »

La donation avait été faite en 1553 à la demande de l’Évêque Ridley qui désirait en faire une maison de travail pour les pauvres en même temps qu’un lieu de correction « pour les prostituées, les gens sans âme et pour le fauteur de désordres et le vagabond qui ne veut se fixer nulle part pour travailler. »

Les fustigations étaient appliquées au Bridewell pour des délits commis en dehors de la prison, mais les prisonniers pouvaient également y être fouettés par les geôliers et recevoir des coups de rotin s’ils ne travaillaient pas à la satisfaction du surveillant. Les femmes de mœurs légères (du moins celles qui se livraient à des querelles et à du tapage ou que l’on trouvait en compagnie de filous et de voleurs des grands chemins) ainsi que les chenapans des deux sexes étaient amenés devant les magistrats qui les condamnaient à un temps déterminé de séjour au Bridewell. Le jour fixé pour la réunion habituelle des magistrats on faisait attendre les prisonniers jusqu’à midi. Les huissiers les introduisaient dans la grande salle devant la cour. L’accusation formulée, la sentence était rendue sur le champ portant, le plus souvent que le coupable serait châtié séance tenante, en présence du tribunal. Si c’était une femme, les huissiers s’emparaient de la malheureuse et la préparaient de suite à la flagellation en lui arrachant les vêtements qui lui recouvraient le dos. Le fouet était manié par le plus jeune des huissiers qui faisait tomber les coups sur le dos de sa victime jusqu’à ce que le président du tribunal jugeât bon de faire cesser le supplice en donnant sur la table un coup du marteau qu’il tenait en main ; souvent, tandis qu’on fouettait ainsi une des malheureuses pensionnaires des Bridewell on entendait au dehors les vociférations de mégères rassemblées près de la prison et criant : « o bon Sir Robert, frappe ! o bon Sir Robert, frappe ! » Après sa fustigation la femme était remise aux mains des fonctionnaires de la prison. Elle accomplissait sa période d’incarcération en battant du chanvre pour en faire de l’étoupe.

La quatrième planche de la célèbre série des dessins de Hogarth pour « The Harlot’s Progress » représente l’intérieur de la prison du Bridewell.

On y voit des hommes et des femmes battant le chanvre sous les yeux d’un surveillant féroce, tandis qu’un jeune garçon, trop paresseux pour travailler, s’élève sur la pointe des pieds pour alléger ses mains emprisonnées dans un pilori. Au dessus de sa tête est un écriteau sur lequel on peut lire : « Mieux vaut travailler que se tenir ainsi. »

À propos du « Bridewell » on raconte une assez plaisante histoire. Une certaine Madame Credwell, célèbre proxénète du temps de Charles II s’était vue souvent condamnée à la peine du fouet et finalement mourut prisonnière au Bridewell. Elle laissa un testament où elle manifestait sa volonté de voir prononcer à ses obsèques un sermon pour lequel le prédicateur recevrait dix livres sterling mais à la condition qu’il ne dise d’elle que du bien (Well). Le prédicateur parla de la morte en général et finit ainsi son discours : « La défunte a demandé que je ne parle d’elle qu’en bien (Well). Tout ce que je puis dire c’est qu’elle est bien née (Well), qu’elle vivait bien (Well) et est bien (Well) morte. Elle s’appelait en effet Credwell, vint à Clerken Well et mourut à Bride Well. »

La flagellation des prostituées à Bridewell fut réputée pendant quelque temps un spectacle. Ce fut même tout à fait à la mode de se rendre à plusieurs dans la prison comme à un lieu de plaisir, tous les mercredis, jour où l’on flagellait.

Toutefois on ne flagellait pas toujours des femmes. Souvent aussi on pouvait assister sans bourse délier ni entrée de faveur, en pleine rue, à ce spectacle odieux, quand il était encore d’usage de flageller au cours d’une promenade suppliciante quelque malheureux attaché derrière une charrette.

De Foe, dans sa « Vie du Colonel Jack » donne le récit très minutieux et circonstancié d’une correction au Bridewell. Un des personnages du récit, presque un enfant, faisait partie d’une bande abominable qui enlevait des enfants et les envoyait en Amérique. La bande fut capturée et incarcérée à Newgate. Le héros de l’histoire s’exprime ainsi : « Quelle fut la punition infligée à ces scélérats, je ne saurais le dire actuellement, mais leur capitaine qui n’était encore qu’un jeune garçon, fut condamné à être trois fois sérieusement fustigé au Bridewell. Le Lord Mayor ou premier magistrat de la ville lui fit remarquer que cette sentence avait été prononcée par pitié pour lui éviter la pendaison, qu’il avait bien cependant une figure à le faire pendre et qu’il prenne en conséquence bien garde à lui. La physionomie de ce jeune scélérat offrait en effet le type le plus remarquable du criminel que l’on puisse rencontrer. On entendit d’ailleurs plusieurs fois encore parler de lui. Il était déjà emprisonné au Bridewell quand nous sûmes qu’on s’était emparé de lui et nous allâmes, le major et moi, pour le voir.

La première fois que nous nous rendîmes à la prison, il venait justement d’être extrait de sa cellule pour subir la flagellation conformément à la sentence prononcée. On avait ordonné qu’il fut sévèrement fouetté et cet ordre fut exécuté à la lettre. L’Alderman, président du Bridewell qu’on appelait, je crois, Sir William Turner, continuait pendant l’exécution, à lui faire la morale, lui rappelant sa jeunesse, quel dommage ce serait qu’un si jeune garçon vint à être pendu et bien d’autres choses encore ! quel crime il avait commis en enlevant de pauvres enfants innocents, etc. Pendant ce discours, l’homme à la plaque bleue (l’huissier) le fouettait sans miséricorde ; il ne devait s’arrêter que sur un signe de Sir William. Le pauvre capitaine se démenait et dansait sur place en hurlant comme un fou. Je dois dire que j’étais saisi moi-même d’une mortelle frayeur. Je ne pouvais l’approcher bien entendu mais je vis plus tard dans quel état ce supplice l’avait mis. Son dos était couvert d’ecchymoses et saignait en plusieurs endroits. Je faillis mourir d’horreur à cette vue. Je fis tout mon possible pour consoler ce malheureux quand il me fut permis de l’approcher. Mais ce qui devait lui arriver était pire encore puisque sur son dos meurtri d’une semblable façon, il dut subir encore deux flagellations aussi rigoureuses. Et cela fut si terrible qu’il dut être dégoûté pour longtemps du métier de voleur d’enfants. »

Tandis que de telles exécutions avaient lieu dans l’intérieur de Bridewell, on continuait à fouetter publiquement certains coupables attachés derrière une charrette conduite à travers les rues de la ville. Les pèlerinages de ce genre les plus ordinaires et les plus doux avaient lieu de Newgate à Ludgate et de Charing Cross à Westminster, mais de certains criminels eurent à se courber sous le fouet depuis Newgate jusqu’à Charing Cross. Il y avait, sur les côtés de la rue, un grand nombre de bornes et autres obstacles et quand la charrette venait s’y heurter, le bourreau redoublait les coups sur le dos de la malheureuse victime.

Au nombre des punitions infligées aux délinquants dans les maisons de correction modernes, se trouve la flagellation avec les verges et avec le rotin. Le rotin pour de légères infractions à la règle et les verges pour évasion ou tentative d’évasion. M. Blanchard Jerrold a fait la description d’une ou deux punitions de ce genre qu’il vit appliquer devant lui à la maison de correction pour garçons à Feltham. « Les punitions corporelles dit-il, sont administrées par un grand et musculeux maître instructeur de gymnastique qui a, je crois, servi dans l’armée. Toutefois le registre des punitions montre qu’il n’est pas souvent appelé à déployer sa force musculaire. Quelques coups de rotin sur le plat de la main ou une douzaine avec des verges sont appliqués pour beaucoup de délits, tels que : très grave insubordination, tentative d’évasion. J’ai été témoin de trois punitions au rotin et de deux flagellations avec les verges. Pour cette dernière punition, le gamin, dévêtu, était étendu sur une table et solidement maintenu par deux ou trois hommes, tandis que le sergent instructeur lui administrait très sévèrement avec un long paquet de verges de bouleau le nombre de coups qui lui étaient alloués. Quand c’était le rotin, le robuste sergent faisait siffler cet instrument dans l’air et le faisait claquer sur la paume de la main du gamin qui se tordait de douleur comme un ver blessé.

Les documents statistiques ou autres font défaut qui permettraient de savoir jusqu’à quel point ces flagellations publiques ou privées ont pu servir à diminuer le nombre des crimes. Nous avons cependant un cas bien authentique d’un homme qui fut publiquement fouetté et qui parvint néanmoins plus tard à occuper une position éminente. James Macrae commença en effet sa vie publique par une flagellation coram populo, qui lui fut administrée dans les rues de la ville d’Ayr, en Ecosse. Macrae était un garçon d’un tempérament fougueux et se trouvait à tout moment mêlé à quelque bruyante aventure. Cependant on ne sait pas pourquoi il fut châtié. Peut-être avait-il dérobé quelques pommes dans un verger ou commis quelque léger méfait de ce genre. Toujours est-il que, humilié par sa punition, il disparut de son pays natal. Il fut absent pendant de longues années et l’on n’entendit plus parler de lui quand enfin on le vit revenir avec le titre de gouverneur de Madras. S’étant enrôlé comme simple soldat, il s’était par la bravoure élevé jusqu’au grade d’officier supérieur et revint en Ecosse possesseur d’une fortune importante.

À l’époque dont nous parlons, la flagellation se donnait dans toutes les prisons du Royaume Uni, de même que publiquement, comme nous l’avons dit, derrière une charrette. Les magistrats des bourgs et des comtés assumaient une grande responsabilité en rendant des sentences ordonnant cette peine. Un certain magistrat Ecossais l’ordonnait un peu à la légère, sans même avoir l’instruction formelle et sans avoir recueilli des témoignages concluants. Une jeune femme ayant été condamnée par lui à être fouettée essaya de se faire enlever sa peine en alléguant qu’elle était mariée. « Vous êtes mariée ? lui dit-il. » — « Oui, Monsieur, répondit la femme. » — Alors, il n’y en a que plus de honte pour vous à vous trouver ici aujourd’hui et, se tournant vers le geôlier, le magistrat ajouta : « Frappe-la bien, frappe-la fort ! »

À cette même époque, la flagellation des deux sexes se pratiquait sur le continent, dans les prisons d’Allemagne et d’Italie. L’abrogation de cette peine en Allemagne est même récente. Il y eut un moment où tout prisonnier, dans ce pays, était fouetté à son entrée et à sa sortie de prison ! Dans certaines prisons on montrait aux visiteurs, à titre de curiosité, les instruments qui servaient à la flagellation et d’autres appareils de supplice.

Un fait se rapportant à la flagellation d’une servante, en Hollande, est intéressant à noter, la victime étant innocente. Elle avait été accusée et convaincue d’avoir volé sa maîtresse. Les preuves du vol avaient été données par cette dernière qui, d’ailleurs, avait elle-même placé dans la malle de sa bonne les objets soi-disant dérobés. La malheureuse bonne fut fustigée, marquée au fer rouge et condamnée aux travaux forcés dans une maison de détention. Pendant qu’elle subissait sa peine, on découvrit que sa maîtresse était la véritable coupable. Celle-ci fut donc poursuivie, condamnée à être fouettée de la façon la plus impitoyable, doublement marquée et envoyée aux travaux forcés à perpétuité. De plus, le tribunal qui avait condamné la servante sans preuves suffisantes fut obligé de lui payer une forte somme à titre d’indemnité.

En 1807, dix jeunes demoiselles appartenant à des familles très respectables, quelques unes du rang le plus élevé, furent enfermées sur la demande de leurs parents pour insoumission dans la maison de travail d’Amsterdam ; on les obligea de porter un costume particulier comme marque de dégradation ; elles durent même en certaines occasions subir des châtiments corporels. Des femmes coupables d’ivrognerie étaient également incarcérées dans cette maison et furent souvent obligées de subir la flagellation.

On pouvait voir encore tout récemment un instrument de punition d’une sévérité digne du moyen-âge. On l’appelait le « cavaletto ». Il était employé contre ceux accusés de crimes ordinaires et particulièrement les prisonniers récalcitrants. C’était une large dalle de marbre ou de pierre devant laquelle le prisonnier était forcé de se mettre à genoux, l’estomac collé contre cette dalle, les chevilles attachées à des anneaux fixés en terre les poignées à d’autres en avant, de sorte que le moindre mouvement lui était interdit. C’est alors que la torture commençait. On assénait sur son dos et sur ses épaules nus, selon la gravité du délit, vingt-cinq coups ou davantage d’une forte lanière en cuir, de deux pieds de long environ.

Dans les prisons de Hongrie, on emploie un mode de flagellation analogue, cette punition étant encore légale. La loi de ce pays permettait au seigneur ou à son bailli d’infliger, de sa propre autorité, jusqu’à vingt-cinq coups de bâton à un de ses paysans comme punition sommaire. Le paysan tenait à honneur de subir sans broncher cette bastonnade. Un tel héroïsme avait pour résultat de le rendre irrésistible aux yeux de sa belle qui lui payait avec usure en baisers les coups qu’il avait soufferts.

Cette punition n’est plus appliquée que judiciairement. Le banc de la bastonnade est un accessoire obligé de toute prison. C’est un banc peu élevé sur lequel le patient est étendu et attaché. Quand le patient y est couché et ficelé en quelque sorte, le haiduk se met à côté de lui, tenant en main une longue baguette de coudrier de l’épaisseur d’un doigt dont il lui porte un rude coup sur le dos nu et, une minute après, un autre coup et ainsi de suite, de minute en minute jusqu’à ce que le nombre de coups ordonné par la sentence ait été infligé. Il faut beaucoup d’habileté pour administrer convenablement cette punition, de façon à infliger le maximum de douleur, avec un minimum de dommages pour le corps. Personne n’est autorisé à l’appliquer avant de s’être perfectionné dans cet « art » en s’exerçant sur un sac rempli de bourre.

Les prisons de Hongrie sont souvent de vieux châteaux et les portes d’entrée en sont habituellement ornées de menottes, fers, fouets, martinets et autres instruments de punition et de torture.

Voir en ligne : Sur la Kleptomanie

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris