Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Le Salon de l’érotisme > Curiosités et Anecdotes sur la flagellation > La flagellation dans les mœurs anglaises

Navigation



Curiosités et Anecdotes sur la flagellation

La flagellation dans les mœurs anglaises

Essai érotique (Librairie des Bibliophiles, Paris, 1900)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


MŒURS ANGLAISES.

Il a paru à Londres en 1880 un ouvrage de haute curiosité sur la flagellation. Cet ouvrage était intitulé « Conférence expérimentale par le Colonel Cinglant » (Col. Spanker’s Lecture).

Cette conférence qui d’après cet ouvrage, a eu lieu à la Salle des réunions de la Société des Flagellants aristocratiques à Mayfair était faite dans le but d’expliquer les plaisirs et la volupté qu’on peut éprouver à abaisser et humilier la fierté d’une belle et pudique jeune fille. Nous extrayons de cet ouvrage l’introduction qui suit :

Ceux de nos lecteurs qui ont lu le récit des mystères de Vergeton House, reconnaîtront dans notre conférencier un apôtre enthousiaste de la verge, lequel après s’être bien amusé chez Mme Pickfess, revint à Londres à l’époque même où celle-ci fut contrainte, à la suite d’une indiscrète enquête au sujet de leurs communes victimes, les demoiselles Bellasis et Sutton, d’abandonner son établissement.

Le colonel Cinglant se lia bientôt avec deux ou trois gentlemen grands amateurs, comme lui, de l’exercice du fouet et qui grâce à son concours énergique, réussirent à fonder la Société des Flagellants aristocratiques, dont faisaient partie plusieurs des plus belles LADIES de cette époque. Leur premier soin fut de louer une maison dans Mayfair, à l’entrée même de Park Lane. Ils eurent pour gouvernante une cocotte sur le retour qui se chargea, moyennant finances, du service domestique de l’établissement.

Elle servait d’introductrice aux membres de la Société, après quoi elle disparaissait et se tenait discrètement à l’écart hors de la portée de la voix.

Le brave colonel procéda tout d’abord d’après un système fort bien élaboré au moyen duquel il fît peu à peu l’éducation des dames sociétaires, et les décida bientôt à rechercher, coûte que coûte, l’occasion de faire monter au diapason le plus aigu l’excitation voluptueuse de leurs sens.

Les victimes furent d’abord de pauvres filles du ruisseau, telles que vendeuses d’allumettes, bouquetières et autres EJUSDEM FARINÆ, qui, moyennant quelques guinées, consentirent à exposer leurs vulgaires fessiers à telles flagellations qu’il plut au colonel de leur infliger.

L’absence de toute sensibilité et de pudeur chez des filles d’aussi mauvaise éducation présentait un sérieux inconvénient, car le maître des cérémonies était à chaque instant forcé d’expliquer à ses auditeurs comment les jeunes filles de bonne famille sont les seules qui comprennent la honte qu’il y a à être exhibées et humiliées sous les yeux de personnes de leur propre sexe et, à plus forte raison, sous les yeux d’une personne du sexe opposé.

Ils s’assurèrent de la personne d’une apprentie couturière qui remplissait les conditions requises beaucoup mieux que les grossières filles du quartier de l’Est, dont jusqu’alors ils avaient du se contenter. Néanmoins, ses cris de douleurs et d’indignation ne répondirent guère à l’idée que s’était faite le Colonel d’une victime pudique et sensible qui, selon lui, devait présenter un spectacle autrement alléchant. La honte dont la rempliraient tous les menus outrages qu’elle aurait à subir ; l’horreur et le dégoût provoqués par les indignités abominables dont on l’abreuverait, ne pouvaient manquer d’exciter leur intérêt au plus haut point.

Ses fréquentes allusions à l’insipidité des plaisirs qu’ils éprouvaient à opérer sur des victimes payées et consentantes allumèrent à ce point les convoitises de ses auditeurs, qu’ils ne parlèrent plus que des moyens à employer pour se procurer une victime convenable. Ils chargèrent leur président de leur dénicher une jolie jeune fille de l’aristocratie, élevée dans tous les principes de l’honnêteté, sous l’aile d’une tendre mère, et douée de toutes les exquises sensibilités d’une pudeur entretenue par une éducation morale et religieuse et devenue pour ainsi dire une seconde nature.

Il y avait déjà quelque temps qu’il s’employait de tous ses efforts à éveiller et à seconder chez les sociétaires cet ardent désir d’assister à une flagellation d’un ordre plus élevé. Il avait, en conséquence, jeté les yeux sur une jeune personne qui lui était connue, car elle vivait dans leur monde ; c’était Miss Ponsonby, ravissante blonde de dix-sept ans. Elle avait perdu son père. Sa mère, Lady Ponsonby, désirait trouver une dame respectable à qui elle put, en son absence, confier sa fille, car elle devait, sous peu, partir pour le continent. Le Colonel ajouta qu’il avait donné des instructions à son agent. Or, cet agent n’est autre qu’une dame du demi-monde laquelle, se sentant vieillir, consent à exercer les fonctions de procureuse. Cette honorable personne doit se présenter, sous le nom de Miss Carr Burton, chez Lady Ponsonby, et comme elle possède tout ce qu’il y a de meilleur en certificats (faux naturellement), il espère qu’elle parviendra à leur amener Julie.

Des applaudissements unanimes accueillent cette nouvelle, et les dames se montrent, encore plus que les gentlemen, désireuses de voir la prompte réalisation de ce beau projet.

Que c’est gentil. Quelle charmante idée. Contempler le joli corps de Julie. Mais, il va rougir autant que son visage. Oh ! cher Colonel, j’espère que vous ne manquerez pas d’amener cet amour de victime.

Et elles l’assuraient de leur vif intérêt. Fort de leur approbation, il indiqua pour la réunion une date très rapprochée, car il espérait, disait-il, avoir bientôt en son pouvoir Miss Ponsonby, et il leur promit de leur faire une Conférence sur la Sublime Théorie de la Flagellation envisagée sous ses aspects les plus divers et les plus exquis et de la mettre en pratique sur la belle et jeune victime.

Nous nous bornerons maintenant à citer quelques extraits curieux de ce volume dont nous ne voulons pas reproduire en entier le contenu, qui nous semble une apologie de la Flagellation appliquée par pure cruauté. Ces mœurs, sont hélas ! par trop répandues, et de nos jours encore, dans la nation anglaise. Nous ne voudrions pas nous faire les apôtres de cette excitation malsaine qui ne peut éclore qu’en des cerveaux déséquilibrés, nous bornant à mentionner les faits, « la vérité, l’âpre vérité ».

La Société dont il est question dans l’ouvrage avait son siège dans un vaste édifice auquel on avait accès par une cour bien close, de sorte que les personnes arrivant en voiture ne pouvaient être vues des passants et que les victimes, toujours amenées dans des voitures fermées, se trouvaient dans l’impossibilité de reconnaître plus tard cet endroit.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

C’est dans cette salle que la malheureuse Julie dont il est question dans la préface va recevoir d’incroyables châtiments ; c’est là que se passèrent des scènes inouïes dont, nous le répétons, nous ne donnerons qu’un simple résumé.

La prétendue Miss Carr Burton a fait croire à Lady Ponsonby qu’elle occupe un appartement au palais d’Hampton Court mais qu’elle va louer pour la saison une maison à Mayfair. Elle sera enchantée, dit-elle, de conduire la chère Julie dans le monde et de lui servir de protectrice et de cicérone. La confiante Lady Ponsonby enchantée d’une proposition si avantageuse pour sa fille, confie imprudemment aux mains de cette aventurière la pauvre Julie qui bientôt se voit conduire en un splendide boudoir… dans lequel elle est enfermée. La nuit approche, ne laissant dans la chambre qu’une incertaine clarté qui trouble et effraie la jeune fille. Soudain, derrière la porte verrouillée un pas furtif se fait entendre, alors qu’une lettre est glissée sous les tentures. Défaillante, Julie parcourt rapidement ce qui suit :

Ma chère Miss Ponsonby,

Excusez mon apparente trahison, mais je ne suis pas ce que vous pensez. Carr Burton est un faux nom de mon invention ; je suis forcée de rentrer chez moi, mais ce n’est pas à Hampton Court que je me rends. Voua vous trouverez bientôt sous la garde d’un digne gentleman à qui je vous ai livrée. Il vous tiendra lieu de tuteur et vous fera sentir les effets d’une discipline toute paternelle. Vous allez figurer à une conférence devant des messieurs et des dames qui se réunissent dans cette maison pour se livrer à des pratiques de Flagellation ; ce sont des membres de l’aristocratie que vous avez peut-être rencontrés dans le monde. Ils vous connaissent bien, mais ils seront déguisés de façon à se rendre méconnaissables. Préparez-vous, ma pauvre enfant, à toutes sortes de hontes, de tourments et d’humiliations ; le plaisir dont ils jouiront au spectacle de vos souffrances étouffera les sentiments de pitié qu’ils pourraient éprouver pour leur belle et tendre victime. J’ai joué mon rôle dans le complot et, en vous disant adieu, je me hâte de quitter cette maison, car les dames qui l’honorent de leur présence ont trop de dignité pour tolérer que leur procureuse reste en leur société.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Suit dans le volume une première entrevue de Julie avec le Colonel qui, ne le trouvant pas assez obéissante à son gré la renverse rapidement sur ses genoux, et entr’ouvrant son pantalon s’apprête à la corriger ainsi qu’une petite fille. Julie remplie d’horreur et de dégoût est prête de mourir de crainte. Le Colonel découvre un peu la tête de la jeune fille afin de mieux jouir de la vue de son visage empourpré, puis la flagelle vigoureusement.

Nous arrivons à la conférence proprement dite. Les membres de la société se dirigeaient vers la salle de conférence qu’ils nommaient le Paradis, persuadé qu’ils sont qu’Adam et Eve ravivaient leurs désirs émoussés au moyen de fréquentes applications de la verge, dans le jardin de l’Eden, où naturellement ils charmaient leurs nombreux loisirs en se livrant à tous ces raffinements de l’amour que condamne aujourd’hui comme obscènes et impies, à leur avis, une société hypocrite et pudibonde, mais qui dans ces temps primitifs formaient le seul souci d’une vie inoffensive et sans orages, et désireuse seulement de se conformer au plus important commandement du Créateur : Croissez et multipliez.

Et ainsi va le monde ! Les croyances absurdes, enracinées par des siècles d’ignorance, produisent les pires méfaits, et font de nous parfois des êtres d’une dégradation vraiment incroyable, hantés de plaisirs et de cruautés !

Citer tous les faits mentionnés dans le volume serait chose impossible. L’innocente victime Julie se vit contrainte de subir les mauvais traitements de ces hideux personnages, du Colonel en particulier, qui, tout en développant les arguments que lui suggérait son esprit de blasé inventif, ne faisait faute d’appuyer immédiatement ses dires sur la sensible peau de Julie. — Une jeune dame de l’aristocratie — disait le Colonel à son auditoire — est comme une pouliche sauvage des steppes de la Tartarie ou du Far-West américain ; elle peut être douce et timide de sa nature ; mais dès qu’elle sent se raidir sur son cou la bride de l’obéissance, elle se croit outragée, dégradée et elle se cabre aussitôt…

Le seul moyen efficace en ce cas, est de prendre, dès le début, une attitude ferme et menaçante et de faire, comme moi, bon usage du fouet. Ce moyen, plus promptement que tout autre réussit à dompter toute résistance.

*
* *

Nous croyons inutile de reproduire les détails d’une nature intime, qui remplissent l’ouvrage et dont l’exposé nous semble au moins oiseux.

Entre autres passages, le suivant nous paraît présenter quelque intérêt.
- J’ai connu de mon temps, dit un des assistants, des personnes qui avaient des goûts bien singuliers surtout au sujet du pantalon. Une de ces personnes, un veuf, avait une fille unique : 14 ans, jolie personne, à qui son air sévère, imposait à ce point qu’elle obéissait aveuglément à ses ordres quels qu’ils fussent.

Son divertissement favori était de fumer tranquillement son cigare après dîner en contemplant sa fille qui, pendant une demi-heure et davantage se tenait devant lui les jupons retroussés jusqu’à la ceinture. Lui, assis dans son fauteuil, restait là sans souffler mot s’amusant à observer comme les bras fatigués se relâchaient peu à peu.

Puis, tout à coup un froncement de sourcils rappelait à son devoir la pauvre fille qui, terrifiée, s’empressait de relever ses jupons tandis que le vieux sacripant jouissait de la vue de son visage empourpré, de ses yeux pleins de larmes et entendait, ravi, ses sanglots étouffés.

Une autre personne de ma connaissance, à la vue d’une jeune fille, semblait près d’être atteinte de folie, car il lui fallait immédiatement s’assurer sous peine de dérangement cérébral, si la fille avait un pantalon, si elle n’en avait pas, quel genre de pantalon elle portait ? Ce personnage se mettait à l’affût des jeunes filles revenant de l’école, puis s’approchant à pas de loup de l’une d’elle il relevait d’un seul coup robe et jupons et lui appliquait deux ou trois claques avant qu’elle put se reconnaître ou savoir à qui elle avait affaire. Il prenait différents déguisements et se trouvait toujours à quelque distance, les yeux fixés ailleurs quand elles s’avisaient de se retourner. Il maniait avec dextérité une petite canne à bec de corbin qu’il introduisait dans la fente du pantalon et au moyen duquel il tirait la chemise de façon à découvrir le blanc postérieur.

Le bec de la canne atteignait parfois une partie plus sensible, pouvant causer de graves désordres. On retrouva d’ailleurs après son passage deux ou trois jeunes filles étendues sans connaissance sur la voie publique mais la honte leur ferma la bouche.

Ce monsieur s’offrit ce petit divertissement pendant des mois entiers, sans en être autrement inquiété, enfin se sentant dépisté il s’en fut renouveler ses exploits dans un autre quartier.

Un autre membre de la société prit la parole :
- Je me divertis parfois, dit-il, en me mêlant au bas peuple dans les quartiers ouvriers, sous un déguisement bien entendu, et me faisant passer pour un des leurs. Je rencontrais un soir dans une des rues mal famées qui avoisinent le Pont de Londres un individu, sellier de son état, quoiqu’il parut plutôt ressembler à un brasseur, et qui portait sous son bras un faisceau de brindilles de bouleau réunies en forme de verge. Je l’interpellai en ces termes :
- Je te paie un pot de bière, mon vieux, si tu me dis ce que tu veux faire de ce chatouilleur.
- Rien de meilleur pour les gamines, répondit-il ; la bourgeoise aussi y trouve son profit ; tu peux m’en croire ; paie-nous un autre pot ou deux à la cambuse et tu en verras une bien bonne.

J’acceptai la proposition, et il me conduisit près de sa femme dans une misérable chambre.
- La bourgeoise, cria-t-il en entrant, où est la mioche ? mon copain que voilà voudrait voir la farce.

La femme, qui n’était pas mal, mais dont les traits respiraient une brutale sensualité, trouvait évidemment plaisir à voir fouetter l’enfant et bientôt, elle amena une petite créature, d’une douzaine d’années qui tremblait de tous ses membres, mais qui eût paru jolie, si elle avait été soignée, et plus convenablement vêtue. Le père, à moitié ivre, la jeta sur ses genoux et lui infligea une correction qui dût être fort douloureuse à en juger par les cris qui firent retentir toute la maison. Ce sauvage ne mit fin au supplice que lorsque son bras fut trop fatigué pour frapper. Puis la pauvre enfant s’enfuit couverte de sang. Un autre jour, l’ivrogne, encouragé par mes rires, dépouilla la petite Milly — c’était le nom de sa fille — de tous ses vêtements et, la couchant la face contre la table, il l’attacha de façon à ne lui permettre aucun mouvement. Il commença par la brûler sur diverses parties du corps avec sa pipe presque rouge ; puis, secouant les cendres il fit tomber sur elle le culot de tabac encore brûlant. Après, il s’assit tranquillement pour jouir à son aise des souffrances de la pauvre petite qui poussait des cris à fendre l’âme, et cette brute, en me faisant remarquer avec un ricanement féroce les contorsions de l’enfant, m’assura que l’odeur de la chair brûlée lui faisait venir l’eau à la bouche.

Autre récit puisé dans cet intéressant volume :

Pour la cruauté sensuelle et la honte infligées aux victimes — dit l’un des assistants — rien n’approche des pratiques de l’Inquisition.

Torquemada, ce monstre à figure humaine, était passé maître en l’art de tirer les plus grandes jouissances de la vue des souffrances.

Une des tortures courantes consistait à attacher une jeune fille nue à un poteau. Après l’avoir fouettée jusqu’au sang, les bourreaux la fustigeaient avec des orties, la brûlaient au moyen de plaques rougies au feu, puis la retournaient pour offrir le spectacle des angoisses peintes sur son visage. D’abord ils permettaient à la victime de crier à son aise, puis, remise à la torture elle était bâillonnée afin de rendre plus intense l’expression de souffrance de ses traits décomposés et aussi dans cette pensée, fort exacte du reste, que la douleur qui ne peut trouver expression dans des cris devient d’autant plus terrible que la victime ne peut pas se soulager de cette façon.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Un autre auditeur prit la parole :
- J’ai entendu parler autrefois d’un vieux millionnaire de soixante ans qui voulait s’offrir la fantaisie de jouir d’une jeune fille de dix-neuf ans, pauvre, mais belle. Après un mariage précipité, l’heureux couple traversa l’Italie et alla s’enfermer dans un petit château perdu dans une gorge des Apennins, en compagnie d’un seul serviteur, un jeune valet de dix-huit ans du nom de Charles.

Le vieux millionnaire avait donné ses ordres secrets et toutes les dispositions avaient été prises en vue de ses plaisirs mystérieux.

La jeune femme parut surprise en apercevant dans sa chambre à coucher un véritable cheval de Berkley. Mon ami, demanda-t-elle à son mari, que peut-être cet objet ? N’est-ce point une échelle ?

Oui, répondit le sexagénaire, c’est une échelle destinée à ce que vous allez voir :

Permettez-moi d’abord de vous dire, ma chère, que je suis seul juge de ce vous devez faire et comme preuve de ce que j’avance, vous allez obéir sur le champ à mes moindres caprices, sinon je vous brûle la cervelle. Nous sommes éloignés de toute habitation… mon domestique m’est dévoué… déshabillez-vous… vite, vite, vite… dit-il en braquant sur elle un pistolet.
- Oh ! Oh ! Oh ! s’écria la femme… pour l’amour de Dieu ne me menacez pas avec cette vilaine arme.

Enfin vaincue par ses menaces la pauvre femme se déshabille, monte sur l’échelle, et voit avec terreur entrer le laquais porteur de deux superbes verges.

Je n’insisterais pas sur la scène qui suivit si ce n’est pour dire que le bras du laquais ne retomba que lorsqu’il fut las de frapper.

Et la morale de cette histoire c’est que le vieux Monsieur mourut trois ou quatre jours après d’une façon fort mystérieuse ; sa veuve hérita de la plus grande partie de ses biens et peu de temps après épousa son valet Charles. Cette affaire n’eût jamais vu le jour si l’un des exécuteurs testamentaires n’eût trouvé plus tard dans les papiers du défunt un récit détaillé de cette affaire écrit de la propre main du vieillard avec cette note en marge :

J’ai tout lieu de croire qu’elle ne durera pas longtemps, car la volupté que j’éprouve est trop grande pour que je songe à épargner la victime et je me trouverai bientôt dans la nécessité de me procurer une autre femme.

LE JARDIN DES SUPPLICES.

Le merveilleux et puissant écrivain, le lyrique éperdu et trépidant qu’est Octave Mirbeau vient de faire paraître un ouvrage qui est à la fois un prodige d’horreur et un miracle de beauté « Le Jardin des Supplices ».

« À travers la simple fiction d’un voyage en Chine, écrit M. Léon Daudet, dans l’article très remarquable qu’il a consacré à ce chef-d’œuvre terrifiant, d’un ouvrage où compagnonnent un politicien français et une Anglaise extraordinaire, passent et flamboient une multitude de tableaux à la Hogarth, hallucinatoires et précis, d’une variété, d’une sauvagerie, d’une intensité sans cesse croissantes. Ces scènes de torture, ces récits forcenés d’un bagne d’Extrême-Orient et plus encore d’imagination extrême, ont pour cadre, par un saisissant contraste, la flore la plus merveilleuse, la plus parfumée, la plus grisante tel qu’un gigantesque pavot, droit et hardi sous les feux du jour, enferme en puissance le rêve et la mort. »

Nous extrayons pour nos lecteurs la page où l’auteur fait raconter par cette effrayante petite Claire où sa science et sa cruelle ironie de penseuse a incarné tout le mystère du désir farouche, une scène atroce de flagellation d’un genre vraiment terrible.

Tu ne m’écoutes pas, vilain, dit-elle à son amant… Et tu ne me caresses même pas !… Caresse-moi donc, cher… Tâte comme mes seins sont froids et durs…
Et, d’une voix plus sourde, son regard dardant sur moi des flammes vertes, voluptueuse et cruelle, elle parla ainsi :
- Tiens !… il y a huit jours… j’ai vu une chose extraordinaire… Oh ! cher amour, j’ai vu fouetter un homme, parce qu’il avait volé un poisson… Le juge avait déclaré simplement ceci : « Il ne faut pas toujours dire d’un homme qui porte un poisson à la main, c’est un pêcheur ! » Et il avait condamné l’homme à mourir, sous les verges de fer… Pour un poisson, chéri !… Cela se passa dans le Jardin des Supplices… L’homme était, figure-toi, agenouillé sur la terre, et sa tête reposait sur une espèce de billot… un billot tout noir de sang ancien… L’homme avait le dos et les reins nus… un dos et des reins comme du vieil or… J’arrivai juste au moment où un soldat, ayant empoigné sa natte qu’il avait très longue, la nouait à un anneau scellé dans un dalle de pierre, dans le sol… Près du patient, un autre soldat faisait rougir, au feu d’une forge, une petite… une toute petite badine de fer… Et voici… Ecoute-moi bien !… M’écoutes-tu ?… Quand la badine était rouge, le soldat fouettait l’homme à tour de bras, sur les reins… La badine faisait : Chuitt ! dans l’air… et elle pénétrait, très avant, dans les muscles qui grésillaient et d’où s’élevait une petite vapeur roussâtre… comprends-tu ?… Alors le soldat laissait refroidir la badine dans les chairs qui se boursoufflaient et se refermaient… puis, lorsqu’elle était froide, il l’arrachait violemment, d’un seul coup… avec de menus lambeaux saignants…

Et l’homme poussait d’affreux cris de douleur… Puis le soldat recommençait… Il recommençait quinze fois… Et à moi, aussi, chère petite âme, il me semblait que la badine entrait, à chaque coup, dans mes reins… C’était atroce et très doux.

Voir en ligne : Psychologie du fouet

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris