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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

La loi de Lynch

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre VII)



Auteur :

Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


VII
LA LOI DE LYNCH

Une après-midi, Miss Dean et moi étions assises sous la véranda. Mon amie confectionnait des chemises pour les esclaves, tandis que j’arrangeais un chapeau ; ce faisant, je fredonnais une chanson nègre intitulée : Ramenez-moi vers ma vieille Virginie. Il était au moins bizarre que je chantasse ces couplets, moi qui, précisément, aurais voulu me voir à mille lieues de ce maudit pays, et qui, certes, n’aurait jamais demandé à y revenir. Tout à coup, nous entendîmes le pas de plusieurs chevaux, mêlé à des voix d’hommes, et en regardant dans l’avenue, je vis, les uns à pied, les autres à cheval, une vingtaine d’individus paraissant se diriger vers la maison. Nous ne savions ce que ces gens pouvaient nous vouloir, aucun blanc ne se présentant jamais chez nous. Arrivés à notre porte, ils attachèrent leurs chevaux à la grille, et vinrent se placer autour de nous. Leurs regards durs et la façon dont ces hommes nous regardaient me terrifiaient. Ils m’étaient tous inconnus et leurs vêtements grossiers, leurs longues barbes, leurs chemises de coton, trahissaient clairement des coureurs des bois. Je voyais bien que leurs intentions n’étaient rien moins que pacifiques, mais j’ignorais absolument ce qu’ils pouvaient nous vouloir. Enfin, l’un d’eux, un peu mieux vêtu que les autres, et qui pouvait avoir une quarantaine d’années, — et que je sus après être un chef de bande, du nom de Jack Stevens, s’approcha de Miss Dean, et lui dit :
- Allons, levez-vous toutes deux. Mes amis et moi avons quelque chose à vous communiquer.

Soumises, ainsi qu’il convient à des femmes demi-mortes de peur, nous nous levâmes, et Miss Dean, qui s’était ressaisie demanda sans hésitation :
- De quel droit envahissez-vous ma maison aussi brutalement ?

L’homme se prit à rire dédaigneusement :
- Vous n’en savez rien ? ricana-t-il. Eh ! vous m’étonnez car vous êtes loin d’être aussi innocente que vous le paraissez.

Il poussa un énergique juron, et continua :
- Nous avons appris que vous dirigez une station souterraine, et depuis que vous êtes ici, bon nombre d’esclaves se sont évadés par votre entremise. Écoutez bien, et tachez de comprendre : nous autres, Sudistes, ne voulons sous aucun prétexte que les Nordistes anti-esclavagistes viennent fourrer leurs nez dans nos affaires, et s’emploient à prêcher la révolte parmi nos esclaves. Quand nous avons la chance d’attraper quelqu’un de vos semblables, nous lui faisons amèrement regretter de s’être occupé des nègres, et maintenant que nous vous tenons, nous allons vous juger, selon la loi de Lynch. Les hommes qui m’accompagnent constitueront le Jury.
- Eh bien, les amis, dit Stevens se tournant vers ses compagnons, est-ce ainsi qu’il fallait parler ?
- Bravo, bravo, Jack, très bien ! approuvèrent quelques-uns.

Je tombai sur ma chaise absolument anéantie. J’avais entendu raconter mille cruautés perpétrées sous l’égide de la loi de Lynch.

Miss Dean était toujours très calme :
- Si vous avez quelque chose à nous reprocher, dit-elle, vous n’avez dans aucun cas le droit de faire justice vous-mêmes ; vous devez prévenir la police et les autorités de votre État.

Un murmure de voix furieuses interrompit mon amie :
- Nous avons le droit d’agir comme bon nous semble. La loi de Lynch est faite pour vous et vos pareils ; taisez-vous ! Allons, Jack, assez causé, et au travail !
- C’est bien, mes enfants, il nous importait de trouver les oiseaux au nid ; maintenant, sortons un instant afin de statuer sur le sort des prisonnières ; nous savons qu’elles sont coupables et le seul point à fixer est le châtiment quelles auront à subir.

Nous restâmes seules et les hommes, dehors, s’entretinrent avec animation. Malheureusement, ils étaient trop éloignés pour que nous pussions saisir leurs paroles. J’étais affaissée sur ma chaise, absolument morte de peur :
- Oh ! Miss Dean, que vont-ils nous faire !
- Je n’en sais rien, ma chérie, répondit-elle en me prenant la main ; pour moi, je ne m’en inquiète guère, mais je suis terriblement désolée de vous avoir entraînée dans ce guêpier.

Je restai près de mon amie… elle me serrait les mains, les caressant affectueusement. Les lyncheurs revinrent enfin ; ils avaient discuté avec animation, ayant eu, semblait-il, beaucoup de peine à se mettre d’accord.

Enfin, Stevens s’avança vers nous d’un air à la fois solennel et grotesque.
- La cour, dit-il avec emphase, a statué sur votre cas et voici ce qu’elle a décidé : Vous êtes condamnées toutes deux à être fouettées avec une baguette de coudrier. Vous serez ensuite mises à cheval sur le coupant d’une palissade, et ensuite il vous sera enjoint d’avoir à quitter l’État de Virginie dans les quarante-huit heures. Ce laps de temps passé, si on vous retrouve ici, vous aurez de nouveau affaire à nous.

En entendant cette horrible sentence, mon sang se glaça dans mes veines. Je voulus me lever ; mes jambes me refusèrent tout service, et je retombai sur mon siège.
- Oh ! vous ne nous fouetterez pas, m’écriai-je ; certainement vous ne voulez pas nous torturer ainsi ! Ayez pitié de nous, je vous en prie… ayez pitié de nous.

Mais il n’y avait pas la moindre trace de sensiblerie sur la figure de ces brutes, et l’un d’eux s’écria :
- Misérable petite Nordiste, si j’étais libre de mes actions, je vous enduirais de goudron et de plumes et je vous mettrais à cheval sur la palissade pendant deux heures. On verrait la tête que vous y feriez.

Cette grossière plaisanterie les fit éclater de rire et je retombai sur ma chaise en sanglotant encore plus fort.

Miss Dean, elle, ne donnait pas le moindre signe d’émotion ; elle était extrêmement pâle, mais ses yeux brillaient d’une lueur étrange et dit en s’adressant au chef de la bande :
- J’avais toujours entendu dire, et j’étais persuadée que les Sudistes étaient chevaleresques et cléments envers les femmes, je regrette de m’être trompée.
- Il n’y a pas ici à être chevaleresque : vous agissez comme des hommes ; ne vous en prenez qu’à vous mêmes si nous vous traitons en hommes.
- C’est bien. Il faut que vous sachiez tous ici que je suis la seule coupable. Cette jeune fille, qui est mon secrétaire, n’est pour rien en tout ceci. Vous devez donc l’acquitter.
- Jamais ! réclamèrent quelques voix.
- Taisez-vous, s’écria Stevens, et laissez-moi parler.

Et se tournant vers nous, il ajouta :
- Nous savons parfaitement que vous êtes la directrice de ce bureau de soi-disant bienfaisance ; mais comme cette fille vous aidait dans cette besogne, elle doit être punie ; cependant, elle sera fouettée moins sévèrement que vous… Est-ce juste, amis, demanda-t-il à ses féroces acolytes.
- Parfaitement, parfaitement, soyons moins sévères envers l’enfant que vis-à-vis du vieux chimpanzé.

L’un d’eux s’écria :
- Mais où donc est la servante. N’aurait-elle pas besoin d’une petite correction ? Une petite promenade sur le grillage ne pourrait, il me semble, que lui être salutaire.
- Évidemment, approuva le chef. Que deux d’entre vous courent à sa recherche, et que les autres s’occupent de trouver des baguettes.

Les hommes s’assirent en attendant ; ils plaisantaient grossièrement et, à chacune de leurs remarques, le rouge me montait au visage. Miss Dean, toujours calme et tranquille, ne paraissait pas entendre les ignominies de ces sauvages. Ceux qui étaient partis à la recherche de Marthe revinrent au bout d’un instant :
- La souillon est partie, dirent-ils ; elle s’est sans doute défilée dans les bois.
- Bah ! dit Stevens, nous avons les deux patronnes, et il est probable que lorsque nous en aurons fini avec elles, elles regretteront amèrement de s’être occupées d’abolitionnisme.
- Vous avez raison, Jack, crièrent les hommes ; nous leur ferons maudire le jour où elles se sont installées en Virginie… Et maintenant, à l’ouvrage.
- À l’ouvrage, répliqua Stevens. Bill, allez chercher l’échelle qui est sous le hangar ; Peter et Sam, vos baguettes sont-elles prêtes ? Ah ! ah ! ces dames ont sans doute souvent été cueillir et croquer la noisette, mais je doute qu’elles aient jamais reçu des coups de baguette d’hickory sur leur petit derrière.

Les hommes riaient bruyamment, et je recommençais à trembler.

Quand donc ce supplice allait-il prendre fin ?

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : L’Exécution d’une sentence (Chapitre VIII)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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