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L’Ardente passion

La première gifle

Roman érotique (Chapitre I)



Auteur :

Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.


INTRODUCTION

Troublante étude de l’amour naissant chez un adolescent ; mais aussi étude dramatique des ravages que fait dans l’âme d’une femme de trente ans, un amour pour un adolescent. Elle lutte, et afin de fortifier son énergie, elle martyrise le jeune homme qui a révélé en elle, les désirs longtemps assoupis. Elle en fait sa chose, son esclave. Mais enfin, aidé par des cousines astucieuses, il se révolte. À son tour il domine par le fouet, celle qu’il a domptée, goûte alors à l’amertume de cette passion qui la prend tout entière ; ayant connu les caresses de l’adolescence ingénue, elle n’aimera plus jamais un homme, ne trouvant pas sur ses lèvres, la fraîcheur de celles de son petit ami. Quant à lui, ayant vaincu une fois, il ne s’arrête en si bon chemin et les cousines jadis ses alliées, deviennent à leur tour ses esclaves. Le fouet en main, il sera dorénavant, le véritable bourreau des… cœurs et son ambition ne connaîtra plus de bornes.

I

De la grille, il lui jeta, avec un sourire :
- Veillez bien sur mon fils, madame Teillay.

Elle s’inclina, en signe d’assentiment, mais glissant de son côté un regard haineux. Elle le détestait cet homme, sans savoir pourquoi. Simplement parce qu’il était le patron, un parvenu, à qui la fortune avait souri, tandis qu’elle-même, d’une vieille famille bourgeoise, elle se voyait contrainte de travailler, d’être la gouvernante, chez ce veuf solitaire. Quand elle le vit loin sur la route, elle eut un soupir de soulagement : enfin il était parti, il ne serait de retour avant six mois. Pendant tout ce temps, elle serait maîtresse de ce home silencieux, maîtresse d’elle-même.

Le personnel était réduit à une bonne à tout faire ; quant à elle, sa tâche consistait en une surveillance générale, une direction de l’existence matérielle de la famille.

Maussade, elle parcourut les pièces du rez-de-chaussée de cette vaste demeure, dont une faible partie était occupée. Mme Le Breuil décédée, il semblait que toute la vie s’était tue, la mélancolie était tombée pour régner en despote.

À la serrure de la bibliothèque, elle se pencha, et vit le fils du maître, celui que M. Le Breuil à son départ, lui avait confié. Celui-là aussi, elle le détestait, parce que, sa joliesse, depuis longtemps réveillait sa chair assoupie.

Divorcée à vingt-huit ans, elle s’était jurée de ne jamais plus connaître les caresses de l’homme. Et pourtant… le désir était en elle, qui la mordait cruellement, faisant fléchir sa volonté.

Elle se retira dans un petit boudoir contigu au grand salon, et là, sur un divan moelleux, elle s’allongea, les yeux clos, l’être frémissant. Plus rien autour d’elle n’existait, seulement son rêve ailé, qui la transportait en des mondes nouveaux, insoupçonnés, où la volupté était déesse et la gêne exclue.

Dans la maison, nul bruit, le silence du tombeau, avec parfois le hululement lointain d’une corne d’auto sur la route.

Louis, le fils du maître, lisait. Dans la grande bibliothèque austère. Elevé seul, sans amis, par l’égoïsme d’un père trop aimant, il vivait une vie à part, au milieu de héros de romans. Il avait seize ans et l’instabilité de sa santé l’avait obligé à interrompre ses études. Il s’en consolait, sachant qu’il serait riche, que son père lui gagnait une fortune. D’ailleurs, il ne se connaissait pas de besoins et se croyait privé d’ambition.

Lassé de lecture, il sortit et descendit dans le parc. Devant lui, se dressa soudain, la gouvernante, les paupières bleuies, les yeux baignés de langueur. Il l’admira, comme toujours, poussé sans le savoir, par l’instinct qui le tourmentait. Mais il baissa les yeux, sous le regard fixe, brillant de Marthe qui l’examinait.
- Vous ne vous occuperez donc jamais à rien ! maugréa-t-elle avec mauvaise humeur, se sentant forte, à cause de l’absence du père.

Il s’étonna, persuadé d’être attelé à une œuvre considérable : une nouvelle traduction d’Hésiode les Travaux et les Jours.

Elle haussa les épaules et s’éloigna avec un rire mauvais. Il en fut dépité et un chagrin au cœur, courut se réfugier sous une tonnelle obscure.

Elle retourna au boudoir, qu’elle avait quitté uniquement pour le croiser dans le chemin. Jusqu’au soir, elle s’attarda là, fouillant le rêve, jusqu’en ses plus infimes détails. Quand elle gagna la salle à manger pour le dîner, une exaspération la secouait, taudis qu’une mollesse physique l’anéantissait.

Louis, timide et gauche, lui parut plus faible encore que de coutume ; il lui semblait que si elle le voulait, elle pétrirait cette chair puérile, la modèlerait à son image, la roulerait dans la souffrance.

À table, ils se retrouvèrent face à face, lui plus doux encore ; elle, maussade, les reins brisés, une mauvaise humeur au fond du cœur.
- Maintenant que votre père est loin, vous savez que vous devez m’obéir.

Il rougit, blessé dans sa jeune fierté ; il répondit par un rire sourd, qui voulait être de l’audace et qui n’était que la manifestation de son trouble intime.

Elle le considéra de ses grands yeux noirs qui brillaient. Elle se refusait à comprendre la passion qui la brûlait, ne cherchant qu’à se moquer de ce jouvenceau aux lèvres rouges qui l’attiraient.

Avant le dessert, elle se leva et lui jeta au visage, sa serviette roulée en boule :
- Vous m’agacez avec vos mines béates… ne croyez pas que vous me tromperez par votre hypocrisie.

Il ne comprit pas en quoi il avait pu lui déplaire, mais néanmoins en fut contrit. Il courut au salon, dans l’espoir de la rencontrer ; elle n’y était plus, déjà enfermée dans sa chambre.

Il monta l’escalier sur la pointe des pieds et appliqua un œil curieux à la serrure. Il ne vit rien, mais en revanche entendit un soupir prolongé. Il la crut triste et s’en sentit peiné.

Sans bruit, il redescendit et retourna à la bibliothèque, au milieu de ses chers livres. D’ordinaire son père ne l’autorisait pas à veiller ; il espérait que la gouvernante se montrerait plus indulgente, peut-être même qu’elle l’oublierait.

Marthe dans sa chambre, au contraire, prêtait l’oreille inconsciemment, attendait son retour. Onze heures sonnèrent à la pendule elle sursauta, secouée par une colère irraisonnée. Elle se figurait que c’était là un défi de la part du jeune homme, qu’il marquait son autorité impuissante.

D’un geste nerveux, elle jeta un peignoir sur ses épaules et pieds nus dans des babouches descendit.

Sans frapper, elle entra, surprenant Louis qui rougit. D’une démarche saccadée, elle alla vers lui et le saisissant par les épaules, le poussa dehors, énergiquement.

Ils étaient seuls, dans l’obscurité du couloir, il ne se rebella point.

Etonnée, elle s’enhardit, se devinant forte soudain.
- Vous croyez que vous ferez toutes vos volontés !

Elle distingua son bras qui se levait comme pour parer un coup ; ce lui fut un trait de lumière : il avait peur.

Une gifle sonore claqua dans le silence :
- Oh ! madame ! gémit-il, et ce fut tout, il s’éloigna, penaud, dompté, non point par la brutalité, mais par la chair qui troublait ses jeunes ans.

Elle monta derrière lui, l’obligeant à courir le long de l’escalier à demi-éclairé. Puis, elle attendit qu’il fût rentré dans sa chambre, obéissant et doux.

Elle ne sut pourquoi, mais elle ne se sentit satisfaite de cette victoire, elle regrettait maintenant de n’avoir été plus loin, afin de se rendre compte jusqu’où irait la faiblesse de l’enfant. La crainte d’un reportage au père, lui fit juger cependant sa conduite prudente et elle cessa de réfléchir à l’incident.

Voir en ligne : La proie facile d’une brutalité insoupçonnable (Chapitre II)

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.



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