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L’Ardente passion

La proie facile d’une brutalité insoupçonnable

Roman érotique (Chapitre II)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.


II

Berthe Jaure était une cousine de Louis, son aînée d’un an, c’est-à-dire, plus vieille que lui de beaucoup, étant fille. Ayant appris le départ de M. Le Breuil, elle accourut en bicyclette, visiter son cousin. Il lui semblait que l’absence du père, accroîtrait leur intimité.

Marthe la vit venir avec mauvaise humeur, sans bien se rendre compte de ce sentiment de jalousie qui la tordait subitement.

Berthe joyeuse, demanda aussitôt des nouvelles du jeune homme. La gouvernante la reçut froidement :
- Il est dans la bibliothèque sans doute, si vous voulez le voir.

Le cœur de la jeune fille sauta dans sa poitrine ; l’idée de cette solitude auprès du cousin la troublait soudain. Pourtant, elle voulut paraître forte :
- J’y vais !

Elle y courut en effet, mais dans la vaste pièce point de Louis. Il errait pour l’instant mélancoliquement à travers le parc.

Berthe enhardie par cet insuccès, se mit à sa recherche, avec désinvolture. Elle le découvrit au fond du jardin, la mine triste, l’attitude veule.

Il y avait en lui en effet de la tristesse ; il se figurait avoir blessé la gouvernante ; il songeait au soufflet reçu la veille et il lui semblait que sa joue brûlait encore.

Berthe lui serra la main avec une tendresse inaccoutumée, instinctivement liée à lui par un même désir insouciant.
- Je m’ennuie, fit-il, depuis que mon père est parti.

Elle crut au mensonge et tendre l’attira vers un banc, avec l’intention de le consoler. Ils étaient assis l’un près de l’autre, sans idée mauvaise, uniquement réunis par leur commune affection qui datait de leurs premières années.

Tout en parlant à voix basse, elle lui tenait la main, se conduisant en grande sœur sage, prodiguant des conseils.

Une ombre surgit devant eux ; Marthe était là, très rouge, les sourcils froncés, bouleversée par une jalousie insoupçonnée. À sa colère, elle donnait une raison honnête.
- Monsieur Le Breuil a-t-il jamais autorisé ces solitudes ?… En tout cas, vous ne prendrez de pareilles libertés en son absence.

Sa voix était rauque, du geste, elle leur montrait la maison. Ils se levèrent, honteux, se sentant vaguement en faute.

Quand ils furent tous dans le salon, Marthe se retourna vers la jeune fille :
- Mademoiselle, je répéterai cela à votre maman.

Berthe trembla ; elle avait peur de Mme Jaure qu’une maladie de foie rendait impatiente. D’un mouvement puéril, elle joignit les mains :
- Oh ! non madame !

Marthe se radoucit, presque cauteleuse :
- Elle vous battrait ?

La pauvrette rougit ; elle songeait que sa mère avait la main leste et que malgré ses dix-sept ans, une gifle était pour elle, menue monnaie.

La gouvernante se redressa, victorieuse ; vis-à-vis de celle-là aussi, elle se sentait forte.
- Bien… Je me tairai pour cette fois, ne souhaitant pas la mort du pécheur.

Ils prirent le chocolat, tous trois, une intimité étrange les réunissait soudain, comme un secret commun les liait. Avec la naïveté de la jeunesse, Berthe admirait Mme Teillay, belle brune, au profil aigu et ferme.

Une heure plus tard, elles se quittèrent amies, sans que rien n’eut été dit, qui put expliquer cette sympathie. Les reproches de la femme faisaient germer mille idées saugrenues dans l’esprit de la jeune fille et elle se figurait en outre, avoir gagnée une complice, qui se tairait toujours, comme elle le faisait une première fois.

Dès qu’elle fut dehors, Marthe se tourna vers Louis, et le fixa, longuement, cherchant à mesurer le niveau de sa peur.

Elle le vit, troublé mais non tremblant, le regard en-dessous, les lèvres humides. Sans un mot elle marcha vers lui ; une claque sonna, la joue de l’adolescent bleuit :
- Je vous apprendrai à débaucher les filles !

Il n’osa pas se fâcher, quoique blessé dans son orgueil. Vigoureusement, elle le secoua par le bras :
- Mais voyons, défendez-vous au moins… promettez de ne plus recommencer…

Il comprenait à demi, ne saisissant pas, comment il avait pu débaucher une fille en se laissant tenir par la main :
- Je n’ai rien fait… balbutia-t-il.

Elle entra en fureur, certaine qu’il disait vrai, mécontente de cette ingénuité. Une deuxième gifle claqua ; d’un mouvement brusque, elle le poussa à terre, le martelant du poing et du pied.

Il ahanait sous les coups, terrorisé par cette brutalité insoupçonnable chez cette femme si courtoise en face de son père. Les petits poings lui broyaient la chair, les gifles écrasaient ses oreilles qui bourdonnaient longuement.

Elle le lâcha et il se redressa, honteux, le vêtement débraillé, la cravate arrachée.

Calmée, les yeux plus brillants, la respiration haletante, elle l’attira et maternellement remit de l’ordre dans le costume. Les mains tièdes le frôlaient, caressaient son cou en rajustant le col, pétrissaient sa chair de l’extrémité des doigts fins.

Elle le repoussa et il se sauva, défaillant, allant chercher un refuge, dans la morne bibliothèque aux rayons de chêne noir. Il s’effondra dans un fauteuil de cuir, l’esprit en délire, ayant déjà oublié les coups qui pourtant avaient odieusement meurtri son corps.

Marthe était retournée au petit boudoir où elle s’allongea sur un sopha, l’âme trouble, la conscience bouleversée. Soudainement, elle comprenait le désir qui la rongeait et par cette faute de son moi instinctif, elle en voulait un peu plus à l’adolescent.

Le rêve ne lui apporta point l’apaisement, seule une colère sourde subsista en elle. Au dîner, elle retrouva Louis, anxieux les traits blêmes, l’attitude veule.

Ils se regardèrent, cherchant mutuellement à se deviner, mais la femme seule perçut le secret qui les unissait ; lui ne conservait que la peur de l’avoir mécontentée.

Il se fit immédiatement servile, se dérangeant aux moindres de ses gestes, afin de lui éviter un effort. Devant elle, il ouvrit la porte respectueusement lorsqu’ils passèrent au salon.

Furieuse de cette attitude, qui lui assurait une proie facile, elle se sauva très tôt dans sa chambre, où elle s’enferma.

Derrière elle, il enleva ses chaussures et pieds nus monta l’escalier. Contre sa porte, il s’agenouilla et écouta. Une plainte, un soupir parvinrent jusqu’à lui.

Il s’enfuit, le cœur déchiré, persuadé qu’elle pleurait et qu’il était la cause de ses larmes.

Au matin il avait repris courage, se disant que s’il l’avait peinée, elle lui avait fait mal en le battant, et qu’ils étaient quittes.

Ce fut elle qui, au premier déjeuner, n’osa le regarder en face. Durant ses rêves du soir, elle avait vu son corps blond d’éphèbe et une honte à ce souvenir, la torturait.

Voir en ligne : Martèlement de claques sur une croupe jaillissante (Chapitre III)

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.



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