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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

La prostituée

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre XXVII)



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Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


XXVII
LA PROSTITUÉE

Je me levai tard le lendemain matin, et partis faire différentes courses. Randolph tenait à ce que je fusse toujours bien mise. Très généreux sous ce rapport il ne négligeait rien.

En quelques jours, ma garde-robe fut remplacée

Georges était ailé chercher mes bijoux à Woodlands.

La plantation était dans un état affreux ; les esclaves refusaient de travailler, malgré Dinah et les surveillants qui ne pouvaient maintenant les y contraindre.

À Richmond, la vie était triste. Les nombreux échecs des Sudistes avaient semé le deuil partout. Randolph se décida à quitter Richmond et il fut convenu que nous partirions pour New York. Cette nouvelle m’enchanta, et c’est avec ravissement que je m’installai avec lui dans le meilleur hôtel de la ville.

Pendant quelque temps, je fus relativement heureuse.

J’avais de très belles toilettes, Georges m’emmenait fréquemment au spectacle et devenait très aimable pour moi.

Les semaines s’écoulaient rapidement et, par un inexplicable et subit revirement, je remarquai que Randolph devint subitement froid et réservé à mon égard. Il rentrait tous les jours fort tard : je compris qu’il était peut-être l’amant d’autres femmes. Un jour, il m’entraîna dans sa chambre :
- J’ai résolu, me dit-il, d’aller en Europe avec plusieurs amis ; en un mot, Dolly, l’heure de la séparation a sonné. Mais il n’y a pas de voire faute ; je n’ai jamais eu à me plaindre de vous ; en conséquence, je vais acheter pour vous une petite maison, et la meublerai convenablement. Vous recevrez une bonne somme pour commencer. Vous êtes jeune, jolie et intelligente, je suis certain que vous réussirez à New York.

C’était une façon un peu brutale de me signifier mon congé, mais en somme, il ne m’abandonnait pas sans ressources.

Je me mis à songer ; mon avenir ne m’apparut pas sous des couleurs très brillantes, mais il fallait que je me courbasse sous la loi d’inéluctables circonstances.

Le lendemain donc, après de nombreuses recherches, Randolph acheta, à mon intention, une petite maison qui fut immédiatement meublée avec quelque goût. Puis, en m’y installant, il me donna mille dollars. Je pris deux domestiques noires et devins dès lors propriétaire.

Une après-midi, Randolph me rendit visite et m’aborda en ces termes :
- Vous savez, Dolly, que j’adore fouetter une femme ; il est peu probable qu’à l’avenir je puisse me payer cette agréable fantaisie en Europe ; aussi faut-il que vous me permettiez de vous laisser fustiger sérieusement avant mon départ.

Cette étrange proposition ne me souriait guère, mais je n’eus pas la force de lui refuser ; j’acceptai donc, lui recommandant toutefois de ne pas me frapper trop fort si je lui passais cette dernière fantaisie.

Prenant un mouchoir, il m’attacha les mains, malgré ma défense. Puis, s’asseyant sur une chaise et me renversant sur ses genoux, il me traita ainsi qu’une petite fille, malgré mes pleurs et mes supplications.
- Là, Dolly, maintenant tout est fini entre nous ; vous avez reçu de moi la dernière fessée.

Puis il m’embrassa une dernière fois, me dit adieu et, tranquillement sortit de ma maison.

Il partit pour l’Europe dès le lendemain et depuis, je ne l’ai plus revu. Je sais pourtant aujourd’hui qu’il est revenu et qu’il habite Woodlands.

*
* *

Au bout de peu de temps, mes ressources diminuèrent rapidement. Malgré toute ma volonté et la lutte intérieure qui se livrait entre ma conscience et la nécessité, il fallut me résoudre me laisser pousser vers la chute finale.

J’étais jolie, et bientôt j’eus un grand nombre d’adorateurs.

Je haïssais cependant mon horrible profession et certes, je puis affirmer que je ne m’y suis jamais faite. À deux reprises déjà, j’ai été demandée en mariage, mais je me suis jurée de n’épouser que quelqu’un que j’aimerai réellement. Peut-être un jour mes voeux seront-ils exaucés.

L’an dernier, je suis allée passer quelques jours à Philadelphie où j’ai eu des nouvelles de Miss Dean, Elle est toujours aussi bonne qu’autrefois et continue à être très charitable. Je crois que ses aventures en Virginie sont ignorées. J’aurais bien voulu revoir ma douce amie, mais ma présente condition me le défendait. C’est pour moi un grand chagrin.

Maintenant, mon histoire est finie et vous savez pourquoi je hais les Sudistes.

Ils sont la cause de tous mes malheurs et de ma chute dans le vice. Sans eux, je n’eusse pas été martyrisée par les Lyncheurs, et je n’aurais pas été obligée de me livrer à Randolph. Trois bandits ne m’auraient pas violée et enfin, malheur de moi ! je ne serais pas une prostituée.

NOTE

Ici s’arrête le récit que m’a fait Dolly Morton.

Tant que je demeurai à New York, je la revis ; j’avais pitié de son infortune. Le jour de mon départ je lui donnai mon adresse, lui disant que je serai heureux d’avoir parfois de ses nouvelles.

Je crois que la pauvre fille m’aimait un peu : le jour où elle me dit adieu, des larmes coulèrent de ses doux yeux.

Six mois plus tard, je l’avais à peu près oubliée — ainsi sommes-nous faits — lorsque je reçus d’elle une lettre m’annonçant son mariage avec un homme un peu plus âgé qu’elle et qui avait un commerce florissant.

Elle l’aimait vraiment et l’avenir s’annonçait heureux.

J’en fus satisfait pour elle. C’était ma foi, une brave créature et, quoiqu’un peu faible de caractère, je suis persuadé qu’elle a dû être une excellente femme de ménage fidèle à l’homme qui l’avait tirée de l’abîme.

Depuis, je n’ai plus entendu parler d’elle ; je souhaite de tout coeur que cette pauvre femme ait maintenant l’existence heureuse. Elle a souffert beaucoup sans l’avoir mérité et la vie lui doit bien la compensation de quelques jours heureux.

*
* *

Dans le manuscrit écrit sous la dictée de Dolly Morton, se trouvaient beaucoup de passages que les besoins d’une publication m’ont obligés de supprimer. Ces quelques lignes non parues n’ajoutaient rien, d’ailleurs, à la lamentable odyssée de cette femme et j’ai cru bien faire en la livrant ainsi expurgée au public.

FIN

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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