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Curiosités et Anecdotes sur la flagellation

La question de la flagellation et son actualité

Essai érotique (Librairie des Bibliophiles, Paris, 1900)



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Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


INTRODUCTION

Les pages que l’on va lire ne sont pas écrites, évidemment :

… pour les petites filles,
Dont on coupe le pain en tartines…

« Les petites filles ! les petites filles ! Mon Dieu ! n’y a-t-il pas des écrivains qui se dévouent par vocation ou par nécessité à composer des historiettes sans dard et sans venin ? Est-ce qu’il n’y a pas des auteurs pour enfants et même des auteurs pour dames ? »

Donc ces pages sont seulement pour le philosophe. Il y trouvera matière à méditation, soit qu’il considère, à propos de cet attrait qu’exerce sur un si grand nombre d’hommes la peine du fouet infligée à leurs semblables, combien il faut peu de chose pour démuseler le fauve qui sommeille au fond du cœur de tous ; soit qu’il cherche à démêler par quelle aberration des sens cette même flagellation ranime la volupté aussi bien chez les bourreaux blasés que chez les victimes impuissantes.

L’aberration, en effet, est à son comble quand le plaisir n’est excité que par la vue de la douleur ou quand la douleur ressentie aboutit au plaisir. Ce dernier sentiment même, bien que diamétralement opposé au premier, témoigne lui aussi d’une perversion singulière. L’origine, toutefois, en est plus mystérieuse. Deux classes distinctes d’hommes recherchent en effet dans la douleur une excitation au plaisir : le mystique et le débauché. Mais le plaisir que chacun d’eux recherche est, en son essence, trop différent pour que la question ne soit pas par cela même éminemment complexe.

… La sainteté
Ainsi que dans la pourpre un délicat se vautre
Dans les clous et le crin cherchant la volupté

et l’impuissant ou le blasé flagellant ses reins appauvris pour y ranimer une ardeur qui n’y fut jamais ou qui s’y éteignit par l’abus, demandent au même instrument de supplice des sensations totalement différentes.

Tous deux relèvent peut-être de la psychopathie mais chacun réclame une étude spéciale. Si le sadisme et le masochisme ont, sous des plumes expertes, vu leurs arcanes abominables savamment dévoilés, il reste un travail non moins intéressant à tenter sur le goût de la souffrance chez les mystiques de toutes races et de tous crédos. Ce travail constituerait un chapitre et non l’un des moindres, d’un traité de « l’Érotologie Mystique », traité qui reste à faire et qui devrait tenter la verve érudite d’un poète.

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La flagellation considérée comme châtiment ou comme adjuvant de luxure, donnée ou soufferte, est évidemment un sujet capable d’attirer et de fixer l’attention.

Dans l’un et dans l’autre cas, elle doit sa vogue dont témoigne l’histoire des mœurs chez tous les peuples, à l’humiliation profonde endurée par le patient, humiliation d’où provient, quand elle joue le rôle d’un aphrodisiaque, la volupté du sadique humiliant et faisant souffrir et la volupté du masochiste humilié et savourant sa souffrance.

Donnée sur les épaules ou sur le dos, elle ne peut exciter que cette sensation et c’est pourquoi la flagellation pénale est le plus souvent appliquée de cette façon, sauf dans la famille où les parents s’ils n’ont en but qu’une correction régulière et sans arrière pensée, l’appliquent sur les fesses de leur progéniture.

Elle l’est presque toujours de cette façon quand on l’applique ou qu’on la reçoit comme aphrodisiaque externe et c’est là, incontestablement, un des rites les plus en faveur auprès des dévots de la Vénus Callipyge. La vue des trésors impudiquement étalés ajoute au plaisir de ce noir orgueil jouissant de la douleur du patient ou de la patiente et comme Vénus n’est pas la seule à posséder ces trésors, peut-être faut-il voir dans ce fait l’explication de l’appétit malsain des fessées sur la chair nue que bien des pédagogues ressentent maladivement.

Il n’est pas besoin d’insister sur l’humiliation que ressent le patient sous les cuisants baisers des verges ou du fouet. Cette torture était celle que les Romains infligeaient à leurs esclaves et, comme pour abaisser jusqu’à ce degré, — le dernier pour eux — ils l’infligeaient également aux Vestales qui, dans leur veille sacrée devant le feu de Vesta l’avaient laissé s’éteindre. Cela ne le rallumait pas. Il n’en est pas de même, paraît-il de ce feu que des Vestales à rebours savent raviver dans les reins flagellés de ces vieux qui veulent redevenir jeunes ou de ces jeunes qui sont déjà vieux.

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Disons de suite que les très authentiques histoires que contient le présent ouvrage paraîtront inventées. Ces officiers se réunissant pour une cour martiale de fantaisie, condamnant une jeune et jolie femme à recevoir le fouet des mains d’un des leurs ; ces trois associés, pour une cause à peu près analogue : un vol commis dans leur magasin, se faisant eux-mêmes les accusateurs, les juges et les exécuteurs de la sentence, tout cela pourra paraître inventé pour faire un livre avec des récits imaginaires. Or, nous le disons au début de « Fanny Hayward » les noms de personnes et de lieux seuls ont été changés. Les faits sont trop récents pour que les personnes qui furent les héros de telles aventures ne puissent s’y reconnaître, si toutefois ce livre vient jusque sous leurs yeux. Cela d’ailleurs ajoute, on ne pourra le nier, un piquant tout particulier au récit.

Quel ne serait point en effet l’émoi du public si les feuilles nous apprenaient un beau jour que les directeurs d’un de ces grands caravansérails de la Mode où nos élégantes trouvent, à souhait, tout ce qui convient à la parure de leur sexe, ont fait arrêter, par leurs employés une kleptomane du meilleur monde et que celle-ci a reçu de leurs mains directoriales, une magistrale fessée. Nous ne pouvons dire si ces négociants notables trouveront que le remède ainsi découvert par leurs confrères de Londres est susceptible d’être employé. Ce que nous pouvons en tous cas leur certifier, c’est qu’il est sinon de très bon goût, du moins très efficace.

La démangeaison que cause à leurs doigts aristocratiques la vue des mille petits riens exposés dans les rayons tentateurs, mise en parallèle avec celle autrement irrésistible mais nullement agréable que leur donnerait ailleurs le petit supplice dont il s’agit, paraîtrait aux élégantes voleuses avoir des suites nullement en rapport avec le fugitif plaisir qu’elles y auraient goûté et… elles y renonceraient. À Dieu ne plaise que nous voulions donner des conseils aux aimables commerçants dont il s’agit !

Il serait d’ailleurs malséant d’insister. Dans l’histoire dont il est question, il s’agit bien moins en effet de la propriété offensée que de ce secret penchant dont nous avons parlé plus haut et qui donne à ce genre de châtiment infligé à une femme l’attrait pour celui qui l’applique d’un puissant aphrodisiaque.

Et c’est bien pour cela que le présent livre est « moral ». Les simples récits qu’il contient sont autant de procès verbaux écrits sans passion et sans colère, sans insinuations perverses.

« La Flagellation, écrivait dans la préface l’anonyme érudit auquel nous devons la plus magistrale étude, la seule parue jusqu’à ce jour en Français sur ce sujet : La Flagellation à travers les âges, la Flagellation, dont l’origine remonte aux époques les plus éloignées, est un de ces thèmes que l’on s’est plu à classer dans la catégorie des questions délicates que l’on ne doit aborder qu’avec la plus extrême réserve. Des auteurs se sont complus dans des dissertations quelque peu libertines où leur imagination a joué certainement le plus beau rôle, et un rôle démoralisateur. Notre but n’est pas d’imprimer aux idées de nos lecteurs une direction bien déterminée dans un sens ou dans un autre ; de porter aux nues, grâce à une surexcitation pernicieuse des sens cette antique institution qui, de nos jours, quoi qu’on en dise, n’en subsiste pas moins sous une forme identique au fond mais modifiée dans les détails de son exécution…… À nos lecteurs d’en tirer la conclusion qui leur plaira… Nous croyons tout de même pouvoir émettre un avis tout à fait personnel, qui peut se résumer en quelques mots : La Flagellation n’est, en somme, qu’un moyen comme un autre de provoquer une surexcitation des sens que l’on a employé de tous temps plutôt dans ce but réel que dans un autre et qui a constitué, comme il le constitue encore aujourd’hui, un moyen détourné de faire naître chez les émoussés des désirs et des jouissances qui doivent fatalement amener un assouvissement d’appétits charnels. Le fanatisme religieux, les pénitences antiques et tous les autres prétextes qui ont servi de couverture à cette pratique n’ont dû avoir cependant qu’un résultat unique qu’il conviendrait plutôt de considérer et d’analyser au point de vue médical. »

Terminons ici en relevant à propos d’une phrase extraite des lignes précédentes : « Cette antique institution qui, de nos jours, quoiqu’on en dise n’en subsiste pas moins sous une forme identique au fond mais modifiée dans les détails de son exécution », par l’exposé de quelques faits récents. Ils sont rapportés dans un journal parisien à propos d’une circulaire secrète adressée par Guillaume II à tous ses professeurs pour les inviter à ne pas abuser des châtiments corporels. Nous soulignons à dessein le mot abuser. Il a fallu sans doute que bien des excès fussent commis pour qu’il soit décidé par le Kaiser que seuls désormais le « fouet » ou la « baguette de jonc » pourront être employés et cela dans des circonstances et d’une façon nettement et clairement indiquées. La circulaire entre dans des détails qui montrent les plaies morales causées par l’usage du fouet aussi bien chez ceux qui se servent de cet instrument que chez ceux qui en reçoivent les cuisantes caresses.

« La baguette de jonc ne sera pas laissée à la libre disposition des professeurs. Le jonc officiel sera conservé chez le directeur de l’école. C’est sur la requête spéciale et motivée du professeur que le directeur la livrera.

« Ne sont exemptés des châtiments corporels que les enfants faibles ou malades. Les châtiments ne sont jamais donnés en présence des élèves ; ils le sont à la fin de la classe, à huis clos. On ferme les portes et le maître tape. Il n’y a que deux témoins : le directeur de l’école et un autre maître, qui sont tenus d’assister à l’aimable opération.

« Quand la patiente est une petite fille, le règlement dit "qu’il ne devra rien être fait qui puisse offenser sa pudeur." "Brutalité et sentimentalisme, fait observer un écrivain qui a eu ce règlement sous les yeux, respect de la dignité humaine et coups de bâton, quel étrange galimatias pédagogique !"

« Le règlement a, d’ailleurs, tout prévu. C’est ainsi, par exemple, qu’il indique de quelle façon l’écolier sera frappé. Les seuls endroits "licitement fustigeables" sont le dos et les mains ; hors de ce domaine, l’instituteur n’a plus aucun droit. Le nombre des coups est de trois dans les cas ordinaires ; il peut aller jusqu’à six dans les cas graves. Le degré de force de la correction n’est pas déterminé. »

Ici il y a une lacune. Elle n’existe pas dans le règlement des établissements pénitentiaires. On y a tout prévu. Dans le « Manuel du Directeur de prison », publié par M. Krohn, on lit, en effet, au chapitre des peines disciplinaires : « La peine du fouet est appliquée dans les prisons de la façon suivante : le prisonnier est bouclé à un banc, pieds et poings liés, de façon à ce que les parties du corps destinées à être battues soient tendues ; ensuite de quoi, on lui administre le nombre de coups auxquels il a été condamné ; il faut que la peau éclate au cinquième coup ; les coups suivants élargissent la plaie ; chaque coup doit briser une planche de sapin d’un demi-centimètre, l’expérience ayant démontré que donné avec cette force, le coup, atteignant par hasard une autre partie du corps, n’occasionne pas d’accidents graves.

« En général le fouet dont on se sert a une longueur de cinquante centimètres et est fixé à un manche de un mètre. Il est plus gros à l’extrémité qu’au commencement. La grosseur varie suivant les provinces. Il n’y a guère qu’en Saxe que les dimensions soient fixées par la loi : le manche du fouet saxon a un mètre et les lanières quatre vingt-dix centimètres.

« Quant au nombre de coups, il est généralement fixé à vingt en Mecklembourg, à vingt-cinq en Oldenbourg, à trente en Saxe ; il monte jusqu’à quarante en Prusse. »

Nous avons cité textuellement les passages ci-dessus pour faire ressortir l’actualité de la question aux yeux de ceux qui ne voudraient voir dans notre étude qu’un appât pour une curiosité malsaine et ne lui accorder qu’un intérêt rétrospectif.

J. DE V.

Voir en ligne : Les instruments de flagellation

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



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