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Histoire des flagellants

La terrible démangeaison des fouets et des flagellations

Le bon et le mauvais usage des flagellations (Chapitre VIII)



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Jacques Boileau, Histoire des flagellants où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens..., traduite du latin par l’abbé J.-J. Granet et préfacée par François Granet, Éd. F. Vander Plaats, Amsterdam, 1701 (in-12°).


CHAPITRE VIII

Les écrivains qui vivaient du temps que les flagellations volontaires prirent naissance, en ont publié des choses tout à fait incroyables. D’où il paraît que ces disciplines exercées par la propre main de ceux qui les recevaient, sont vaines, et que leur usage n’en doit pas être permis.

D’abord que l’usage des flagellations volontaires fut établi dans le monde, et qu’il eut paru à la fin du dixième siècle, continué durant le onzième, et fait des progrès considérables dans le douzième, les Flagellants crurent qu’ils devaient engager le Ciel à soutenir un si agréable exercice, qui avait des charmes et des douceurs extraordinaires pour l’esprit des hommes les plus tristes et les plus mélancoliques. Wittichind rapporte que, sous le règne d’Othon en Occident, après la mort de Nicéphore Phocas en Orient, sous le pontificat du Pape Jean XIII, et en l’année de N. S. 969, selon que le remarque Baronius, Annal. tome X, St Nicon, fléchi par les prières des moines, avait fouetté vigoureusement un valet de chambre de l’empereur Nicéphore, qui exigeait le tribut avec une cruauté inouïe, et qui, comme une sangsue publique, après s’être gorgé de la substance du peuple, s’attachait ensuite aux monastères. Voici l’aventure tout du long : « L’empereur, dit cet écrivain, envoya un des ses valets de chambre pour recevoir le tribut d’or ; mais cet homme avait une passion si démesurée pour les richesses, et même pour le gain déshonnête, qu’il causa beaucoup d’embarras aux citoyens de la ville, et surtout au saint monastère. Car on ne destine presque jamais au gouvernement des villes, ou à la levée du tribut des personnes équitables et bienfaisantes, mais on y députe d’ordinaire les hommes les plus cruels et les plus inhumains qu’on puisse trouver. Ce fut donc inutilement que les moines, qui n’avaient point d’or, tâchaient d’adoucir l’esprit de ce barbare, qui ne soupirait qu’après les richesses, et qui, plus sourd à leurs prières que l’aspic à la voix de l’enchanteur, en faisait aussi peu d’état, que du bruit des épines sous le chaudron, pour me servir des termes de l’Écriture, Eccles. VII, 7. Au contraire, devenu par là plus furieux et plus insolent, après leur avoir fait de terribles menaces, il en mit plusieurs en prison, et il ne pensait pas à moins déjà qu’au pillage du monastère. À l’ouïe de cette nouvelle, ceux qu’il y avait de reste, et qui s’occupaient aux exercices de la piété, s’adressent d’abord à leur Saint, et le supplient très instamment de venir à leur secours. Il ne tarda point à exaucer leurs prières ; dès la nuit suivante, St Nicon parut au valet de chambre avec un visage menaçant et irrité, et il lui donna bon nombre de coups de fouet. » Ce que l’auteur ajoute ici nous apprend que St Nicon avait résolu de suivre la coutume des anciens, et de fouetter ce valet de chambre jusqu’à la mort, s’il ne se repentait : « Alors il lui dit, car il faut employer ses propres paroles : je te traite de cette manière, parce que tu as mis aux fers les principaux du couvent, qui n’avaient fait aucun mal ; et si tu ne les relâches au plus tôt, je t’annonce que tu mourras de ma main. »

Osbertus, qui vivait au commencement du douzième siècle, rapporte qu’en l’année 970, un certain comte, qui avait fait un mariage illégitime avec une de ses proches parentes, et qui s’en repentit, voulait qu’on l’en châtiât à coups de verges en présence de St Dunstan, et au milieu de l’assemblée générale des ecclésiastiques du royaume [1] : « Épouvanté, dit-il, de la grandeur de son crime, il ne persista plus dans son obstination, mais après avoir renoncé à son mariage illégitime, il s’imposa le devoir de la pénitence. Dunstan célébrait alors une assemblée de tout le clergé du royaume, pour faire observer la discipline de l’Église. Ce fut ici que le comte se présenta, et que sans avoir égard à ce qu’il était, nu pieds, vêtu d’un habit de laine, et avec des verges à la main. Il se jeta tout en pleurs aux pieds de Dunstan. À la vue de ce spectacle, tous ceux qui étaient là en furent touchés de compassion, et Dunstan lui-même en qualité de Père spirituel de tous, en fut plus ému que les autres. Cependant, animé du désir de réconcilier cet homme avec Dieu, il ne laissa rien paraître sur son visage, qui ne répondît à la rigueur de la discipline, et il soutint d’abord d’un air sévère l’impression de ses larmes, jusqu’à ce que, sollicité par toute l’assemblée en faveur du pénitent, il pleura lui-même et lui pardonna sa faute. Ce fut ainsi qu’il le délivra de l’excommunication, et qu’il le rétablit, à la grande joie de tous, dans la société des fidèles.

Du temps de Pierre Damien, le bruit courut partout, qu’un certain évêque d’Italie avait reçu le fouet par ordre et en présence de la bienheureuse Vierge, pour expier le crime qu’il avait commis en dépouillant de sa prébende un Chanoine de l’Église Cathédrale, qui était un homme indigne dans le fond, mais qui en apparence était dévot à la Sainte Vierge, et qui la tête baissée, chantait tous les jours devant l’autel de Ste Marie ces quatre mots de la salutation angélique : Bien vous soit fait, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénite entre les femmes. C’est Damien lui-même qui nous raconte cette histoire, Opuscule XXXIII, chap. III, qui a pour titre : La Bienheureuse Vierge commande qu’on restitue une Prébende à un Ecclésiastique qui lui était Dévot, et on lit d’abord ce qui suit [2] : « D’ailleurs, le même Étienne m’a rapporté une autre aventure qu’il ne croyait pas pourtant si certaine que la précédente. Je me souviens, dit-il, d’avoir ouï dire qu’il y avait un ecclésiastique sot et innocent, qui n’avait aucun don pour la vie religieuse, ni pour la discipline canonique, sans gravité et sans modestie ; mais qui au mi » lieu des cendres mortes d’une vie inutile, entretenait une petite étincelle de feu et de dévotion pour la Bienheureuse Vierge. Il s’approchait tous les jours de son saint autel, et la tête courbée, fort respectueusement, il chantait la salutation de l’Ange contenue en ce verset de l’Évangile : Bien vous soit, Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénite entre les femmes. Cependant, lorsque l’évêque s’aperçut de son ignorance et de sa bêtise, il jugea qu’il était indigne d’occuper aucune charge ecclésiastique, et il lui ôta la prébende que son prédécesseur lui avait donnée. Mais le Chanoine réduit par ce moyen à la dernière mendicité, puisqu’il n’avait autre chose pour fournir à sa subsistance, la Sainte Mère de Dieu, précédée d’un homme qui portait d’une main un flambeau ardent, et de l’autre une poignée de verges, apparut de nuit en songe à l’évêque ; un moment après, elle commanda à cet homme qui l’accompagnait de donner quelques coups de son fouet au prélat criminel, à qui elle parla de cette manière : Pourquoi avez-vous ôté à mon Chapelain, qui me rendait tous les jours ses devoirs, un revenu de l’Église, que vous ne lui aviez pas procuré vous-même ? L’évêque, saisi de frayeur, ne fut pas plutôt levé qu’il rendit le bénéfice au Chanoine, et il respecta beaucoup dans la suite celui dont il avait cru peut-être que Dieu ne prenait aucun soin ? »

Sylvestre Giraud, du pays de Galles, qui vivait vers l’année 1188, nous raconte une histoire qui n’est pas moins incroyable, ni moins divertissante que celle que nous venons de voir [3] : La concubine, dit-il, du Recteur de l’Église de Hooëden, située en Northumbrie, dans les parties septentrionales d’Angleterre, s’assit un jour sans y prendre garde sur le tombeau de Ste Osanne, soeur du Roi Osrede, qui était de bois, élevé en forme de siège au-dessus du cimetière. Mais quand elle voulut se retirer, elle ne put jamais détacher ses fesses du bois, jusqu’à ce qu’en présence du peuple qui était accouru, elle fut relâchée par un miracle du Ciel, après qu’elle eût déchiré ses habits ; que dépouillée toute nue, elle eût reçu la discipline jusqu’au sang, que touchée de componction, elle eût versé un torrent de larmes, et qu’enfin elle eût prié avec ardeur et se fut engagée à une pénitence pour le reste de sa vie. »

Vincent de Beauvais, qui mourut en l’année 1256, rapporte [4] : « Que l’archevêque Umbert disait qu’un moine du couvent de St Sylvestre, dans le duché d’Urbin, étant mort, les frères avaient chanté autour de lui depuis le premier chant du coq au soir jusqu’à deux heures du matin, qu’ensuite, on célébra la messe pour le défunt, et qu’au récit des mots Agnus Dei, il s’était levé tout d’un coup, que les moines étonnés s’étaient approchés de lui pour entendre ce qu’il avait à dire, mais il vomit des injures et des blasphèmes contre Dieu, il cracha sur la croix qu’on lui donnait à baiser, il couvrit de reproches sanglants l’immaculée Mère de Dieu et ajouta ces paroles : Pourquoi chantez-vous et offrez-vous des sacrifices pour moi ? J’ai été dans les flammes du Tartare, où Lucifer mon Seigneur et Maître m’a mis sur la tête une couronne d’airain toujours brûlante, et sur le dos une casaque de ce métal, dont il était revêtu lui-même. Cette casaque n’allait pas jusqu’aux talons, mais elle était si embrasée qu’il semblait en tomber des gouttes par terre. Là-dessus, les moines l’exhortèrent à se repentir, mais il les anathématisa, et combattit tous les mystères de notre Rédempteur. Alors, ils se mirent à prier Dieu pour lui de tout leur coeur, à se donner le fouet, après s’être dépouillés, à se frapper l’estomac à coups de poing et à faire toute sorte de supplications véhémentes. Ce qui eut une si grande efficace, que le désespéré revint d’abord à lui-même, il reconnaît la toute-puissance du Sauveur, il renonce aux illusions de Satan, il adore la croix, et il demande à faire pénitence. D’ailleurs, il avoua que son crime était d’être tombé dans la fornication après avoir embrassé la vie religieuse, ce qu’il n’avait jamais découvert ; il loua et bénit Dieu, il vécut jusqu’au jour suivant, et après avoir fait une sainte confession, il expira de nouveau. » Il paraît de là que l’usage des disciplines avait si bien fasciné l’esprit des hommes, qu’ils croyaient, qu’à force de coups de fouet, on pouvait délivrer les âmes de l’Enfer, d’où la foi nous apprend qu’il n’y a point de retour ; de sorte qu’à suivre cette opinion, on peut délier des chaînes éternelles ceux que Dieu y a mis, et qu’il y réserve sous d’épaisses ténèbres jusqu’au dernier jugement. Sodome et Gomorre même, si l’on veut, ne serviront plus d’exemple de la vengeance divine, et ne souffriront plus la peine d’un feu éternel qui ne s’éteint jamais.

Thomas de Chantpré, qui mourut en l’année 1263, rapporte qu’Hugues de St Victor, qui passa de cette vie à l’autre, la première année du XIIè siècle, n’avait jamais pu soutenir la discipline, parce qu’il était trop délicat ; mais que cette négligence lui coûta cher, puisqu’à son entrée au Purgatoire, il n’y eut presque pas un seul démon qui ne lui donnât un bon coup de fouet ; comme si les élus étaient tourmentés par les démons dans le Purgatoire et qu’Hugues de St Victor eût péché contre la Règle de Saint Augustin qu’il suivait et où il n’y a pas un seul mot de fouets, ni de flagellations, comme nous l’avons déjà remarqué ci-dessus. Quoi qu’il en soit, voici de quelle manière Thomas de Chantpré raconte cet événement [5] : « Hugues, dit-il, était du nombre des Chanoines Réguliers dans le monastère de St Victor à Paris. On l’appelait un second Augustin à cause de son savoir extraordinaire ; mais s’il méritait en générai de grands éloges, on peut dire qu’il manqua de perfection en ce qu’il ne reçut point de disciplines pour expier les fautes de tous les jours, soit en secret, ou dans le Chapitre avec ses confrères ; cela venait, à ce qu’on m’a dit, de ce qu’il était faible et délicat depuis son enfance. Mais parce qu’il ne travailla point à dompter son naturel, ou plutôt une habitude qui n’était pas tout à fait bonne, apprenez ce qu’il fut obligé de souffrir dans l’autre monde. Sur le point d’expirer, un Chanoine qui était fort de ses amis, le conjura de lui apparaître quand il serait mort ; il répondit qu’il le ferait de bon coeur, si le Maître de la vie et de la mort le lui permettait. Cette promesse donnée, Hugues vint trouver son compagnon qui l’attendait, et lui dit : Me voici, demandez ce que vous voulez, je ne saurais tarder avec vous. L’autre saisi de crainte, et transporté en même temps de joie lui répliqua : Comment vous trouvez-vous, mon cher ? Fort bien, ajouta Hugues, mais parce que j’avais refusé de prendre la discipline en ce monde, il n’est presque pas un seul démon de l’Enfer qui ne m’ait donné un terrible coup à mon passage au Purgatoire. »

Les flagellations étaient alors si à la mode, et on y trouvait tant de douceurs et d’appâts, que le même Chantpré nous raconte, qu’un Doyen de l’Église Cathédrale de Reims, avait fouetté vigoureusement en présence du Chapitre l’Archidiacre de cette église, élu évêque de Châlons, pour avoir paru sans ses habits de Chanoine aux funérailles de St Albert, Évêque de Liège, qu’on célébrait à l’église de Reims, et que l’Archidiacre, bien loin de murmurer de cet ordre, l’avait subi avec de très humbles actions de grâces. Voici en quels termes s’exprime l’auteur [6] : « Il y avait, dit-il, dans l’Église de Reims, un fort habile Doyen, anglais de nation, qui, à ce que nous avons appris de quelques personnes qui l’ont connu, n’épargnait pas les corrections à ses Frères les Chanoines, lorsqu’ils tombaient dans quelque faute. Il arriva de son temps que le vénérable Albert, Evêque de Liège, et frère du duc de Brabant, fut banni de l’Empire et tué enfin par les soldats de l’Empereur Henry, tout auprès de la ville de Reims. Le jour marqué pour faire ses obsèques, le vénérable Rothard, issu de sang royal, qui était alors Archidiacre de Reims et nommé à l’Evêché de Châlons sur Marne, y parut avec quantité de noblesse, sans être revêtu de la robe nuptiale ; après donc que le corps fut inhumé dans le choeur de l’église cathédrale, avec toute la bienséance requise, le Doyen convoqua tous les Chanoines en Chapitre, aussi bien que l’Évêque élu.

« D’abord qu’ils furent tous assis, le Doyen dit au Prélat élu : Je ne crois pas que vous ayez résigné jusqu’ici votre archidiaconat ni votre canonicat. Il répondit que non : Levez-vous donc, ajoute le Doyen, faites satisfaction à l’Église, et préparez-vous à recevoir la discipline sur le dos, en présence de vos Frères, parce que contre la règle vous êtes entré dans le Choeur de l’église avec les Chanoines sans avoir la robe des noces. L’Evêque ne tarde point à obéir ; il se lève, il se dépouille, il se jette par terre, et il reçut une vigoureuse discipline de la main du Doyen. Cela fait, il remet ses habits, il se relève et il dit au Doyen en présence de tous, et avec beaucoup de majesté : Je rends grâces à Dieu et à sa très sainte Mère la Patronne de l’Église de Reims, de ce que j’y laisse un gouverneur aussi rigide que vous. »

Cent années après, ou environ, c’est-à-dire en l’année 1170, Henry II, Roi d’Angleterre, accusé d’avoir fait tuer St Thomas, archevêque de Cantorbery, souffrit d’être battu à coups de verges par les moines de l’Église, pour obtenir le pardon de son crime. Matthieu Paris, rapporte cet événement sous l’année 1174 [7] : « Mais, comme, dit-il, les bourreaux de ce glorieux martyr avaient pris occasion de le mettre à mort, de quelques-unes de ses paroles qu’on avait mal interprétées, le Roi en demanda l’absolution aux Évêques qui étaient alors présents, et pour cet effet, il soumit son dos tout nu à la discipline, et il reçut quatre ou cinq coups de verges de chacun des religieux, qui s’étaient assemblés en grand nombre. »

Gilles, comte du pays Venaissin, ne s’en tira pas à meilleur marché. Le Pape lui fit donner le fouet devant la porte de l’église d’Avignon, après lui avoir confisqué tous ses biens, parce qu’il avait fait enterrer tout en vie le Recteur d’une paroisse, qui n’avait pas voulu donner la sépulture au corps d’un pauvre homme, jusqu’à ce qu’on lui eut payé ses droits.

Nous avons à la fin des ouvrages de Bonfinius, hongrois de nation, les Canons du Concile de Strigonie, où la peine du fouet devant la porte de l’église est imposée à tous ceux qui auront négligé trois fois de suite d’entendre la messe paroissiale.

La fureur des flagellations était si violente sous le pontificat de Sixte IV, qu’un moine de l’Ordre de St François, porteur de discipline et de capuchon, après avoir exposé au soleil le derrière et les cuisses toutes nues d’un professeur en théologie, lui donna le fouet avec la main, au grand étonnement et à la vue de toute l’assemblée ; et cela, pour réprimer la témérité de ce Docteur, qui avait prêché en public contre la Conception immaculée de le Bienheureuse Vierge. Bernardin de Bustis rapporta cette histoire dans un sermon qu’il fit, et qu’il a inséré dans un ouvrage sur la Bienheureuse Marie, dédié au Pape Alexandre VI. Voici de quelle manière il la raconte [8] : « Il le prit, dit-il, et le mit sur ses genoux ; car il était fort et vigoureux. Il lui troussa la robe, quoiqu’il n’eut ni culotte ni caleçon, et il lui donna de grands coups avec la main sur son derrière large, pour le châtier de ce qu’il avait parlé contre le Saint Tabernacle de Dieu, et voulu diffamer la Bienheureuse Vierge par une citation d’Aristote, tirée peut-être de son Livre des Priorités ; mais l’autre le réfuta d’abord en lisant avec les cinq doigts sur ses parties postérieures ; c’est de quoi toute l’assemblée se réjouissait beaucoup. Il y eut même une femme dévote qui dit à haute voix : Ah ! Monsieur le Prédicateur, donnez lui encore quatre coups pour moi ; une autre vint dire ensuite : Donnez lui en aussi quatre de ma part, et plusieurs autres firent de même, de sorte que s’il eut voulu satisfaire à leur demande, il n’aurait eu d’autre exercice de tout le jour. » Bernardin de Bustis croyait que ce châtiment était si juste et si raisonnable, qu’il n’a pas craint de soutenir dans le même sermon, qu’il avait été fait par l’inspiration de la Bienheureuse Vierge : « Peut-être, dit-il, que la Vierge l’induisit à le faire, et qu’elle l’exempta des censures qu’encourent par les lois de l’Église ceux qui frappent un ecclésiastique, et qu’elle en permit la dispense en sa faveur. » Pour moi, je ne crois pas qu’il y ait aucune folie au monde qui approche de cette action. Mais de quelles extravagances l’esprit de l’homme n’est-il pas capable, quand il est une fois saisi des charmes de la nouveauté !

Nous pouvons ajouter à ces exemples celui d’Edmond Bonner, Evêque de Londres qui, après avoir consenti au schisme arrivé en Angleterre sous le règne d’Henri VIII, ne cessa point sous la Reine Marie de fouetter lui-même les Luthériens à coups de verges, si nous en devons croire du moins le docteur Burnet, qui le rapporte dans son Histoire de la Réformation d’Angleterre, tom. II, pag. 544. Enfin, après qu’on eut résolu du temps de Pierre Damien de se fustiger soi-même, la terrible démangeaison des fouets et des flagellations en vint jusqu’à cet excès, que non seulement les moines, les prêtres, les évêques, les archidiacres, les rois, les princes, les citoyens, les prédicateurs, les hérétiques et les catholiques se fouettèrent, mais le Diable même fut exposé à recevoir la discipline. Le R. P. Barthélémy Fisen de la Société de Jésus, auteur très digne de foi, nous rapporte dans son livre imprimé à Douai en l’année 1638, page 60, chap. XVI, qui a pour titre De l’Ancienne Origine de la Fête du Corps de Christ : « Qu’un jour les autres moinesses avaient entendu un grand bruit dans la chambre de Cornélie Julienne, et que c’était un combat qu’elle avait contre le Diable, qu’elle avait saisi, et qu’elle battait de toute sa force ; qu’ensuite Julienne l’avait jeté par terre, foulé aux pieds, et accablé d’injures et de railleries piquantes. » Cette aventure me fait souvenir d’une autre, que j’ai lue autrefois dans la Vie et entre les miracles de St Virgile, évêque de Wirtsbourg en Bavière, et qui regarde un énergumène, qui fut fouetté avec quatre verges, pour avoir volé quatre bougies, et quelques autres offrandes qu’il y avait sur l’autel de St Virgile [9] : « Je ne suis point venu, dit l’énergumène, de mon bon gré, mais j’y ai été forcé. J’ai emporté les cierges et les autres offrandes qui étaient sur le tombeau de l’homme de Dieu ; cependant, si on ne les restitue point, mon Maître viendra avec sept Esprits pires que lui, et demeurera toujours chez moi. Après donc que le démon eut fait retrouver les cierges si longtemps perdus, et qu’on les eut remis au même lieu, il ajouta qu’on devait fouetter le misérable qu’il possédait, avec autant de verges qu’il y avait de bougies. » Le nouveau St Alain rapporte une histoire, chap. XXXVIII, qui n’est pas fort éloignée de celle-ci touchant un certain Jacques Hall, fameux usurier, que la Bienheureuse Vierge Marie arracha des griffes des démons. Ces Esprits infernaux qui étaient en grand nombre, ne la virent pas plutôt paraître, qu’ils se mirent à blasphémer, à se fouetter les uns les autres, et à s’enfuir.

Voir en ligne : Chapitre IX : La Secte des Flagellants

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après l’ouvrage de Jacques Boileau, Histoire des flagellants où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens..., traduite du latin par l’abbé J.-J. Granet et préfacée par François Granet, Éd. F. Vander Plaats, Amsterdam, 1701 (in-12°).

Notes

[1Apud. Baronium Annal. Torn. XII. Anno Christi 970. Pag. 939. Num. XII. Edit. Colon. 1603.

[2Pag. 638. Edit. Lugd. An. 1633.

[3Lib. I. Itinerarii Cambriœ.

[4Lib. XXV. Cap. LXXII.

[5Lib. II. Apum Cap. XVI. Num. 4.

[6Lib. II. Apum Cap. XXXIX. Num. 20.

[7In Histo. Anglic. Pag. 90. Edit. Paris.

[8In Opere Mariali, Sermone VIII.

[9Tom. VI. antiquarum lectionum, Henrici Canisii.



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