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Le sexe et le poignard

La vie ardente de Jules César : Enfance

Roman historique et érotique (1928)



Auteur :

Renée Dunan, Le sexe et le poignard. La vie ardente de Jules César, Éditions de l’Épi, Paris, 1928, 252 pages.


II
ENFANCE

Derrière le Palatin, et près du Temple de Jupiter Stator, la demeure patrimoniale des Jules étalait des murs décrépits, mais nobles et illustres. La famille de Caïus Julius César était toutefois pauvre. Il eût fallu une grosse fortune pour mener sans s’appauvrir l’existence de ces orgueilleux patriciens. D’autant, au surplus, que les Julii Coesares, démocrates, devaient prouver leur affection pour le peuple par de continuelles largesses.

Le jeune César vécut une enfance heureuse dans la maison ancienne et révérée. Un jardinet aux allées sablées de rouge y était son abri coutumier.

Il allait pourtant souvent jusqu’à la porte, malgré le janitor, regarder la rue vide et sinistre par laquelle il espérait un jour sortir pour de hauts destins. Lorsqu’il pleuvait, il aimait à courir sous le compluvium, pour s’accoutumer à supporter le froid. Le plus fréquemment, il rôdait avec curiosité dans les pièces sacrées de la maison, et on remarqua tôt son incroyance et son irrespect pour les vieilles traditions. Il plaisantait les Pénates, dieux des provisions dont se nourrit la famille, et révérait comiquement leur symbole — un oignon. À huit ans, il riait déjà avec ironie du génie dont sa mère lui avait confié, sans sérieux, qu’il habitait le lit nuptial…

Le jeune César fut passionnément aimé par Aurélia Marcia. Elle était d’ailleurs fort intelligente et non moins coquette. On la voyait souvent venir chercher son fils pour converser avec lui durant les soins intimes de sa toilette. Il avait cinq ans lorsqu’elle le mena aux Thermes, où fréquentaient les plus belles Romaines, celles dont les moeurs passaient pour moins pures que la peau. Au matin, lorsque son père allait recevoir ses clients, et vérifier leur fidélité ou leur répartir des subsides, l’enfant aimait à le suivre attentivement, et, comme un jeune animal, semblait deviner les espions ou les traîtres.

La fréquentation des Thermes lui donna le goût de se faire caresser et choyer. À six ans, c’était un enfant délicieux, futé et mince, timide avec des audaces inattendues. On reconnaissait volontiers sur ses traits la Vénus sculptée nue près du figuier de Romulus, sur l’autel même qui devait être un jour le temple de César.

Il n’avait pas atteint sa neuvième année, quand, un jour, tandis qu’au bain Claudia Appia, amie de sa mère, l’embrassait ardemment, il connut soudain son premier émoi sensuel…

Ses yeux étaient noirs, ses mains petites, sa figure sérieuse, mais féminine. Il aimait à s’entendre louer, sa faiblesse apparente cachait une grande énergie.

. . .

À onze ans, César fut enlevé aux femmes et cessa d’être mené aux Thermes. Sa mère omit de l’embrasser et de le caresser désormais. Il fallait qu’il devînt un homme.

On lui donna un professeur grec : Philodème, qui lui enseigna conjointement l’art de la guerre et celui de l’éloquence, car il avait été avocat à Athènes et soldat à Chypre. Mais le Grec avait des moeurs relâchées. Même il fut surpris un jour à enseigner au jeune Caïus tout autre chose que l’utile. C’est une servante, Rhoé, esclave au poil pâle venue des bords du Pont-Euxin, qui dénonça la scène. Philodème fut chassé à coups de bâton. Il eut peut-être subi un sort plus rude si le père du jeune César n’eût été ce jour-là en voyage à Brindes. On donna donc à l’enfant un nouveau maître. Il se nommait Titus Probatus et il était rhodien. Afin d’éviter que la fleur du jeune Caïus tombât entre les mains d’un de ces professeurs sans vergogne, comme il en foisonnait à Rome, venus de tous les coins de la Méditerranée, la servante Rhoé, qui d’ailleurs était jolie comme le jour, se dévoua pour apprendre à Caïus Julius César qu’il n’est point de vrai plaisir d’amour sans femme…

On prétend d’ailleurs que César oublia très vite la leçon, sans aucunement la mépriser…

. . .

Titus Probatus ignorait la guerre, mais il connaissait « les affaires ». Il enseigna à César les secrets de la fortune. Il lui fit mille et une fois répéter les Lois des XII Tables et lui apprit surtout que la vie est une inexorable bataille pour la richesse, le pouvoir et le plaisir.

L’enfant n’avait pas quatorze ans, qu’après de telles leçons son cynisme s’affirmait déjà. Il parlait bien, d’ailleurs, et fort éloquemment. À Rome il est vrai on ne parvenait à rien si l’on n’était pas orateur. Mais il savait aussi qu’un homme endetté, est riche à proportion de ses dettes, qu’on doit être l’ami de celui qu’on hait jusqu’au jour qu’on peut l’abattre, et qu’il faut s’acheter des amis, mais prendre ses amours.

Il écoutait toujours en silence les paroles savantes de son maître, celles de son père et celles des familiers de sa maison. Cette mutité faisait parfois douter de son intelligence, mais il n’en avait cure, cultivant au fond de lui-même une grande confiance en soi.

Il se promettait secrètement de ne laisser perdre aucune des joies que l’existence ferait passer à portée de sa main. Mais il voulait d’abord et surtout acquérir la puissance, sans quoi, on n’est dans la société, disait-ii déjà, jamais assuré de jouir de ses jours. Il s’accoutumait aussi à parler en public et parfois il émerveillait même les amis de sa famille par la rectitude de son jugement.

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Il avait neuf ans, lorsque Drusus voulut créer d’un coup trois cents sénateurs. La révolte que cela enfanta chez lui et partout à Rome lui donna un juste sentiment de l’aristocratie. En ses démagogies ultérieures il ne devait jamais l’oublier. Mais il aimait toutefois le peuple… Il comptait aussi sur lui…

La guerre sociale, plus tard, le frappa. Il entendait sans cesse parler d’elle. Pourtant, son esprit travaillait sur des racontars incertains. Un jour il saurait mieux ce qu’il en est, peut-être…

C’est à cette époque qu’un de ses parents, le Consul César, fit passer la loi sur le droit de cité qui mettait fin à une lutte atroce entre Romains et Samnites. Il admira beaucoup cet acte de politique libérale. Mais, jusqu’à la mort de Sylla, advenue lorsque César eut vingt-deux ans, c’est surtout ce personnage qui hanta ses jours. Sylla appartenait à la famille Cornélia, héréditairement hostile aux Jules. À douze ans, Caïus songeait pourtant, malgré une féroce haine envers l’homme couvert de crimes, à sa gloire, à sa Puissance orgueilleuse, à sa furie de massacres. Il rêvait de devenir un illustre guerrier…

En 667 de Rome, lorsqu’il eut treize ans, le jeune garçon commença de participer aux graves réunions politiques données alors chez lui. On était, en sa famille, dévoué à Marius. Cinna, le passionné confident du grand démocrate, venait donc chaque jour chez les Jules. Il aima tout de suite le jeune César. L’adolescent devait même, quatre années plus tard, Cinna mort, épouser sa charmante fille Cornélia.

C’était alors l’apogée de cette guerre inexpiable que se firent Marius et Sylla.

L’Italie n’était qu’un champ clos où se dévoraient les fauves, tandis qu’à l’extérieur, des dangers terribles croissaient sans répit. C’est ainsi que Mithridate, venu d’Asie, avait pu gagner la Grèce et menaçait la Sicile.

Le verrait-on, comme jadis le Carthaginois borgne, camper en Etrurie ou dans le Latium ?

Mais Sylla partit pour l’Attique avec des troupes solides. Il sut vaincre Mithridate et égorgea, comme complices de ce redoutable chef, des milliers de Grecs notables. Revenu à Rome, entraîné aux supplices et craignant les complots, il fit ensuite des coupes sanglantes dans l’aristocratie libérale de sa patrie. La civilisation, sous sa rude main, ne fut plus qu’une immense exécution. C’est ce que Sylla nommait « rétablir la tranquillité ».

En 668, mourut enfin l’ennemi vaincu du Dictateur Marius. Il vivait depuis la défaite parmi les courtisanes. Sa vie coulait dans les festins à la mode grecque, qui se terminaient toujours en hideuses débauches, disait-on.

Cinna succomba peu après, puis deux oncles de Caïus Julius César, et Sylla put croire enfin, s’il n’y collabora par le poison, que les dieux l’aidaient à dominer ses ennemis.

Ce fut l’époque des proscriptions. On confisqua systématiquement tous les biens des amis de Marius. Une magnifique propriété des Jules, en Etrurie, fut ainsi offerte aux soldats de la garde Cornélienne. Attentive à tout deviner, Aurélia Marcia comprit quels dangers courait désormais son fils. Elle le fit donc secrètement partir pour Sybaris, où enseignait le rhéteur Molon. César y fut vite célèbre. Il se lia avec des adolescents dont la fortune devait jusqu’au bout suivre la sienne. Certains furent récompensés largement quand il devint puissant. Tous avaient été envoyés en cette jolie cité par crainte de Sylla. Ils s’y complaisaient dans l’étude et la volupté.

Caïus Julius César à seize ans, lorsque les proscriptions diminuèrent, revint dans la sombre demeure de sa famille. En lui parlaient une sensualité ardente, un besoin violent de gloire et le goût de répandre l’or. Il épousa aussitôt une jolie adolescente de son âge, Cossutia, de la famille Servia.

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Il devenait cependant inconstant, lubrique, coléreux et autoritaire. Malgré sa famille, Cossutia, trop pudique, fut répudiée par lui l’année suivante. Il n’écoutait plus personne. C’est à ce moment que César, malgré les conseils, choisit la seule femme qui paraisse avoir chérie dans sa vie, Cornélia, fille de Cinna, l’ami de Marius et de son père.

Sylla régnait dans Rome par une police fort bien faite. Il s’inquiétait fort des agissements de tous ceux qui avaient fréquenté et estimé son rival. Dès qu’il connut ce mariage de César, qui établissait catégoriquement l’hostilité d’un jeune homme déjà connu et estimé, il fit savoir partout son mécontentement : on ne devait pas s’allier à ses ennemis… César aimait d’être haï. Il sourit de la remontrance. Sylla, irrité, somma alors le gendre de Cinna afin qu’il répudiât sa nouvelle épouse. Trois fois il aggrava ses ordres dont le dernier était formel.

Furieux, il donna enfin l’ordre d’exécuter le rebelle dont l’obstination lui paraissait une menace. Aurélia Marcia connut l’arrêt de Sylla sitôt qu’il fut donné. Elle était familière de la grande vestale et la pria alors d’intercéder pour son fils. Sylla, avec ce rire sarcastique et orgueilleux qui lui avait fait tant d’ennemis, répondit à la vestale :
- Soit Qu’il vive. Mais sachez que cet enfant sera seul plusieurs Marius.

Connaissant la vie, ses hasards et ses dangers, le jeune Caïus n’avait pourtant point attendu sa grâce. II s’était enfui.

Voir en ligne : La vie ardente de Jules César : La reine de Bythinie (Partie I : Chapitre III)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman de Renée Dunan, Le sexe et le poignard. La vie ardente de Jules César, Éditions de l’Épi, Paris, 1928, 252 pages.



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