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Nouvelle érotique

Le Cadeau

« Cette pièce de lingerie… je ne l’ai jamais jetée »

par Jacques Lucchesi

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Jacques Lucchesi, « Le Cadeau », Nouvelle érotique, Paris, janvier 2011.


Le Cadeau

Je ne sais plus ce qu’est devenue L. Je suis sans nouvelles d’elle depuis plus de douze ans. Est-elle morte — du SIDA —, comme me l’a plusieurs fois rapporté celui qui fut brièvement son époux et le père de son fils ? Connaissant depuis longtemps sa tendance à la mythomanie, j’ai des doutes sur la véracité de cette sinistre information. Je préfère croire qu’elle vit quelque part, loin, bien loin de Marseille, qu’elle va bien et qu’elle est heureuse. Même si, au fond, je me dis que c’est peu probable…

Si je parle d’elle aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’elle fut particulièrement chère à mon cœur. Ai-je jamais aimé L. comme on aime d’amour ? Ai-je souffert lorsque j’ai pris, un jour de septembre 1996, la décision de m’en séparer, lassé par ses calculs mesquins et nos rendez-vous ajournés ? Sans hésitation, la réponse est non.

J’aimais simplement faire l’amour avec elle. J’aimais sa silhouette à la Jane Birkin, ses petits seins, ses hanches évasées, ses longs cheveux châtain et sa toison pubienne fournie, les accents rauques de sa voix quand elle atteignait le plaisir.

Et pourtant, je ne peux ignorer les coïncidences qui marquèrent cette relation.

J’avais déjà croisé, douze ans plus tôt, la mince lectrice que j’avais cru rencontrer, pour la première fois, sur ce quai de métro bondé par la vague des passagers de midi. L. était alors une toute jeune maman, ce que j’appris au fil de nos rendez-vous. Preuve, s’il en est, que le désir n’oublie ni ne se trompe jamais.

L. fut aussi la seule, parmi mes diverses amantes, à connaître les deux appartements où s’est façonnée ma vie, dont celui que j’occupe encore aujourd’hui.

Mais c’est dans la chambre d’un petit hôtel, où nous nous rendions quand le temps nous manquait, qu’elle me fit une déclaration inoubliable. Tandis que je me lavais au terme d’une heure d’étreintes passionnées, elle se leva et, doucement, elle vint coller son corps nu contre mon dos, me chuchotant à l’oreille :
- Mon chéri, même si tu devais te marier avec une autre, je voudrais que tu me gardes toujours pour maîtresse. 

Troublants aveux de la chair satisfaite, les plus sincères mais aussi les plus éphémères.

Il est, cependant, des souvenirs plus concrets, fussent-ils presqu’aussi légers qu’un nuage d’avril. De ces souvenirs que seules les femmes peuvent offrir aux hommes sensibles à leurs charmes, mélanges délicieux de faveur et de vice. Celui qui suit est sans nul doute de cette espèce.

Ce lundi-là, malgré le peu de temps dont nous disposions, j’avais tenu à amener L. chez moi — dans mon ancien appartement. Si nos pauses-déjeuners se terminaient naturellement sur le lit, ce n’était pas possible de s’étreindre aujourd’hui car L., comme elle me l’avait signifié d’entrée de jeu, avait ses règles. Au lieu de ça, connaissant mes goûts littéraires, elle me proposait de lui lire des poèmes — ce qui faisait également partie de nos échanges. Je m’acquittais volontiers de cette épreuve courtoise, même si le printemps m’incitait à d’autres plaisirs, surtout quand j’étais seul avec L. Il exerçait aussi son emprise sur elle et je sentais bien qu’elle regrettait cet empêchement périodique : mais que faire contre la nature ?

Elle porta alors une main dans sa culotte pour vérifier si elle saignait toujours. Constat rapide et soulageant : le flux menstruel s’était enfin tari. Je lui demandai si je pouvais venir en elle. L. jeta un bref regard sur sa montre. Ce n’était pas l’envie qui lui manquait mais le temps ; dans moins d’une demi-heure, elle devait retourner au bureau et avait deux correspondances à prendre pour s’y rendre.

Si je comprenais ses raisons, j’étais néanmoins amer : ainsi, nous ne pourrions jamais que nous voir en coup de vent, sans jamais prendre le temps de jouir longuement, paresseusement, de nous-mêmes (puisque ses nuits et ses week-ends étaient réservés à son compagnon du moment).

« Oh ! Et puis…Soupira-elle en se rallongeant sur le dos. »

Et sa main gauche disparût alors sous le collant noir qu’elle portait ce jour-là. Elle se mit un doigt puis deux dans la fente, ses phalanges repliées formant ainsi une petite boule mouvante sous le lycra doux et extensible.

« Fais pareil. Me lança-elle en souriant déjà aux anges. »

Je ne me le fis pas dire deux fois et commençai à me branler, couché juste à côté d’elle. Assez vite, sa main droite, jusque là inemployée, prit avec ferveur le relais de la mienne.

Chacun était maintenant dans son « trip », ne songeant qu’à prendre un rapide plaisir égoïste ; même si mon désir s’alimentait aussi à la vision de L., sa dextérité à jouir toute féminine, les traits changeants de son visage sous les premières bouffées de l’orgasme.

Elle accélérait le mouvement de son majeur tout en continuant d’agiter ma pine lustrée de salive. Un léger râle s’échappa de ses lèvres :
- Ça vient. Ahah… C’est bon.
- Vas-y. Libère-toi. Jouis, ma chérie.

Un instant, son buste se raidit avant de se relâcher de satisfaction. La mienne arriva, chaude et saccadée, juste après la sienne dans cette copulation parallèle.

L. se redressa et regarda de nouveau sa montre dont les aiguilles se rapprochaient dangereusement des 14 heures inflexibles.

« Vite. Je suis en retard. »

Et, à ma surprise, je la vis alors dérouler le collant noir sur ses jambes fines jusqu’à les dénuder complètement. 

« Tiens, cadeau. Dit-elle malicieusement en me tendant le voile bifide et froissé qui portait encore la forme et la chaleur de ses membres, de son ventre. »

Puis, de son sac, elle sortit la boite d’un autre collant qu’elle enfila en un tournemain avant de m’embrasser et de foncer vers la station de tramway voisine.

Cette pièce de lingerie, dépositaire de son intimité, je ne l’ai jamais jetée. Bien au contraire, je l’ai rangée dans un recoin de mon appartement, comme une sorte de relique érotique. Fétiche ou talisman, qu’importe ! Après tout elle est, avec un bref poème écrit sur une page de carnet, tout ce qui me reste, à présent, de L. Souvent, après notre séparation, il m’arrivait de la ressortir pour essayer de retrouver l’odeur de L., un peu de son parfum sucré, ou de visualiser son corps en étirant la boule de tissu noir jusqu’au bout. Combien de fois me suis-je branlé en l’utilisant comme un gant, voire en y faisant, tant bien que mal, entrer mes propres membres, plus épais, plus musculeux que ceux de mon amie ? Que de plaisir il m’a donné dans mes moments de solitude et de nostalgie. Le contact de cette matière textile sur la peau est incroyablement doux et je comprends mieux que tant de femmes en portent dès les premiers frimas — sans même parler du galbe élégant qu’il donne à leurs jambes.

Finalement, L. a réussi, par ce troublant cadeau, à rester encore et toujours un peu ma maîtresse.



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