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La flagellation en Russie

Le Knout

Curiosités et Anecdotes sur la flagellation (1900)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


La flagellation en Russie.
LE KNOUT.

Il existe en Russie une grande variété d’instruments de torture et de flagellation. Il y a, par exemple, le plit, une pièce de fer chauffée que la victime doit tenir dans ses mains et pour la flagellation, les russes ont le bâton, le plêt, et le Knout. Le plêt est un fouet fait de bandes de cuir brut, ayant trois lanières garnies de petites balles de plomb, mais le principal instrument de punition est le Knout, une invention Tartare, comme son nom l’indique, et la plus formidable qui fut jamais inventée par le génie cruel de l’homme.

Les descriptions du Knout varient. Dans sa forme ordinaire, il consiste en une épaisse courroie longue d’environ huit pieds, attachée à un manche de deux pieds de long ; la courroie est large et taillée de telle sorte que ses bords sont aigus, souvent entourée de fils de fer, l’extrémité en hameçon. À chaque coup de ce formidable instrument de torture, les bords aigus de la courroie tombent sur le dos du patient et le coupent comme une épée flexible à deux tranchants. L’exécuteur ne fait pas tomber le coup à plat sur le dos, mais donne adroitement au Knout une direction telle que la courroie revient vers lui, arrachant avec le hameçon qui se trouve à son extrémité une longue et fine bande de chairs. Suivant M. de la Motraye, le Knout est un fouet dont la courroie faite de vieux parchemin bouilli dans du vinaigre et du lait de jument, est large d’environ un pouce. Le comte de Lagny décrit le Knout comme une courroie de cuir brut, coupée en triangle de quatre à cinq yards de long, large d’un pouce, taillée en pointe. L’extrémité en est fixée à un manche de deux pieds de long. Pierre le Grand fixa le nombre maximum de coups pouvant être infligés avec le Knout à cent un, mais comme pas un criminel ne peut jamais supporter ce nombre, on le réduisit graduellement, c’est pourquoi le Baron Haxthausen dans ses « Notes sur la Russie » publiées en 1852 dit que l’usage du Knout était entièrement aboli depuis plusieurs années et que pendant quelque temps avant qu’on ait réduit le dit usage à des limites très étroites et à un strict contrôle, toute personne injustement punie avait le droit d’exiger 200 roubles argent pour chaque coup reçu en exécution de l’ordre donné par le tribunal.

Pour recevoir convenablement sa punition, le patient n’est vêtu que d’une paire de pantalons et est couché sur le ventre dans une position inclinée, les mains et les pieds tendus aussi raides que possible et solidement attachés à des anneaux d’acier rivés dans une charpente. La tête de l’homme était parfois si strictement maintenue qu’il lui était presque impossible de crier, ce qui ajoutait beaucoup à la souffrance endurée. Le maniement du knout demandait un long apprentissage et surtout des nerfs et des muscles particulièrement solides et exercés. L’exécuteur en chef était toujours un criminel condamné à la même peine qu’il avait à faire subir (la seule condamnation capitale en Russie) mais qui avait été gracié. On le renvoyait chez lui après douze années d’emprisonnement et pendant les douze années, il était étroitement enfermé sauf quand une exécution par le knout réclamait sa présence. Il avait à diriger l’instruction dans ce genre de supplice d’un certain nombre d’élèves. Tous les jours, ceux-ci s’exerçaient sur une sorte de mannequin ; et il leur montrait l’art de porter les coups de façon à faire plus ou moins souffrir suivant la nature du délit, comment il fallait frapper sur les reins quand il s’agissait d’un criminel civil, d’un meurtrier ou d’un traître ; comment on donnait la mort immédiate en disloquant le cou de la victime ; ou la faire survenir un jour ou deux après l’exécution, par la façon de frapper de telle sorte que les courroies s’enroulant à chaque coup autour du corps, atteignent la poitrine et déchirent les intestins. Suivant les instructions qu’il avait reçues, l’exécuteur parvenu au suprême degré d’habilité, arrivait à faire tomber chaque coup avec précision sur un même endroit à peine aussi grand qu’une pièce de monnaie. On dit même qu’il pouvait quand il s’était rendu maître du terrible instrument réduire en miettes une brique, d’un seul coup.

Il y eut une femme qui eut à souffrir le supplice du knout et qui survécut à cette terrible épreuve : ce fut Mme Lapuchin. Son histoire a souvent été racontée. Madame Lapuchin était une des plus charmantes dames de la cour d’Elizabeth de Russie, mais ayant été compromise dans une affaire de trahison menée au nom d’un ambassadeur étranger avec lequel elle avait une liaison, elle fut condamnée à la peine du knout. Les conspirateurs avaient d’abord été condamnés à avoir la langue coupée et à avoir les membres brisés sur la roue ; mais l’impératrice donna l’ordre d’adoucir (?) cette sentence et de lui substituer le knout et bannissement. Quand Madame Lapuchin monta sur l’échafaud dressé pour la circonstance, elle apparut revêtue d’un négligé qui augmentait les charmes de sa personne. Réputée à la cour pour son esprit et pour sa beauté, elle espérait qu’au dernier moment peut-être ses anciens amis lui viendraient en aide, mais elle ne vit dans la multitude qui l’entourait que les regards cruels du peuple stupide, avide de voir couler son sang. Le bourreau s’avança près d’elle et commença à la dévêtir ; à ces préparatifs, elle devint toute pâle, éclata en sanglots et commença à se débattre. Mais ce fut en vain. En quelques minutes, les vêtements qui lui couvraient le dos et la poitrine avaient été arrachés et l’on raconte qu’à la vue de cette malheureuse jeune femme, nue jusqu’à la ceinture et demi-morte de désespoir, il y eut un frisson dans la foule émue d’un sentiment de pitié. Immédiatement l’un des exécuteurs lui prit les deux mains et l’enlevant sur son dos, la maintint dans cette position, les pieds au dessus du sol. Un autre vint la placer comme il le fallait et le chef prenant alors le Knout, s’avança à une petite distance de la victime et faisant siffler dans l’air le terrible fouet lui donnant un premier coup. Ce premier coup lui enleva un morceau de peau depuis le cou jusqu’aux reins et un flot de sang jaillit. Le bourreau reprit sa position et de nouveau, un coup terrible tomba sur le dos de l’infortunée. En quelques minutes, les épaules de la pauvre femme étaient complètement écorchées tandis que le sang coulait de toutes parts. Quand enfin il n’y eut plus une parcelle de peau qui fut intacte, la victime fut lâchée, meurtrie, évanouie. Ce n’était pourtant point assez. On lui coupa la langue et la malheureuse mutilée fut envoyée en Sibérie pour terminer dans l’exil sa peine commencée par le Knout. Elle survécut à ces horreurs et vécut quelque temps encore, revenue d’exil et bannie dans un pays voisin, offrant ainsi l’exemple rare d’une femme échappée à la mort après un supplice qui tua souvent des hommes puissants et vigoureux.

Voir en ligne : Exposé général sur la flagellation en Russie

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



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