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Passion sexuelle et folie érotique

Le Masochisme

Les Aberrations psychologiques (Chapitre XIII)



Mots-clés :

Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


XIII
LE MASOCHISME

Chacune des aberrations dont nous traitons dans ce livre coexiste généralement avec plusieurs autres. C’est ainsi que le fétichiste peut également se montrer masochiste, exhibitionniste, etc.

En quoi consiste le masochisme ? À rechercher la volupté physiologique dans l’autorité d’une personnalité dominatrice, autoritaire, à ressentir le besoin d’être malmené, commandé, humilié, injurié par celle-ci.

Voici un cas type de masochisme.

Il s’agit d’un jeune homme de 20 ans, Arthur K..., d’excellente éducation. Subtil et cultivé, c’est un intellectuel dans toute la force du terme.

Il n’y a, dans son passé, nulle anomalie.

Cependant, une singularité, insignifiante pour qui n’est pas initié à la psychologie morbide, a marqué sa douzième année.

Il manifesta à cette époque un mécontentement très vif lors du renvoi, par ses parents, d’une bonne qui l’avait giflé.

Un peu plus tard, Arthur K... prend goût aux vénus de carrefours et s’arrête en face de celle dont les invites sont faites en des termes impérieux et violents. Il goûte un trouble maladif quand une fille — à l’appel de laquelle il n’a pas répondu de suite — l’injurie en des termes crapuleux.

Les femmes d’allure et de langage doux, tendre, ne lui produisent aucune impression.

Au contraire, si une femme le traite en petit garçon, elle se montre despotique, exigeante et par surcroît brutale, il recherche avidement sa compagnie.

Et, — signe caractéristique — plus cette femme est de bas étiage, plus il l’apprécie.

Pour son malheur, Arthur K... rencontra pendant la guerre, au cours d’une permission, tandis qu’il servait dans l’armée anglaise, une Parisienne occupée comme bonne dans une maison amie où il dîna.

Cette créature, bâtie en force, haute en couleur, d’allure quelque peu masculine, répondit avec une brusque insolence à une question d’Arthur K...

Celui-ci vint, le lendemain, attendre la bonne, aux alentours de la maison. Il lui fit présent de quelque bijou et lui demanda un entretien qu’elle accorda — se rendant compte qu’elle tirerait de larges bénéfices si elle s’attachait le jeune officier.

Intuitivement, elle comprit que ses allures insolentes et brutales attiraient le malheureux et, dès le début elle se montra dure et violente.

Plus elle accablait son amoureux de rebuffades et de méchancetés, plus il semblait tenir à elle.

Elle se fit épouser.

Alors une vie singulière commença.

Arthur K... servait littéralement de domestique à l’ignoble fille. Vêtu de costumes tachés et usagés, il accomplissait les besognes les plus pénibles et les plus dégradantes. Elle le donnait ainsi en spectacle à divers amis et ne manquait pas de lui infliger, en leur présence, non seulement les pires injures, mais quelques soufflets.

Bientôt elle prit l’habitude de le bâtonner et de stimuler son zèle ménager avec un fouet à chien.

Un ami de la famille d’Arthur K..., mis au courant de son étrange aventure, avertit les siens. Ceux-ci voulurent arracher leur fils des griffes de l’aventurière.

Mais Arthur K... opposa la plus vive résistance à celte intervention et finalement fut désavoué par les siens.

Un semblable cas confirme en tous points notre théorie générale des aberrations génésiques. On se souvient du soufflet reçu par Arthur K... à l’âge de onze ans par une domestique. Ce fut certainement cette circonstance, par l’ébranlement nerveux qu’elle lui occasionna, qui fit naître en lui le trouble sexuel que sa récente puberté rendait possible.

Le malheureux — probablement d’hérédité névropathique — associa ensuite cette humiliation initiale au trouble voluptueux et fut enclin à rechercher ce dernier par les mêmes voies qui le lui avaient procuré, au début.

Au demeurant, le masochisme s’observe également chez les femmes et dans toutes les classes sociales. Il apparaît parfois tardivement chez l’homme.

Si on voulait analyser très strictement les divers éléments et degrés du masochisme, on y trouverait l’exagération d’une tendance qui, souvent, apparaît normale.

Quand, de deux personnes, l’une est amoureuse de l’autre, n’est-il pas fréquent que celle qui se sent éprise aime à être plus ou moins inféodée à l’autre ?

Les hommes et les femmes délicats, doux, timides, sensibles, ne cherchent-ils pas inconsciemment, en amour, leur antithèse, c’est-à-dire des êtres robustes, énergiques et dominateurs ?

Et quel amant, quelle amante, n’a goûté un plaisir infini à se plier à quelque caprice de l’être aimé ?

Ceci montre bien que l’amour — même rigoureusement normal, — comporte quelques traces de masochisme.

Il ne faut donc pas s’étonner que ceci s’exagère, jusqu’à l’aberration, chez certains individus prédisposés aux déséquilibres sexuels.

Les manifestations du masochisme sont infiniment variées.

On a vu des femmes du meilleur monde, payer dans quelque lupanar, pour qu’on les habille en servante et qu’on leur fasse accomplir, sous le fouet ou le bâton, des besognes répugnantes. Chose bizarre, certaines misandres qui ne souffriraient pas, de la part d’un homme, la plus petite marque de despotisme, trouvent un plaisir voluptueux à se voir commander, contraindre, injurier et maltraiter par des femmes.

Inversement on voit des hommes pleins de mépris pour la femme, s’asservir jusqu’au fanatisme à des individus plus ou moins sodomites qui les traitent comme un souteneur n’oserait traiter une prostituée.

Nous avons eu à examiner, il y a quelques années, le cas d’un Arabe, Zérouali Ben Mustapha, qui s’était assujetti deux jeunes gens de famille honorable. Il les contraignait à se prostituer à d’autres hommes et encaissait cyniquement l’ignoble bénéfice de cette exploitation.

Le Dr Dupuy, l’érudit auteur de La Plus étrange volupté rapporte dans son livre le cas d’un ecclésiastique nommé Bomboy. Ce dernier goûtait le spasme vénérien à condition :

1° de manquer de respect à une femme altière et méprisante ;

2° d’être ensuite fouetté par celle-ci comme un enfant.

Son exemple, loin d’être unique, se renouvelle journellement dans maint lupanar parisien. Il existe même des établissements spécialement organisés à l’usage des masochistes. On leur y dispense, moyennant un prix élevé, les brimades, les humiliations, le ridicule et les coups qui déclenchent chez ces déséquilibrés le paroxysme de la jouissance sexuelle.

Voir en ligne : Chapitre XIV : Sade et son école

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.



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